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Étiquette : Genderqueer

Les genres non-binaires sur Internet et Facebook

Oliver Rowland

activiste pour les genres non-binaires

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Genderqueer_pride_flag.png

 

Les genres non-binaires sur Internet et Facebook

Un peu d’histoire

Il est de plus en plus connu qu’une minorité de la population est transgenre, dans le sens que la personne ne s’identifie pas avec le genre ‘assigné à la naissance’ à partir de l’apparence de ses organes génitaux, mais plutôt comme l’autre option des deux genres communément admis que nous retrouvons sur nos documents administratifs – homme ou femme/ M. ou Mme. Ces personnes ont des difficultés propres dans la France contemporaine, notamment une bataille juridique pour avoir le changement de papiers souhaité, pour être reconnu comme « Monsieur » au lieu de « Madame » ou vice versa.

Et pourtant, pour un nombre croissant de personnes ce choix ‘binaire’ ne semble pas, non plus, vraiment adéquat pour décrire leur sentiment intime de leur rapport personnel avec les concepts du masculin et du féminin, ou avec leur identification avec les hommes ou les femmes – ils/elles se sentent les deux à la fois ou parfois l’un, parfois l’autre; ‘au milieu’; ‘un mélange’; ‘de genre variable’ selon les circonstances, le jour, l’année… voire certain.e.s ont l’impression d’être complètement étranger.ère.s à tout cela et d’être ‘sans genre’.

Depuis une vingtaine d’années, les termes pour parler du genre sont devenus plus variés. En commençant avec un choix limité de termes – essentiellement transsexuel/le ou travesti/e, selon le degré d’identification avec ‘l’autre genre’ par rapport à celui assigné – est apparu le terme assez large (ainsi que, pour certain.e.s, vu comme moins stigmatisant ou médicalisé) de ‘transgenre’ ou simplement ‘trans’, pour éviter d’obliger les gens de se mettre dans une case trop restrictive.

Avec l’essor du net, une plus grande liberté de questionnement sur les nuances de l’appartenance à un genre, avec des groupes des discussions, tels que le groupe des Androgynes sur Yahoo, ou l’on revendiquait l’androgynie comme identité de genre, comme décrit sur le site Androgyne Online (http://androgyne.0catch.com/), crée par Stephe Feldman en 2001.

Ce site explique que l’androgynie, comme identité de genre, ne devrait pas être confondue avec le fait de posséder naturellement un corps d’apparence ‘androgyne’ (une personne, par exemple, qui est difficile à identifier comme ‘homme’ ou ‘femme’ en la regardant), mais que c’est bien un ressenti intime de « ne pas s’identifier complètement soit avec la masculinité ou la féminité ». De surcroît, un.e androgyne n’a pas non plus, forcément, le désir de changer son corps d’une manière radicale pour avoir le plus possible l’apparence de l’autre sexe (au sens biologique), quoiqu’iel pourrait vouloir faire certains changements pour avoir un physique qui est lui aussi ‘plus androgyne’. L’androgynie comme identité de genre ne devrait pas non plus être confondue avec le fait d’être physiquement intersexué/e, et l’androgynie comme identité est aussi à différencier de l’androgynie en tant que trait de caractère, comme décrite par la chercheuse américaine Sandra Bem, qui s’est penchée sur la question, et qui a conclu que l’idéal était d’être androgyne dans le sens d’avoir accès à des traits/émotions/compétences dits ‘masculins’ ou ‘féminins’ dans notre culture, selon la situation et les besoins (Voir : http://www.integratedsociopsychology.net/Gender_Bias/eg.AndrogynyTheory-SandraBem1974.html ou http://garote.bdmonkeys.net/bsri.html ).

Un site web plus récent (http://gender.wikia.com/) a recensé des variantes de l’identité androgyne, comme ‘femandrogyne’, ‘butchandrogyne’ et ‘versandrogyne’, pour des androgynes qui s’identifient un peu plus avec la fémininté ou masculinité, ou bien qui ressent un équilibre entre les deux.

Vers le tournant du siècle, nous avons vu aussi apparaître sur internet le terme intergenre, calqué sur ‘intersexe’, pour une identité de genre qui n’est ni vraiment homme ni vraiment femme, un terme ensuite aussi revendiqué par certaines personnes intersexuées (mais non pas réservé seulement à elles), quoique d’autres personnes physiquement intersexuées se sentent et se définissent comme étant simplement des hommes et des femmes. On en a discuté, entre autres sur les forums du OII – Organisation Internationale des Intersexes (http://oiifrancophonie.org/).

Un élargissement du vocabulaire – bigenre, genderfluid, agenre… – est ensuite apparu sur des forums de discussions comme What is Gender ? (qui ne semble plus exister en 2015), qui comportait de très nombreuses catégories de discussion selon le genre de la personne. Une multiplicité de possibilités de genres a aussi été revendiquée en francophonie, par exemple, par l’association belge Genres Plurielles (www.genresplurielles.be) et certains forums francophones trans ont montré une ouverture envers les personnes non-binaires, comme dans le forum de l’association Sans Contrefaçon (qui n’existe plus en 2015).

Vers la fin de la première décennie du XXIe siècle sur internet, certains concepts d’une large portée sont devenus très répandus, particulièrement sur le web anglophone, comme ‘genderqueer’ ou ‘non-binary’ pour décrire un genre qui n’est pas ‘femme’ ou ‘homme’ mais sans être plus précis.

Qu’est-ce qu’une identité ‘genderqueer’ ?

Le terme ‘genderqueer’ est parfois vu comme un terme ‘parapluie’ (large, regroupant de nombreuses identités, similaire à non-binaire), parfois comme une identité en soi (avec l’accent sur le fait d’être ‘autre’ par rapport aux genre binaires). Certaines personnes ‘genderqueer’ se considèrent comme faisant partie de la ‘transidentité’ dans un sens large, tandis que d’autres préfèrent se voir comme étant une catégorie à part. En général, pourtant, le ‘T’ de LGBT, peut être considéré comme regroupant les personnes ‘trans’ ‘non-binaires’ ainsi que les personnes trans plus ‘binaires’. On peut cependant aussi vouloir rajouter un Q pour ‘queer’ pour montrer l’ouverture vers de multiples possibilités, ainsi qu’un ‘I’ pour ‘intersexe’ – LGBTQI – comme l’on rajoute également parfois une apostrophe, ou un ‘*’ à « trans », dans le même but. Le terme ‘queer’ en anglais voulait dire à l’origine ‘bizarre’ et a été utilisé comme insulte pour les gays et lesbiennes, ensuite revendiqué par les militant.e.s et universitaires (dans les ‘queer studies’) pour signifier essentiellement ‘tout ce qui n’est pas strictement hétéro ou cis’ dans le comportement, l’identité ou la sexualité.

Le terme ‘cis’(genre) est aussi devenu de plus en plus courant, pour signifier ‘non pas trans/genderqueer’ – calqué sur des termes tirés du Latin, comme ‘cisalpin’, signifiant en-deça des Alpes (le contraire de ‘transalpin’).

Parfois ceux qui aiment voir la non-binarité comme faisant partie de la transidentité insistent sur une double signification du préfixe ‘trans’ – soit ‘à travers’ (passer d’un côté à un autre) ou ‘au-delà’.

Le.a créateurice du site http://genderqueerid.com/ Marilyn Roxie, a ces dernières années inventé le drapeau genderqueer et non-binary, qui est de plus en plus utilisé lors des prides, avec les couleurs :

Violet (mélange de rose et de bleu) – par exemple, pour les androgynes ou bigenres
Blanc (pour ceuxelles qui se sentent plus neutre – agenre, neutrois…
Vert foncé (le contraire du violet dans la science des couleurs, pour ceuxelles qui considèrent que leur identité sort complètement des schémas ordinaires) – par exemple, MTX, FTU , genderqueer…

Des pages de discussion pour les personnes genderqueers sont maintenant répandus, par exemple sur tumblr (eg. http://fyeahtransitioninggqs.tumblr.com/   http://fyeahgenderqueers.tumblr.com/ ) ainsi que de nombreuses vidéos sur YouTube sur ce sujet où on voit des jeunes parler de leurs identités genderqueer/non-binaires. On commence à voir maintenant de plus en plus d’articles dans la presse sur le sujet, comme : When no gender fits dans Washington Post (http://tinyurl.com/When-no-gender-fits) ou celui-ci dans New York Times http://tinyurl.com/Third-gender-NT ou cette vidéo de 2015 de la BBC dans laquelle ‘Women’s Hour’ – émission radio assez traditionnelle pour les femmes, datant de 1946 – parle avec un.e collégien.ne de 14 ans de sa non-binarité :  http://www.bbc.co.uk/schoolreport/31966531.

En ce printemps 2015 on voit aussi de plus en plus de blogs francophones sur le genre non-binaire sur tumblr.com: https://www.tumblr.com/search/non%20binaire.

 

Les genres non-binaires sur Facebook

Ces dernières années, cependant, Facebook a aussi beaucoup aidé à rassembler des personnes GQ, en particulier sur le groupe anglophone : Genderqueer, Agender, Neutrois, Genderfluid, and Non-binary discussion, crée vers le début de la deuxième décennie du siècle, et qui a maintenant plus de 4.000 membres. D’abord un groupe intime, rassemblant quelques personnes, surtout d’Angleterre et des Etats-Unis, qui revendiquaient un genre non-binaire et voulait s’épauler, il a attiré beaucoup de nouveaux membres à partir d’environ 2013, sans doute lié au fait que le terme et le concept ‘genderqueer’ est devenu de plus en plus connu sur internet (663,000 résultats sur google.com en janvier 2015).

Un groupe Facebook est un outil pratique pour les discussions concernant le genre, parce que, par exemple, on peut le rendre « privé », c’est-à-dire que seulement les membres peuvent en lire les posts. Il est aussi commode de pouvoir passer simplement en messages privés avec une personne, si l’on veut partager quelque chose de manière plus discrète. Un groupe est trouvable par les personnes qui cherchent un groupe concernant un sujet, en faisant une recherche avec des termes appropriés (si l’on fait attention à bien choisir le nom du groupe, et de rajouter quelques termes de recherche dans le champ approprié).

Les membres partagent leurs vécus, leurs photos (beaucoup de ‘selfies’…) et discutent de leurs opinions sur le genre, y compris les difficultés du ‘coming out’, le choix des pronoms etc. De temps en temps les administrateurices doivent intervenir par exemple à cause de disputes concernant des différences d’opinion sur le genre et les transitions ou sur le militantisme, ou à cause de des sensibilités froissées, par exemple sur des questions de race/appropriation culturelle ou de féminisme et de privilèges, ou de rapports avec les personnes cis ou les trans binaires (par exemple entre ceuxelles qui accordent d’importance aux alliés cis et une minorité qui a tendance à penser que tous les cis sont condamnables…), ou occasionnellement des problèmes d’incompréhension envers des membres qui en plus d’être trans/GQ font partie d’autres sous-cultures/identités comme des personnes ‘multiples’ ou ‘otherkin’. Quoiqu’il est inévitablement moins intime qu’il ne l’était, cela reste amical et un bon lieu pour des gens de se sentir très rapidemment moins seul.e.s. Il est pourtant un peu victime de son succès, et les administrateurices (dont je faisais partie pendant une période) sont parfois un peu débordé.e.s.

 

Groupe francophone

J’ai crée une version francophone vers la fin de 2013 parce que j’avais l’impression qu’on parlait moins des genres non-binaires sur le web francophone que sur le web anglophone. J’ai donc commencé à me renseigner sur les termes existants pour parler de la non-binarité en français, parfois en traduisant directement, certains termes étant facile à franciser, tels que :

Non-binary – non-binaire

Androgyne – androgyne

Bigender – bigenre

Intergender – intergenre

En cherchant des termes utilisés sur des sites francophones ou dans des interviews avec des militant.e.s francophones, je me suis aussi informé.e sur l’existence de pronoms et expressions non-binaires en français. Deux exemples : l’utilisation de l’expression non-conforme dans le genre (pour ‘gender non-conforming), que j’ai vu utiliser pour la première fois par une militante trans canadienne, Sophie Labelle. Elle est d’ailleurs aussi lspan>’auteure de la BD, parlant des questions trans, ‘Assignée Garçon’, dont la protagoniste est une petite fille trans qui a aussi un.e ami.e non-binaire. Deuxième exemple : en parlant avec le.a photographe Naïel Lemoine des pronoms iel ou yel. Yel a témoigné entre autres de la difficulté de faire accepter ces néologismes en France.

Ainsi j’ai lancé le groupe (NB France : non-binaire, genderqueer, androgyne, genderfluid et agenre), d’abord en invitant quelques personnes trans/GQ francophones ou bilingues parmi mes connaissances. J’ai crée une première version d’un glossaire de termes en décembre 2013, pour aider les gens à se définir, et à discuter de la non-binarité. Le groupe a grandi petit a petit, pour avoir maintenant environ 800 membres. Il est moins actif que le groupe anglophone (il y a pas mal de personnes qui ne s’expriment pas pour une raison ou une autre) et attire moins de monde pour l’instant, mais nous avons eu beaucoup de discussions, de partages utiles et intéressants. Une petite équipe de plusieurs personnes GQ l’anime.

Nous avons aussi pu affiner nos connaissances des termes variés, utilisés par les francophones ainsi que des termes anglais populaires – par exemple il semblerait qu’en général le terme ‘genderfluid’ est plus populaire que ‘(à/de) genre fluide’. Nous avons aussi discuté de termes comme FTU (unknown) ou FTX ou FT*… qui semblent être plus répandus en francophonie que dans le monde anglophone.

D’autres sujets de discussion typique pourraient concerner, entre autres : l’actualité LGBTQ (la controverse sur ‘la théorie du genre’ ; la Manif pour Tous ; notre solidarité concernant la suicide de Leelah Alcorn ou d’autres jeunes trans…); les films ou de la musique en rapport avec la non-binarité ; les options de genre sur Facebook ; où trouver un binder pour les FTM/FTX; des conseils de maquillage; qui a le droit de se considérer comme ‘non-binaire’ – est-ce qu’il faut s’habiller d’une certaine manière ou entreprendre certains traitements ou procédures médicales ? (la plupart des personnes GQ conviennent que ‘non’, c’est quelque chose de très personnel…); comment faire des accords des verbes et adjectifs d’une façon non-binaire (ce qui est souvent plus facile à l’écrit qu’à l’oral…) etc. Il se trouve aussi que parfois un.e membre vit des expériences douloureuses (rejet par la famille; tentative de suicide…), et nous avons pu le.a soutenir, ou au contraire qu’un.e membre veut parler d’un succès ou bonheur. Nous avons aussi entrepris certains projets comme de traduire ensemble un long article du Washington Post au sujet d’une jeune personne genderqueer.

Il semblerait en fin de compte que le nombre de personnes en France/la francophonie s’identifiant avec la non-binarité serait plus grande que l’on ne pourrait penser à premier abord. On le constate par le nombre croissant de personnes qui demandent à rejoindre le groupe Facebook francophone, ainsi que, par exemple, lors du rassemblement LGBTQI annuel à Marseille UEEH, ou j’ai parlé des genres non-binaires pour le colloque 2014. En 2014, il était évident que c’est un phénomène en croissance et qu’il y avait beaucoup de personnes ne s’identifiaient pas seulement comme femme ou homme (que ce soit cis ou trans). Un participant gay connaissant les UEEH depuis longtemps a commenté que cela devenait plus compliqué, parce qu’autrefois il était facile de mettre les gens dans des cases comme ‘homme gay’, ‘femme lesbienne’, ‘femme trans’,  ‘homme trans’ – mais que désormais, il était plus difficile et on risquait de mégenrer/froisser les gens plus facilement. Mais il a précisé qu’en même temps ces multiples possiblités pour se définir étaient libératrices.

 

Option de genre ‘personnalisé’ sur Facebook

Les membres du groupe genderqueer anglophone ont appris que Facebook a introduit cette possibilité sur sa version du site en anglais américain au début de 2014, ou cela a été annoncé sur le groupe de discussion. Avant cela plusieurs membres avaient essayé certains plugins (logiciels) non-officiels, pour que Facebook les appelle « they » (iel) au lieu de « he » ou « she », mais à ce moment iels ont appris que Facebook avait décidé de prendre en compte la diversité de genres en offrant des options variées. Plusieurs membres s’en sont servi.e.s pour afficher leur genre revendiqué et ne plus être « he » ou « she » de manière officiel. En même temps Facebook avait annoncé travailler sur la possibilité de le faire pour d’autres langues aussi.

Nous avons donc fait des efforts pour contacter Facebook pour faire des suggestions pour des termes français et on leur a donné des suggestions de personnes et de groupes spécialisés dans le genre en France ainsi qu’une liste de suggestions de termes français. Pour ce dernier, nous nous sommes basé.e.s sur le glossaire LGBTQI du groupe (fait par moi-même avec des ajouts ou améliorations par d’autres membres, surtout l’un.e des admins, Nathaël ParadOx, qui avait par exemple rajouté les suggestions comme semi-garçon et semi-fille  en traduction de l’anglais demiboy et demigirl ainsi que des termes ayant un rapport avec des orientations : aromantique, asexuel/le (j’ai rajouté qu’il est conseillé de ne pas dire ‘asexué’), demisexuel/le et des définitions de genderfuck et HARSAH).

J’ai ajouté pour la liste de termes que j’ai envoyée à Facebook un petit nombre de termes supplémentaires par rapport au glossaire, en traduisant de leur liste d’options anglaises, telles que ‘autre’ (pour ‘other’) et ‘genre en questionnement’ (pour ‘gender questioning’).

J’ai inclus ainsi que des termes clairement francisés (bigenre, transgenre…) des termes anglais revendiqués par certain.e.s francophones, tels que genderqueer et genderfluid (sur le groupe NB francophone une personne canadienne a dit une fois, indigné.e, que saon partenaire n’était pas ‘de genre fluide’ mais était bel et bien ‘genderfluid’; d’autres ont dit trouver ‘genderqueer’ plus précis que ‘queer’ tout court).

Après avoir eu quelques échanges par mail avec une personne chez Facebook à Paris et avoir envoyé des suggestions au début de mars, je n’ai ensuite pas eu de nouvelles.

En juin 2014, finalement, nous avons appris – dans la presse – que les options de genre étaient maintenant disponibles en français, et que c’était la troisième langue choisie après l’anglais américain, et l’anglais britannique – ce dernier ayant été proposé un jour plus tôt (de toute manière il n’y a aucun problème de traduction dans ce cas, les deux utilisant vraisemblablement les termes identiques). J’ai appris dans la presse qu’on disait que Facebook avait mis cela au point surtout en travaillant avec l’association Inter-LGBT. Les options ont été lancées le 28 juin pour marquer de la Marche des Fiertés de Paris. Les options françaises étaient 62 (y compris ‘femme’ et ‘homme’), un peu plus des options anglaises (58, avec ‘male’ et ‘female’).

Interviewée par Têtu, la directrice de Facebook France, Michelle Gilbert, a dit : «Il y a chez Facebook une vraie sensibilité autour de ces questions. Nous sommes très actifs, au sein même de la société mais aussi en externe. C’est une évolution naturelle pour une plateforme comme Facebook de refléter l’évolution de la société. Nous devons donner à chacun la possibilité de s’identifier comme il le souhaite.»

Nous ne pouvons dire jusqu’à quel point nos suggestions leur ont servi, mais on peut noter qu’ils ont retenu certaines tournures moins communes que nous avions suggérées, comme non-conforme dans le genre, genre en questionnement, genre atypique etc. La plupart des termes que nous avions proposés  se retrouvent dans leurs options, sans, on pourrait le regretter, certains termes anglais comme genderqueer ou genderfluid, Facebook ayant opté pour être plus franco-français. Il manque aussi ‘transidentitaire’, lequel semble pourtant une bonne alternative française pour ‘trans’ (mieux que transgenre, dont la signification en français est parfois disputée). Ils ont aussi ajouté quelques termes comme bispirituel/le, allosexuel/le et altersexuel/e, que nous avons ensuite rajoutés au glossaire du groupe, ayant cherché des définitions notamment sur un site LGBT canadien www.le-neo.com.

 

Comment faire pour changer son genre sur Facebook?

D’abord cliquer sur son nom pour aller sur son profil, ensuite cliquer ‘actualiser mes infos’ en haut, puis ‘vue d’ensemble’. Placez le curseur juste en-dessous de la date de naissance à droite de la page et cliquez sur ‘modifiez vos coordonnées et infos de base’. Vous verrez la mention ‘sexe’, probablement avec ‘homme’ ou ‘femme’ affiché. Placez le curseur à droite de ceci et cliquez sur ‘modifier’.

Vous aurez le choix d’ ‘homme’, ‘femme’ ou ‘personnalisé’, ainsi que l’option d’afficher votre ‘sexe’ (‘genre’ aurait été préférable comme terme…) sur votre profil public ou pas. Cliquez sur la case pour ne pas l’afficher si vous voulez être discret.e (ou au moins dans un premier temps).

Ensuite vous aurez des options de genre. Cliquez pour choisir qui peut voir votre genre – par exemple public (tout le monde), vos amis, vous seulement etc. Si vous voulez rester un peu discret.e mais quand même partager cet aspect de vous-même avec un partie de vos ami.e.s cliquez sur ‘Personnalisé’. Vous pouvez ensuite choisir de ne le montrer qu’à certaines personnes ou groupes d’amis choisis, ainsi que/ou spécifier certaines personnes ou groupes qui ne peuvent pas le voir.

 

Créer des groupes d’amis :

Si vous ne savez pas comment créer un groupe d’amis, allez dans votre fil d’actualité, par exemple en cliquant sur le « F » de Facebook en haut à gauche. Ensuite cliquez sur « Amis » dans la colonne à gauche de l’écran. Ensuite cliquez sur ‘créez une liste’. Vous pouvez ensuite nommer la liste et ajouter des amis.

 

Choisir des options de genre :

Il faut commencer à taper le genre préféré. Beaucoup d’options, mais non-pas toutes, sont possibles. Si une option est disponible elle s’affiche – cliquez sur le mot pour l’ajouter. On peut ajouter un genre ou plusieurs. Par exemple, si on se considère comme étant non-binaire, on pourrait dire tout simplement ‘non-binaire’ ou ‘non-conforme dans le genre’ si l’on veut rester dans des termes larges assez généraux. Pourtant, si l’on préfère un terme plus spécifique, on peut mettre, par exemple ‘intergenre’ ou ‘androgyne’ ou ‘bigenre’. Finalement on pourrait choisir plusieurs termes si l’on trouve que cela décrit d’une façon plus complète son identité, par exemple: non-binaire, androgyne et genre fluide pour une personne dont le genre est essentiellement un mélange d’homme et femme mais un peu variable.

Ensuite, choisir un pronom, soit masculin, féminin, ou neutre. Ceci va modifier la manière dont Facebook parle de vous à des tiers. Si vous choisissez ‘neutre’, Facebook va chercher des tournures qui évitent de préciser un genre masculin ou féminin. Par exemple, si quelqu’un qui n’est pas un.e ami.e sur Facebook se rend sur votre profil pour cliquer pour demander d’être accepté.e comme ami.e cela affichera ‘voir ce que cette personne partage avec ses amis, envoyez-lui un message…’ au lieu de, par exemple, ‘pour voir ce qu’il partage avec ses amis… ». Ou bien, dans certaines phrases, Facebook pourra mettre le féminin entre parenthèses en parlant de vous (ce qui a suscité quelques plaintes de personnes qui ont dit qu’elles auraient préféré des points ou tirets).

Quoique Facebook dise que votre choix de pronom sera ‘visible’ sur votre profil, en réalité il n’est visible de façon explicite qu’aux personnes avec lesquelles vous avez partagé votre choix de pronom. (Pourtant, comme mentionné ci-dessus, si quelqu’un fait attention à ceci il pourrait remarquer que Facebook parle de vous en évitant de genrer au masculin ou féminin).

En regardant les options possibles après six mois on note qu’elles n’ont pas changé depuis le début. En plus il n’y a plus d’option pour ‘suggérer un genre’, qui existait avant. Je n’ai pas d’information sur la fréquence d’utilisation de cette possibilité de choisir un genre personnalisé, ni si Facebook a reçu beaucoup de suggestions nouvelles ou pas. Cependant je note que la possibilité de ‘personnaliser’ son genre n’a pas fait l’objet de beaucoup de publicité ou d’information.

Pour finir, depuis très peu de temps, pour les personnes qui ont choisi d’utiliser Facebook en anglais américain seulement, il est possible de mettre n’importe quel terme dans la case pour le genre, et le terme est accepté. Après, pourtant, si l’on opte pour utiliser Facebook en français de nouveau, un terme choisi librement (non pas proposé par Facebook lorsqu’on commence à taper une lettre) ne sera alors plus visible. Et même en continuant d’utiliser Facebook en anglais américan le terme ne sera pas visible aux utilisateurs du français.

On pourra pourtant, par exemple, choisir un terme librement et un autre terme proposé par Facebook comme « non-binary », et ce dernier sera visible, seul, aux ami.e.s utilisateur.ice.s francophones. On pourrait noter, en passant, que Facebook ne fait pas de traductions de terminologie de genre, ainsi le choix de « non-binary » apparaît aux utilisateurs francophones toujours comme « non-binary », et non pas traduit en « non-binaire ».

Il faudra maintenant attendre pour voir si Facebook pourra étendre cette option de choix libre aux autres langues. Ainsi des personnes qui sur le groupe non-binaire ont souhaité dernièrement afficher des options comme « agenderflux » ou « agenre-fluide », signifiant un genre parfois agenre, parfois autre chose, pourront être euxelles aussi satisfait.e.s.

Une astuce : Il est possible d’utiliser des options qui existent en anglais américain et non pas en français – il faut opter pour lire Facebook en anglais américain (cliquer sur le « F » en haut à droite pour avoir votre fil d’actualité/ ensuite trouver la langue, sous les évènements et invitations, à droite); ensuite choisir le ou les termes préféres (par exemple genderqueer) et ensuite changer pour le français de nouveau – Facebook aura conservé les options choisies même si elles n’existent pas sur la version française. 

 

La liste complète des options françaises :

Genre atypique ; Genre en questionnement ; Genre fluide ; Genre neutre ; Genre variable ; Genre variant ; Au genre non-conforme ; Non-conforme dans le genre ; En questionnement sur son genre ; Refuse de se conformer aux stéréotypes de genre ; Agenre ; Aucun ; Autre

Transgenre ; Transsexuel ; Transexuelle ; Travesti ; Travestie ; Trans ; Trans’ ; Femme trans ; Femme trans’

Femme transsexuelle ; Femme transgenre ; Femme transgenre ; Femme cis ; Femme cisgenre ; Homme vers femme ; Femme vers homme ; Homme trans ; Homme trans’ ; Homme transgenre ; Homme transsexuel ; Homme vers femme ; Femme vers homme ; Homme cis ; Homme cisgenre ; Homme ; Femme

Androgyne ; Bigenre ; Bispirituel ; Bispirituelle ; Non-binaire ; Neutrois ; Queer ; Two spirit ;

Inter-sexe ; Intergenre ; Intersexué ; Intersexuée

Allosexuel ; Allosexuelle ; Altersexuel ; Altersexuelle

Garçon cis ; Garçon cisgenre ; Fille cis ; Fille cisgenre ; FTM ; MTF

 

Glossaire (non pas définitif ou exhaustif) de termes utiles pour parler du genre non-binaire

[Certaines définitions sont entièrement dépendantes d’un contexte très fort du type médical, psychiatrique, politique ou culturel]

A

Agenre – personne qui a le sentiment de n’être ni un homme ni une femme (ni même un mélange des deux); de ne pas avoir un genre. Une variante est agenre-fluide, pour une personne qui se sent parfois agenre, parfois autre chose.

Androgyne – identité de genre d’une personne qui trouve que son identité est un mélange d’homme et de femme.

Aromantique : se dit d’une personne qui n’a pas d’orientation romantique. Souvent abrégé en aro.

Asexuel/le : se dit d’une personne qui ne ressent pas d’attirance sexuelle pour autrui (définition de Aven-Fr). Souvent abrégé en ace. (Selon Aven France, il faut éviter asexué/e qui serait une personne sans organes génitaux).

Altersexuel/le: Terme inclus dans les options de genre par Facebook, désignant une personne qui refuse les étiquettes sexuelles relatives à son orientation sexuelle ou à son genre (selon www.le-neo.com).

Allosexuel(le) : Néologisme désignant les personnes gays, lesbiennes, bisexuelles, trans ou en questionnement selon (www.le-neo.com). Terme inclus dans les options de genre par Facebook.

Assigné à la naissance – assigned at birth – se dit en parlant du sexe qui vous a été attribué à la naissance par l’état civil. En anglais, AMAB = assigned male at birth; AFAB = assigned female at birth. On voit aussi parfois FAAB and MAAB female-assigned at birth. En français on peut aussi dire ‘assigné/e garçon’ ou ‘assigné/e fille’.

B

Bigenre – quelqu’un qui s’identifie pleinement avec deux genres différents (par exemple, mais non pas seulement, un homme et une femme), en général en changeant entre les deux selon le jour ou la situation.

Binaire (adj) binarité (nom) – tendance à diviser les êtres humains dans deux sexes/genres et deux camps clairement différents et séparés et à accepter les rôles de genre typiques (les filles aiment le rose, les garçons le bleu…). Sur le plan personnel, être plutôt binaire (par exemple, une femme traditionnellement féminine, ou un homme traditionnellement masculin) n’est pas un problème si ça vous convient, mais ça peut être un problème si vous voulez imposer une vision binaire de la société pour tout le monde.

Bispirituel/le – voir Two-Spirit.

Butch – nom ou adjectif qui peut designer une femme (souvent lesbienne) qui se sent femme, mais a un comportement et look typiquement masculins. Se contraste avec une lesbienne « fem » (femme en anglais), ou une lesbienne « lipstick », typiquement féminines.

C

Cisgenre, ou « cis » – le contraire de transgenre; par exemple personne assignée au sexe féminin à la naissance et qui se considère une femme. Personne dont le genre est en concordance avec le sexe déclaré à l’état civil à la naissance.

Cissexuel/le – terme alternatif, mois utilisé. Souvent utilisé comme synonyme de cisgenre. Parfois utilisé pour signifier une personne à l’aise avec les caractères sexuels de son physique de naissance (même si éventuellement transidentaire pour ce qui concerne son ‘identité de genre’). Selon une autre définition souligne souvent une identité cisgenre alliée à une orientation hérérosexuelle.

Cis – raccourci du terme cisgenre ; une personne cis – antonyme une personne trans.

 Crossdresser – terme anglais parfois utilisé en France, signifiant généralement « travesti/e », éventuellement avec moins de connotations péjoratives. Désigne une personne qui aime porter des vêtements censés être pour un autre genre (généralement ‘le genre opposé’ dans un contexte binaire) sans forcément préciser pourquoi.

D 

Dysphorie de genre – terme médical et psychiatrique inscrivant le « transsexualisme » comme étant une « inversion » de genre (depuis le DSM 4) ; antonyme politique possible : euphorie de genre. Son étymologie signifie ‘se porter mal’, ainsi hors d’un contexte professionnel le terme ‘dysphorie’ tout court est également assez souvent utilisé par les personnes trans pour désigner un sentiment de malaise concernant le genre à cause de situations dans la vie d’une personne qui ne conviennent pas à son identité de genre – souvent concernant les aspects physiques du corps, mais éventuellement aussi concernant d’autres aspects comme le rôle social, l’utilisation de pronoms et l’expression de genre.

Demiboy/demiguy (semi-garçon ?) : une personne qui se sent en partie un garçon, mais en partie autre chose, sans préciser exactement.

 Demigirl (semi-fille ?) : Idem que demiboy pour un genre plus féminin.

 Demisexuel/le: une personne ne pouvant éprouver une attraction sexuelle qu’en cas d’une certaine proximité sentimentale avec la personne (qui peut aller de la simple amitié à l’amour).

 Drag – mot anglais, reconfigurant le terme de travestissement en lui donnant un sens politique et/ou culturel. Une drag queen est un homme qui s’habille d’une manière exagérément féminine pour performer un type de féminité, s’amuser ou pour des spectacles (exemple dans Priscilla, folle du désert). On parle de drag king pour les femmes performant la masculinité. 

E

 Expression de genre – comportements associé au genre liés aux vêtements, voix, gestes, loisirs, amitiés etc.

F

Femme – identitié de genre féminine. Si assignée au sexe masculin à la naissance peut vouloir prendre des hormones et faire des chirurgies pour ressembler physiquement à une femme cisgenre, ou non.

 Fem – (prononcé avec un « e » comme dans même) – peut signifier une personne de sexe féminin et de comportement et identité plutôt féminine, en particulier en parlant de personnes lesbiennes. Selon une autre définition « fem » peut signifer des personnes de sexe féminin, généralement des féministes, qui sont conscientes de « performer » la féminité, ayant une conscience des ròles de genre et ne se définissant pas forcément féminines comme identité.

 FTM – personne assignée à la naissance au sexe féminin, qui se considère un homme – Female to Male en anglais. Il existe aussi FTX, ou FT* ou FTU (unknown) comme désignations non-binaires. 

G

Genderfluid : voir genre fluide.

 Genderqueer – approximativement synonyme de non-binaire (éventuellement avec un accent encore plus fort sur le fait de se sentir complètement en-dehors du système binaire). Peut être vu comme un terme plus politiquement engagé à cause de l’utilisation du mot « queer ». A l’origine « queer » signifie « étrange » et a été utilisé comme une insulte, surtout pour les personnes gays, et puis le mot a été réapproprié par des militant.e.s LGBT et des universitaires dans les études de genre pour signifier tout ce qui n’est pas cis, hétéro et binaire dans le genre, la sexualité et le comportement. Genderqueer par contre est un mot crée par les personnes non-binaires elles-mêmes et n’a pas d’associations négatives. Mot revendiqué par beaucoup de personnes non-binaires en particulier aux Etats-Unis. Certaines personnes genderqueer se reconnaissent sous la banière de la transidentité, d’autres préfèrent considérer que pour elles, être genderqueer est une identité ou trajectoire à part, pas vraiment cis ni trans. 

 Gender studies – études de genre – terme US désignant une interdisciplinarité universitaire consistant en une analyse politique critique des rôles des hommes et femmes dans la société.

 Gender variant (genré différemment) – (identité de) genre atypique.

Gender non-conforming – personne dont le comportement ne se conforme pas aux rôles de genre stéréotypés. Parfois on voit « genre non-conforme » en français, aussi « non-conformes dans le genre ».

 – expressions anglaises très large pour qualifier une personne qui a une identité ou expression de genre atypique (par exemple, souvent préférées pour parler des enfants dont le comportement n’est pas typique de leur genre assigné, pour éviter de les qualifier de ‘trans’). Selon UC Berkeley (http://geneq.berkeley.edu/lgbt_resources_definiton_of_terms#gender_variant) gender non-conforming est préférable parce que ‘variant’ implique un une divergence par rapport à une ‘norme’.

 Genderfuck : pratique consistant à jouer avec les représentations de genre de manière à embrouiller, mélanger ou combiner à dessein les expressions stéréotypées de genre propres à une culture.

 Genre – nom qui correspond à plusieurs idées et domaines d’études, centrés sur les questions de ce que cela signifie d’être un homme ou une femme, ou autre chose, dans la société dans laquelle on vit, et dans sa tête et ses comportements et ses rapports avec les autres. Si « sexe » concerne, surtout, les attibuts du corps, « genre » concerne plutôt des aspects psychologiques et sociaux. Ce terme est, en plus, assez souvent utilisé en tant que raccourci d’ ‘identité de genre’.

 Genre fluide/genderfluid – personne dont l’identité de genre fluctue de manière assez marquée; peut se sentir parfois plutôt un homme parfois plutôt une femme, parfois androgyne etc.

 Genre social – le genre dans lequel on est recconu/e quotidiennement par notre entourage.

 Grey-asexual (asexuel-le gris ?): se dit d’une personne majoritairement asexuelle mais qui a déjà ressenti une attraction sexuelle pour quelqu’un. Cela se fait cependant de manière trop sporadique pour qu’elle tombe sous l’identité de sexuel. S’abrège souvent en grey-A.

 H

 Homme – identité de identité de genre  masculine. Si assigné au sexe féminin à la naissance peut vouloir prendre des hormones et avoir des chirurgies pour avoir un corps qui ressemble à celui d’un homme cisgene, ou non.

HARSAH : Homme ayant ou ayant eu une ou plusieurs relations sexuelles avec des hommes, mais ne s’identifiant pas comme homosexuel ou bisexuel. (http://www.le-neo.com/). 

 I

Identité de genre – sentiment intime d’être un homme ou une femme (ou les deux, ou un mélange, ou autre chose etc).

Intergenre – Intergenre – un terme basé sur intersexe (voir ci-dessous). Donna Lynn Mathews en a parlé sur son site web en 1998 en expliquant sa propre identité intergenre (http://cydathria.com/ms_donna/intergen.html). Selon Donna Lynn Mathews, qui a aidé à populariser le terme mais dit ne pas l’avoir inventé (http://cydathria.com/ms_donna/tg_def.html), la plupart des personnes s’identifient comme homme ou femme et sont pour la majorité cisgenre. Ensuite elle dit que d’autres personnes préfèrent voir le genre comme un spectre, non pas deux choix binaires, et que les personnes intergenres sont celles « dont le genre se trouve entre les deux extrémités opposés d’homme et de femme ». (Soit dit en passant que pour certain.e.s personnes non-binaires la proposition que le genre se résume à un spectre linéaire allant de ‘homme’ à ‘femme’ serait elle aussi trop réductrice). Il est parfois (mais non pas seulement) revendiqué par des personnes intersexuées qui n’ont pas une identité de femme ou d’homme (tandis que d’autres personnes intersexuées s’identifient à l’un des deux genres binaires).

Intersexué/intersexe – adj. Qualifie une personne qui ne peut pas être classée comme de sexe féminin ou masculin pour ce qui concerne son sexe biologique de naissance.

 L

 LGBT+ Sigle qui souligne l’ouverture vers une pluralité de possiblités au-delà des identités et orientations conventionelles. Le + est proposé pour éviter de beaucoup ralloger le sigle, mais dans le cas contraire on peut utiliser, par exemple, LGBTQI (lesbienne, gay, bi, trans, queer et intersexe), éventuellement aussi A pour asexuel.

M

 MTF – Male to Female – personne transidentitaire assignée au sexe masculin à la naissance, qui se considère une femme.

Métagenre : un récit métagenre décrit une transition (quelle qu’elle soit) resignifiant l’assignation sociojuridique en fonction de l’évolution de vie et en en faisant une philosophie de vie.

Mégenrer/ malgenrer – utiliser le mauvais pronom en parlant d’une personne, par ignorance, oubli ou méchanceté.

 N

Neutrois – personne qui a le sentiment d’avoir une identité de genre neutre. Selon plusieurs sites anglophones dédiés au sujet, à l’origine le terme était souvent associé à une personne voulant, en plus, modifier les caractères physiques de son corps pour le rendre plus ‘neutre’ (mammectomie, orchidectomie etc). Pourtant c’est loin d’être le cas pour toutes les personnes qui revendiquent cette identité. Selon le site Neutrois Nonsense (http://neutrois.me/neutrois/) contrairement à une personne agenre, qui se voit comme étant ‘sans genre’, une personne neutrois à un genre, mais c’est un genre neutre. Selon plusieurs sites anglophones, crée par H.A. Burnham, en 1995, pour parler de ses propres sentiments envers le genre (http://web.archive.org/web/20010307115554/http://www.neutrois.com/faq.htm).

Non-binaire – terme générique, désormais associé à une critique politique, culturel et scientifique réfutant la théorie naturaliste et essentialiste, soit l’idée qu’il n’y a que deux sexes naturels produisant deux genres sociaux. On dit d’une personne ou d’une groupe, qu’elle est non-binaire. Les identités comme agenre, bigenre, androgyne, etc, sont des identités non-binaires avec des sens plus restreints. Les personnes non-binaires (parfois raccourci en ‘NB’) peuvent préférer un pronom non-binaire tel que iel ou yel, ou ille, ou ol ou ul (ces deux derniers peuvent plaire davantage à certaines personnes dont l’identité ne se définit pas par rapport aux genres binaires). Certaines personnes sont binaires mais adoptent une vision non-binaire des identités, rôles et places.

O

Orientation romantique/sentimentale : elle définit le(s) genre(s) pour le(s)quel(s) une personne est capable d’avoir des sentiments. Pour beaucoup de sexuels, leur orientation romantique correspond à leur orientation sexuelle, mais ce n’est pas systématique, de même qu’un asexuel peut ne pas être aromantique.

Orientation sexuelle – le fait d’être hétéro, gay/lesbienne/homosexuel ou bi. D’autres personnes se disent pansexuelles ou polysexuelles pour sortir d’un schéma binaire. Pour éviter de dire « hétéro » ou « gay » une personne non-binaire pourrait aussi préférer androphile ou androsexuel/le ou gynéphile/gynésexuel/le. Une MTF qui aime les femmes est considérée comme étant lesbienne et un FTM qui aime les hommes est considéré comme étant gay.

 P

 Pangender (pangenre) : une personne qui considère qu’elle s’identifie avec tous les genres.

 Pansexuel/le : peut se dire d’une personne pouvant être attirée par tous les genres, y compris non binaires. Souvent défini également par la possibilité d’aimer quelqu’un parce que c’est une personne. Polysexuel/le – personne qui peut aimer des personnes de plusieurs genres possibles, mais non pas forcément tous.

 Passer – le fait d’avoir une apparence et manières qui font qu’une personne transidentitaire qui vit dans le genre social contraire au sexe assigné à la naissance est facilement acceptée en tant que femme ou homme et ne se fait pas remarquer en tant que personne trans. 

 Q

 Queer : mot anglais signifiant « étrange ». A l’origine utilisé péjorativement envers elles, les communautés LGBT+ se le sont approprié (quoique certaines personnes anglophones, surtout les moins jeunes, continuent de l’éviter à cause d’associations négatives pour elles). Il peut donc se rapporter dans un sens large à toute personne qui en fait partie. Dans un sens plus restreint, il est particulièrement associé aux personnes qui se sentent en dehors de la binarité (que ce soit dans le genre, l’expression, l’orientation, etc).

Queer Nation : organisation activiste pour les droits LGBT+ qui a marqué l’histoire queer en organisant des évènements notables; fondée en 1990 aux US (http://queernationny.org/history).

Queeriser : mot d’origine anglaise désignant une resignification d’un fait, événement, lecture critique, identité, etc., consistant à lui donner un sens ou un contexte queer.

 R

Rôle de genre – ensemble de comportements traditionnellement associé au fait d’être un homme ou une femme couplant le genre au sexe social attendu par la société ; ou de manière plus large, la manière dans laquelle on se comporte du fait d’accepter d’appartenir à un genre nommé (on peut imaginer qu’il y a un rôle de genre pour un/e androgyne, qui consisterait à mélanger des comportements traditionnels masculins et féminins, et ne pas être trop masculin/e ou féminin/e..).  

Sexe – l’aspect physique de la personne en ce qui concerne des caractères sexuels primaires ou secondaires et génétiques. Non pas forcément, non-plus, « binaire » puisqu’il y a beaucoup de variantes intersexuées. En général en français on considère que « mâle » et « femelle » sont utilisés pour désigner des animaux plutôt que des personnes, alors on parle de « sexe masculin » ou de « sexe féminin ». 

 T

Théorie du genre – aussi appelée « théorie du gender » pour souligner son origine anglo-saxonne et gommer l’expression français « études de genre ». Selon certaines personnes d’opinions conservatrices (« anti mariage gay », « anti-gender »), un ensemble d’idées qui tendent à vouloir bouleverser, voire inverser, les normes en matière de rôles de genre, affirmant y voir un complot et une destruction de ce qu’ils perçoivent comme les bases de notre société. 

Transféminin : d’un genre trans tirant plus vers le féminin sans toutefois être femme.

Transgenre, ou « trans » ou personne transidentitaire – personne qui n’identifie pas ou pas seulement ou complètement au genre associé avec l’assignation à son sexe-genre de naissance. Dans un sens restreint « transgenre » s’utilise parfois en France pour des personnes qui ont une identitié de genre trans et vivent dans le rôle de genre de leur genre psychologique, mais ne veulent pas suivre un parcours complet d’opérations etc (par exemple MTF ne voulant pas faire une vaginoplastie). On peut aussi écrire trans* ou trans’ pour souligner le fait qu’il y a plusieurs identités possibles qui sont regroupées sous le terme – y compris beaucoup dont on parle dans ce glossaire. 

Transidentité (nom)/transidentitaire (adj) – exprime le fait d’être et vivre un genre trans et souligne la dimension identitaire (et non pas sexuelle); n’implique pas (forcément) le désir et transition dite « transsexuelle ».

Transition – le fait d’entamer des démarches pour mettre son corps, son expression de genre, son rôle de genre social, éventuellement son état civil, plus en état avec son ressenti interne. On parle aussi de suivre un parcours.

Transmasculin : D’un genre trans tirant plus vers le masculin sans toutefois être complètement homme.

Transsexualisme : terme lié au médical et psychiatrique, désignant un trouble de l’identité sexuelle ou de genre (appelée dysphorie de genre dans le DSM 4 et 5) et s’appliquant aux personnes allant d’un « sexe social à l’autre».

Transsexuel/le (nom ou adj) – terme lié au contexte médical et psychiatrique se référant à une personne FTM (un transsexuel) ou MTF (une transsexuelle). Terme assez souvent contesté par les personnes trans (par exemple parce que vu comme étant trop focalisé sur le sexe au lieu de l’identité) et qui désigne généralement une personne trans qui s’identifie de manière durable au sexe contraire à celui qui lui a été assigné à la naissance et souhaite faire un parcours hormono-chirurgical (en général, si possible, comprenant une phalloplastie ou vaginoplastie).

Travesti/travestie – en théorie, homme qui aime s’habiller avec les vêtements de femme (ou plus rarement vice versa). Souvent (dans la définition en Europe occidental), il s’agit d’une personne AMAB qui prend un rôle et apparence féminin (soit chez elle, soit pendant des sorties avec des ami.e.s etc) de façon ponctuelle. En théorie, toujours sans vraiment avoir une identité de genre de femme (donc, plutôt pour le plaisir d’essayer un « rôle » différent par rapport au quotiden, dans un but de relaxation ou de divertissement). Mais certaines personnes qui se définissent ainsi, disent se sentir une femme au moins dans les périodes féminines. Dans ce cas ce serait peut-être synonyme de « bigenre ». Parfois on voit « une travestie » pour une personne AMAB qui se sent femme (quand elle est habillée en femme) pour distinguer des « travestis » qui, dit-on, se sentiraient plus homme et/ou s’habilleraient plus dans un but fétichiste.

Trigender (trigenre) : quelqu’un dont l’identité varie entre trois genres.Two-Spirit : un terme des Amérindiens qui signifie littéralement « deux esprits » (dans un corps). Parfois pris dans l’Occident pour signifier pouvant s’identifier avec les hommes et les femmes en même temps, mais peut être vu comme synonyme de transidentitaire par certains Amérindiens (quoique dans les tribus, ces personnes avaient souvent un rôle spécial/ à part).

V

Voyagenre : aller d’un genre-l’autre comme d’un chemiment de vie sans en faire nécessairement une identité fixe.

——–

Mis en ligne : 08.05.2015

 

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Entretien avec Naiel Lemoine, photographe

Naiel Lemoine

Photographe

 

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 » Je suis avant tout unE individuE qui aime et utilise la photographie comme moyen d’expression et de résistance; politiquement comme Trans  FTU ( AssignéE Female To Unknown) féministE, militantE, Queer, et plein d’autres choses… »


 

1- Bonjour Naïel. Peux-tu te présenter ?

Me présenter, oui/

 je peux / essayer

Dans les marges de /

cette humanité, j’erre/

multiples visages/

d’un par/ëtre qu’on /

étiquette

J’ai 15 codes-barre tatoués/

au fer rouge scintillant

éclaboussures / en strass doré

De tous les Égos/

militants

Me situer, c’était avant

Des images pour/

crier

pas pour/

classifier

pas pour/

imposer

juste pour/

 Hurler/

 l’indicible

Des instantanés/ datés

d’identités éclatées

d’êtres humains/

 en rupture

éclatant/

 toutes les évidences

Système hétéropatriarcal

un peu, vacillant

Machine à fabriquer

impitoyablement/

LA Femme/

L’Homme

parés si possible/

 de longs filaments dorés

habillés si possible

d’un paraître /

laiteux

si translucide que/

douteux

Des Hommes/Des Femmes

complémentaires /

et surtout/

inégalitaires

Machine à fabriquer de l’Essence

résistes-tu

au paradigme de nos Existences?

Dame Nature/

entends tu les voix

de tous les ratés de/

ta production?

Lis tu parfois/

les traces/

 que nous laissons/

ces quelques mots/ces quelques images/

qui/juste/

exposent au grand jour ton

Historicité…

Me présenter/ me situer/

Maintenant?

RatéE du système de production

Du rêve tu veux/

me vendre?

À grand coup

d’intégration-assimilation/

de mariage et de papiers/

pour me valider/

pour me /

récupérer…

mais, la quête

de la reconnaissance/

bien que longtemps/ pratiquée

porte en soi

l’échec /

de toutes les militances

la reconnaissance /

 abandonnée/

les sous-droits que tu veux/

nous concéder/

sous prétexte de

modernité

pour mieux

coloniser

pour mieux nous instrumentaliser

et nous intégrer

dans ton

État-Nation

Penses tu encore vraiment/

que j’ai envie

d’exister

par et dans

ton système sexiste,

raciste

classiste,

âgiste et validiste…..

 Naïel le 22/08/2012

 

 

2- Si tu es connuE pour ton travail, c’est surtout pour sa dimension « queer » (avec GenderFucking) : Que mets-tu derrière ce mot ?

Dimension queer/
vécu queer/
ou juste
posture queer/
queer as God?

Queer comme /
empowerment
ou comme/
piétinant/
les ditEs « straight »?

Queer, ce mot sonne juste comme/
un rappel/
d’une possibilité de
pouvoir/
se penser/se panser/ sans se
victimiser

Étrange/
comme, le retournement de l’insulte/
comme la contrainte à la/
Normalité
qu’on soit homoE
ou
hétéroE

Queer/
comme mes luttes incessantes/
récurrentes/
contre toute tentative
d’intégration-assimilation

Queer comme profusion/
des genres/
qui devrait juste
être
mais qui n’est qu’une infime résistance/
rattrapéEs que nous sommes par/
le par/Être

queer comme
identité politique/
sans
identité originelle/
qui se construirait
au gré des luttes/
qui jamais ne/
serait fixée.

Queer comme gosses du
blackfeminism/ de Deleuze/
Derrida, Foucault et bien d’autrEs
queer comme les possibles infinis/
de lutter ensemble sans/
se faire homogénéiser/
queer comme/
post identitaire/
sans nier les
identités/
et leur historicité

Queer comme/
un rêve brisé/
par des Égos
/démesurés/
par le refus ou l’oubli de /
mesurer/
le poids de l’asymétrie /
de la construction /
du genre /
dans notre/
société.

Queer comme/
une grille de lecture/
trop souvent utilisée sans/
les apports /
des grilles/ féministes

Queer comme faisant peur/
car
portant en lui/
les germes de/
résistances infinies/
individuelles/
collectives/
car poussant à repenser/
juste
notre façon de penser/
si bien formatée/
si bien /
intégrée.

Queer comme/
blackfeminism
comme/
intersectionnalité
comme analyse /
en terme de
rapports sociaux/
consubstantiels et coextensifs…

Mais à /
Queer En Théorie/
c’est le queer des noms/
le Queer des idées qui naissent /
sur les chaires des universités/
certes, souvent intéressantes/
mais qui oublie que/
la beauté du concept est facile
quand/
on ne fait pas partie
de /
multiples minorités/
quand on n’est pas /
parfois à soi /seulE/
la cible /
des dynamiques des /
rapports sociaux
que sont/
le genre, la classe,/
la race, la validité..;

 

Queer à paillettes/ aussi
Injonctions à la/
baise
injonctions à de nouvelles/
normes
Queer sonne alors comme
bien nantiE…

Alors, queer /
comme une désillusion?
Ou
juste /
comme des théories/des pratiques/
à requestionner/ à critiquer
à réinventer/ à dépasser…

Queer comme
redonner la parole/
queer , comme une chandelle/
au loin
pour construire des vies/
de solidarités
pour détruire les antagonismes/
pour abolir toutes
les frontières/
queer, pour faire exploser/
le genre/ la classe/ la race
et tous les autres rapports sociaux…

Queer as/
Fuck you
but /
especially /
Queer as/
I love you….

Naïel 22/08/2012

 

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3- On te connait aussi pour ton travail sur la question trans : qu’est ce qu’une militance trans par l’art selon toi ?

Tout d’abord, je ne pense pas qu’il y ait LA question trans, étant donnée l’hétérogénéité de ce qu’on appelle communément « le monde trans », mais DES questions trans.

Et je tiens aussi à rappeler que n’ai jamais spécifiquement travaillé sur les questions trans mais sur les questions relatives au genre ( avec « Destroy genders or Fucking genders: pour une société non binaire, « A la recherche de mon identité », « Fighting sexism is fighting gender », « Désa-corps/corps non normés » » Cyborgs’ Land », « Dépasser les identités » « Gender’s illusion », « No gender », la dernière en date » Trans/jections » et des portraits divers de copain-e-s qui transgressent le genre ou pas…).

De plus, si jamais j’ai été connu-e un tant soi peu, c’est tout d’abord pour mon travail sur et dans le milieu lesbien/gouinE, suivant les significations variables de ces deux termes dans l’histoire, et parce que j’ai exposé de 2003 à 2007 à Cinéffable (festival lesbien et féministe international non mixte de cinéma)

Ceci dit, je vais quand même essayer de répondre à ta question, mais celle ci pose en creux trois autres questions qu’on ne peut ignorer pour tenter d’apporter des esquisses de réponses qui font sens :

  • Qu’est-ce qu’être Trans?
  • Qu’est-ce que la/les militances? Pour quoi? Pour qui? Comment?..
  • Qu’est que l’Art?

Sans les coucher sur le papier, on présuppose que ces trois thèmes font l’objet d’un consensus au niveau de leur contenu, ce qui est loin d’être le cas.

Que signifie Trans?

On peut tout d’abord souligner qu’il est une réappropriation par les activistes trans, du terme transsexuel-le, étiquette mise par la psychiatrie, et donc un refus d’être défini par des instances psychiatriques surplombantes et toutes puissantes dans leur pratiques. Cette réappropriation faite dans les années 2000 en (f)rance, (terme repris ou pris par le G.A.T). Dans un tract en 2003, pour mettre fin à la guerre interne transexuelLE/transgenre http://transencolere.free.fr/), marque un tournant dans les histoires trans, dans le sens où en refusant et en dénonçant la psychiatrisation de leurs identités, les trans ont pris la parole (parole, qui, quand on est « malade mentalE », n’a aucune validité) et ont politisé ce qui jusque là relevait du domaine psychiatrico-médical et donc de la sphère du privé.

De victimes, les trans sont passé-e-s à acteurEs (même si le système protocolaire français les contraint toujours) de leurs vies, en dénonçant entre autres le système binaire hétérosexiste et sa machine à fabriquer l’Homme et la Femme.

Par ce terme « trans », les trans se sont auto proclamé-e-s trans, refusant par là même le système protocolaire français, qui définit qui est trans ou non, suivant des critères de stéréotypes de genre datant d’un autre temps, et suivant un parcours à sens unique, imposé, qui doit être complet même si à chaque étape, il est  toujours remis en question par le bon vouloir des psychiatres (pseudo-entretiens avec un-e psychiatre–définition du psychiatre– test de vie réelle–>T.H.R– T.H.S–opération de réassignation sexuelle).

Iels ont donc commencé à refuser les définitions, les discours faits par de pseudo-experts sur eux/elles.

IlLEs se sont iel-mêmes défini-e-s comme expertEs, acteurEs et décideurEs de leur propre existence contre un système médico-juridique qui les contraint toujours actuellement.

Juridique car, après ce parcours qui doit être “complet” suivant les normes des protocoles français, (protocoles eux mêmes proclamés officiels par les équipes psychiatrico-médicales dites « équipes off »), se pose la question de l’état civil (sans papiers quelque peu en adéquation avec votre « apparence », il reste difficile de se loger, de faire des études, de travailler, et donc d’avoir un semblant de vie et ne pas être précaire).

En (f)rance, cela relève de la jurisprudence et du bon vouloir des Tribunaux de Grande Instance, qui peuvent selon leur envie demander des expertises dites « médicales » très coûteuses, aux frais des personnes trans bien sur, en plus de tous les papiers “montrant le caractère irréversible de la transition”, qui sont totalement irrespectueuses  des droits humains (pratiques qui peuvent être des viols..).

Après un très rapide survol de l’apparition du terme trans et des contraintes à la normalité en (f)rance, qui n’est qu’une histoire des trans parmi tant d’autres, une fois l’autoproclamation faite et pratiquée dans les milieux activistes trans, que recouvre ce mot?

Je ne vais pas, ici, donner une définition de « trans », car il en existe, à mon avis, autant que de personnes trans, mais pointer les limites et conflits que pose toute tentative de définition :

Il existe de fait, une diversité importante des identités Trans, qui dans les pays anglo-saxons ont été regroupées sous la “transgender umbrella”, qui inclue toute personne qui ne correspond pas au stéréotype de genre attendus dans sa société.

Il est d’ailleurs intéressant, avant de parler de “transgender umbrella”, de noter  que l’apparition du terme “transgender” est due à un psychiatre ( encore) John F. Olivien de l’université de Columbia, en 1965, lors de la deuxième édition de son « Book Reviews and Notices: Sexual Hygiene and Pathology ». American Journal of the Medical Sciences, écrit pour les professionnels de santé aux Etats-Unis. Il utilise ce terme pour définir ce que la psychiatrie française appelle les “transsexuel-le-s primaires”, dans le sens où la sexualité n’est pas un facteur important.

Puis il semble qu’au milieu des années 70, toujours dans un contexte anglo-saxon, les termes “transgender” et “trans” aient été utilisées comme terme générique.

En (f)rance, comme dans beaucoup de pays, il a pu et est toujours source de luttes communes mais, aussi et surtout, de beaucoup de conflits, avec, toujours reprise cette fois ci par les personnes trans elles mêmes, la distinction entre vraiEs trans/ fausSEs trans déclinée de manières différentes suivant le temps.

Bref, le terme trans, polysémique et autoproclamé, pose notamment comme questions, comme toute « identité », dans une perspective de luttes :

  • L’inclusion /exclusion; sur quels critères; définis par qui?
  • Existe -t-il des spécificités communes à toutes les personnes transidentitaires, qui pourraient servir de socle commun pour des luttes?
  • La question de la hiérarchisation des vécus trans différents et des oppressions différentes (qui ne sont pas comparables et donc à priori pas hiérarchisables), et ceux qui sont mis en avant dans les différents sous-groupes trans.
  • La question de la porosité des frontières entre diverses “identités” et donc des “identités” qui se trouvent dans les marges (celles qui n’ont pas de nom).
  • La question de la non fixité de certaines “identités”, de leur fluidité, de leur variations dans le temps et l’espace…

Ceci est un listing très succinct, j’oublie certainement beaucoup de questions, et celui-ci ne concerne, de plus, qu’une infime minorité de personnes trans : celles qui se disent « trans ».

Qu’est ce que la/les militances?

J’aborderai cette question de façon succincte et de manière un peu schématique, sur un mode binaire, sachant que ces deux types de luttes peuvent s’entrecroiser, se chevaucher et aussi s’entretuer, ou tout du moins pour l’une d’entre elles piétiner l’autre.

La première est une militance pour l’égalité des droits : lutte essentielle pour toute minorité et qui ne devrait pas avoir lieu puisque les êtres humains ne naissent-ils pas égaux en droits dans ce beau pays???

Mais non, ce sont : “Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits” ( Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, article 1)…

Cette forme de militance contient en elle-même ses propres limites, dans le sens où elle postule que les personnes qui les réclament, à juste titre, souhaitent “s’intégrer” à minima dans le système hétéropatriarcal pour la (f)rance.

Celle-ci, dans ses formes extrêmes, devient une lutte pour la sur/intégration/assimilation en piétinant les minorités à côté ou juste en dessous. C’est un petit peu ce qu’on peut voir à l’heure actuelle au sein du mouvement dit “LGBT”, avec les revendications du mariage, l’oubli total pendant une longue période des personnes trans puis une récupération des luttes trans depuis l’IDAHO 2009, avec le mépris pour les folles et les butchs dans les prides, et avec la montée de l’homonationalisme.

Mais sans ces luttes, pas de vie pour les minorités en question, seulement une survie. Ces luttes se font, essentiellement, au moyen de créations d’associations et de lobbying auprès des pouvoirs publics… Les plus grosses associations sont subventionnées par les pouvoirs publics et-ou sont affiliées à des partis politiques.

La deuxième est une militance qui conteste tout le système, qui ne souhaite pas s’y intégrer et souhaite le changer. Ces militances  sont généralement menées par des groupements d’individu-es ou collectifs, qui croisent diverses luttes, s’organisent souvent avec des méthodes D.I.Y. et qui ne sont pas subventionnées par les pouvoirs publics. Elle sont souvent fortement liées aux mouvement anarchistes et libertaires et fonctionnent avec des réseaux plus souterrains. Ce type de militance peut avoir comme limites la création d’un « entre-soi » qui tourne parfois en rond, et la faible diffusion dans l’espace public des actions.

Qu’est-ce que l’Art?

L’“art” est ce qui est reconnu comme art par le biais de la valeur marchande. Ni plus ni moins. En ce qui concerne la photographie plus précisément, elle n’échappe pas à cette définition, et de plus a été tardivement reconnue comme pratique artistique (années 1970) en (f)rance.

La photographie reconnue est celle qui percute, celle de l’image-choc et donc ce médium, utilisé seul, peut difficilement délivrer des messages politiques précis, puisque la photographie, de fait est polysémique.

Je vais donc, après tout cela, essayer de répondre brièvement à ta question : “qu’est ce qu’une militance trans par l’art selon toi ?”

Si j’étais trans au sens de “je suis/souhaite devenir ou et / passer pour homme”, j’essayerai, dans une perspective de militance pour des droits mais aussi dans une perspective de militance contre un système tout entier :

  • De montrer la diversité Trans sous la forme d’une série infinies de portraits/ espaces temps précis, accompagnées de la parole des personnes prises en photos;
  • D’ aborder les questions des corporalités trans (en intégrant « l’incorporation » au traditionnel concept de corps), tout en sachant que travailler sur les corporalités trans a deux écueils qui sont : réduire les trans à des corps (ce qui est déjà l’objet des reportages sur les trans dans les médias) et l’exotisation des corps trans;
  • De travailler sur l’empowerment de certaines populations trans/ réalité des vies trans sous un angle non victimisant;
  • De questionner la question de générations dans le « monde trans »;
  • De travailler sur l’intersectionnalité des oppressions sur un mode non victimisant;
  • Et surtout je questionnerai l’invisibilité trans dans la société, puisque « le passing » produit des hommes et des femmes différentEs ou pas, mais seulement des hommes et des femmes au niveau de la lecture que les autres peuvent avoir dans la rue;
  • Je pense que mes photographies seraient toujours accompagnées des mots des personnes;

Ces différents travaux seraient dans un objectif de plus grande visibilité,  de changement des stéréotypes toujours accolés au terme trans (« MTF, pute au bois de Boulogne » ou « MTF en cabaret ») et d’acceptation des personnes transidentitaires avec la problématique des conséquences du « montrer »:

-montrer/ s’habituer/ acceptation/ « intégration »/

mais aussi le risque:

montrer/ exotiser/ stigmatiser…

Mais, je suis juste “trans genderqueer”, je ne souhaite pas “passer” dans le genre tout court, et en même temps je suis lu-e comme un mec depuis quasiment un an à 100%. Cette nouvelle expérience de lecture de moi, me conduit encore vers d’autres réflexions, dans d’autres impasses personnelles à dépasser…

Si j’avais encore une quelconque espérance dans les luttes trans, je réaliserais peut être, en prenant la légitimité que personne n’est en droit de me refuser, ce que j’ai évoqué ci-dessus mais j’y ajouterai :

  • Des questionnements sur la notion même d’identité : son utilité politique, ses limites et son nécessaire dépassement (projet cases et normes).
  • Je continuerai à attaquer le système hétéropatriarcal, même si je n’ai guère plus d’illusions:

(j’ai un vieux projet écrit et dessiné bien avant « fucking genders » sur l’éducation, le formatage et la rééducation à l’hétérosexualité en tant que régime politique , inspiré par un film comme « orange mécanique »–> projet)

  • La question de la création de nouvelles normes, qui subvertissent les normes en cours dans la société, mais qui finissent par devenir des injonctions dans certains sous-groupes.
  • “Réfractaires au genre” (projet écrit en même temps que “fucking genders”): pourquoi, comment, qui sont ces personnes qui refusent le genre?
  • Un travail plus global sur l’antipsychiatrie, la question de l’enfermement des personnes en lien avec des questions trans….
  • et bien d’autres sur ce monde inhumain…

Je pense que ma pratique photographique ne pourrait être seulement photographique, elle s’accompagnerait de vidéos, de textes, et les formes seraient différentes…

Je parle au conditionnel, car pour l’instant les projets restent bien sagement écrits ou dessinés sur mes carnets, parce que j’ai oublié un élément essentiel à respecter pendant ces dernières années de ma vie:

Ne jamais mélanger créations/expositions militantes avec participation active à une militance de terrain.

Suite de l’entretien

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