Observatoire Des Transidentités

Etre acteurs-auteurs & actrices-auteures des études trans

Étiquette : Ecole

Transidentité et scolarité #2-Introduction

 

M-Y. Thomas, A. Alessandrin, K. Espineira


Transidentité et scolarité #2

 

Introduction : transphobie vs participation scolaire 

            Après avoir proposé un dossier sur la scolarité trans en décembre 2012[1], l’Observatoire Des Transdientités pose une nouvelle fois son regard sur l’école en cette fin d’année 2013. Cette année aura été marquée par la participation de l’Observatoire Des Transidentités à des discutions ministérielles pour l’élaboration de dépliants et plaquettes visant à lutter contre les discriminations et le harcèlement à l’école, dont Eric Debarbieux aura montré qu’ils conditionnent fortement la participation scolaire[2]. Toutefois, notre investissement du côté d’une prise en compte réelle des besoins, notamment préventifs, concernant la transphobie à l’école n’a pu être véritablement entendu (et ce malgré les bonnes volontés multiples qui ont accompagné nos préconisations). A la sortie d’un abécédaire contre le harcèlement à l’école, publié par le ministère de l’éducation nationale fin 2013, il n’était déjà (presque) plus question de genre… encore moins des trans. De ce point de vue, le rapport sur les discriminations liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre à l’école, rédigé par  M. Teychenné et remis au ministre de l’école nationale en juin 2013, évince lui aussi la question trans et, ce faisant, ne remplit pas son cahier des charges[3]. On notera dans l’enquête de Maria Rita de Assis César ce même lobbying et effacement concourrant à la déscolarisation et pauvreté des travestis et transsexuelles au Brésil. Pourquoi un tel effacement confirmant une grave inégalité à l’école ? Pourquoi n’y a-t-il aucun recours devant ces dysfonctionements graves et répétés, laissant face au vide de la loi comme de la culture, toute place aux pratiques et pouvoirs malveillants ?

Face à ce constat d’échec, l’ODT poursuit sa volonté de visibiliser cette question en prenant en considération que l’école qui, tout en étant le lieu d’une socialisation et d’une réalisation de soi importante, peut aussi devenir le lieu d’un malaise, d’un désamour de soi, de l’institution ou de l’entourage. Le désengagement scolaire est un désengagement social. Et puisque les normes de genre s’appliquent avec violence depuis le plus jeune âge, la question des transidentités, de leur inclusion et de leur prise en compte, ne peut faire l’économie d’une réelle réflexion sur la manière dont l’institution scolaire, et déjà LES institutions scolaires, prennent en charge et luttent contre les discriminations à l’encontre des enfants trans. Cela supposerait de prendre le sujet des variances de genre dès l’enfance, de former adéquatement sur les questions de genre en général. Les reculades du gouvernement Hollande et le déni du Sénat n’aident pas tandis que la communauté trans soupèsent les propositions des autres groupes politiques. Tout se passe comme si chacun attendait un pas (ou un faux pas) pour verrouiller les choses en l’état.

Les vigiles du genre

On aurait pu croire la question du « genre » à l’école masquée par les débats autour du mariage pour tous ou poussé à la marge par le flux des actualités polémiques. Il n’en est rien. Depuis que l’inscription, en septembre 2011, du terme de « genre » dans les manuels scolaires, et notamment en SVT (Sciences et Vie de la Terre), a créé une vague d’indignation parmi la minorité des plus conservateurs en France, et des actions à l’encontre de l’enseignement du « genre » ou des programmes de lutte contre les discriminations n’ont cessés de se multiplier. Dernier en date, après les IMS régulièremnt menacées, la fronde de groupes catholiques et droitistes contre le film de C. Sciamma, Tomboy[4], en accentue la pression contre ce qui leur apparaît comme une « plongée dans le monde de l’homosexualité »[5]. Au-delà des hésitations et maladresses gouvernementales, laissant croire entre autre qu’une « théorie du genre » existait et pouvait donc être enseignée[6], des comités de « gender vigilances » ont vus le jour un peu partout en France. La question de l’homosexualité rejoint ici la question trans Sur son site internet, l’observatoire du genre[7] met par exemple en garde contre la diffusion du film « Tomboy » dans les écoles et s’insurge contre les programmes de lutte contre le sexisme ou l’homophobie. Ce mouvement, amplifie le silence par une absence de réflexion. Il s’ensuit l’inertie caractéristique du champ sociopolitique et le maintien dans le champ médical à l’âge adulte pour des individus pauvres, en souffrance et souvent déscolarisés. Un champ laissé en friche nécessitant des praticiens, un diagnostic et un trouble (quelqu’il soit). Par ce dossier, l’ODT souhaite rappeler que les vies trans ne sont pas des « théories » ou des programmes de dégenration mais bel et bien un fait accompli qu’il s’agit de prendre en considération si nous voulons que tous les enfants, adolescents et jeunes adultes puissent avoir et espérer une vie vivable aux côtés d’autres vies humaines sans être poussés en deçà du respect à la vie privée, de la dignité, de la souffrance et de l’exclusion. De manière concomitante, mais peut-être serait-ce là un nouveau dossier à mettre en œuvre, nous incluons, outre la nécessaire réflexion sur l’école, dans nos réflexions les parents trans et les enseignant.e.s trans.

Le concept de « gender creativity »

Rappelons que l’école est avec l’arène familiale, le premier espace de socialisation dans la vie d’un enfant, structurant outre sa préparation à une entrée dans la vie active et donc des revenus, son développement à une vie viable et stable. Afin d’inclure toutes les formes de transidentités, et face aux doutes provoqués par le terme d’ « enfant trans », c’est parfois le terme de « gender-variant » ou de « gender creativ » qui a été retenu. C’est autour de cette notion qu’Elisabeth Meyer travaille depuis quelques années (Meyer, 2004 ; 2010). Ces recherches ont déjà permis de distinguer la « genderphobia »  de l’homophobie et de travailler la notion de « gender creativ spectrum », qu’elle nomme aussi l’indépendence de genre. Dans une présentation de ces travaux sur son site internet[8], Elisabeth Meyer souligne que dans les cours élémentaires, 8% des élèves ne respectent pas strictement les traditions de rôles de genre. Elle rappelle aussi que selon l’enquête du Glsen[9] en 2005, l’expression de genre est la troisième cause de harcèlement à l’école après l’apparence physique (le poids…), l’orientation sexuelle réelle ou supposée, et avant l’ethnicité ou l’appartenance religieuse. L’importance de ces chiffres révèle premièrement la nécessité d’investiguer le sujet, indépendamment des notions de sexisme ou d’homophobie, même si des processus communs font le lit des discriminations. Il s’agit donc de « se compter pour compter ». Aussi, ces chiffres soulignent l’importance du choix méthodologique du calcul. On ne saurait limiter la question trans aux personnes qui entament une transition et ce faisant, comme nous le soulignions en 2012, limiter les transidentités aux univers adultes ou adolescents. L’enfance, comme instant précieux de construction identitaire en délibérée, doit aussi être investiguée au sein des trans studies[10] en dehors de la neutralité avancée des « étapes » psychologiques de l’enfant. 

Quelles recherches ?

Certes, la question trans croise la question homosexuelle dans les mêmes termes à l’école. Mais quels sont ces termes ? Les deux questions ont en commun d’avoir été des objets du champ médical protégeant efficacement le brouhaha des discriminations et effacements des vies non binaires. Mais l’effort pour comprendre ce qu’il en est du sujet trans butte encore sur l’hégémonie médicale tandis que celle-ci se crampronne sur le label de psychiatrie. Alors que la question trans arrive tardivement, longtemps confondue avec l’homosexualité, elle tend à déplacer les lignes du côté du genre, floutant les concepts destinés à distinguer ces deux groupes minoritaires et marginalisés et donc d’ordonner une ligne de partage que les recherches mettent à mal. Le genre apparaît une donnée cruciale telle qu’elle ouvre des perspectives et partant, des pratiques possibles à l’école. Mais quelles sont-elles et quelles en seraient les pratiques ? S’agit-il bien de « redonner leurs chances à l’école » ou n’abdique-t-on pas justement devant cet effort ? Sylvie Ayral[11] montre que l’économie dominante par laquelle nous comprenons et ordonnons les rapports sociaux fait l’impasse sur ces variances. La « fabrique des garçons » produit dans son mouvement, outre la marque d’une fabrique d’une différenciation socialement construite, l’effacement pur et simple des variations de genre à l’intérieur de la catégorie garçon/fille. A fortiori gender-variant. Dans ce chassé croisé où la dymorphie sociale l’emporte sur l’économie psychique des individus, le sujet trans reste la trangression ou l’exception médicale que l’on exhibe et le parent pauvre de la recherche ; inévitablement, il est la monnaie d’échange pour tous les fronts dans les échanges sociopolitiques telle qu’elle se déploie dans l’espace public où la fronde féministe succède à la fronde traditionnaliste et droitiste[12]. Pourquoi s’enquérait-on de ce sujet si le moment trans n’est que ce changement strictement individuel et partant, individualiste, tranche C. Delphy. La controverse SVT est un moment conflictuel typique ou le politique veut pouvoir reprendre la main face aux différentes frondes mais, sans programme ni consultation, vient nier la réflexion issue de ces recherches et l’attribuant à une « militance gender ». Comment appliquer à l’école les études de genre en incluant la question trans et intersexe ? La population trans a été d’autant plus réduite qu’elle a été comptée à l’âge adulte, par le changement chirurgical de sexe et de papiers d’état civil dans et par les seules équipes hospitalières. Sur le fond, cette gestion conservatrice impliquent les préjugés, discriminations et résistances d’une époque, instrumentalisant la recherche, plus économe et plus ardue. Quelle « théorie » croire désormais ? La contestation contre une « théorie sur le genre » s’adresse à cet endroit particulier d’une transition de société et vise typiquement à « défendre un mode de vie » impliquant des représentations identitaires du type binaire-cisgenre.

Comparer : importer les bonnes idées

Afin de résoudre ces multiples questionnements, et ainsi ne rester du côté de l’incantatoire, l’Observatoire Des Transidentités propose de revenir sur des expériences étrangères qui ont fait leurs preuves. Une partie du dossier sera consacré à l’exemple brésilien, ou des politiques volontaires ont mis en avant, localement et nationalement, une politique de lutte contre la déscolarisation des enfants LGBT et plus précisément des enfants Trans. Elizeu Clémentino et Maria Rita Cesar, tous deux sociologues brésiliens et spécialistes de la question de l’école et de la scolarisation des personnes LGBTT, reviendront sur les programmes de lutte contre la discrimination transphobe mis en place par les gouvernements récents. Erik Schneider, membre actif de TransGenderLuxembourg, nous propose une traduction de ces travaux sur les trans à l’école dans un contexte européen et plus précisément luxembourgeois. Dans ses travaux menés au sein de commissions tant nationales que locales, il développe une expertise que l’Observatoire se réjouit d’accueillir. Enfin, Gabrielle Richard et Line Chamberland reviendront sur leurs travaux respectifs sur la transphobie en contexte scolaire québecois. Nous vous invitons à ce propos, à lire le rapport de Line Chamberland[13] sur la transphobie en milieu scolaire ; rapport qui nous convie à poser la question d’une prise en compte réelle du ministère de l’éducation nationale sur cette population. Nous n’aurions pas pu terminer ce dossier sans mettre en avant une « bonne pratique » française. Grace à l’association « Contact Aquitaine », nous vous proposons aussi un entretien avec un psychologue rompu aux IMS (Interventions en Milieux Scolaires) qui n’hésite pas à introduire les notions de genre et de transidentités dans ses interventions afin de lutter contre les stéréotypes de genre notamment.


[1] Dossier « scolarité et transidentité » -première partie- disponible sur : http://www.observatoire-des-transidentites.com/article-transidentites-et-scolarite-113984643.html

[2] Lire par exemple : La violence en milieu scolaire, esf ed. (1999).

[3] Pour lire ce rapport : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/134000424/0000.pdf

[4] Clarisse Fabre, « Le film « Tomboy » relance le débat sur la question du genre », Le Monde, 23.12.2013, http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/12/23/le-film-tomboy-derange-des-parents-d-eleves_4338878_3246.html

[5] Péittion en ligne hébergée par le groupe actionfrançaise, URL : http://www.actionfrancaise.net/craf/?Petition-Non-a-la-diffusion-du.

[6] Lire le texte « La théorie du genre n’existe pas », rédigé par des chercheurs en sciences humaines et sociales, et publié par Libération le 10 juin 2013 : http://www.liberation.fr/societe/2013/06/10/la-theorie-du-genre-reponse-au-ministre-vincent-peillon_909686

[7] http://www.theoriedugenre.fr/

[8]  http://www.slideshark.com/Landing.aspx?pi=zI3zxIYuCz8bFwz0

[9] Glsen, « The 2005 National School Climate Survey » 2005. Site de l’association : http://glsen.org/

[10]  On retrouve les éléments relatifs à cette partie et au concept de « gender creativity » dans l’article en ligne « Quelle place pour les élèves trans ? » (A. Alessandrin), 2013. URL : http://mixite-violence.sciencesconf.org/browse/speaker?authorid=220811.

[11] Sylvie Ayral, La fabrique des garçons, Ed. PUF, 2011.

[12] http://cestmongenre.wordpress.com.

[13]Disponible ici : http://homophobie2011.org/fileadmin/user_upload/microsites/homophobie2011/Documentation/La_transphobie_en_milieu_scolaire_au_quebec.pdf


Mise en ligne : 31 janvier 2014.

Transcolarité

Caroline Dayer
Université de Genève


Transcolarité 

 

Les trans* au vestiaire

La scolarité est rarement un long fleuve tranquille, d’autant moins lorsque l’eau ne coule pas dans le lit creusé par les attentes socialement construites ou lorsque le ruisseau prend des chemins de traverse sans balise. Des injonctions d’endiguement aux sanctions répétées, le cursus scolaire peut se transformer en parcours de combat.

Les expériences de rejet sont partagées par différent-e-s élèves, à la différence que celles liées au genre ne sont pas de prime abord partageables avec leurs proches : une jeune fille traitée de camionneuse à l’école osera-t-elle en parler à ses parents en rentrant à la maison ? Un jeune garçon qui se fait sans arrêt bousculer – dans la cour comme dans les couloirs – parce qu’il est jugé trop efféminé trouvera-t-il du soutien auprès de ses camarades et de ses professeur-e-s ? Il sera surtout traité de pédé et les mots parleront de sa sexualité alors qu’ils ne savent rien d’elle. Ces derniers signalent par contre la disjonction perçue, dans un contexte donné, entre un sexe assigné à la naissance (basé uniquement sur les organes génitaux externes) et une identité de genre ainsi que des expressions de genre, dites atypiques alors qu’elles ne sont qu’une variation parmi d’autres.

Les discriminations trans* ne sont-elles pas le parent pauvre des discriminations LGBTIQ qui le sont elles-mêmes quant à cette thématique générale ? Et par rapport au contexte scolaire, ces questions ne sont-elles pas l’enfant pauvre de l’école alors qu’il peut s’agir de conflits quotidiens et saillants – s’appareillant dans des espaces bigenrés – comme de ne pas savoir dans quelles toilettes se rendre ou de ne pas savoir « où se mettre » dans un vestiaire. Ce que peut vivre un-e élève trans* dans un vestiaire n’est qu’emblématique de la mise au placard des vécus trans* et des violentes facettes du cissexisme.

Cissexisme en contexte scolaire

L’invisibilisation des questions trans*, de surcroît à l’école, est paradoxale dans le sens où les expressions de genre transgressives sont visibles. Insupportables qu’elles seraient, elles deviendraient objet non seulement de violences verbales et physiques mais également de déni. Les expériences de rejet liées à l’identité de genre et/ou à l’orientation sexuelle sont avant tout de l’ordre de la solitude. L’absence de mots et d’images obstrue la formulation à soi-même puis à autrui. L’informulable et l’indicible amplifient un sentiment de décalage, empêchant de se faire une place à l’école mais aussi dans la famille, de se sentir membre de cette société et de pouvoir se projeter dans l’avenir.

Les enfants trans* savent ce qu’ils/elles ne sont pas et se trouvent en porte à faux avec l’école qui apprend, aussi, à se comporter en garçon ou en fille. De cette socialisation qui fait défaut et s’effectue dans les failles, le seuil de la classe se mue en placard, dont les contours naturalisent les frontières et sanctionnent les personnes qui dérogent aux normes de genre en vigueur.

Cette structure fait système et le cissexisme qui ne dit son nom imprègne les parcours des jeunes trans* qui saisissent rapidement ce qu’il en coûte de ne pas lui porter allégeance. Apprendre à faire semblant, apprendre à mentir, apprendre à se cacher, apprendre à s’aliéner, pour se protéger. Parce que personne ne le fera à leur place. L’école reconduit les inégalités et en tant que fabrique du genre, les violences transphobes se déploient sans même savoir ce que les jeunes vivent ni ce qu’ils/elles deviendront.

Ce système binaire et hiérarchisé s’incarne, dans les formulaires comme dans la littérature de jeunesse, dans l’assignation irrévocable comme dans le refus du prénom choisi. Les conséquences se déclinent de l’absentéisme au décrochage scolaire jusqu’à l’impasse menant au fait de quitter un établissement pour pouvoir (sur)vivre. Toutefois, les transferts transphobes traversent toutes les sphères, même celles qui sont habituellement perçues comme un environnement de protection.

Transparent

Dans les cas présents, les parents ne constituent pas forcément un refuge et des ressources pour l’enfant au genre variant. Par ailleurs, l’enfant d’un parent trans* peut également subir des violences par ricochet. L’élaboration de cette transparence est fondée sur un arsenal médical, psychiatrique et juridique qui produit des corps cisgenrés et hétéronormés, répondant à la suprématie construite du masculin. L’intériorisation des stéréotypes de genre fait rage et le sentiment d’être en sécurité nulle part ne favorise pas les coming out.

Transformation

Ce processus d’affirmation et de transformation s’opère difficilement en terrain hostile et interroge la formation des professionne-le-s rencontré-e-s.

Concernant l’école, cette dernière demande à être repensée autant dans ses contours institutionnels, dans sa matérialité genrée qu’à travers les personnes qui l’incarnent dont il est nécessaire de déployer les aptitudes dans ce domaine, s’inscrivant d’ailleurs dans un cadre plus vaste de politique de lutte contre les discriminations. Des manuels aux programmes, des circulaires aux outils pédagogiques, ce travail s’avère bénéfique pour tout le monde, élèves comme enseignant-e-s, enfants comme adultes.

Transphères

Les devenirs trans* révèlent d’ailleurs également les limites de l’univers académique et du monde professionnel. Les violences transphobes traversent en effet toutes les sphères (famille, ami-e-s, école, travail, rue, sport, etc.). Leur prévention ainsi que leur prise en charge engagent donc une dialectique articulant des niveaux autant intrapersonnel, interpersonnel que sociétal et prenant en compte les transferts de connaissances et de compétences des personnes trans*.   

Faire trans*

Il s’agit donc de se centrer sur le faire trans* et les pratiques des personnes concernées dans toute leur diversité et créativité, afin que ces dernières puissent mettre en lumière leurs propres questionnements et cheminements, tout comme les façons dont elles font de leur vie une histoire, défiant les artefacts moraux, pathologisants et naturalisants. Et pour traverser la scolarité, les possibilités d’information et de soutien se montrent vitales, tout comme les apports des associations et le développement des études trans*.


Mise en ligne : 31 janvier 2014.

Vu du Luxembourg

Erik Schneider

Psychiatre et psychothérapeute, militant trans


Vu du Luxembourg

 

Introduction

Avant de débuter cet article et de me présenter, je voudrais préciser une chose : lorsqu’une personne est experte et en même temps concernée par une question, sa prise de parole est toujours plus attendue en tant qu’experte. Alors même que tous les gens de nos sociétés (européennes) sont concernés par le sujet du genre, et que  personne n’est neutre envers cette question. Si une personne trans’ détient aussi une expertise sur la question trans’, on n’hésitera pas à dévaloriser son travail, son expertise, voire sa dimension scientifique. On l’invisibilise mais surtout on la dévalorise. Chaque fois que je me vois concerné par cette question c’est compliqué, non pas se dire trans’, de faire un « coming out », mais d’être obligé de faire un choix entre trans’ et expert, par peur que mes mots ne sont pas reconnus.

Je suis donc trans’, militant à l’association Intersex & Transgender Luxembourg (ITGL)[1] et psychiatre et psychothérapeute[2]. Ici je m’intéresserai à la question des trans’ à l’école.

Pourquoi la question de la transphobie a l’école me tient-elle à cœur ?

En ce moment, ni le développement personnel de l’enfant selon ses propres capacités, ni l’égalité des chances, ni même la sécurité des enfants qui s’écartent des normes de genre (dis enfants/adolescents trans’) ne sont garantis à l’école. La vie dans un établissement scolaire dépend alors de beaucoup de paramètres : l’équipe, le/la professeur/e, le/la proviseure… C’est donc un hasard si cela se passe bien pour un enfant trans’, ou une sorte de chance. Certains témoignages positifs me sont parvenus, en provenance d’Allemagnes. Mais d’autres, mettent en avant de beaucoup de problèmes. C’est-à-dire qu’on ne trouve pas de paramètres réguliers, mais des éléments incertains, indépendants de la loi, même celle-ci reste bien évidemment une dimension importante de la lutte contre la transphobie.

Il y a un lien entre la famille et la manière dont se passe l’expérience trans’ à l’école. Le risque d’exclusion semble augmenter en situation de manque de soutien à l’école (des professeur/ e/s eux/elles même liés à la production de stéréotypes). Cette situation pourrait être caractérisée par une méconnaissance du personnel professionnel à l’école, ou par une préférence à traiter les enfants/adolescents trans’ dans un cadre « normalisant », c’est à dire ignorer le plus souvent l’auto-perception et l’auto-détermination (y compris de l’identité sexuée) de ceux et celles qui divergent des normes de sexe, et de genre assignées à la naissance. La transphobie est une des conséquences des stéréotypes liés au système sexes/genres binaire.

La question de la violence physique apparait aussi, accompagnée de la violence verbale, des dévalorisations comme des exclusions sociales. La plupart des trans’ ont reçu des mots blessants, ce qui met en péril leur « coming-out » mais aussi leur maintien au sein des établissements. La question se pose aussi concernant des enfants considérés comme trans’ mais ne l’étant pas. A l’image de l’homosexualité, certains enfants sont victimes de brimades lorsqu’ils ne respectent pas les normes de genre.

Il y a bien évidemment des effets psychologiques à cela : le stress, le sentiment de malaise scolaire (surtout lorsque le soutien familial est inexistant), l’absentéisme et le décrochage scolaire. En 2011 à TGL nous avons reçu 3 personnes qui ont décidé d’arrêter l’école pour ces raisons[3].

Mais ce n’est pas tout : il y a aussi de plus en plus des problèmes d’alimentation par exemple, ou d’hydratation (ne pas boire pour éviter les toilettes). Tout peut être fait afin d’éviter les changements corporels, l’obésité et l’anorexie apparaissent alors pour éviter ou cacher les changements que connaissent les adolescents.

On remarque cependant que chaque enfant réagit différemment, mais le stress, le suicide (les idées suicidaires ou les tentatives de suicide) reviennent très souvent dans les témoignages. Et toujours, cette question de la problématique trans à l’école est en lien avec la qualité relationnelle des liens familiaux et parentaux !

Quelle est la situation au Luxembourg ?

Comme je l’ai décrit dans la première réponse, la non-acceptation de l’auto-perception et de l’auto-détermination (y compris liée à l’identité sexuée) est un des problèmes les plus graves concernant cette question. Depuis 2010 nous offrons des formations pour les professeur/e/s sur ces sujets mais ils/elles ne semblent pas intéressé/e/s d’y participer.

Au Luxembourg, Natacha Kennedy a transposé les chiffres connus en Angleterre et a dénombré possiblement 550 enfants mineurs[4]. Selon notre propre estimation, ils seraient au moins 100. Il faut attendre cependant d’autres enquêtes car nous recevons de plus en plus d’enfants trans’, avec de nouvelles questions. Pour chaque école de nouveaux cas, mais aussi des crèches et des écoles primaires. Certaines professionnel.le.s ne se sentent pas concerné.e.s, c’est-à-dire qu’ils ne reconnaissent même pas les enfants trans’ !

Cet été j’ai reçu deux témoignages dans lesquels un éducateur se posait des questions avec des enfants dont il avait l’impression qu’ils étaient trans’. Ils nous ont certes appelés mais il n’y eut aucune réaction de l’équipe.

Face à la forme « normalisante » des comportements, il faut donc développer des formes « acceptantes », en les accompagnants car cela peut être destructeur pour les enfants, pour les adolescents.

L’ancienne ministre luxembourgeoise de l’éducation avait considéré les enfants trans comme plus vulnérables[5]. A la suite d’une question parlementaire, ITGL a reçu en entretien la ministre et nous avons permis la création d’un groupe pour les jeunes trans’ dans les locaux du Centre de psychologie et d’orientation scolaires[6]. Cette possibilité nous donnait une reconnaissance importante au Luxembourg. On espère travailler sur la question des adolescentes maintenant.

Qu’est-ce que propose ITGL sur cette question ?

Le respect et l’acceptation inconditionnelle de l’auto-perception et l’auto-détermination (y compris de l’identité sexuée) d’un enfant/adolescent trans’. Cela inclut l’utilisation de prénom choisi par la personne concernée dans le cadre de l’école y compris le pronom. Comme prévu dans une loi californienne l’enfant/adolescent peut choisir les endroits réservés à l’utilisation de « l’un ou l’autre » sexe (comme les vestiaires, dans le sport etc.).

Le sexisme, la misogynie ou l’homophobie, sont trois éléments à prendre en considération pour travailler contre la transphobie. Le problème néanmoins reste qu’entre « sexualité » « orientation sexuelle » et « identité de genre », le mélange de ces concepts différents, la méconnaissance occulter le problème et l’accentue.

Dans mon discours, je ne parle pas des enfants travestis ou pour lesquels l’identité de genre est changeante car toutes ces questions nécessitent aussi de travailler en amont de cette complexité, en commençant par la question trans’ par exemple. Même si l’on sait qu’il existe des enfants dans cette situation, en disant « les enfants qui s’écartent des normes de genres », on inclut les travestis. La question devient : qu’est-ce que cela signifie pour l’école ? Notamment lorsque les jouets et les vêtements, c’est-à-dire les stéréotypes, sont bousculés ? La Suède, sans toucher à la question des trans’, essaye par exemple de diffuser les jeux au-delà des catégories garçons filles ! Voilà qui semble être important !

Quelles expérimentations scolaires limiteraient la transphobie à l’école ? 

Il y existe des projets « « LGBT » en Allemagne et aux Pays Bas qui travaillent là-dessus dans le cadre de la lutte contre « l’homophobie/la transphobie ». Mais je ne connais aucun projet en Europe qui travaille sur l’acceptation inconditionnelle de l’auto-perception et l’auto-détermination (y compris de l’identité sexuée) d’un enfant/adolescent trans’ à l’école. On pourrait aussi noter, évidemment, la loi argentine sur l’identité de genre[7], qui prévoit que les enfants (au même titre que les adultes) puissent bénéficier du prénom souhaité ainsi que du genre souhaité, même si celui-ci ne correspond pas à la mention de sexe sur l’état civil. Aussi, nous pouvons noter les avancées californiennes en la matière, puisqu’en 2013 une loi[8] accorde le droit aux enfants trans à participer aux activités scolaires non mixtes, y compris aux activités sportives, et d’utiliser toutes les installations, conformément à leur identité de genre, quel que soit le sexe mentionné à l’état civil A 18 mois, selon certains témoignages parentaux, certains signes peuvent être perçus. Il faut y faire attention. C’est-à-dire qu’avant même l’accès aux mots, il y a quelque chose comme l’auto perception (plus que l’identité, car cela peut prendre du temps… sans être stable, fixe) d’une identité de genre non cis (voir même dès les premiers mots, sans forcément se dire comme « trans » ce qui reste un langage plus adulte). De plus un enfant ne peut pas s’identifier au sexe qui lui a été attribué au même âge qu’un enfant qui accepte l’identification en tant que fille ou garçon. Cela nécessite donc une prise de conscience de ces catégories sociales[9].

En Argentine, suite à la loi en faveur des personnes trans’ (et aussi des enfants trans’), une publication, une première évaluation est en vue. En Allemagne, il y a une avocate qui a écrit une expertise sur la possibilité d’utiliser un nom préféré, disant ainsi qu’il n’y a aucun droit de l’enfant en ce domaine mais que néanmoins, juridiquement, cela ne posait pas de problème à l’école (sur les bulletins, à l’inscription). Ce n’est ni un délit, ni un tabou. L’expérience est alors faite que certaines écoles acceptent à la condition d’une certaine sécurité, alors que d’autres n’acceptent que lorsqu’il y a des changements légaux.

Mais on a souvent tendance à dire que les personnes trans’ ne sont pas nombreux. Alors que les chiffres ont tendance à monter que ce chiffre n’est pas négligeable. De plus, selon une enquête, sur 100 personnes sous bétabloquants, 1 personne environ a changé d’avis[10]. Ce qui prouve que cette question doit et peut être prise en amont.

Il persiste un chiffre de l’ombre, plus grand que les cas connus. Or, dans nos groupes au Luxembourg on touche de plus en plus de jeune… peut-être que ce chiffre de l’ombre diminue… malgré la transphobie !

Conclusion

L’étape conséquente serait d’inscrire un sexe temporaire le temps de choisir. Mais cela ne doit pas toucher que les enfants trans’, pour ne pas les discriminer, pour ne pas les stigmatiser ou créer des inégalités. Et c’est aussi une manière de dire qu’on touche les murs de la société et permet aux personnes cis-genres d’élargir leurs propres espaces de vie, dans un environnement plus souples. Aussi, la politique a un rôle important à jouer. Si les parlementaires peuvent créer des lois, ils peuvent aussi faire en sorte d’éviter les réactions transphobes : on pourrait recommander de garantir l’auto-perception et l’auto-détermination pour protéger les enfants dans TOUTES les institutions de l’Etat. En plus il faut éviter la psycho-pathologisation des enfants/adolescents trans’ comme cela s’est malheureusement passé au Luxembourg récemment via un arrêt ministériel du 19 décembre 2013[11] qui écrit que : « La prise en charge des soins liés au syndrome de dysphorie de genre est limitée aux actes et services liés à l’accompagnement psychiatrique » et entre en vigueur le 1er janvier 2014. La sécurité de ces enfants importe. On ne parle pas de la Russie, pas de l’Iran, mais de nos « démocraties » dites comme telles qui n’assurent pas la sécurité des enfants trans’. Pour ça l’Etat est responsable. La politique doit donc accepter sa responsabilité.


[1]  L’association est créée en juin 2013 et la suite du groupe informel « Transgender Luxembourg » (TGL) fondé en janvier 2009.

[2] Mon prochain livre : Erik Schneider, Christel Baltes-Löhr (dir.), Normierte Kinder, Transcript, 2014.

[3] RADELUX II (2012): Complément commun au rapport supplémentaire au 3e et 4e rapport national (2001 – 2009) sur les droits de l’enfant au Luxembourg. Les droits des enfants trans’ et des enfants intersexes. L’exemple de leur situation au Luxembourg, ci-après « RADELUX II ». URL: http://www.ances.lu/attachments/155_RADELUX_transgender%2006-02-2013%20DINA4%20layout.pdf [27.10.2013].

[4] Kennedy, Natacha (2014) : Gefangene der Lexika: Kulturelle Cis-Geschlechtlichkeit und Trans‘-Kinder. Dans: Schneider/Baltes-Löhr (dir). Normierte Kinder. Bielefeld: Transcript. 

[7] Loi argentine établissant le droit à l’identité de genre. URL : http://www.infoleg.gov.ar/infolegInternet/anexos/195000-199999/197860/norma.htm [21.01.2014].

[8] Assembly Bill – 1266 (2013): Pupil rights: sex-segregated school programs and activities. URL: http://leginfo.legislature.ca.gov/faces/billNavClient.xhtml?bill_id=201320140AB1266 [15.11.2013].

[9] Emmanuelle Ravets (2013) :Aider les jeunes trans à sortir de leur isolement. L’essentiel.lu. URL : http://www.lessentiel.lu/fr/news/story/31729427 [21.01.2014].

[10] Wüsthof, Achim (2014) : Hormonbehandlung transsexueller Jugendlicher. Dans: Schneider/Baltes-Löhr (dir). Normierte Kinder. Bielefeld: Transcript.

[11] Modifications des statuts de la Caisse nationale de santé. Comité directeur du 11 décembre 2013. URL : http://www.legilux.public.lu/leg/a/archives/2013/0232/a232.pdf [21.01.2014].


Mise en ligne : 31 janvier 2014.

La transphobie en milieu scolaire

David Latour

Membre de l’association Chrysalide
Doctorant en civilisation américaine à l’université de Provence, Aix-Marseille I


Cet article est une version remaniée de « Témoignages d’élèves trans : Une parole différente à l’école des filles et des garçons » paru en février 2011 dans le n° 487 Des Cahiers Pédagogiques sur le thème « Filles et garçons l’école » (http://www.cahiers-pedagogiques.com/spip.php?article7268), avec l’aimable autorisation des CRAP. Je tiens à remercier chaleureusement Isabelle Collet qui s’est battue pour que soit publiée la première mouture de cet article. 

 

La transphobie en milieu scolaire : témoignages d’élèves en transition  

Je suis un homme trans et je suis enseignant dans la fonction public ; avant cela, j’ai été élève et j’ai été très seul : c’est pour cette raison que je veux donner la parole à ceux et celles dont la différence reste inimaginable et inouïe pour l’institution et ses représentants, et qui souffrent en silence à « l’école des filles et des garçons ». Je veux parler des élèves en transition de genre et/ou de sexe[1] dont j’entends esquisser à grands traits la réalité méconnue en France. Afin de suggérer des pistes de réflexion, je compte notamment établir des parallèles avec la recherche menée en Belgique, au Québec, aux États-Unis et en Angleterre, en examinant la place de l’élève trans au sein de l’institution scolaire, les types de violences auxquelles il est confronté de la part des autres élèves et les solutions envisagées pour faire sa transition lorsqu’un jeune est encore au collège ou au lycée.

I. Exclusion et violence symbolique de l’institution

Y compris dans sa volonté d’ouverture républicaine, l’école « mixte » se heurte à ses propres contradictions puisque son appellation même présuppose une opposition irréductible entre le pôle « filles » et le pôle « garçon ». Dés lors, comment un-e élève dont l’identité psychologique n’est pas en conformité avec le genre social qu’on lui a assigné à la naissance peut-il/elle s’épanouir dans un système éducatif qui ne parle que des hommes et des femmes, rarement des homosexuel-le-s, et jamais des trans[2] ? Quentin[3], FtM de 29 ans, dresse un constat amer : « …j’aurais vraiment aimé pouvoir trouver une écoute et un peu d’aide extérieure à mon milieu familial dans mon établissement scolaire (…), être informé m’aurait considérablement aidé à cette période de ma vie où tout semblait si confus et insurmontable. »[4] Le sentiment tenace de ne pas être à sa place – sorte de « dé-placement affectif » dans la solitude – marque le début du questionnement transidentitaire. Nos voisins belges tirent le même constat puisque « c’est surtout l’absence de ‘communauté’ et d’ ‘empowerment’ qui constitue le principal problème »[5], constate le « Rapport sur les transgenres en Belgique : un aperçu de la situation sociale et juridique des personnes transgenres ». Un accompagnement psychosocial grâce à des groupes de parole au sein de l’école semble d’autant plus nécessaire que le soutien familial fait souvent défaut.

Un-e élève trans comprend que l’école n’a pas prévu son existence dès le moment où il/elle veut simplement aller aux toilettes. Dominique, FtM, explique la stratégie qu’il avait réussi à mettre en place plus jeune : « Mon premier souvenir trans date de mes 4 ans. Grâce à mon prénom de naissance, Dominique, je me faufile du côté garçon à l’école maternelle ; juste un flip pour les moments pipis…». Et Quentin fait part du rejet dont il a été victime de la part des deux clans genrés : « Les petites filles me viraient des toilettes des filles parce que j’avais l’apparence d’un garçon (…). Les garçons me viraient des toilettes des garçons puisque j’avais un prénom de fille (…) Au final, je me débrouillais pour ne jamais avoir à aller aux toilettes à l’école ». L’organisation binaire de lieux tels que les toilettes, les vestiaires ou les dortoirs – ce que la sociologue Line Chamberlain nomme « les lieux scolaires sexués »[6] – semble indépassable aux yeux des élèves trans, car elle signifie qu’il n’y a pas de place pour eux dans l’institution.

Finalement, la ségrégation par sexe, ce cloisonnement binaire des corps, des esprits et des identités, pousse l’élève trans à s’exclure lui/elle-même du groupe classe puisqu’il considère que – symboliquement – il en est déjà exclu. Damien raconte :

Le pire je crois que c’était les cours de sport et la séparation activités de filles/activités de garçons. D’un côté la gymnastique (AGRS) et de l’autre les sports collectifs (foot, basket). Me retrouver à faire des pirouettes gracieuses sur une poutre ou un tapis de sol en justaucorps moulant devant tout le monde était carrément un enfer et j’ai préféré simuler un problème de santé et me faire dispenser de sport jusqu’au Bac. Cela a été très mal perçu de la part du corps enseignant et j’ai été considéré comme une ‘flemmarde’ pendant des années sans que jamais personne n’essaie de comprendre ce qui pouvait bien se passer pour moi.

Non sensibilisés, non informés mais façonnés par les mêmes préjugés que le reste de la population, l’écrasante majorité des enseignants sont incapables de lire les signes révélateurs d’un malaise sans doute exacerbé par la participation obligatoire à des activités largement hétéro-normatives. A propos de ce malentendu aux conséquences désastreuses, le « Rapport sur les transgenres en Belgique » conclue aussi que « (l)e comportement de coping le plus fréquent des jeunes (est) la fuite et l’éloignement vis-à-vis des facteurs de stress, en se distanciant de l’école. »[7] L’école est loin d’être un lieu positif et valorisant de socialisation pour les jeunes trans qui choisissent encore trop souvent de se priver d’études plutôt que de continuer à être brimé.es.

Une autre stratégie de survie par l’anticipation et l’évitement consiste à donner le change et à faire mine d’adopter l’identité dont les autres nous affublent. En jouant à ce jeu dangereux, Quentin se rappelle comment il a été très tôt rattrapé par la réalité :

Je me rappelle aussi qu’un jour notre instit’ nous a fait faire un exercice de dessin qui consistait à se dessiner soi-même à 20 ans. Moi j’avais dessiné une fille aux cheveux longs, parce que je pensais que (…) c’était ce qu’on attendait de moi. Tout le monde avait été extrêmement surpris par mon dessin et moi j’avais été extrêmement surpris que tout le monde soit surpris. Je me rappelle m’être senti encore plus perdu puisque quand j’étais moi-même je voyais bien que ça mettait mal à l’aise les gens, mais quand j’essayais de me conformer à ce que je pensais qu’ils attendaient de moi, ils semblaient à nouveau déroutés.

Trois grands types d’exclusion apparaissent donc : soit les élèves trans sont rejeté-e-s par leurs pairs dans les activités hétéro-normées mises en place par l’institution et les enseignants, soit ils s’excluent eux-mêmes pour ne pas subir d’avantage de discriminations, soit ils font semblant de jouer le jeu de la norme de genre et souffrent en conséquence.

 

II. Les violences transphobes en milieu scolaire

Les données scientifiques sur la transphobie et les actes transphobes au collège et au lycée sont rares. Sans surprise, il n’existe aucune étude française spécifique sur ce sujet, même si nous avons pu récolter bon nombre de témoignages personnels. Pour essayer d’y voir plus clair, nous devons donc regarder ce qui se fait au Québec, aux États-Unis et en Angleterre et recouper ses informations avec des études françaises à portée générale. Les travaux existant dressent un état des lieux alarmant de la situation des élèves trans. En 2009, Line Chamberland a conduit une étude au Québec ayant pour titre « L’impact de l’homophobie et de la violence homophobe sur la persévérance et la réussite scolaire ». Elle y conclut que « (l)es jeunes lesbiennes, gais, bisexuel-le-s et transsexuel-les/transgenres (LGBT) sont plus à risque que leurs pairs non LGBT de subir de l’intimidation, des menaces, du harcèlement et des agressions physiques en milieu scolaires »[8]. Les élèves déviant de la norme hétérosexuelle et/ou hétérogenrée sont donc victimes d’actes violents de la part de ceux et de celles qui veulent représenter la norme. Ajoutons à cela qu’y compris à l’intérieur du groupe dit « LGBT », des disparités de traitement existent. En effet, aux Etats-Unis par exemple, insultes et insécurité sont le lot quotidien des « élèves transgenres [qui] sont confrontés à plus de persécutions et de violence que les élèves homosexuel-l-e-s et bisexuel-e-s. Les conséquences sur les victimes se traduisent par l’absentéisme scolaire, des résultats inférieurs à ceux des autres et un sentiment d’isolement et de non appartenance à la communauté scolaire »[9] rapporte une étude du GLSEN. Publiée en 2009 et menée sur un échantillon de 295 élèves trans de 13 à 20 ans, cette étude est fort justement intitulée « De dures réalités » (« Harsh Realities »). Les chiffres avancés sont éloquents : durant l’année précédent l’enquête, 89% des élèves trans ont déjà été insultés ou menacés à cause de leur orientation sexuelle et 87% à cause de leur expression de genre, au moins la moitié ont déjà été agressés physiquement à cause de leur orientation sexuelle (55%) ou à cause de leur expression de genre (53%) et plus d’un quart a été agressés physiquement (coups de poing, coups de pied, menace avec une arme) à l’école à cause de leur orientation sexuelle (28%) ou à cause de leur expression de genre (26%)[10]. N’oublions pas ce qui est arrivé à Gwen Araujo, lycéenne harcelée par ses camarades, assassinée à l’âge de 17 ans et dont le corps a été retrouvé enterré. Elle avait été ligotée, rouée de coups et étranglée pour avoir « menti » sur sa « véritable nature » au jeune homme qu’elle fréquentait comme le rappelle le téléfilm A Girl Like Me qui retrace les dernières heures de la jeune fille[11].

En Europe, Stephen Whittle, Lewis Turner et Maryam Al-Alami de l’organisme anglais Press For Change avaient mené deux ans auparavant une enquête sur les discriminations dont sont victimes les trans, du nom de « Engendered Penalties », que l’on pourrait traduire en tentant de conserver le jeu de mot par « Pénalités en-gen(d)rées ». Dans la section consacrée à l’école, il est dit que les élèves trans souffrent bien plus de harcèlement moral et physique que les élèves LGB et qu’« environ 64% des jeunes garçons trans et 44% des jeunes filles trans seront harcelés ou persécutées à l’école, non seulement de la part des autres élèves mais aussi de la part du personnel encadrant, y compris des professeurs. »[12] Les conclusions rapportées aux Etats-Unis par l’étude du GLSEN quant à la surreprésentation des trans parmi les victimes de crime de haine envers les LGBT sont valables de ce côté-ci de l’Atlantique. Néanmoins, Whittle et al. précisent que les jeunes filles « masculines » semblent moins bien acceptées que les garçons « efféminés », contrairement au préjugé souvent véhiculé. De surcroît, la précision de leurs recherches leur permet de pointer du doigt le rôle déterminant des adultes et du personnel enseignant dans la propagation de la transphobie. 

En matière de transphobie scolaire, la France ne fait pas exception. Les trans forment l’une des minorités les plus malmenées, et cela n’est pas sans conséquence. Une étude menée par HES et Le MAG publiée en avril 2009[13] indique que 67% des jeunes transsexuel-le-s ont déjà pensé au suicide du fait de leur transidentité, et que 34% ont déjà effectué au moins une tentative. Amélie, 28 ans, témoigne de son mal-être et de son envie d’en finir : « Je ne savais pas vraiment pourquoi je n’allais pas bien à l’époque. J’ai tenté de mettre un terme à ma vie sans en avoir le courage. » Bien entendu, ça n’est pas la transidentité qui pousse au suicide mais la détresse dans la laquelle les élèves trans se trouvent. Ceux-ci sont victimes de brimades et de vexations au quotidien de la part de leurs camarades cisgenres[14]. Amélie se remémore aussi une scolarité marquée par une mise au banc sociale : « À l’école, j’étais toujours le petit garçon exclu par les autres. Jusqu’au lycée, ça allait, les filles m’acceptaient encore pour jouer avec elles. Les garçons par contre étaient très violents et n’acceptaient pas que je n’aime pas jouer avec eux. ». Entre déprime et provocation, Dominique, quant à lui, ne semble jamais avoir pu s’épanouir à l’école et y trouver sa place, comme le montre son attitude : « L’école? Un cauchemar, je ne fais rien du tout, je n’ai même pas de cahiers. Isolement entrecoupé de périodes ‘d’organisateur de chahuts délires’ ». Si, à première vue, le témoignage de Dominique semble très différent de celui d’Amélie, il témoigne en réalité d’un vécu semblable à celui d’Amélie : victimes de brutalités, tous deux ont vécu la solitude en classe et ont réagi par la violence, qu’elle soit envers les autres ou retournée vers eux-mêmes.

Il existe également un lien très fort entre les violences transphobes et le décrochage scolaire. Ce qui est observé dans le rapport du GLSEN semble se vérifié chez nous aussi. D’après une étude du CRIPS[15] menée en 2007, 21% des personnes transsexuelles déclarent avoir arrêté leurs études à cause de la transphobie. Julie, 18 ans, confie sa peur d’être découverte : « Moi, je n’aurais pas pu tenir si on m’avait parlé au masculin ou si les élèves avaient été mis au courant de la situation. » Elle a choisi de vivre cachée, mais Matteo, élève en 1ère STI, a préféré faire son coming out auprès du proviseur de son lycée et de ses camarades : « …j’aurais dû fermer ma gueule. Aujourd’hui je suis en cours d’engagement à l’armée pour quitter le lycée (…) ‘grâce’ a mon coming out je dis au revoir aux études car [on m’a] plusieurs fois plaqué contre un mur avec une lame de 15 cm sous la gorge en me demandant si j’avais des couilles ou non ».[16] Ne pas respecter l’identité de genre revendiquée par un-e trans, c’est déjà discriminer ; s’en suivent les remarques, les insultes et le rejet, puis les atteintes au corps : les coups, les viols… Dès lors, comment concilier transition et études secondaires?

III. Ecole et transition : quelle stratégie pour les élèves ?

Pour faire leur transition, les élèves trans doivent tout d’abord échapper à cette violence trop souvent passée sous silence qui oblitère l’identité de la victime au profit de la loi du plus fort. On constate le même phénomène au Québec où ceux qui choisissent de faire une pause dans leurs études, soit entre le collège et le lycée, soit entre le lycée et les études supérieures, profitent de conditions idéales : « les cheminements les plus positifs sont souvent vécus par ceux qui n’ont pas eu à sortir du placard »[17] signale Sylvia Galipeau. Toutefois, tous les élèves ne peuvent se permettre d’arrêter leurs études, même momentanément. Certains, comme Samy, font le pari de faire leur transition tout en poursuivant leurs études secondaires. Il insiste sur la « peur que ça ne fasse pas crédible aux yeux du lycée, qu’en juin [il se soit] présenté sous [son] identité F et qu’en septembre, [il] leur fasse tout un pataquès pour pouvoir utiliser [son] identité masculine, comme ci c’était ‘le délire de l’été’. » Il précise que, au fond, il voudrait simplement avoir droit à une éducation sereine et « [préfèrerait] [se] concentrer sur [ses] révisions du bac cette semaine plutôt que d’organiser cette conversation, gérer ses conséquences… » Bref, si faire son coming out est une nécessité pour faire une transition, c’est aussi se jeter dans l’inconnu, potentiellement se mettre en danger, et être souvent poussé à interrompre sa scolarité.

Pour échapper à cela, nombreux sont les élèves qui décident de changer d’établissement. C’est le cas de Grégory qui explique : « …quand j’ai changé de lycée cette année, j’ai tout de suite parlé à quelqu’un de l’administration de ma situation (la CPE), qui s’est montrée très compréhensive et qui a mis mes nouveaux professeurs au courant. » Mais la situation reste épineuse à gérer pour le jeune homme qui doit composer avec la réalité : « Comme j’étais également à l’internat des filles, je me suis aussi chargé de faire mon coming out à tout l’étage, et à toute ma classe durant le premier mois, en leur demandant de ne pas trop ébruiter l’information ». Mais que se passera-t-il lorsque l’information viendra à s’ébruiter ? Dans quel dortoir le fera-t-on finalement s’installer ? Comment les élèves et les parents d’élèves réagiront-ils ? En cas d’hostilité, bénéficiera-t-il du soutien de l’administration ?

Cependant, une déscolarisation ou un changement d’établissement ne suffisent pas toujours à briser le cycle de l’acharnement transphobe, surtout lorsqu’un élève trans a fini par intérioriser une part de la transphobie dont il a été victime. A cet égard, d’autres témoignages font état d’humiliations constantes, menant l’élève à un profond sentiment d’échec personnel. Ainsi, le jeune Yvan, FtM québécois de 16 ans bientôt hormoné, parle des brimades, des coups et des conséquences que ces humiliations ont eues sur sa scolarité :

J’ai arrêté l’école en septembre 2007 car mon ‘secret’ avait été découvert et je me faisais battre, niaiser (…). Maintenant je suis prêt à retourner à l’école (…). Je vais recommencer en septembre 2008, je suis inscrit en gars à cette école (…) Personne ne me connaît alors personne va savoir que j’ai un corps de fille… Mais j’ai vraiment peur qu’ils le découvrent et j’adore l’école mais si le monde le découvre je vais encore arrête et il n’y a pas d’autre école dans le coin. J’ai vraiment peu que ça recommence encore  (…) Je suis vraiment écœuré de me faire battre et niaiser (…). Je ne sais pas quoi faire. Depuis que [je sais] quel [est] mon Problème je suis plus heureux mais je ne veux pas tout perdre en retournant à l’école.

Cet élève est brisé moralement, et sans le soutien de ces parents qui ont accepté qu’il entame sa transition avant sa majorité et qu’il change de lycée, qui sait ce qu’il serait advenu de lui.

Au Québec toujours, face à une institution bien peut réactive et rarement encline à accepter la diversité et les différences, la mère de Samantha prend les devants en laissant sa fille s’affirmer dans l’intimité de la maison parentale, comme le fait le personnage de Granny avec Ludovic, petit garçon qui veut devenir fille, dans le film Ma vie en rose[18] d’Alain Berliner. Le soulagement de l’adolescente de 14 ans n’est que provisoire car chaque jour, il faut retourner à l’école, redevenir Samuel et faire face à la même incompréhension de l’institution et des élèves. Très rapidement, la jeune MtF s’enferme à la maison et ne va plus à l’école. Sa mère prend une décision radicale mais probablement salvatrice : « Une année scolaire, ça peut se reprendre. Une vie, ça ne se reprend pas (…). Il va falloir couper les ponts, déménager, trouver une autre école. Je ne vois pas d’autre solution. Parce que, en ce moment, quand je pars le matin, ma grande question, c’est : est-ce que mon enfant va être encore en vie ce soir? » Voilà le genre de préoccupation qui occupent l’esprit d’un parent d’enfant trans, voilà le genre de situations dont l’école doit répondre. 

***

L’institution scolaire doit sans cesse se remettre en question. Par les enseignements qui y sont dispensés et l’organisation de ses locaux, elle est vectrice et productrice de discriminations à l’encontre des élèves trans. Il est temps que l’école de la Républicaine Française apprenne à composer avec ses élèves trans et qu’elle fasse le pari d’être l’école de tou-te-s dans le respect de chacun-e. En outre, les jeunes trans sont victimes, encore plus que les élèves LGB de violences scolaires de la part de leurs paires, au point que les jeunes trans sont souvent obligés de vivre leur identité souhaitée ailleurs, dans un autre établissement. Les élèves bios doivent donc eux-aussi être éduqués en matière de problématique de genre et de transidentité. Les témoignages livrés ici sont précieux et riches d’enseignements. J’espère que ceux-ci ainsi que les analyses synthétiques et comparatives qui en découlent pourront servir de point de départ au personnel éducatif pour travailler sur l’acceptation des élèves transidentitaires dans les établissements scolaires en allant au-delà de la simple problématique des rapports « filles/garçons ». Je ne propose pas de solution « clef-en-main » pour répondre aux innombrables questions que soulève la présence des élèves trans dans les institutions scolaires de la République. En revanche, nous pouvons nous inspirer des interventions en milieu scolaire contre l’homophobie et la lesbophobie par Contact et SOS homophobie. Des brochures de sensibilisation pourraient être diffusées, telles celles éditées par le GIRES, intitulée « Quelques conseils pour combattre les brutalités transphobes à l’école » (« Guidance on Combating Transphobic Bullying in Schools »[19]) et qui s’adresse aux élèves trans et à leurs allié-e-s. Enfin, l’association Chrysalide a mis en ligne gratuitement sur son site des outils pédagogiques (une bande-dessinée et un quizz[20]) pour informer sur la réalité des transidentités. A l’origine, ces outils étaient destinés à figurer sur une clé USB financée par la Région Rhône-Alpes et s’appelait « Discrimi-NON ! ». Il a finalement été décidé que la transphobie était un phénomène périphérique qui n’avait pas sa place sur une telle clé.

Il y a deux ans, j’écrivais en guide conclusion des lignes qui sont toujours d’actualité : Cet article est un texte trop rare sur une question encore émergeante en France ; il doit également marquer une impulsion dans le corps des trans enseignant-e-s et chercheu-r-se-s : nous devons nous approprier notre histoire pour ne pas laisser parler à notre place ceux et celles qui n’ont pas légitimité à produire du savoir sur nous, et documenter la culture et l’histoire de notre communauté et nous donner les moyens d’avancer ensemble.

 


Bibliographie 

Berliner, Alain. Ma Vie en rose, [film], Belgique/France, Haut et Court, 1997.

Chamberland, Line et al. « L’impact de l’homophobie et de la violence homophobe sur la persévérance et la réussite scolaires ». Rapport de recherche – Programme actions concertées. Section 3 [en ligne] 02/2007 [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et téléchargement : http://www.fqrsc.gouv.qc.ca/upload/editeur/RF-LineChamberland.pdf

 Chrysalide. Site Officiel de l’association. 2007 [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et accès : http://chrysalidelyon.free.

 CRIPS. « 67ème Rencontre du CRIPS Ile-de-France : Personnes trans’, quels enjeux de santé? ». [en ligne]. Lettre d’information n°84, 11/2007 [consulté le 25/07/2010]. http://www.lecrips-idf.net/lettre-info/lettre84/L84_1.htm

 Dorais, Michel et Eric Verdier. Petit manuel de gayrilla à l’usage des jeunes. Béziers : H&O éditions, 2005.

 Galipau, Silvia. « La Transphobie à l’école : une dure réalité ». [en ligne] 14/05/2009. [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et accès : http://www.alterheros.com/cite/2009/05/transphobie-a-lecole-une-dure-realite/

 GIRES. « Guidance on Combating Transphobic Bullying in Schools » [en ligne] 28/02/2010 [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et téléchargement : http://www.gires.org.uk/assets/Schools/TransphobicBullying.pdf

 Greytak, Emily A., Joseph G. Kosciw, Elizabeth M. Diaz. « Harsh Realities : The Experiences of Transgender Youth in Our Nation’s Schools ». A Report from GLSEN [en ligne]. 17/03/2009 [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et accès : http://www.glsen.org/binary-data/GLSEN_ATTACHMENTS/file/000/001/1375-1.pdf  

 HeS et Le MAG. « Enquête sur le vécu des jeunes trans et transgenre ». [en ligne]. 20/04/2009 [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et accès : http://www.hes-france.org/propositions/commissions/questionnaires-com-trans/enquete-sur-le-vecu-des-jeunes

 Holland, Agnieszka. A Girl Like Me : The Gwen Araujo Story, [film], Etats-Unis, Lifetime, 2006.

 IEF. « Rapport sur les transgenres en Belgique : un aperçu de la situation sociale et juridique des personnes transgenres ». [en ligne]. 2009 [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et téléchargement : http://igvm-iefh.belgium.be/fr/publications

 Whittle, Stephen, Lewis Turner et Maryam Al-Alami. « Engendered Penalties : Transgender and Transsexual People’s Experience of Inequality and Discrimination ». Press For Change. Wetherby : Equality Review. [en ligne] 02/2007 [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et téléchargement :   http://www.pfc.org.uk/pdf/EngenderedPenalties.pdf


[1] La transition est la période pendant laquelle une personne évolue dans son genre psychologique, social et physique.  

[2] On peut se définir transsexuel-le, transgenre, intergenre, travesti-e etc. chacun-e trouvant l’identité ou la définition qui lui convient le plus, ou bien en inventant d’autres. Par raccourci de langage, et afin d’être le plus juste possible en essayant d’inclure un maximum de personnes concernées par cette problématique, nous employons le terme général de « trans ».

[3] Tous les prénoms ont été changés tout en respectant leur genre. Le genre indiqué (FtM ou MtF) est uniquement le genre revendiqué par les témoins. Un homme trans ou FtM (Female to Male) est une personne s’identifiant (plutôt) en tant qu’homme mais assignée au sexe biologique et social féminin à la naissance. De plus, une femme trans ou MtF (Male to Female) est une personne s’identifiant (plutôt) en tant que femme mais assignée au sexe biologique et social masculin à la naissance. On s’adresse aux hommes trans au masculin et aux femmes trans au féminin. Toutefois, ces définitions restent larges et n’ont pas vocation à figer les identités des personnes trans mais à informer les personnes non trans.

[4] Tous les témoignages ont été récoltés en 2009-2010 dans des correspondances privées, sur des forums Internet avec l’autorisation des leurs auteur-e-s, ou sur des sites et des blogs. Ils sont fidèlement retranscrits à l’exception des fautes d’orthographe.

[5] IEFH. « Rapport sur les transgenres en Belgique : un aperçu de la situation sociale et juridique des personnes transgenres », p. 74 [en ligne]. 2009 [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et téléchargement : http://igvm-iefh.belgium.be/fr/publications

[6] Line Chamberland et al. « L’impact de l’homophobie et de la violence homophobe sur la persévérance et la réussite scolaires ». Rapport de recherche – Programme actions concertées. Section 3 [en ligne] 02/2007 [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et téléchargement :

http://www.fqrsc.gouv.qc.ca/upload/editeur/RF-LineChamberland.pdf, p. 15.

[7] IEFH. « Rapport sur les transgenres en Belgique : un aperçu de la situation sociale et juridique des personnes transgenres », op. cit. p. 75. Le « coping » (de l’anglais « to cope » qui signifie « s’en sortir ») désigne l’ensemble des stratégies de survie mises en pace pour faire face aux discriminations dont un individu est victime.

[8] Line Chamberland et al. « L’impact de l’homophobie et de la violence homophobe sur la persévérance et la réussite scolaires ». op. cit., p. 2.

[9] « Transgender students face much higher levels of harassment and violence than LGB students. And these high levels of victimization result in these students missing more school, receiving lower grades and feeling isolated and not part of the school community. » Ma traduction. Emily A. Greytak, Joseph G. Kosciw, Elizabeth M. Diaz. « Harsh Realities : The Experiences of Transgender Youth in Our Nation’s Schools ». A Report from GLSEN [en ligne]. 17/03/2009 [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et accès : http://www.glsen.org/binary-data/GLSEN_ATTACHMENTS/file/000/001/1375-1.pdf, p. vi. 

[10] Cf. Emily A. Greytak, Joseph G. Kosciw, Elizabeth M. Diaz. « Harsh Realities », op. cit., p. xi.

[11] Agnieszka Holland. A Girl Like Me : The Gwen Araujo Story, [téléfilm], Etats-Unis, Lifetime, 2006.

[12] « Some 64% of young trans men and 44% of young trans women will experience harassment or bullying at school, not just from their fellow pupils but also from school staff including teachers. » Ma traduction. Stephen Whittle, Lewis Turner et Maryam Al-Alami. « Engendered Penalties : Transgender and Transsexual People’s Experience of Inequality and Discrimination ». Wetherby : Equality Review. [en ligne] 02/2007 [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et téléchargement : http://www.pfc.org.uk/pdf/EngenderedPenalties.pdf, p. 17.

[13] HeS et Le MAG. « Enquête sur le vécu des jeunes trans et transgenre ». [en ligne]. 20/04/2009 [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et accès :

http://www.hes-france.org/propositions/commissions/questionnaires-com-trans/enquete-sur-le-vecu-des-jeunes

[14] Les personnes cisgenres, ou bio, sont des personnes non trans.

[15] CRIPS. « 67ème Rencontre du CRIPS Ile-de-France : Personnes trans’, quels enjeux de santé? » [en ligne]. Lettre d’information n°84, 11/2007 [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et accès :

http://www.lecrips-idf.net/lettre-info/lettre84/L84_4.htm

[16] Faire son « coming out » (de l’anglais « to come out » qui signifie « rendre public ») vient de l’expression « to come out of the closet » c’est à dire « sortir du placard » ou révéler son homosexualité. Par extension, cela signifie que l’on révèle une partie de soi  cachée car perçue comme source de honte ou de danger, ici, la transidentité.

[17] Silvia Galipau. « La Transphobie à l’école : une dure réalité ». [en ligne] 14/05/2009. [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et accès : http://www.alterheros.com/cite/2009/05/transphobie-a-lecole-une-dure-realite/

[18] Alain Berliner. Ma Vie en rose, [film], Belgique/France, Haut et Court, 1997.

[19] Cf. GIRES. « Guidance on Combating Transphobic Bullying in Schools » [en ligne] 28/02/2010 [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et téléchargement :

http://www.gires.org.uk/assets/Schools/TransphobicBullying.pdf

[20] Cf. Site Officiel de l’association Chrysalide. 2007 [consulté le 25/11/2012]. Disponibilité et accès :   http://chrysalidelyon.free.fr/bd.php et http://chrysalidelyon.free.fr/quizz.php


Mis en ligne : 01.01.2013.

© 2017 observatoire-des-transidentites.com - hébergement CMULTIMEDIA.COM