Observatoire Des Transidentités

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Étiquette : Observatoire des transidentités

Études Trans par des trans pour des trans (mais pas que…)

L’Observatoire des transidentités (ODT) est un site indépendant qui souhaite valoriser les études trans (transgender studies), c’est-à-dire des études menées par des personnes trans sur les questions qui les concerne.

Ce n’est ni « communautaire » ni « ghettoïsant » et il n’est rien différent  du projet des women’s studies d’« d’ouvrir un champ d’études qui soit à la fois consacré aux femmes et animé par elles » (A. Berger, 2008 : 83-91).

Les coresponsables du site sont : Maud-Yeuse Thomas, Karine Solène Espineira et Héloïse Guimin-Fati.

Le T Time, groupe d’autosupport trans à Marseille

Logo T Time

Logo-Affiche  T Time

Le T Time

groupe d’auto-support trans à Marseille

Maud-Yeuse Thomas
Chercheuse indépendante

A l’issue d’une rencontre T. Time, je faisais remarquer à l’un des animateurs, que les trans semblaient désormais avoir moins de problème à l’égard de la société que cette dernière n’en avait vis-à-vis des trans. Il me confirma mon impression. Fort de cette approche, j’ai posé cette question chaque fois que possible et selon la disponibilité de mes interlocuteurs/trices. Comment se vit-on en France en 2016 ? Les choses ont-elles changé ? Comment faire une transition aujourd’hui, et avec qui ? Comment parle-ton du sujet en France?

Le T. Time a fêté ses trois ans d’existence dans les nouveaux locaux d’Aides-Marseille, le 24.09.2016.

Introduction

Cet article est issu d’une observation-participation d’un groupe de parole à Marseille, le T Time, depuis un an. Cette observation voulait répondre à la question de la pertinence des groupes de parole à l’heure d’internet.

Le T Time existe depuis le 13 juin 2013, est co-animé par plusieurs personnes par roulement d’Aides-Marseille et hébergé par Aides-Marseille. Comme partout en France, le T.Time est face au problème du fonctionnement bénévole, des motivations sur le court temps et l’engagement sur le moyen temps.

Celles-ci proposent deux temps de rencontre et d’échanges : un T.Time général (une fois par mois) et un T.Time Proches avec les parents et proches (une fois par semestre). En moyenne 10 à 15 personnes sont présentes au T.Time général.

Le T.Time se présente comme un « groupe autonome d’auto-support trans et intersexe soutenu par Aides ». Il ne se veut pas théorique même si certaines formulations et termes renvoient à une théorisation sociologique, notamment féministe ; il ne se veut pas politique même si le groupe suit les revendications générales du mouvement trans en France.

Description du groupe

Le groupe de parole se concentre sur un état des personnes à un instant T dans un lieu précis (locaux de Aides-Marseille, local du Planning familial), table sur une observance de règles simples constituant la charte du T.Time et permettant les échanges : Parler en « je » ; ici et maintenant, non jugement ; respect du temps de parole ; anonymat ; portables silencieux.

Leur communication est limitée géographiquement sur Paca comme l’illustre leur message.

Le T.Time c’est un temps de rencontres, d’échanges et de soutiens entre personnes trans et/ou en questionnements sur leur identité, quels que soient nos parcours et nos modes de vie.

Le T.Time a lieu à Marseille une fois par mois dans les locaux de AIDES ou du Planning Familial. Certains T.Time sont ouverts aux proches de personnes Trans. Autour d’un thé (ou tout autre liquide) et de grignotage, on peut y aborder des thèmes comme : les parcours de transition, la santé et le monde médical, les proches, les discriminations dans l’espace public et les administrations, les relations affectives et sexuelles, etc. Ça sert à se retrouver, partager du commun et du différent, se soutenir où et comme on peut, se refiler des tuyaux, et parfois trouver des solutions ensemble ! Vous pouvez nous contacter à cette adresse : t.timetrans13{at]gmail.com

Ou consulter notre page Facebook pour connaître les dates et lieux des prochains T.Time.

T.Time. Groupe Trans PACA

Un groupe T.Time s’est ouvert sur Pau et plus récemment sur Avignon.

Démarche

Ma démarche a consisté essentiellement à observer le déroulement des rencontres en partant du principe que, désormais éloignée des pratiques associatives, je ne savais guère plus que le quidam sur la manière dont un groupe de parole peut fonctionner, ce qu’il véhicule et questionne, sur les modalités d’aides éventuelles qu’il peut apporter et le cas échant, ce qui se met en place pour y pallier. Par ailleurs, comment les personnes se nomment-elles, avec quels mots, quels rapports avec les termes issus du champ médico-psychiatrique, etc. J’ai adopté une pratique d’observation-écoute plutôt que la pratique d’entretiens, adopter la première lettre du prénom pour désigner les personnes auquel j’ai parfois ajouté la transition sans préciser quel type de transition. Mon critère principal était la pertinence d’un groupe local de parole, à l’heure de l’information généralisée via internet entre groupes trans entre eux, dans leurs rapports et relations avec la militance LGBTIQ, à la société globale enfin. Je n’ai co-animé une rencontre qu’une fois (en octobre 2016) et ai pu éprouver le plaisir de discussions par lesquelles les individus se frayent un chemin et tenter de trouver leurs mots et voie propres.

Plus particulièrement, qu’apporte un groupe de parole ? Comment gère-t-il la distance du local à l’heure internationale ? Y a-t-il des particularités liées au fonctionnement que l’on ne retrouve pas, ou différemment, par rapport à une association ?

Mon intention de départ, après cette phase d’observation, était de conduire une mini-enquête qualitative avec quelques personnes en suivi dans le cadre d’une équipe hospitalière et d’autres dans un parcours « free » [1]. Au cours de celles-ci, j’ai adopté les règles du groupe et me présente (prénom et genre de préférence), propose un avis à une question collective à l’instar des personnes présentes ; par ailleurs, je présente si besoin mon projet d’article pour l’ODT. Cette écoute ne m’a pas moins appris beaucoup de choses sur le groupe et sa démarche, la relative nouveauté de la question trans à l’adolescence, et outre les relations et rapports à la famille, la difficile gestion à l’école. Il apparaît globalement représentatif de l’évolution de la population trans – estimation à partir de mon expérience sur la période de l’ASB de 1986 à 1999 – et, en particulier, dans le rapport avec le protocole exigé par l’équipe hospitalière. Sur ce sujet, nul doute, le rapport s’est crispé dans une totale impasse. De manière générale, j’observais une remarquable stabilité dans la trajectoire[2] des personnes (free ou suivie), avec assez peu d’amplitude de comportement, malgré les mésestimes de soi et de confiance envers leur avenir, et alors que les questions n’en sont pas moins nombreuses, inextricablement liées a/ aux normes binaires dominantes ; b/ tout ce qui en découle, soit l’adhésion ou le refus des normes biobinaires (ou cisbinaires), les notions de transition et d’assignation, etc.

Une question dépasse d’ailleurs toutes les autres, s’agissant de la transition et agissant en creux de maintes conversations : comme faire autrement ? Comment vivre autrement ? On est ici au plus près des stratégies et pratiques d’évitement des personnes trans vis-à-vis des violences transphobes. Entre le contexte des années 1990 et aujourd’hui, le seul changement d’importance est l’explosion associative sur internet et la généralisation des opérations effectuées à l’étranger.  La « transition » reste une affaire individuelle, plus ou bien gérée, se déroule sur le lieu d’habitation en s’exposant aux risques d’interpellation et d’agression, aux licenciements abusifs, est souvent encore toujours dépendante de l’avis de tiers (notamment de médecins) qui se positionnent en répondant sur l’essentiel par une conception naturaliste.

L’accompagnement, qu’il soit familial, amical, associatif ou dans un parcours suivi, apparaît comme un facteur de stabilité et d’une plus grande réussite de la trajectoire ; les transitions effectuées de manière totalement solitaire n’en ont pas moins de valeur mais les récits (essentiellement sur les réseaux sociaux) narrent des difficultés et souffrances supplémentaires. Aussi, le T Time fait-il un effort particulier de pédagogie pour gommer les difficultés typiques du monde cisbinaire, mettre à l’aise toutes les personnes en veillant au respect de la parole et expérience d’autrui. La substitution du terme transition par trajectoire va dans ce sens (j’utilise l’expression de trajectoire d’existence pour cette même raison). Cet effort constant pour une co-animation la plus horizontale possible lors des T Time caractérise bien l’action principale du T Time : proposer un cadre général de relation. Cet effort a conduit a proposé une limite aux rencontres. A deux reprises, des étudiants se sont invités sans se nommer, ni signaler une démarche d’observation. A cette suite, le T Time a réaffirmer la nécessité de sa non-mixité (entre personnes trans et/ou intersexuées et en questionnement d’identité) en rappelant cette non mixité au début de chaque T.Time dans le « cadre proposé » et en ajoutant « pas de personnes cis » pendant les T. Time » dans les communications.

Le nombre de personnes par rencontre étant en moyenne de quinze avec une mixité FtM/MtF et Mt`/Ft`. Les termes MtF/FtM, malgré le marquage biobinaire n’est pas contesté, notamment en raison de son usage généralisé, malgré l’émergence des acronymes AMAB et AFAB[3] -plus utilisés dans la communauté non binaire. Même si les récits évoquent globalement des visions non binaires, les trajectoires restent globalement binaires.

Des différences nettes existent par ailleurs entre la population FtM-Ft’ et MtF-Mt’, illustrant assez fidèlement les différences entre « binaires » et « non binaires ». De manière générale, il semble que la stabilité des FtM soit plus nette dans le temps quand l’expression anxiété-agressivité des MtF semble plus variable et d’une amplitude plus prononcée. La stabilité des MtF semble être corrélée à une existence stable et plus particulièrement une scolarité sans rupture ni brutalités suivie d’un emploi stable où le coming out s’est bien déroulé. L’expérience dans la rue selon que l’on est MtF ou FtM, et a fortiori pour les Mt’ et Ft’, semble quasiment inverse. Toutefois, et pour les démarches générales (habitat, emploi, poste, banque, etc.), l’obtention et l’usage des papiers d’identité font l’unanimité aujourd’hui encore et conditionnent fortement le passing.

Ces points observés au cours des T Time se vérifie au national et n’ont quasiment pas évolué entre la décennie 1980-90 et aujourd’hui. Une enquête quantitative et qualitative serait sans nul doute éclairante sur la différence de statut dans la société entre MtF-Mtx et FtM-Ftx. Elle suit globalement la différence entre homme-femme d’une part ; entre « binaires » et « non binaires » d’autre part.

Dans les faits, je reconnaissais les réflexions, remarques et réflexes liées aux contraintes à la transition, le rapport à l’équipe hospitalière et vis-à-vis des normes de représentation dans les espaces publics. Mais prit globalement, les comportements s’en distinguaient par une distanciation vis-à-vis des discours sur les trans dans ce qu’on pourrait définir comme une « rumeur sur les trans », ce qu’ils et elles sont et ne sont pas, comment mener une telle transition, comment en parler, comment est-on et surtout pourquoi est-on trans ? La quasi-totalité des documentaires renvoient en effet à une énigme tandis que la littérature « psy » renvoie toujours à une maladie ou un « trouble » -cette « excroissance de normalité », m’écrit une lectrice.


[1] Pour la suite, j’adopte l’expression de parcours free ou suivi.

[2] Parmi les attendus de la charte du T.Time (novembre 2016), il est indiqué qu’ « il n’y a pas de trajectoire type (préférer « trajectoire » à « parcours » qui est le terme qu’utilisent les équipes hospitalières) ».

[3] « AFAB est l’acronyme de Assigned Female At Birth (assigné.e femme à la naissance). », https://fr.wikipedia.org/wiki/AFAB ; AMAB est l’acronyme de « Assigned Male At Birth » (assigné.e homme à la naissance) », https://fr.wikipedia.org/wiki/AFAB. « AFAB, for short. A penis-bearing child is typically assigned male at birth, or AMAB.) Gender assignment mostly tends to work out for those involved, but many trans people are notable exceptions to this. » [en ligne] http://transwhat.org/glossary/ (consulté en septembre 2016)

Mini-Charte du T Time

Mini-Charte du T Time

Quelques profils[1]

Il est difficile de « typologiser » nettement les profils, tant le déroulement de son existence, les ressources disponibles mobilisées, le moment de la décision, entre autres caractéristiques, différencient les personnes. Pour L., l’essentiel réside « sans se griller dès le début » en sachant qu’elle peut durer plusieurs années et fort des récits de ruptures brutales (notamment familiales) sur les forums et dans les associations. L’âge importe ici de manière décisive. Par exemple, A. entame une transition après ses 60 ans. V. à 16 ans, se trouve au lycée et impose un genre et prénom masculins à l’ensemble de l’école par évitements qu’il nous narre lors d’une rencontre ; sa tranquillité et son assurance impressionnent ceux et celles qui en sont au début de leur transition, concrètement entamée ou non. Sa bonne humeur met du baume à chacun. V. est professeure des écoles et dégage une impression de calme. A l’inverse, une personne (ne se nommant pas et ne parlant quasiment pas) trahit une très grande anxiété. De leur côté, C. et A. disent tout de go qu’ils « n’assument pas », préférant le silence d’une non-vie temporaire – mais un temporaire qui dure.

Les récits des transitions sont très variés. De manière globale, on peut discerner les récits évoquant une évidence inscrite de toujours dans la vie d’un individu et ceux évoquant un devenir en train de se faire, plus ou moins stable. Là encore, rien de nouveau. La trajectoire trans se tisse toujours sur le fil pour l’immense majorité et nul.le ne veut rester dans un « enter deux » culturellement et socialement inexistant ; propos que trans et intersexué.es partagent.

Un profil particulier. J. est la seule personne qui n’opte pas pour un genre, un prénom et un pronom. Ille (contraction de il et elle) laisse les autres « décider », dit volontiers qu’ille a un suivi médical pour un trouble bipolaire. La coprésence d’une transidentité et un trouble psychiatrique n’est pas nouvelle non plus. Depuis l’ASB, je me suis familiarisée avec cette idée : un faux trouble (le « transsexualisme ») a permis de dissimuler un vrai trouble (bipolaire, Asperger, entre autres) qui n’ont pas été diagnostiqués. Il semble que le groupe trans-NB[2] est plus disert sur ce sujet tandis qu’il serait globalement plus tabou dans le groupe trans. Je fais l’hypothèse que ces troubles sont plus fréquents dans la population dite « non binaire » et sont partie prenante de la définition de soi. Chacun.e peut en mesurer le fourvoiement d’une « psychopathologie » d’époque jouant aux jeux et enjeux d’une transgression des mœurs afin de défendre la binarité, soit sur son versant biologique, soit sur son versant sociologique. Malgré tous ses efforts, J. ne parvient pas à départager dysphorie de genre et trouble bipolaire, l’un semblant procéder de l’autre. Plus grave, la praticienne qu’ille voit ne facilite pas un double accompagnement nécessaire pour permettre la facilitation d’une analyse et introspection. Son récit donne le sentiment que la praticienne a opté pour une captation de ces (doubles ?) suivis peu ordinaires en laissant un flou nocif. Au lieu de chercher une spécialiste des troubles bipolaires, elle semble maintenir J. dans une confusion qui se traduit, entre autre, par une difficulté à se trouver et se nommer aisément dans un collectif. Pour mieux comprendre cette interaction, j’ai interrogé Tom Reucher. Pour lui, aucun doute, un trouble psy n’exclue nullement une transidentité. Il me confirme en revanche la mutuelle exclusion dans les suivis. En bref, soit l’un, soit l’autre, obérant plus encore la trajectoire d’existence.

Alors que l’information est facile à trouver, l’appui constitué par un groupe est toujours d’actualité et les listes à jour d’adresse de praticiens constituent toujours un carnet local nécessaire, que ce soit pour la transition ou pour un cadre plus général de santé. Aussi, des médecins généralistes cohabitent dans cette liste avec quelques dentistes, ORL et d’autres spécialisations. Les récits d’une transition en cours – quelle que soit la transition – apparaît cruciale en raison des difficultés de toute nature (socialement : assurer sa scolarité, son emploi, faire son coming out dans sa famille, avec son ou sa partenaire de vie, etc.) où le classique de la Poste croise celui des sorties ludiques. F., récemment installé à Marseille demande des informations sur des lieux de rencontres et sorties LGBT. Il narre la facilité avec laquelle il pouvait trouver en quelques clics un événement, une sortie, une bouffe, dans les lieux de sortie et drague queer en Angleterre. Selon lui, la socialité trans n’est pas un problème dans ce pays mais bien une solution quand, dans le même temps, le métier, le milieu professionnel et la famille ne le permettent pas. Evoluer dans une socialité trans permet de jauger, entre « réel et illusion », ce qu’il est de la réalité future de sa transition croisant toutes les difficultés liées à un mauvais passing, des papiers non conformes, une difficulté à se situer sur la carte binaire des identités. Dans le même temps, il narre ses difficultés avec ses parents qui ne semblent pas vouloir comprendre.

Certaines demandes ne constituent pas la vocation première d’un groupe de parole dont le propos se centre sur la condition trans en général, mais la question sur les sorties est bien accueillie et le groupe discute d’une envie de repas commun après les fêtes de Noël (de 2015). M., venue d’Italie demande comment considère-t-on les transidentitaires en France, quel est son statut, et semble résignée sur le fait que la transphobie, l’ignorance et l’agressivité règnent partout. Elle travaille à plein temps dans un salon de coiffure, contient avec difficulté mais sans colère apparente le fait de piétiner depuis trop longtemps, a subi des agressions homophobes en raison de son comportement clairement féminin. Ces points sont régulièrement soulevés dans tous les groupes mais assez peu suivi d’effets : manque de moyens, de disponibilités. Les emplois à plein temps sont plutôt rares et personne ne s’étend trop sur les effets de la pauvreté et de la solitude, alors qu’elles ont un impact décisif. A., un jeune FtM, résume très philosophiquement : « On apprend à assumer ». Les récits se penchent plutôt sur les conditions structurelles de la transphobie ordinaire conditionnant transition et passing, ce qui conduit à relier le passé des associations-source (en France : ASB, Caritig, PASST au cours de la période 1994-2000) au présent. Mais Marseille n’a pas une longue tradition associative structurée derrière elle, mais des conflits d’ego qui l’ont déchiré, la question gay passant toujours devant les autres questions et en toile de fond, une récupération flagrante de la question trans. Aussi, la question de la socialité trans est-elle toujours en suspens, limitée au temps des rencontres.

Les relations trans/psy dans la cadre d’un accompagnement suivi

De rencontre en rencontre, j’ai pu mesurer le gouffre entre les équipes hospitalières réunies sous le label de la « Sofect » et les associations et groupes. Je prendrai un exemple simple. L. (FtM) a proposé à la psychiatre de venir à l’un des rendez-vous proposé par le T Time ; proposition auquel elle lui a répondu que « les trans de ces associations n’étaient pas de vrais trans, qu’ils ne souffrent pas ». Une discussion s’est engagée entre les personnes présentes. De manière nette, une confusion entre l’associatif et le militant persiste chez les institutionnels, voire constitue un argument tout trouvé pour réaffirmer compétence et autorité. Une démarche associative, visant à se soutenir mutuellement dans un esprit de solidarité à un moment délicat de l’existence, est pris pour un acte militant ; voire un acte agressif. Autre point et non des moindres, le rapport à la représentation et l’idée que l’on se fait des trans, de mener une transition et du rapport à la « vie réelle ». L. explique qu’il portait ce jour-là une tenue plutôt androgyne sous la forme d’un pantalon rouge. La psychiatre lui indique alors que ce n’est pas là un « signe positif d’une trajectoire FtM ». De toute évidence, elle applique les critères normatifs binaires de représentation depuis son bureau sans qu’elle n’ait jamais expérimenté les discriminations qui sont au fondement de ces violences et discours d’une «psychopathologie ». Ce rapport semble être encore plus délicat pour les MtF où, pour éviter le danger d’agressions pour des personnes n’ayant pas de voiture, elles se rendent à leur rendez-vous dans une tenue masculine ou androgyne.

A la suite de cette discussion, chacun.e commente l’irruption de la Sofect dans le « paysage franco-français ». Le rapport psychiatre/trans n’a guère changé sur ces points et, en particulier, sur le rapport pyramidal très marqué entre les membres des équipes de la Sofect et les associations trans. En revanche, ce qui a bougé est manifestement le rapport de l’autorité aux savoirs et expertises. L. analysait point par point les réponses de la psychiatre sur un ton distancié, ce qui suscitait des remarques, souvenirs d’une trajectoire passée, rires mais aussi, la position consistant à estimer une trajectoire d’existence depuis un poste d’observation caduque.

Toutefois, et dans l’ensemble, ce qui marque les discussions a trait aux moyens concrets de faire « sa transition », selon ses moyens et but souhaité, s’approchant au plus près de la binarité biogenrée ou cherchant une alternative relativisée, voire niée par la société et le «monde trans » lui-même que N. résume : « J’ai essayé le « yel », ça ne marche pas, j’essaie le ul ». Ul me précise : « personne ne souhaite l’utiliser, c’est comme si c’était une blague qui n’a pas vraiment d’importance, pas autant qu’un il ou un elle, pas une vraie et légitime revendication, pas une vie légitime non plus. N. souligne ce qui a tant manqué aux militances alternatives : une subculture résistant aux injonctions bio- et cisbinaires.

En résumé, les relations trans/psy concentrent l’écume des obstacles que les trans rencontrent dans la société binaire où n’existent que des femmes et des femmes à partir du référent « sexe», où l’assignation de genre est rabattue sur le « sexe de naissance ». L’usage des acronymes AFAB et AMAB pointant l’assignation, très présente dans les descriptions des personnes NB sur les réseaux sociaux, est peu utilisée dans la communauté trans, alors que cet outil constitue une différente très nette avec les récits renvoyant au sexe de naissance et ayant permis la construction d’une psychopathologie réelle et diagnostiquée.

… et du féminisme « deuxième génération »

Cette remarque sur les stéréotypes est à placer dans le cadre plus général du débat sur les stéréotypes de genre, le fait qu’aujourd’hui encore, l’on ne peut guère transgresser les normes de genre sans que cela ait des conséquences, de fâcheuse à très grave, soigneusement délimitées par l’horizon binaire et légitimées par des discours et pratiques –notamment sur les personnes trans’ et inter’ mais aussi le validisme institutionnel sur les personnes handicapées.

Ce simple constat pour rappeler à certains savoirs situés que la question trans ne se résout pas par un simple « passage entre les genres » (propos entendus dans des groupes féministes) qui serait désormais facilité. Toutes les personnes trans ont expérimenté ce « simple passage » et toutes décrivent peurs et agressions, discours de transgression et rejets brutaux. Ainsi (par exemple), les discours « féministes » sur la passivité avérée des trans pour le suivisme normatif, le peu de volonté pour transgresser des normes inégalitaires et assumer une position minoritaire. On posera cette question : qui assume, quelle position minoritaire renvoyant à une position majoritaire ? N., FtM, 26 ans, commente : « En fille, j’étais tenue à une vie de fille cloitrée ; en mec, on me renvoie aux privilèges masculins dont je n’ai jamais bénéficié. ». P. (FtM) et N. (Ft’) rappellent leur passé militant de gouines, leur engagement dans le féminisme et leur brutale éviction. N. commente la position féministe radicale :

« Une ewiction[3] non dite souvent et où des gages de feminisme ( où nos comportements sont scrutés et des actions, comportements qui ne posaient pas problème en étant gouine, le deviennent car notre apparence fait de nou.es des gars quoi qu’elles en disent, ce qui suppose une injonction non dite : ok pour les FT* dans nos groupes, mais s’illes sont silencieuxses, et suivent…) sont demandés, et où les problématiques trans et intersexes ne sont jamais évoquées, travaillées par d’autres personnes que les personnes minorisées dans ces groupes : inclusiwité résume bien ce féminisme politiquement correct qu’on peut trouver dans quasi tous les groupes féministes non mainsteam, comme si on nous faisait une fleur…) »

P. a proposé dans le passé une conférence sur cette question. Toutes choses balayées par l’intérêt supérieur du féminisme matérialiste vu des observatoires universitaires et d’une radicalité non mixte dont la description actuelle par les groupes trans et, en particulier les groupes dits racisés (« blanche, cisgenre ») est sans ambiguïté. Là encore, surplomb de savoirs institutionnalisés sur les expériences des vies minoritaires. Propos ininformés donc mais vraie pression pour une « extension du domaine de la lutte[4] » s’étendant dans toutes les directions et, à ce titre, conforme à notre époque de compétition généralisée. La transition, d’une apparence physique à l’autre, en vient toujours à gommer l’expérience d’un changement de genre (binaire ou non binaire), la militance pour une dépsychiatrisation généralisée et le sursaut transféministe[5]. Les rares bienveillances se muent rapidement en vocation missionnaire : Il faut sauver le soldat trans de lui-même.


[1] Pour respecter la charte du T Time, je n’ai gardé que la première lettre du prénom.

[2] Des groupes de parole associant transidentité et troubles psys (bipolaire, Asperger, entre autres) existent depuis plus de 30 ans aux USA. De tels groupes sont désormais plus fréquents sur les réseaux sociaux.

[3] Je n’ai pas corrigé ce texte.

[4] Titre d’un roman de Michel Houellebecq, 1994.

[5] La revue Comment s’en sortir a publié un dossier, explorant plusieurs thèmes [en ligne] http://commentsensortir.org. Lire également notre ouvrage : Transféminismes, http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=48255.

Le T Time, groupe d'autosupport trans à Marseille
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Les rencontres T.Time parents&proches

Cette rencontre a lieu une fois par semestre. Il a été décidé collectivement que ce moment serait distinct des rencontres T.Time entre trans pour ne pas inférer entre les deux paroles et logiques. Les proches devaient en effet pouvoir avoir accès à une même liberté de parole et de ton. Je n’ai pas assisté à ces rencontres.

Une seule exception dans une rencontre demandée par des parents, très inquiets de la transition de leur enfant. Cette rencontre, très posée, s’est déroulée avec N. et un parent, mère d’un jeune FtM, et moi-même. Toute la conversation a consisté à poser des repères déconstruisant la binarité naturaliste, et notamment les discours « médicaux-légaux », en leur signifiant qu’une transition pouvait être binaire ou non-binaire, ne devait pas entièrement dépendre des normes binaires de genre. Le T Time offrait là une médiation facilitatrice pour les relations, manifestement très tendues, entre ces parents et leur enfant.

Le soubassement de l’épistémologie trans[1]

Une chose qui m’a particulièrement marquée dans ces rencontres. C’est le rapport de distanciation avec la pression de conformité aux statuts de sexe-genre ; statut distinct de l’identité « de sexe » et touchant à l’expression d’identité de genre, compris non comme une expression figée et immuable aux normes de genre mais comme une expression de l’identité «la plus confortable pour soi ».

De toute évidence, la réflexion menée depuis presque vingt ans en France a, au moins en théorie, modifiée le rapport à la transition et ce tout particulièrement celle des Mt’ et Ft’ qui ont participé à des groupes féministes et-ou queers avant leur transition. P. et N. sont représentants de cette filiation sociopolitique, passant d’une militance lesbienne féministe à une militance transféministe. Comme eux, S., un FtM de 40 ans, a milité dans les associations lesbiennes féministes, a suivi de près la montée en puissance des associations trans mais a différé à plusieurs reprises sa décision. Malgré une présence forte des associations trans et d’une militance également forte, le rapport à l’introspection et la décision d’entamer une transition reste très variable d’une personne à l’autre, susceptible d’être remis en cause par la personne elle-même.

L’interrogation sur soi épouse la même pente déconstructionniste que les rôles, statuts et stéréotypes sociaux de genre et de sexualité, même lorsque la transition est menée jusqu’à l’obtention de nouveaux papiers d’identité. La réflexion sur la binarité est désormais au cœur de la réflexion trans et se traduit, au moins dans ce groupe, par une manière de se positionner sur la carte cisbinaire, en train de bouger et non plus allant d’un point A (donné par la formule «sexe de naissance ») à un point B (donné par les changements médico-chirurgicaux et l’obtention de papiers d’identité post-transition). Dans une très large mesure, les revendications des associations trans et inter’ insistent sur la fixité des assignations, la prévalence sociohistorique du sexe sur le genre et la confusion entre les termes : « sexe » pouvant désigner les organes génitaux, les chromosomes, les hormones naturelles, le sexe social, le sentiment et la conscience de soi, l’appartenance à un groupe, une interface sociale, etc. Mais faute de réponses construites dans le lien social par des individus ayant une vision claire et épanouie de leur expérience sensible de vie, c’est la question du passing qui y répond dans un vide de médiations idoines incluant « l’entre deux ».

Là où je m’attendais à des récits forts, soutenus par plus de vingt ans de militance et visibilité associatives, j’ai entendu des récits et observé des comportements, pour certains effrayés et mutiques, presque à l’identique de ceux que j’entendais et observais à l’ASB 20 ans auparavant. Les ressources politiques semblent ne pas avoir été transmises malgré la profusion de blogs, forums et réseaux sociaux partageant des expériences. Pire, une méfiance s’est installée dans les réseaux qui, de fait, ne fonctionne pas ou peu. On se méfie à Marseille de Paris, l’orgueilleuse, mais Marseille est elle-même le théâtre de conflits sans nuance. Aussi, l’équipe hospitalière peut apparaître comme le recours dans un contexte où les discriminations s’ajoutent et confortent le vide de médiations adéquates construisant une vie stable et saine depuis l’enfance.

Pour T., un FtM féministe de 26 ans, il se trouve devant une situation inédite qu’il a découvert par lui-même et au fur et à mesure qu’elle se constituait dans ses rapports à autrui : «Comment vivre entre-deux, comment parler d’une identité complexe acceptant le fait de ne rentrer dans aucune case ? ». A lui seul, il incarne parfaitement le positionnement du devenir en train de se faire bataillant contre les récits déterministes et historiques et cherchant une voie propre. Aux analyses d’une fin des temps historiques et des grands rituels dits anthropologiques, il narre le récit banal d’une subjectivité hors normes, à la temporalité découpée par les discours médicaux, politiques ou sociologiques. Son récit n’a pas de place malgré –ou à cause de- la profusion de symboles et de contradictions avec le récit biopolitique que le récit trans draine avec et malgré lui. Minimiser l’expérience sensible des trans (et plus largement de tel groupe minoritaire vulnérable et peu visible dans la culture) permet toujours d’affirmer un lien fort entre déterminisme et construction sociohistorique. Cela a plusieurs conséquences importantes pour la manière de « faire » sa « transition » dans une telle découpe temporelle présupposant un avant et un après. La transition apparaît dans ce contexte, non comme un choix éclairé, stable et viable, que l’on prend, du fait de la véracité et sincérité d’une expérience sensible de vie reconnue dans une société, mais comme un parcours balisé par le fait qu’il n’y a pas « d’entre deux », ni dans la « culture » ni dans la « nature ». Cette absence de passage dans la culture renforce la symbolique d’une opposition entre homme et femme, masculinité et féminité ; symbolique prise pour le « réel » dans tant d’ouvrages s’autoproclamant « sciences ».

T. pose la question de la socialité trans, consistant moins dans le changement d’appartenance « de sexe », dont le passing absorbe toutes les questions. Alors que son passing masculin est parfait, il expérimente un entre deux psychique, en l’état socialement difficile à exprimer, où l’injonction à « choisir son camp » est permanente, sous des formes très diverses qui convergent de fait vers la binarité. Cette interrogation arrive après sa transition tandis que pour N., elle est partie prenante de sa trajectoire. Des individus psychologiquement forts pourraient sans doute entraver ou contourner de tels obstacles. Mais pour des individus vulnérabilisés durablement, changer « d’appartenance de sexe » est une option facilitatrice mentalement et socialement, même si elle ne l’est pas ni psychologiquement ni matériellement. Si le « choix » de transitionner apparaît comme « individuel », reposant les mêmes questions que la génération précédente, elle est en fait enserrée par les multiples « scènes de contraintes » et injonctions normatives qui sont avant tout collectives.

De manière nette, l’effondrement d’un modèle psychiatrique fort n’a pas renouvelé la pratique des suivis, et de manière globale la réflexion sur le fait trans. Si le devenir-soi des trans est désormais en voie d’acceptation dans la population, il n’en est rien quant aux conditions concrètes qui le rend possible. Toutes les conversations au cours de ces rencontres, convergent vers l’idée que ce n’est pas tant la « tradition » qui constitue l’obstacle et le frein à leur devenir, mais l’idéologie médicale exerçant un puissant travail de lobbying auprès des institutions, notamment l’administration des états civils. Pour N., le « formatage cis hétéro-centré » générant peurs et violences conditionne le « manque de ressources pour choisir sa trajectoire de vie et notamment de ressources dans le champ médical et para médical. ». On peut faire le même constat à la suite du conflit opposant les institutions aux associations trans sur l’enjeu d’un changement d’état civil libre et gratuit. Ce dernier n’aura pas lieu et contraint plus encore celui d’une transition à marche forcées.

Dès lors, « comment rencontrer des pair.es ? Comment choisir au mieux ce qui est le mieux pour soi ? Comment vivre dans des configurations qui ne sont pas représentées et qui sont dévaluées dans le « monde trans » ? » (N.) Alors que ces « configurations » sont connues depuis longtemps, fort est de constater que la puissance normative liant le genre au sexe, prévaut sur l’expérience sensible.


[1] Je traduirais le terme « épistémologie » par savoirs, discours et habitudes prises dans la population transidentitaire face à une résistance, entre ignorance et transphobie. J’ai opté pour ce sous-titre franchement universitaire que l’on peut traduire par : l’avènement ou émergence d’une subculture trans ou d’une histoire des trans en train de se faire. Mais ce titre a l’inconvénient de faire croire à une spécificité culturelle trans dans un ici-et-maintenant sans passé. Ce n’est pas le cas ou pas encore. Par ailleurs, de faire croire que la subculture trans n’aurait pour (seul) sujet, le cours des transitions spécifiquement « trans».

Le T Time, groupe d'autosupport trans à Marseille

Conclure

Pour V., l’usage principal d’un groupe de parole est la « convivialité, le militantisme, l’aide aux personnes et un espace safe ». Pour elle, « internet ne permet pas d’espace convivial et n’offre pas l’espace safe ». Pour K., le lieu « permet une parole libre, sans mégenrage » mais ces conditions supposent une non-mixité qu’il n’est pas toujours aisé à protéger. De son côté, N. regrette l’absence de politisation mais comment la demander quand le « milieu trans » génère lui-même quantité de conflits et de méconfiances ? Pour autant et à mon sens, ce groupe de parole me paraît très sain : il n’impose aucun discours récurrent, se méfie des généralisations et théorisations, n’ignore ni ne méconnait les effets de pouvoir que des individus ont les uns sur les autres dans des situations de dépendance et de crise.

Le questionnement sur le genre et plus particulièrement trans et intersexué ne renvoie pas à des réponses nettes et aisées et le conflit binaire/non-binaire, redoublant le conflit transsexe/transgenre n’est, au mieux, que le prolongement des peurs et violences transphobes. Ces réponses n’existent tout simplement pas dans la rue ordinaire.

Nulle médiation, minoritaire ou majoritaire, ne vient généralement étayer les trajectoires minoritaires de vie, apportant mots et sens. L’expérience d’une traversée des genres ne constitue pas un rituel en Occident. Pire, tout est fait pour en défaire le maillage proposant des médiations culturelles, comme si ce groupe minuscule, aux contours flous, excédait les grands rituels et il est d’ailleurs présenté ainsi : la fin du « rituel anthropologique » en ce qu’il aurait de majeur, un « invariant universel ». On se saurait s’étonner dans ce cas de la récente excommunication d’un pape conservateur dans un pays s’autoproclamant moderne, juste et laïque, hissant l’épanouissement au pinacle mais organisant institutionnellement des contraintes justifiant un encadrement et une légitimité de la psychiatrie. Au mieux, le grand «rituel anthropologique » dont se prévalent tant de spéculateurs, des tenants de La manif pour tous aux tenants du DSM, tient à leur ethnocentrisme et la violence de leur modèle.

Internet ne pallie nullement à l’isolement. Ce qui constitue l’étayage d’un groupe de parole, outre les nécessaires informations, réside dans les médiations qu’il propose, son attention aux règles de vie en commun, à l’importance de la parole située, aux différences de contextes qui la modèle. Il ne tient parfois qu’à quelques personnes. Outre sa vocation d’aide et de transmission d’une expérience minoritaire, il relaie également les valeurs communes de l’appartenance à l’humanité que tant de médecins ont bafouées.

Mise en ligne : 09.11.2016



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Qui sommes-nous ou que sommes-nous, pourrait être la question qui nous cernerait -faute de nous définir- le mieux. Que sommes-nous ? Si la santé mentale des individus se vérifie dans la qualité du lien social, que dire des discriminations et stigmatisations contenues dans le rapport culturel aux transidentités ? Affection ou variation ? Individu ou société ? Particulier ou universel ? Quelle est la société qui dit que telle personne est « transsexuelle » ? Pour quoi faire ? D’où surgit vraiment le transsexualisme et qu’est-il donc ?

Nous sommes clairement devenu-es les sujets d’une observation entomologiste depuis la prise en charge, moment-événement correspondant à la réponse institutionnelle à notre existence ici-et-maintenant. Mais les discours et écrits, sous prétention médicale, rationaliste et/ou scientifique, qui l’ont accompagné ont lié le transsexualisme à un dispositif social de contrôle normatif enserré entre la dimension médicale et la dimension légale que la psychiatrie médicolégale s’aménage dans le tissu de l’existence humaine. D’où sa survisibilité actuelle car il occupe après la question homosexuelle et la question féministe, la place contradictoire d’une controverse d’époque en mutation.
 
Pouvons-nous faire l’économie d’une analyse des transidentités dans la société actuelle ? Le sujet se présente comme enserré entre une absence quasi totale (pas de trans dans le passé) et la réponse médico-chirurgicale contemporaine sans examen sur la structure inégalitaire de notre société et la prise de pouvoir manifeste qu’elle draine. Nous pensons que la réponse médicolégale s’est installée sur le couperet d’une stigmatisation niée et d’une discrimination volontairement tue pour ces pratiques et discours d’une reproduction sociale rationnalisée a postériori, à l’abri de tout bouleversement social et culturel. Au fond, elle n’est qu’un simple agent d’une matrice. La société Occident, universalisant son modèle. Aussi, la question des minorités et la question coloniale apparaissent politiquement voisines pour composer l’image en creux d’une société dominante.
 
Nous voulons les analyser car ils éclairent ce par quoi nous sommes personnellement et culturellement passés pour rentrer dans cette curieuse boîte noire réunissant culture et normes, politique et histoire. Comment les trans se réinventent ou au contraire se lient aux injonctions de normation dessinant en creux la société et le mode binaires ? Parmi les questions non abordées, la question philosophique des devenirs-minoritaires, leurs subjectivités et socialisations derrière l’affirmation de l’évidence ontologique naturalisée et/ou anthropologisée.
 

Répondre aux questions trans’ et inter’ ne peuvent pas faire l’économie d’une interrogation et d’un bouleversement dans l’économie hétéronormée et inégalitaire de la société qui sursature la question des subjectivités non alignées sur les identités sociales.

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