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Observatoire Des Transidentités

Observatoire Des Transidentités

L’Observatoire des transidentités (ODT) est un site indépendant d’information, de productions de savoirs et d’analyses sur les questions trans, inter et les questions de genre. Le site est liée à la revue "Cahiers de la transidentité". L'ODT s’appuie sur un réseau d’acteurs-actrices de terrain, d’associations-partenaires et d’universitaires mis en lien sans hiérarchiser savoirs militants et savoirs académiques.


Karine Espineira, La permission de minuit

Publié par Karine Espineira sur 29 Janvier 2011, 10:18am

Catégories : #Articles

Doctorante Université de Nice-Sophia Antipolis

Laboratoire I3M

Co-fondatrice Sans Contrefaçon

Co-fondatrice ODT

http://i3m.univ-tln.fr/

http://sans.contrefacon.free.fr/

karine.espineira@free.fr

 

 

Karine Espineira

 


 

La permission de minuit.

 

Ce 19 novembre 1987, Frédéric Mitterrand ouvre son émission avec son emphase coutumière. Il présente Coccinelle et  n’hésite pas à parler de légende la concernant. Permission de minuit[1] est un magazine culturel de Music Hall et de Variétés, Coccinelle évoque sa carrière et sa vie au travers son autobiographie. Entre gens du spectacle et de la culture, on commente les images d’archives que dévoile bien volontiers la star. On rit entre amis. On s’amuse, entre copains, avec finesse et dérision, de cette situation singulière qu’est la transsexualité de la chanteuse et meneuse de revue du Carrousel en son temps. De Coccinelle à Bambi, il n’y a qu’un pas dans leurs vécus, et trente ans de télévision inscrivant la transidentité dans une dimension culturelle et historique au-delà de l’exception, de la singularité, de la stigmatisation. Les imaginaires fonctionnent comme des miroirs, du social au médiatique : qui est qui, qui imagine quoi, et qui l’a pensé le premier ?.

 

Les freaks, sont devenus des identités alternatives, identifications et expressions, dans le cadre d’une normation binaire. Ils n’ont cessé d’évoluer, se politisant et se théorisant. Les outils sociologiques, médicaux et juridiques pour les appréhender, les diagnostiquer, les définir, les classer, les catégoriser, semblent avoir évolués plus lentement. Le schisme est à l’image d’un dialogue entre une praticienne cisgenre et d’un praticien trans lors de cette journée du  17 décembre à la Sorbonne, le second poussé à taper du poing sur la table pour le respect de sa parole. Est-on éternellement un patient ? Dans ce cas, tout dialogue équitable devient impossible. Or, on connaît les rapports de pouvoir et de subordination, qu’ils soient volontaires ou non, conscients ou pas, qui existent dans le rapport et la relation  thérapeutique. Une thérapie peut-elle s’installer, perdurer au-delà de la prescription finale, au-delà du cabinet, au-delà de l’acceptable quand le patient n’est plus pensé, donc considéré comme un égal, niant alors d’un seul et même élan un bien précieux : l’expertise ?

 

Le Bouclier thérapeutique[2] institutionnalise le protocole, pérennise une forme unique et immuable de suivi en direction d’une population qui n’a cessé de se transformer, socialement, culturellement et psychologiquement s’il faut pousser le raisonnement jusqu’à ce dernier terme. Dans une réflexion d’ensemble, si on la souhaite sincèrement commune, chaque mot a un esprit et chaque lettre a du sens. Les uns ne veulent plus des autres, le dialogue est instaurée ailleurs. Les trans « militants en colère », balaient d’un geste le protocole car  il n’est pas à rénover, il est à proscrire. Dans les rangs des tenants du bouclier thérapeutique on en appel aux gentils trans bien élevés et satisfaits, regrettant qu’ils ne soient pas dans l’assistance oubliant que dans cette tentative de mise en opposition, les trans des suivis représentent moins de 20% de la population en question. Qui s’évertue à quoi, qui s’entête et pourquoi à ignorer ce qui ne peut plus l’être : les sciences sociales et humaines, le politique et le philosophique ont un rôle à jouer dans le champs transidentitaire, comprendre l’humain et aller au-delà de l’identité c’est désormais considérer le paradigme transidentitaire.

 

Les tenants du bouclier ont-ils seulement entendu qu’il leur est demandé de redevenir des médecins et non les gardiens d’un ordre des genres ? Prodiguer un soin, prescrire un traitement, donner un avis ce n’est pas normer, encore moins s’engager dans un processus de normation[3].

 



[1] COCCINELLE, PERMISSION DE MINUIT, TF1, date de diffusion : 19.11.1987, heure de diffusion : 00.19.45. Thématique : Music hall ; Sociologie ; Variétés, Genre : Magazine. Générique : PRE, Wizman, Ariel; PRE, Bravo, Christine; PRE, Mitterrand, Frédéric; INT, Soeurs Etienne; INT, Minot, Pierre; INT, Vega, Claude; PAR, coccinelle; PAR, Fifi; PAR, Proslier, Jean Marie; PAR, Stirn, Olivier; PAR, Ribes, Jean Michel; PAR, Spiegel, Lila; PAR, Tavares, Claudia. Descripteurs : société ; transsexualité ; travesti.

[2] Le Bouclier thérapeutique est à entendre comme une fin de non recevoir : on soigne tout ce que l’on fait ici c’est pour venir en aide à des personnes, et les soigner. Cette barrière, car il s’agit bien d’un bouclier, réfute et discrédite par avance toute avancée et tout dialogue. Comme dire à des gens « qui soignent », qu’il font peut-être « pas que du bien » ? Doit-on considérer ainsi que certains terrains deviennent des chasses gardées, desquelles le social, le politique et le philosophique doivent être bannis ?

[3] Michel Foucault.

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