Observatoire Des Transidentités

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Catégorie : Entretiens (Page 1 sur 3)

Entretien avec SOS Homophobie

SOS homophobie

(écriture collective)


Entretien avec SOS Homophobie

 

SOS homophobie mène des actions dans les écoles sur les représentations et des discriminations LGBT. Comment se passe une action dans les grandes lignes ?

Les interventions[1] durent deux heures et sont animées par des bénévoles de l’association (en binômes de préférence mixtes). Les interventions s’effectuent sur le temps scolaire et s’inscrivent ainsi dans la mission éducative de l’établissement. Elles se font à la demande et en présence d’un personnel de l’établissement (infirmièr-e, professeur-e, proviseur-e) qui n’intervient pas dans les débats mais qui peut témoigner de ce qui a été dit.

 

SOS homophobie est agréé par le Ministère de l’Education Nationale (au titre des associations complémentaires de l’enseignement public) et au niveau local par plusieurs rectorats. Ces agréments ne sont pas indispensables, mais ils valident nos interventions et surtout les inscrivent dans une politique plus globale de lutte contre les discriminations. Ces labels institutionnels constituent également une carte de visite qui rassure les directeurs-trices d’établissement et les parents d’élèves.

 

Nous allons dans des établissements très divers pour intervenir dans les classes à partir de la 4eme : collèges et lycées d’enseignement général ou technique (écoles de bûcherons, d’infirmièr-e-s, jeunes footballeurs de l’OM etc.), publics ou privés…

 

Le principe de l’intervention n’est pas de faire un cours magistral mais d’encourager les jeunes à réfléchir à ce que sont les LGBT-phobies, leurs manifestations, leurs conséquences et leurs origines. Les interventions sont basées sur le respect et la liberté de parole. Nous abordons néanmoins un certain nombre de points et de notions de façon systématique : nous définissons les termes LGBTI (certain-e-s élèves ne savent pas ce que veut dire “hétérosexuel” ou pensent que “les lesbiens sont des hommes homosexuels”), et nous rappelons les lois qui punissent les manifestations de l’homophobie et de la transphobie (injures, violences, diffamation, discriminations). Selon la disponibilité et la maturité des élèves, les débats sont animés de diverses façons : on peut par exemple leur demander d’expliquer si ils/elles sont d’accord (ou pas, et pourquoi) avec une série de phrases du type “un homme gay est souvent efféminé”, “je choisis de qui je tombe amoureux-euse”; ou bien leur demander de faire la liste des raisons pour lesquelles certaines personnes sont homophobes puis les aider à déconstruire ces raisonnements ; réfléchir avec eux à la signification des injures ; les faire réagir à la diffusion de l’un des courts métrages de l’INPES[2] etc. L’intervention se termine par une séance de réponses/débats autour de questions anonymes écrites par les élèves sur des petits papiers, et une évaluation anonyme de l’intervention grâce à un questionnaire simple.

 

Les retours des élèves sont le plus souvent très positifs : les questionnaires font apparaître qu’à l’issue de l’intervention, l’immense majorité des élèves disent “respecter les personnes LGBT”. Presque seize mille élèves ont été sensibilisé-e-s par les bénévoles de SOS homophobie pendant l’année scolaire 2012-2013, dont trois quarts environ en dehors de l’Ile de France : pour ces actions, nous avons besoin d’encore plus de bénévoles. Quels que soient votre âge, sexe, orientation sexuelle et identité de genre, vous pouvez nous contacter en écrivant à nousrejoindre@sos-homophobie.org.

 

 

Dans le cadre de ces interventions, y a-t-il des actions spécifiques sur les Trans et la bisexualité ?

 

Nous définissons le sigle LGBTI au début de nos interventions et nous abordons les LGBTI-phobies dans leur ensemble. Nous parlons donc des personnes bisexuelles et Trans. Ceci implique également de parler et différencier orientation sexuelle et identité de genre.

 

Les questions autour de l’orientation sexuelle sont généralement assez bien connues par les élèves et nous n’avons jamais eu l’impression que la bisexualité pose aux élèves des questions ou problèmes particuliers. Un certain nombre de points peuvent être néanmoins soulevés autour de la bisexualité : pourquoi est-elle si invisible? que veut dire être bisexuel-le? comment et par qui sont discriminées les personnes bisexuelles? Mais ne nous voilons pas la face, en deux heures il est très difficile d’aborder toutes ces questions. C’est le débat et l’interaction avec les élèves qui déterminent le plus gros des thématiques qui sont abordées. Indépendamment du cadre scolaire, l’association a participé en septembre 2012 à la réalisation d’une enquête sur les représentations de la bisexualité, dont les premiers résultats sont publiés sur la page  http://www.sos-homophobie.org/enquete-biphobie.

 

Pour la plupart des élèves, la transidentité est par contre de l’ordre de l’étrange. Travesti-e, transexuel-le, transgenre… il faut se donner un peu de mal pour débroussailler les idées. Nous intégrons de plus en plus un travail autour de la notion d’identité de genre pour aborder les questions Trans et éventuellement intersexes. L’essentiel des clichés sur les trans tournent encore autour de la question du “changement de sexe”. Nous nous efforçons de sortir de ce cadre médical pour poser des questions sur ce que veut dire être homme ou femme, qui peut définir qui je suis, qui je peux ou ai le droit d’être, etc. Il est intéressant d’introduire l’idée de relativité et subjectivité autour de ce qui constitue chacune de nos identités. De là, nous invitons les jeunes à s’interroger sur le lien entre normes sociales et LGBT-phobies afin qu’ils/elles se rendent compte que les êtres humains ne peuvent être prédéfinis et rangés dans des cases. Dans ce cadre, il est très constructif de faire le lien entre sexisme et LGBT-phobies. 

 

 La question du genre est en train de constituer désormais le terme par lequel l’intersectionnalité permet d’envisager, outre de sortir du sexe et du sexuel, une politique globale en faveur de l’égalité. Est-ce le cas dans vos interventions ?

 

La notion de genre, telle que définie par le milieu universitaire, n’est pas abordée lors de nos interventions en milieu scolaire. Nous préférons travailler à partir de ce que connaissent les élèves pour déconstruire les idées reçues et expliquer les origines des LGBT-phobies. Nous privilégions les notions de normes (comme l’hétéronormativité) ou encore les rapprochements avec d’autres discriminations (sexisme, racisme etc.) pour faire comprendre aux élèves ce qui constitue la base des LGBT-phobies. Le parallèle et la mise en exergue de mécanismes communs avec toutes les formes de rejet (notions de différence, de domination…) parlent beaucoup aux élèves car ils/elles savent très bien ce qu’est le racisme ou le sexisme, l’ayant parfois vécu eux/elles-mêmes. Dans ce sens, nos interventions cherchent à pointer du doigt les catégories, les cases et frontières qui délimitent nos identités afin que tout le monde s’interroge sur leur rôle et la façon dont elles interfèrent avec l’égalité des droits.

 

Aborder tous ces points en deux heures n’est pas toujours possible, mais si certain-e-s élèves entrevoient qu’il y a des façons diverses d’être, alors nous ne sommes pas venu-e-s pour rien. Nous leur laissons à la fin de l’intervention une fiche avec des liens leur permettant de poursuivre s’ils/elles le souhaitent leur réflexion ou d’obtenir du soutien (comme par exemple notre site dédié aux adolescent-e-s[3]).

 

Exemples de “petits papiers” anonymes rédigés par des élèves lors d’intervention :

 

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 [1] http://www.sos-homophobie.org/IMS 

[2] http://www.inpes.sante.fr/professionnels-education/outils/jeune-et-homo/outil-lutte-homophobie.asp 

[3] www.cestcommeca.net 


Mise en ligne, 31 janvier 2014.

Vu du Luxembourg

Erik Schneider

Psychiatre et psychothérapeute, militant trans


Vu du Luxembourg

 

Introduction

Avant de débuter cet article et de me présenter, je voudrais préciser une chose : lorsqu’une personne est experte et en même temps concernée par une question, sa prise de parole est toujours plus attendue en tant qu’experte. Alors même que tous les gens de nos sociétés (européennes) sont concernés par le sujet du genre, et que  personne n’est neutre envers cette question. Si une personne trans’ détient aussi une expertise sur la question trans’, on n’hésitera pas à dévaloriser son travail, son expertise, voire sa dimension scientifique. On l’invisibilise mais surtout on la dévalorise. Chaque fois que je me vois concerné par cette question c’est compliqué, non pas se dire trans’, de faire un « coming out », mais d’être obligé de faire un choix entre trans’ et expert, par peur que mes mots ne sont pas reconnus.

Je suis donc trans’, militant à l’association Intersex & Transgender Luxembourg (ITGL)[1] et psychiatre et psychothérapeute[2]. Ici je m’intéresserai à la question des trans’ à l’école.

Pourquoi la question de la transphobie a l’école me tient-elle à cœur ?

En ce moment, ni le développement personnel de l’enfant selon ses propres capacités, ni l’égalité des chances, ni même la sécurité des enfants qui s’écartent des normes de genre (dis enfants/adolescents trans’) ne sont garantis à l’école. La vie dans un établissement scolaire dépend alors de beaucoup de paramètres : l’équipe, le/la professeur/e, le/la proviseure… C’est donc un hasard si cela se passe bien pour un enfant trans’, ou une sorte de chance. Certains témoignages positifs me sont parvenus, en provenance d’Allemagnes. Mais d’autres, mettent en avant de beaucoup de problèmes. C’est-à-dire qu’on ne trouve pas de paramètres réguliers, mais des éléments incertains, indépendants de la loi, même celle-ci reste bien évidemment une dimension importante de la lutte contre la transphobie.

Il y a un lien entre la famille et la manière dont se passe l’expérience trans’ à l’école. Le risque d’exclusion semble augmenter en situation de manque de soutien à l’école (des professeur/ e/s eux/elles même liés à la production de stéréotypes). Cette situation pourrait être caractérisée par une méconnaissance du personnel professionnel à l’école, ou par une préférence à traiter les enfants/adolescents trans’ dans un cadre « normalisant », c’est à dire ignorer le plus souvent l’auto-perception et l’auto-détermination (y compris de l’identité sexuée) de ceux et celles qui divergent des normes de sexe, et de genre assignées à la naissance. La transphobie est une des conséquences des stéréotypes liés au système sexes/genres binaire.

La question de la violence physique apparait aussi, accompagnée de la violence verbale, des dévalorisations comme des exclusions sociales. La plupart des trans’ ont reçu des mots blessants, ce qui met en péril leur « coming-out » mais aussi leur maintien au sein des établissements. La question se pose aussi concernant des enfants considérés comme trans’ mais ne l’étant pas. A l’image de l’homosexualité, certains enfants sont victimes de brimades lorsqu’ils ne respectent pas les normes de genre.

Il y a bien évidemment des effets psychologiques à cela : le stress, le sentiment de malaise scolaire (surtout lorsque le soutien familial est inexistant), l’absentéisme et le décrochage scolaire. En 2011 à TGL nous avons reçu 3 personnes qui ont décidé d’arrêter l’école pour ces raisons[3].

Mais ce n’est pas tout : il y a aussi de plus en plus des problèmes d’alimentation par exemple, ou d’hydratation (ne pas boire pour éviter les toilettes). Tout peut être fait afin d’éviter les changements corporels, l’obésité et l’anorexie apparaissent alors pour éviter ou cacher les changements que connaissent les adolescents.

On remarque cependant que chaque enfant réagit différemment, mais le stress, le suicide (les idées suicidaires ou les tentatives de suicide) reviennent très souvent dans les témoignages. Et toujours, cette question de la problématique trans à l’école est en lien avec la qualité relationnelle des liens familiaux et parentaux !

Quelle est la situation au Luxembourg ?

Comme je l’ai décrit dans la première réponse, la non-acceptation de l’auto-perception et de l’auto-détermination (y compris liée à l’identité sexuée) est un des problèmes les plus graves concernant cette question. Depuis 2010 nous offrons des formations pour les professeur/e/s sur ces sujets mais ils/elles ne semblent pas intéressé/e/s d’y participer.

Au Luxembourg, Natacha Kennedy a transposé les chiffres connus en Angleterre et a dénombré possiblement 550 enfants mineurs[4]. Selon notre propre estimation, ils seraient au moins 100. Il faut attendre cependant d’autres enquêtes car nous recevons de plus en plus d’enfants trans’, avec de nouvelles questions. Pour chaque école de nouveaux cas, mais aussi des crèches et des écoles primaires. Certaines professionnel.le.s ne se sentent pas concerné.e.s, c’est-à-dire qu’ils ne reconnaissent même pas les enfants trans’ !

Cet été j’ai reçu deux témoignages dans lesquels un éducateur se posait des questions avec des enfants dont il avait l’impression qu’ils étaient trans’. Ils nous ont certes appelés mais il n’y eut aucune réaction de l’équipe.

Face à la forme « normalisante » des comportements, il faut donc développer des formes « acceptantes », en les accompagnants car cela peut être destructeur pour les enfants, pour les adolescents.

L’ancienne ministre luxembourgeoise de l’éducation avait considéré les enfants trans comme plus vulnérables[5]. A la suite d’une question parlementaire, ITGL a reçu en entretien la ministre et nous avons permis la création d’un groupe pour les jeunes trans’ dans les locaux du Centre de psychologie et d’orientation scolaires[6]. Cette possibilité nous donnait une reconnaissance importante au Luxembourg. On espère travailler sur la question des adolescentes maintenant.

Qu’est-ce que propose ITGL sur cette question ?

Le respect et l’acceptation inconditionnelle de l’auto-perception et l’auto-détermination (y compris de l’identité sexuée) d’un enfant/adolescent trans’. Cela inclut l’utilisation de prénom choisi par la personne concernée dans le cadre de l’école y compris le pronom. Comme prévu dans une loi californienne l’enfant/adolescent peut choisir les endroits réservés à l’utilisation de « l’un ou l’autre » sexe (comme les vestiaires, dans le sport etc.).

Le sexisme, la misogynie ou l’homophobie, sont trois éléments à prendre en considération pour travailler contre la transphobie. Le problème néanmoins reste qu’entre « sexualité » « orientation sexuelle » et « identité de genre », le mélange de ces concepts différents, la méconnaissance occulter le problème et l’accentue.

Dans mon discours, je ne parle pas des enfants travestis ou pour lesquels l’identité de genre est changeante car toutes ces questions nécessitent aussi de travailler en amont de cette complexité, en commençant par la question trans’ par exemple. Même si l’on sait qu’il existe des enfants dans cette situation, en disant « les enfants qui s’écartent des normes de genres », on inclut les travestis. La question devient : qu’est-ce que cela signifie pour l’école ? Notamment lorsque les jouets et les vêtements, c’est-à-dire les stéréotypes, sont bousculés ? La Suède, sans toucher à la question des trans’, essaye par exemple de diffuser les jeux au-delà des catégories garçons filles ! Voilà qui semble être important !

Quelles expérimentations scolaires limiteraient la transphobie à l’école ? 

Il y existe des projets « « LGBT » en Allemagne et aux Pays Bas qui travaillent là-dessus dans le cadre de la lutte contre « l’homophobie/la transphobie ». Mais je ne connais aucun projet en Europe qui travaille sur l’acceptation inconditionnelle de l’auto-perception et l’auto-détermination (y compris de l’identité sexuée) d’un enfant/adolescent trans’ à l’école. On pourrait aussi noter, évidemment, la loi argentine sur l’identité de genre[7], qui prévoit que les enfants (au même titre que les adultes) puissent bénéficier du prénom souhaité ainsi que du genre souhaité, même si celui-ci ne correspond pas à la mention de sexe sur l’état civil. Aussi, nous pouvons noter les avancées californiennes en la matière, puisqu’en 2013 une loi[8] accorde le droit aux enfants trans à participer aux activités scolaires non mixtes, y compris aux activités sportives, et d’utiliser toutes les installations, conformément à leur identité de genre, quel que soit le sexe mentionné à l’état civil A 18 mois, selon certains témoignages parentaux, certains signes peuvent être perçus. Il faut y faire attention. C’est-à-dire qu’avant même l’accès aux mots, il y a quelque chose comme l’auto perception (plus que l’identité, car cela peut prendre du temps… sans être stable, fixe) d’une identité de genre non cis (voir même dès les premiers mots, sans forcément se dire comme « trans » ce qui reste un langage plus adulte). De plus un enfant ne peut pas s’identifier au sexe qui lui a été attribué au même âge qu’un enfant qui accepte l’identification en tant que fille ou garçon. Cela nécessite donc une prise de conscience de ces catégories sociales[9].

En Argentine, suite à la loi en faveur des personnes trans’ (et aussi des enfants trans’), une publication, une première évaluation est en vue. En Allemagne, il y a une avocate qui a écrit une expertise sur la possibilité d’utiliser un nom préféré, disant ainsi qu’il n’y a aucun droit de l’enfant en ce domaine mais que néanmoins, juridiquement, cela ne posait pas de problème à l’école (sur les bulletins, à l’inscription). Ce n’est ni un délit, ni un tabou. L’expérience est alors faite que certaines écoles acceptent à la condition d’une certaine sécurité, alors que d’autres n’acceptent que lorsqu’il y a des changements légaux.

Mais on a souvent tendance à dire que les personnes trans’ ne sont pas nombreux. Alors que les chiffres ont tendance à monter que ce chiffre n’est pas négligeable. De plus, selon une enquête, sur 100 personnes sous bétabloquants, 1 personne environ a changé d’avis[10]. Ce qui prouve que cette question doit et peut être prise en amont.

Il persiste un chiffre de l’ombre, plus grand que les cas connus. Or, dans nos groupes au Luxembourg on touche de plus en plus de jeune… peut-être que ce chiffre de l’ombre diminue… malgré la transphobie !

Conclusion

L’étape conséquente serait d’inscrire un sexe temporaire le temps de choisir. Mais cela ne doit pas toucher que les enfants trans’, pour ne pas les discriminer, pour ne pas les stigmatiser ou créer des inégalités. Et c’est aussi une manière de dire qu’on touche les murs de la société et permet aux personnes cis-genres d’élargir leurs propres espaces de vie, dans un environnement plus souples. Aussi, la politique a un rôle important à jouer. Si les parlementaires peuvent créer des lois, ils peuvent aussi faire en sorte d’éviter les réactions transphobes : on pourrait recommander de garantir l’auto-perception et l’auto-détermination pour protéger les enfants dans TOUTES les institutions de l’Etat. En plus il faut éviter la psycho-pathologisation des enfants/adolescents trans’ comme cela s’est malheureusement passé au Luxembourg récemment via un arrêt ministériel du 19 décembre 2013[11] qui écrit que : « La prise en charge des soins liés au syndrome de dysphorie de genre est limitée aux actes et services liés à l’accompagnement psychiatrique » et entre en vigueur le 1er janvier 2014. La sécurité de ces enfants importe. On ne parle pas de la Russie, pas de l’Iran, mais de nos « démocraties » dites comme telles qui n’assurent pas la sécurité des enfants trans’. Pour ça l’Etat est responsable. La politique doit donc accepter sa responsabilité.


[1]  L’association est créée en juin 2013 et la suite du groupe informel « Transgender Luxembourg » (TGL) fondé en janvier 2009.

[2] Mon prochain livre : Erik Schneider, Christel Baltes-Löhr (dir.), Normierte Kinder, Transcript, 2014.

[3] RADELUX II (2012): Complément commun au rapport supplémentaire au 3e et 4e rapport national (2001 – 2009) sur les droits de l’enfant au Luxembourg. Les droits des enfants trans’ et des enfants intersexes. L’exemple de leur situation au Luxembourg, ci-après « RADELUX II ». URL: http://www.ances.lu/attachments/155_RADELUX_transgender%2006-02-2013%20DINA4%20layout.pdf [27.10.2013].

[4] Kennedy, Natacha (2014) : Gefangene der Lexika: Kulturelle Cis-Geschlechtlichkeit und Trans‘-Kinder. Dans: Schneider/Baltes-Löhr (dir). Normierte Kinder. Bielefeld: Transcript. 

[7] Loi argentine établissant le droit à l’identité de genre. URL : http://www.infoleg.gov.ar/infolegInternet/anexos/195000-199999/197860/norma.htm [21.01.2014].

[8] Assembly Bill – 1266 (2013): Pupil rights: sex-segregated school programs and activities. URL: http://leginfo.legislature.ca.gov/faces/billNavClient.xhtml?bill_id=201320140AB1266 [15.11.2013].

[9] Emmanuelle Ravets (2013) :Aider les jeunes trans à sortir de leur isolement. L’essentiel.lu. URL : http://www.lessentiel.lu/fr/news/story/31729427 [21.01.2014].

[10] Wüsthof, Achim (2014) : Hormonbehandlung transsexueller Jugendlicher. Dans: Schneider/Baltes-Löhr (dir). Normierte Kinder. Bielefeld: Transcript.

[11] Modifications des statuts de la Caisse nationale de santé. Comité directeur du 11 décembre 2013. URL : http://www.legilux.public.lu/leg/a/archives/2013/0232/a232.pdf [21.01.2014].


Mise en ligne : 31 janvier 2014.

Entretien avec Estelle Beauvais

 Entretien avec Estelle Beauvais

Réalisatrice et cinéaste


 

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Étant un tant soit peu en décalage par rapport au paysage vidéographique actuel, dont le rythme est de plus en plus soutenu, et qui représente des choses de plus en plus violentes, j’ai décidé que ma démarche devait privilégier un cinéma de proximité, sensible, modeste, qu’elle devait être construite dans un souci d’échange direct avec les personnes et les paysages que j’affectionne, que je filme, que je présente.

Source : http://www.estelle-beauvais.com/estelle_beauvais/biography.html

ODT : La genèse du projet ?

E.B. : L’impulsion première vient du fait que je n’ai jamais supporté la notion de normalité, je ne l’ai jamais comprise. Les notions de normalité et de perfection sont illusions. Elles nuisent à notre bonheur, à l’existence.

 

À mon sens, renouer avec sa propre fragilité permet de dépasser l’illusion de la perfection humaine. J’ai la conviction qu’accepter sa fragilité, c’est se donner les moyens d’exister et d’avancer. J’ai décidé de réaliser ce projet afin de mettre en valeur une notion refoulée, perçue comme négative dans nos sociétés et qui, assumée, représente pourtant (à mon sens) une grande qualité et même une force.

 

Il s’agit donc, à travers cette série de films, de soutenir une notion qui existe malgré nous et dont je suis persuadée que nous avons besoin pour nous accomplir en tant qu’humains. Il s’agit de s’avouer que pour avancer, il faut assumer et dépasser le fait que nous sommes ontologiquement fragiles.

Ce projet est une façon de participer et tenter d’aider ce processus de dépassement.

 

ODT : Comment t’es-tu donnée les moyens de le mener à bien ?

E.B. : J’ai commencé à dresser de façon organique une carte, la « Fragility Map » afin d’organiser le projet. Y sont inscrits mes lectures, les livres sources, les auteurs qui m’ont inspirés. Par ailleurs, il s’en dégagent les grandes thématiques que j’aimerais aborder à travers ce projet, les personnes (connues ou anonymes) et les lieux que j’aimerais filmer. En lien avec tout cela, j’y ai également posé les intentions de réalisation ainsi que les intentions plastiques.

 http://www.flickr.com/photos/daseinprojekt/6895567398/sizes/l/in/set-72157628717679039/

A partir de cette carte, j’ai commencé à prendre des rendez vous et organiser les premiers tournages.

Il s’agit d’un projet empirique, il se construit au fur et à mesure de la quête et des rencontres. La carte évolue en parallèle, au fil du projet.

 

ODT : Le rôle de ton entourage, de tes amies, des réseaux, etc., dans l’aide qui t’a éventuellement été apportée ?

E.B. : Très important ! J’ai des amis merveilleux qui me soutiennent tant dans ma vie personnelle que dans mon travail. Mon activité est très solitaire. Il y a toujours des moments où on a envie de baisser les bras, ou plus rien ne nous supporte, où on se sent très seul. Un sourire, une rencontre, une belle parole, un indice, et la motivation reprend.

Rencontrer mes amis, ma famille, les personnes qui me sont chers afin d’échanger est un moteur indéniable dans tout ce que je réalise.

Je suis entourée par des personnes issus de milieux, de communautés, de classes sociales très différents, ce qui représente à mon sens grande richesse.

Je tiens à remercier tout particulièrement Jef Guillon pour les réalisation musicales sur mesure et Bernard Zirnheld pour la réalisation des sous titres des films vers l’anglais.

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ODT : Quelles retombées ? Audience ? Succès d’estime ? 

E.B. : Il s’agit d’un projet de 24 épisodes, et j’aimerais aussi beaucoup réaliser un long métrage à l’issus de la série. Il s’agit donc d’un projet à long terme. Aujourd’hui, les retombées se font de façon progressive.

Le premier episode a beaucoup tourné en festival et lors d’événements divers, en Europe et dans le monde entier.

Pour l’instant 4 épisodes sont sortis et sont maintenant disponibles sur le site du projet. Les épisodes 5 et 6 sortiront  à la rentrée 2013 

ODT : Des projets ?

E.B. : Je réalise actuellement une série de portraits, des films courts. Il s’agit ici d’aller à la rencontre de personnes issues de milieux divers, sans contrainte de thématique. Ces portraits sont réalisés sur l’idée de mettre en valeur « le meilleur de chacun».

Je travaille aussi actuellement sur la réalisation d’un blog vidéo sur au CINEMA

Et puis je rêve, un peu secrètement, de réaliser un film d’anticipation…

ODT : Le concept de départ ?

E.B. : L’idée dans ce projet est de proposer au public de suivre la réalisation d’un documentaire en cours de création. Aussi ai-je décidé de l’articuler à travers une double lecture :

« La Fragilité » est tout d’abord une série de 24 films courts. Les films seront présentés régulièrement, dès leur production, dans des cinémas ou des événements publics divers et seront aussi intégralement mis en ligne sur le site internet dédié au projet.

En parallèle de cette série j’aimerais également réaliser un film long. Le montage rassemblerait de façon organique tout ce qui se sera passé durant la réalisation de la série. Il en emergera une nouvelle interprétation.

La série est divisée en deux parties.

 

Il y a tout d’abord ce que j’appelle « Les Histoires ».

Il s’agit de 12 films. Dans ces films vous rencontrerez des personnes dont l’expression de la fragilité et de des différences m’ont particulièrement touchée. En effet, ces personnes expriment à travers leurs histoires toute la beauté de la précarité de nos vies. Ces êtres ont fait le pari d’aller au fond d’eux-mêmes.

 

Il y a ensuite ce que je nomme « Les Clefs ». Il s’agit d’une deuxième série de 12 films.

Les philosophes et les penseurs aident à changer le monde. Ils utilisent les mots comme matériau et nous aident à formuler et rendre intelligibles nos idées. Il est nécessaire de leur réserver une place importante au sein de ce projet. Chaque film relatera d’une rencontre avec un auteur, un chercheur, philosophe, sociologue, physicien, psychanalyste, cinéaste… ayant un intérêt profond pour le domaine de la fragilité ou des notions voisines. Dans chacun de ces films seront apportés des outils de réflexion pour mieux intégrer la notion de fragilité aujourd’hui.

« Les Histoires » et « les clés » sont présentées au public de manière alternative.

 

 

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ODT :  Pourquoi ce titre ?

E.B. : Pour aller à l’essentiel. La simplicité. Le titre c’est le sujet, le sujet c’est le titre !

ODT : Questions trans ? De genre ou bien au-delà ?

E.B. : La réflexion trans nous appartient à tous. Elle permet une lecture significative de notre société et également de nos propres identités. Il était pour moi nécessaire d’aborder ce sujet, de l’intégrer dans un projet global tel que La Fragilité.

Le premier épisode de la série « La Lumière n’est ni juste ni injuste » a été réalisé en collaboration avec Jayrôme C. Robinet, jeune homme trans basé à Berlin.

L’épisode 6 est une rencontre avec la philosophe Françoise Brugère qui a notamment écrit « La Sexe de La sollicitude ». La question du genre y est largement abordée.

Dans la série « La Fragilité », la question du genre n’est pas une thématique en soi. Elle s’intègre naturellement dans le projet.

ODT : Merci Estelle.

 


Sites :

http://www.estelle-beauvais.com/estelle_beauvais/HOME.html

 http://www.la-fragilite.com/La_Fragilite/HOME.html

King’s queer Art Collection

King’s queer Art Collection

 

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A l’ODT, nous aimons, outre les articles, dossiers et autres coms universitaires, d’autres univers : celui des fous furieux avec des cœurs gros commeça, entre autres. Ca n’existe plus, sont foutus, ce qui nous rappelle que ceux qui ont pris le No future le plus au sérieux ne sont pas ceux qu’on croit.

Quel est donc notre No future à nous ? Nous aimerions beaucoup que cela soit aussi ce cœur là qui palpite, qui sait donner, échanger, chanter et peindre. dans les liens et lieux qui palpitent. Celui de Grib&Laet sonnait non comme une évidence mais une écoute nécessaire des projets à vivre en tentant de faire venir  artistes et autres têtes furieuses & fumeuses sous le même chapiteau d’Utopie. Une manière de dire que le queer des King’s peut être cette réponse au cauchemar identitaire d’hétéroland que nous avons vu au moment du mariage universel. C’est que 1984 est derrière nous et sa dystopie devant nous. Alors ? Alors rien ?

Alors : Amours et révoltes, Amour, Amours… et Révolte !


Entretien avec les King’s Queer

 

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Photo : Nico Witz

 

L’historique

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C’est encore une histoire un peu folledingue et inattendue pour pas changer. On a fait pressé notre vinyle Amours et révoltes en 300 exemplaires que l’on vend comme objet de collection. Ils sont numérotés de 1 à 300. On réalise les pochettes à la main avec des tampons, donc chaque pièce est unique. Mais on s’aperçoit que le fabriquant de disque nous en a livrés 30 exemplaires en plus. Impossible de les mettre en vente de la même manière que les autres, numérotation oblige. Donc un matin de janvier, on se dit qu’on va proposer à des artistes de nous créer une œuvre d’art originale et unique. Seule contrainte le nom du groupe: King’s queer, et le nom de l’album, Amours et révoltes… Ensuite on a réfléchi quels artistes, on a envoyé des mails de proposition. On a proposé 6 pochettes à des élèves de l’Isba de Besançon car on avait envie d’associer cette structure à ce projet. Tous ont répondu OK. On a monté le site King’s queer Art Collection. Bon honnêtement tout ceci s’est misen place en une semaine. C’est pas un truc sur lequel on a passé des heures à réfléchir, encore une fois l’instinct et une envie de faire.

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Jérôme Mesnager
(acrylique 30×30)
Photo : Stéphane Léonard

Au départ on voulait juste faire une petite vente internet aux enchères, les sous 50% pour les artistes, 50% pour nous. Mais vu l’ampleur du truc avec les « pointures » qui ont répondu présents, on s’est dit il faut les exposer, faire un catalogue etc… Et la machine s’est mise en route, et là on court après pour ne pas changer ! Du coup on s’est adressé à deux auteurs qui nous semblaient comme une évidence pour faire les textes de préface du catalogue. Pierre Mikailoff pour le côté présentation de King’s Queer, un auteur et musicien pour qui l’on a un énorme respect. Et Laurent Devéze directeur de l’Isba, qui nous suit depuis notre premier concert et nous soutient. Lui c’était pour le coté artistes. Evidemment les deux nous ont fait cela à titre gracieux avec enthousiasme comme le reste des artistes….Bref on est totalement ébahi par la magie de l’histoire simple est facile !

Donc il fallait trouver des lieux d’expositions… Évidemment la première se fait à l’Isba… Et ensuite pour Paris on tout de suite pensé à Corinne Bonnet qui a une galerie, Dufay/Bonnet. On avait déjà rencontré Corinne pour un projet antérieur et sa position dans le monde de l’art, son regard critique par rapport à tout ce business nous correspondait. Donc elle devenue une partenaire au même titre que l’Isba et l’expo est prévue en novembre…

Ensuite on s’est dit il nous faut une structure média partenaire : on a tout de suite penser à « La tête dans l’artiste ». Il nous avait suivi lors de notre guérilla sonore pour la sortie du CD en sept 2012. On a gardé des contacts avec lui.

Mais là, on travaille à trouver d’autres partenaires…

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Loulou Picasso – 2013
(acrylique et collage – 31×31)
Photo : Stéphane Léonard

Mais quand on parle expo… Là aussi, on s’est dit on a pas envie d’un truc conventionnel et poussiéreux et chiant. Donc on est parti sur l’idée de prendre d’assaut les galeries et les détourner de leur rôle premier ! On s’est dit merde les covers de disque ont une sacrée histoire : la banane de Warhol pour le velvet, la photo du kids pour le disque War de U2… Alors on a proposé à Pierre Mikailoff de faire une conférence sur l’histoire des pochettes de disque à nos jours. On aime bien mélanger le truc de mémoire, c’est un point très important dans notre travail. Ensuite on s’est rappelé des images de vernissage dans les années 80 à New York où Basquiat empoignait la clarinette pour de la musique expérimentale jazzy. Vu que c’est des illustrations de notre album qui sont exposées, on va balancer un show-case de King’s queer au milieu. Mais encore une fois on va faire des shows un peu spécial en invitant des guests. Par exemple à Paris, Nicolas Kantorowicz nous rejoint pour deux titres. Dans nos artistes, il y en a qui pratiquent l’art de la performance. A Paris, Amaury Grisel va nous faire une perf art et bondage, Kim Prisu vient spécialement du Portugal pour réaliser une peinture en direct, Dowtown va jouer des aérosols…etc…A Besançon, on embauche Les LEZ Appétissantes (duo de burlesque) pour un effeuillage de vinyles sur deux de nos morceaux, Fréderic Wiegel va nous produire une performance en direct du Japon (où il vit) grâce aux moyens multi-medias… Et on a pas encore fini les programmes…

Aujourd’hui, on travaille sur le catalogue avec Julie Chu. On n’a pas envie d’un résultat classique, on cherche un format, une façon de réaliser…

Au final on a profité de ces pochettes pour réaliser des événements de free art Party (comme les mouvements Free party d’Angleterre). Se réapproprier des espaces, les détourner, et surtout mélanger toujours et encore les gens, les genres, les styles… être vivant, debout créatif et résistant !

Par ailleurs, il y a toutes les générations confondues et des mouvances diverses. Des artistes « confirmés » comme des élèves, inclus dans un même projet. En fait nous sommes un liant… Il faut savoir qu’on a aucune subvention, que King’s queer fait son propre auto-financement comme d’habitude au détriment des loyers. D’autre part, on est complètement néophyte dans le monde de l’art ; on apprend les choses sur le tas, système D comme toujours… Donc ça interloque un peu les gens car on n’a pas la façon usuelle de s’adresser à eux.

De plus quand on fait le bilan de cette collection on voit le côté hors des frontières au sens propre (on a des artistes qui vivent au Portugal, au Japon, en Suisse, Islande, Inde, France) comme au figuré… De plus sans que se soit une volonté de notre part à l’arrivée on a deux artistes transgenres, deux gouines, des pd… C’est amusant.

La démarche

L’association « Allez viens on s’en va » lance le King’s Queer Art Collection.

Le King’s Queer Art Collection est une initiative dédiée à la création contemporaine. Mettre en place une synergie entre le travail de King’s Queer et des créateurs venant d’horizons les plus divers… Créer une véritable collection aux médiums multiples…

Au fil des mois vous pourrez découvrir différents projets, de la pochette de disque œuvre d’art, en passant par la littérature, le stylisme, la photographie, la peinture, la danse, vidéo…Des collaborations vont petit à petit se mettre en place.

Depuis l’apparition du vinyle, de nombreuses pochettes de disque sont devenues mythiques, des œuvres d’art à part entière qui ont marqué l’histoire contemporaine.

Qui ne se souvient pas de la célèbre banane d’Andy Warhol pour un disque du Velvet Underground ?

Sortir un 33 tours aujourd’hui, c’est s’inscrire dans une certaine démarche, une empreinte qui résiste au temps, laisser un « objet » aussi bien sonore que visuel.

Après avoir mis en vente 3oo exemplaires numérotés et tamponnés par leur soin, King’s Queer se lance dans le projet « Spécial Cover Collection ».

King’s Queer puise depuis toujours son inspiration dans la littérature mais aussi dans la peinture, le graphisme, la photographie…

Alors, en guise d’hommage et par amour du partage, ils ont proposé de mettre à disposition 20 pochettes de leur vinyle « amours et révoltes »  au recto vierge à des artistes dont ils apprécient le travail.

 


La collection

 

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Les différents artistes rassemblés représentent soit une influence pour le groupe, soit se sont inscrits dans l’histoire de King’s Queer…

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Photo : David Twist (Paris)

Liens

http://www.kingsqueer.com
http://kingsqueer-art-collection.tumblr.com/covers
Vente disques&CD : http://www.kingsqueer.com/#!musique
http://www.isbabesancon.com
http://www.dufaybonnet.com/
http://latetedelartiste.com/
http://www.leparisien.fr/espace-premium/seine-saint-denis-93/c-est-la-que-j-ai-decouvert-la-scene-punk-03-03-2012-1887259.php
https://www.facebook.com/Lezappetissantes?fref=ts

Pochette

 Laurent Deveze

 

 

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Écrire,

Écrire à partir de pochettes de disques,

Écrire sur les pochettes de disques des King’s Queer.

La philosophie comme la poésie se permet souvent des audaces que le linguiste ou le sémiologue n’oserait pas assumer, notamment le fait de considérer un mot dans sa résonance.

Entendons nous bien, non pas dans son étymologie, ni même dans son réseau sémantique mais dans sa faculté d’évocation.

Comme le gong frappé dans le temple porte bien longtemps après le coup, la trace d’une profonde musique, qui, loin d’être une trace justement, en livre en quelque sorte la vérité, le mot dans sa résonance sait égrener des significations en chapelets d’associations qui ne sont subjectives qu’en apparence.

Ainsi le mot « pochette » n’en finit pas de résonner et tout bien considérer mieux vaut ici pour des musiciennes se soucier de résonance que de raisonnement.

« Pochette » évoque ce petit morceau d’étoffe colorée que les dandys comme les hommes bien mis arboraient et arborent parfois encore sur leur veston.

Dans un univers souvent uni et sombre le plus souvent, la pochette froufroute, étincelle, virevolte, quand elle ne souligne pas simplement l’austérité de l’ensemble en mince liseré  blanc.

Le tout « après cinq heures » disait on aux anciens temps du Quai d’Orsay, heure où l’on pouvait enfin s’encanailler puisque le soir venant.

Car ne nous y trompons pas, la pochette a un je ne sais quoi d’olé olé ou plutôt de féminin qui transforme le costume sérieux en lui apportant une touche certes de raffinement, mais aussi  de gaudriole.

Aussi la pochette fut elle très vite suspectée d’être une sorte d’indice de l’ambiguïté sexuelle ; en un temps où seules les femmes étaient autorisées vraiment à choisir entre plusieurs imprimés et où seul le choix de la cravate  n’était permis aux hommes respectables (quand ce ne sont pas leurs femmes qui les choisissaient), le fait que le gentleman essaie si le vieux rose serait mieux ou moins bien assorti que les pois jetait sur sa virilité d’apparence un léger voile de  suspicion.

Bien vite les pochettes exubérantes qui s’échappaient en belettes espiègles ou en mousse débordante devinrent les signes de ralliement des « invertis » qui, en envahissant de soie revendicative leur laine trop froide, ne laissaient à la conscience commune plus aucun doute sur leur orientation amoureuse.

Plus tard, les pochettes se muèrent en bandanas et de la poche, du pantalon cette fois, s’échappèrent des fanions au code secret selon la couleur ou le côté envisagés : à gauche homo, à droite bi, rouge sm, etc. et le jeune homme au jean ainsi marqué pouvait croiser dans les eaux troubles de la nuit urbaine, cherchant le délicieux abordage en une amusante parodie du célèbre code des  fanions maritimes.

C’est d’ailleurs à la même époque que Jean Paul Gaultier remettait la marinière au goût du jour et que Fassbinder osait porter à l’écran les heurs et malheurs d’un marin nommé Querelle…

Ainsi donc la pochette porterait en sa résonance la marque sinon de l’infamie en tous cas du soupçon…trop chatoyante pour être honnête.

Le sage vinyle noir recouvert de toutes ces couleurs et de toutes ces parures retrouverait donc en une posture très « dandy en goguette », le zazou révolté des sombres années 40 ou le jeune homme des encore insouciantes années 80 parti chercher fortune pochette au vent.

L’exposition de ces pochettes se muant par résonance interposée en un défilé de mode où Brummel et Poiret disputeraient à Brad Davis la palme des élégances vénéneuses.

Et ce n’est certes pas l’autre image associée qui s’en vient alors, qui changerait l’atmosphère car pochette désignait également l’ersatz du sac à main pour les hommes.

En effet, dans ces dernières années du vinyle, l’homme était flanqué d’un affreux petit rectangle de cuir qui devint quelque temps plus tard  la marque quasi exclusive de l’identité enseignante.

L’homme avec sa pochette externalisait des attributs virils les mettant dangereusement à distance ; la pipe, le portefeuille et autre stylo plume, quittaient le nid douillet de la poche intérieure pour se séparer du corps en un objet indépendant de lui.

Aujourd’hui son avatar peut faire sourire lorsqu’en banlieue le plus teigneux des « kéké », qui s’estimerait déshonoré de la moindre interrogation sur ses désirs, arpente les Champs Elysées petite pochette siglée au vent dans une posture bien nette de jeune fille d’antan fier de son nouveau sac à main.

La pochette s’arbore fièrement, conditionne la posture et dénonce non sans un certain exhibitionnisme les attraits de celui ou de celle qui la brandit ainsi fièrement. Inutile ici de rappeler l’éloquente expression de « base en ville » qui la désignait souvent.

Il nous faut donc bien le reconnaître tantôt petite besace, tantôt carré de soie, la pochette semble toujours avoir à faire avec la sexualité où le désir qui rôde. Rien d’étonnant finalement à ce que les Kings Queer aient ajouté encore par résonance interposée à cette douce ambivalence.

De Speedy Graphito à Jérôme Mesnager, de Kiki Picasso à Frédéric Weigel ou Julie Chu, les pochettes de leur disque tantôt externalisent le contenu de leurs chants tantôt jouent les frivoles pour mieux piéger l’inconscient qui ne reconnaitrait pas encore la puissance de leurs mots.

Jouant ironiquement et tour à tour des codes de la pépette et du petit mec leur beau tour de chant hésite entre le happening visuel et la déclaration d’amour ou de guerre.

Aussi l’on pourrait à bon droit se demander si cette exposition de galettes ne serait pas en fait une exposition de techniques de drague : les pochettes renseignent sans vraiment dire, suggèrent ce qu’on peut attendre si l’on ose enfin les défaire et poser le disque à nu l’exposant à la morsure du saphir. Elles mettent sur la voix si l’on ose le mauvais jeu de mots.

Andy Warhol ne savait peut être pas en la concevant que la fameuse banane du disque du Velvet Underground serait un jour comme le disent les enfants  « collector ». Mais une chose est sûre, il savait qu’elle ferait  « œuvre », en ce  qu’elle exprimait avec la plus grande pertinence possible ce qu’était un tel groupe tout habité de juvéniles tentations  promptes, pour parler comme les Anciens, à créer l’effroi. Et Dieu sait si la fascination opéra puisque la censure s’empressa de confirmer la réussite de cette création en exigeant qu’on la retire du marché.

La pudibonderie est bonne conseillère : mieux que la perversion, elle sait toujours détecter le chef d’œuvre.

Tantôt voile dissimulant son contenu pour mieux aguicher, tantôt tatouage qui joue les définitifs à fleur de peau, tantôt parure qui souligne les formes les plus irrésistibles ou sobre uniforme un rien trop sanglé pour ne pas inviter en fait à son déboutonnage, les pochettes du disque des King’s Queer n’en finissent pas de jouer les effeuillé(e)s.

L’exposition prendrait alors l’apparence d’un striptease où l’on serait irrésistiblement invité à deviner sous chacune des parures la beauté de la chair noire et luisante enfin mise à l’air libre et livrée à nos sens, tout du moins à notre écoute.

Moins illustrations qu’invites, ces pochettes contiennent en elles mêmes leur propre capacité à laisser apparaître le disque dans son plus simple appareil.

Aussi doit on reconnaître la maestria de ces artistes qui ont joué le jeu de l’humilité en sachant que leurs œuvres signalent sans jamais le recouvrir complètement un autre contenu. Savoir s’effacer tout en donnant à voir, le paradoxe aurait plu aux élégants de la Belle Époque tout comme aux maîtres des icônes saintes. Indiquer sans ensevelir ce qu’on est sensé précisément magnifier voilà ce qu’Andreï Roublev cherchera toute sa vie…

Et c’est sans doute là l’habileté de nos chanteuses capables de nous faire valser en compagnie de références aussi éparses sans autre forme d’unité que, et c’est peut être en définitive la seule qui compte, la volonté de nous retrouver tous ensemble.

C’est le secret des meilleurs groupes musicaux de savoir ainsi rassembler autour d’eux des créateurs de tous horizons, répondant à un simple appel tribal. « Qui m’aime me suive » hasardera t-on en risquant même encore de réveiller la métaphore du minet-minette à pochette …

Mais comment ne pas évoquer avec sérieux en ces temps d’obscurantisme forcené cette capacité mobilisatrice qui fait des King’s Queer un lieu commun au sens grec, un espace imaginaire d’accueil dont l’hospitalité permet à la révolte de prendre pied pour s’organiser ou souffler un peu.

Que tant d’artistes venus d’horizons picturaux les plus divers, d’étudiants de l’Institut Supérieur des Beaux Arts de Besançon l’utopique libertaire (et même un philosophe…) se retrouvent justement autour d’un tel projet, délivrerait en fait le sens ultime de cette œuvre d’essence collective.

« Bizarres de tous pays unissez vous ! », reconnaissez vous dans ce décalage commun et revendiqué, dans ce « petit caillou dans la sandale » dont le vieil Aristote parlait pour définir ce que pouvait être un authentique philosophe, les King’s Queer connaissent par leur chant et leur générosité, le secret alchimique du mélange des genres.

Ces pochettes sont signes d’appartenance « rhizomatique » et de mise en réseau ; leur diversité n’est pas synonyme de solitude mais de maquis possible, rose et réséda mêlés ; en somme même si Laeticia et Grib l’ignorent, elles réinterprètent à leur manière le chant des partisans.

« Les corbeaux dans la plaine » n’ont qu’à bien se tenir car cette exposition ressemble finalement moins à un défilé de mode ou à un cabaret cochon qu’à un campement de maquisards combattants  et, tout bien considéré, la pochette peut dissimuler message ou arme, elle l’a fait souvent dans l’Histoire, comme elle peut souvent, nouée autour du visage, protéger utilement des lacrymogènes policiers.

Laurent Deveze est directeur de L’ISBA de Besançon (http://www.isbabesancon.com)

 

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Photo : Sarah W. Bernard

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Photo : Penelope Kuriakin


Mise en ligne : 24 août 2013.

La transphobie dans les discours et les pratiques psychologiques

L. R

Militante fem & féministe, engagée dans les luttes transpédégouines
(Ex-?) étudiante en psychologie

La transphobie dans les discours et les pratiques psychologiques

 

Mon engagement militant, au sein des luttes féministes et transpédégouines, allié à la colère grandissante que m’inspirait une partie de mon cursus universitaire en psychologie, m’ont amené à vouloir étudier la transphobie dont se rendait coupable un certain pan de la psychologie. Je vais vous présenter un résumé de mon Travail d’Etudes et de Recherche (TER) de fin de licence, datant de 2011.

L’objectif de ce TER était donc de faire un état des lieux des dysfonctionnements dans la prise en charge des personnes trans par les professionnels de la santé mentale et dans la voix dominante de la psychanalyse sur les transidentités, ainsi que de mener une réflexion sur les causes et les éventuelles solutions que nous pouvons leur associer. En guise d’illustrations, quelques extraits de témoignages de trans sur leur vécu personnel de psychologie transphobe .

Je précise que je suis cissexuelle, si j’ai décidé d’écrire sur ce sujet, c’est parce que je me sens plus proche de la communauté TPG que du monde psy et j’ai vu les effets néfastes que provoque la transphobie des psys, sur des proches. Malheureusement, nous ne sommes pas beaucoup à essayer de distiller des idées allant à contre-courant en psychologie et quand nous le faisons, nous ne sommes pas toujours écouté-e-s car il est facile d’invalider nos dires propos sous prétexte que nous sommes « trop militant-e-s » et trop peu « neutres », mais qui peut l’être..?

Comment la transphobie psychologique s’exprime-t-elle ?

J’ai proposé quelques pistes de classification des actes et écrits transphobes liés au domaine de la psychologie : le choix des (mauvais) pronoms, l’exotisation et la stigmatisation du sujet trans, la construction du thème de la souffrance et son essentialisation (cette idée récurrente que c’est le fait même d’être trans qui provoque la souffrance et non le fait de le vivre dans une société transphobe), la réassignation ainsi que la pratique de tests (psychométriques et dits « de vie réelle »).

« Le temps qu’il prenne ma carte vitale, se rende compte que mon état civil était féminin, et s’en amuse. Je lui ai expliqué ce qui m’amenait. Il m’a répondu aussi sec qu’il comprenait que tout ça devait être très douloureux (je n’ai absolument pas parlé de souffrance) mais qu’il ne pouvait pas se mettre en danger en me mettant « encore plus dans la merde ». […] J’ai trouvé ça formidable qu’une personne qui ne voulait pas me mettre « encore plus dans la merde » me laisse ressortir de son bureau en larmes, sans m’orienter vers un-e collègue, après s’être moqué de mon identité […] J’allais plutôt bien en entrant dans son bureau, et j’en suis ressorti dans un état catastrophique. J’ai mis 2 ans à pouvoir envisager de retourner voir un-e psy après cette visite. »

Extrait du témoignage de S.

Pourquoi tant de haine ?

Difficile de comprendre les diverses raisons qui motivent la transphobie de la part des psychologues et autres professionnels de la santé mentale.

Cependant, la notion de contre-transfert (en dépit de sa connotation très psychanalytique) est intéressante dans ce contexte : le contre-transfert désigne la projection d’affects de la part du psy sur le-a patient-e, ce qui vient troubler, plus ou moins, la neutralité du psy et la qualité de son écoute ou de son aide.

Le moins que l’on puisse dire est que certains spécialistes de ce qu’ils appellent « la question transsexuelle » ont une façon très étrange de recevoir ces sujets trans et de retranscrire les pensées qu’illes leur évoquent par la suite.

Preuve en est cette phrase malheureuse de P. Mercader :

« Pendant la première phase de mon travail, alors que je rencontrais des femmes en demande de changement de sexe, et par conséquent d’abord d’une mammectomie, je me suis aperçue un soir que depuis quelques temps, je m’endormais les mains posées sur ma poitrine, comme pour la protéger. »

Les psychologues qui ont sciemment choisi de faire de la transidentité un fond de commerce sont précisément ceux qui font le plus preuve de violence dans leurs écrits.

On ne leur reproche pas tant d’être incapable de faire preuve d’une neutralité parfaite, mais de médiatiser leur « connaissance » du sujet en dépit du fait qu’illes ne peuvent le faire sans l’accompagner de propos discriminants, insultants, culpabilisateurs à l’égard des trans : de leurs patient-e-s trans, mais aussi de tou-te-s les lectrices trans potentiel-le-s.

Un autre exemple dans la littérature illustre bien cette notion de contre-transfert et de violence dans les propos, il s’agit d’une citation extraite de l’ouvrage de G. Morel : Des ambiguïtés sexuelles, sexuation et psychose :

« Dans le cas de Ven, il n’était pas possible, au moment de la cure, d’essayer de lui créer une identité féminine dont il ne voulait même pas entendre parler. C’est pourquoi j’ai pris le parti d’accepter le travestissement et de rentrer dans la logique qui l’amenait à l’opération pour, à un moment donné, intervenir contre, mais conformément à cette logique originale. »

On remarque que G. Morel négocie avec ses propres limites et ses propres mœurs ce qu’elle accepte pour Ven, trans FtM, et ce qu’elle lui refuse. Qu’entend-elle par « j’ai pris le parti d’accepter le travestissement », comme un parent ferait référence à une facétie de leur enfant adolescent ? Et si elle ne l’avait pas accepté, que ce serait-il passé ?

La question du transfert -que l’on y croie ou non- ici est cruciale puisqu’on voit bien que c’est sa position dans le transfert qui lui laisse penser qu’avec le temps et une stratégie d’apparente « acceptation », elle pourra faire rebrousser chemin à son patient.

Je m’interroge aussi sur cette phrase : « il n’était pas possible, au moment de la cure, de luicréer une identité féminine ».

G. Morel aurait-elle ce pouvoir ?

S’essaie-t-elle à cet étrange tour de passe-passe avec des patients moins avancés dans leur transition? L’histoire ne dit pas, en tout cas, si elle a réussi à infléchir la volonté de Ven de bénéficier d’une opération. Plus loin, elle évoque la « stratégie de l’analyste »… mais pour arriver à quelles fins ?

« Après lui avoir expliqué en quoi consistent les parcours officiels, notamment sur la très longue durée du suivi psychiatrique avant de commencer quoi que ce soit de concret, il a pris systématiquement la défense de ses confrères, comme quoi il y avait bien une raison et que 2 ans sur les 60 ans qu’il me reste encore à vivre, ce n’est pas dramatique. Il a fini par « il faudra que vous soyez patiente ». Oui, après tout mon discours, il s’est quand même permis d’utiliser le féminin, le genre qui ne m’est pas adapté. Comme pour enfoncer le clou et me rappeler qu’il ne peut absolument rien pour moi, pas même le respect d’utiliser le genre que j’étais venu revendiquer. »

 Extrait du témoignage de J.

Évidemment, il est impossible d’oublier de parler de C. Chiland, à qui j’avais réservé dans mon TER un chapitre entier intitulé « un cas d’école » car c’est finalement comme ça que j’ai été amenée à la considérer après avoir compulsé nombre de livres et articles sur le sujet.

J’ai appris l’existence de cette personne par mon copain, qui est trans, et qui discutait avec un autre mec trans, découvrant par la même occasion que C. Chiland était une institution (et pas dans le bon sens du terme!) à elle toute seule dans le militantisme trans. Le genre dont on parle avec un petit sourire ou une moue d’exaspération.

C’est d’ailleurs un article édifiant d’elle qui m’a donné envie de réfléchir à la violence psychologique dont peuvent faire preuve certain-e-s psychologues à l’égard des sujets trans.

L’article « Problèmes posés aux psychanalystes par les transsexuels » est révélateur de la position de C. Chiland et celle-ci a valeur de vérité pour malheureusement trop de psychologues concernant la manière de penser et traiter les trans.

Le plus grave problème avec C. Chiland est qu’elle fait preuve d’une redoutable imperméabilité à ce qu’on lui dit, l’inverse lui permettrait peut-être de cesser de comparer la transidentité à une idée folle.

Je ne reproduirais pas ici les citations de C. Chiland que j’ai utilisé dans mon travail de peur que ce texte devienne à son tour violent pour une personne trans qui le lirait. À mon humble avis, aucun-e trans ne devrait être amené-e à tomber par surprise sur une citation de C. Chiland.

Je dirais seulement que C. Chiland va jusqu’à parler d’humaniser une patiente trans. Quel-le humain-e peut se permettre de vouloir entreprendre « l’humanisation » d’un-e autre ?

J’ai beaucoup entendu parler des dérives liées à la toute-puissance accordée au psychologue dans le cadre du suivi de trans, c’en est un exemple édifiant.

« Et là, suspens de quelques secondes, suivi d’un « C’est non, c’est un effet de mode que je ne tolère pas, si la thérapie ne vous intéresse pas, je ne peux rien pour vous »… Au plus haut niveau de déception, je me suis donc levé en lui disant qu’on avait plus rien à se dire dans ce cas, et je suis parti… »

Extrait du témoignage de J.

« Il est arrivé en retard m’a appelé par mon prénom féminin en insistant bien sur le « mademoiselle » et est rentré dans son bureau sans plus me regarder, ni me dire bonjour. Je me suis assis en face de lui et lui ai exposé le problème. Me coupant en plein milieu de mon explication il m’a dit « je vous appellerai mademoiselle, vous n’avez entamé aucun parcours et vu votre jeunesse, vous n’en entamerez aucun pour le moment. Vous êtes donc une femme, inutile de me dire le contraire. De plus, je pense que vous avez surtout un problème d’ordre psychologique ».

Extrait du témoignage de A.

Dans l’idéal éthique que je m’imagine de la pratique de psychologue, de telles paroles auraient dû provoquer un tollé de réactions indignées. Ce ne fut pas le cas -dans le monde psychanalytique et psychologique du moins.

Le code de déontologie des psychologues commence ainsi :

« Le respect de la personne humaine dans sa dimension psychique est un droit inaliénable. Sa reconnaissance fonde l’action des psychologues. »

Il dit aussi :

« Article 19: Le psychologue est averti du caractère relatif de ses évaluations et interprétations. Il ne tire pas de conclusions réductrices ou définitives sur les aptitudes ou la personnalité des individus, notamment lorsque ces conclusions peuvent avoir une influence directe sur leur existence »

Il semble évident que le seul fait de parler d’ « humaniser » une patiente va tout à fait à l’encontre de ce principe.

Je ne finirai pas ce syllogisme car je crois savoir que C. Chiland s’est montrée plutôt mécontente et irritée à la lecture de mon travail, au point de rédiger une petite lettre au président de l’université où j’étudie pour protester et crier au scandale s’il s’avérait que mon TER me permettait d’obtenir ma licence de psychologie (et un rapide calcul de coefficients me prouva que ce fut bien le cas !).

Bref, fort heureusement, la communauté trans a fait un remarquable travail d’information sur les productions de C. Chiland et j’ai l’impression qu’en ce qui concerne le monde psychologique, son style pour le moins abrupt a le mérite de refroidir la plupart des psys. Cela n’empêche qu’il est très problématique qu’elle soit l’auteure d’un Que-sais-je ? -c’est à dire d’un ouvrage grand public- sur le sujet.

Même Jacques Lacan, le « grand Maître » de la psychanalyse moderne (en (f)rance, dont tout-e étudiant-e de psycho a entendu vanter les mérites pendant des heures entières de son cursus universitaire… y est allé de sa contribution transphobe. (J. Lacan, Sur l’identité sexuelle: à propos du transsexualisme, Entretien avec Michel H. (Le discours psychanalytique), Paris, Association Freudienne Internationale, (1996) pp. 312-347)

Heureusement, tous les concepts créés par la psychologie ne sont pas transphobes et il en est un qui est à la fois très intéressant et utile pour discuter des nombreux travers dont se rend coupable la psychologie vis-à-vis des trans, ce concept est celui de maltraitance théorique, développé par Françoise Sironi :

« Ce phénomène apparaît lorsque les théories sous-jacentes à des pratiques sont plaquées sur une réalité clinique qu’elles recouvrent, qu’elles redécoupent ou qu’elles ignorent. Elles agissent alors comme de véritables discrédits envers la spécificité des problématiques et des populations concernées. Ce type de maltraitance a un impact direct et visible sur les patients, les cliniciens, et sur la production de savoir dans la discipline concernée. On comprend alors que la portée de la maltraitance théorique n’est pas uniquement clinique, elle est politique. »

(extrait de F. Sironi, Psychologie(s) des transsexuels et des transgenres,Odile Jacob, 2011. p 14)

Ce qui est à la fois déstabilisant et révolutionnaire dans son propos est la reconnaissance d’une possible aggravation de l’état mental d’origine (due au contre-transfert) et la méprise qui consisterait à confondre le résultat de cette aggravation avec la pathologie qu’on essaie de déceler.

« La maltraitance par les théories et les pratiques génère des symptômes spécifiques qui sont souvent confondus avec la pathologie initiale du patient. Ces symptômes sont mis sur le compte d’une atypicité du tableau clinique, ou d’une “réactivité trop forte” du patient à l’impact de la pathologie initiale. Il s’agit de l’exacerbation du sentiment d’injustice et d’incompréhension, d’apparition de phobies, de généralisation de la méfiance, d’une hyper-réactivité, d’une anxiété permanente et diffuse, d’un repli taciturne et de vécus dépressifs majeurs. »

L’apparition de phobies puis de comportements d’évitement n’est qu’un des symptômes possibles de cette pathologie iatrogène, réactionnelle. Le mot iatrogène signifie « produit par le traitement ». Celle ci est, concrètement, cause de souffrances « comme la répétition de rejets préalablement vécus, une attitude de combat contre les projections inconscientes mais fortement ressenties, et une attitude de préservation, peu propice à l’introspection confiante qui est normalement attendue en pareille situation. » et d’après F. Sironi, ce phénomène n’est pas tout à fait étranger au risque de suicide :

« C’est cet enfermement « hors les murs », produit à la fois par une incompréhension familiale, sociale et aussi de la part des « psys » qui a conduit plus d’une personne transsexuelle au suicide »

Un autre effet néfaste est le discrédit et la méfiance des trans vis à vis des psychologues, perçu-e-s comme un groupe homogène hostile à leur démarche de transition. En effet, les psychologues et psychanalystes qu’on entend le plus, qu’on lit le plus sont ceux qui ont les idées les plus réactionnaires et empreintes de maltraitance théorique !

Au fond, la question n’est en effet pas tant de savoir pourquoi certain-e-s psychologues se comportent de la façon précédemment décrite envers les trans mais pourquoi illes ont fait en sorte que ce soient elles et eux que l’on entende, que l’on lise ou à qui l’on se réfère lorsqu’il est question des trans.

L’hypothèse selon laquelle certain-e-s d’entre eux agissent en quelque sorte par militantisme, par conviction en se portant garant d’une certaine morale n’est pas excluable. Si l’on revient sur l’exemple de C. Chiland, on peut noter que son discours sur les trans revêt la même rigidité conservatrice que son discours sur les homosexuel-le-s. On peut réellement faire un parallèle entre le traitement psy de ces deux minorités, à la différence près qu’en (f)rance, les trans, contrairement aux homosexuel-le-s subissent toujours une pathologisation officialisée, le rapport à la psychiatrie et la psychologie est donc différent.

« Le rendez-vous avec elle a duré tout au plus 10 minutes : elle m’a regardé d’un air méprisant pour commencer, et dans l’ordre : a ouvert mon dossier à toute vitesse, l’air exaspéré, lu les 3 premières lignes de ma bio, regardé mes photos d’enfance en en sautant la moitié du paquet, bref… Le tempo était donné… Pour conclure par un « bon alors vous voulez quoi hmmm…? Vous savez ce qu’on fait aux transsexuels qui veulent une phallo ? On leur prélève un lambeau radial d’un cm dont la cicatrice reste affreuse tout le reste de leur vie…! » Alors qu’il n’a jamais été question pour moi d’envisager une phalloplastie… Je n’ai même pas eu la liberté de lui répondre qu’elle avait déjà clos le dossier et la consultation par la même occasion d’un « bon allez… (sourire entendu) Vous êtes plutôt bien de votre personne alors restez comme ça hmm… » »

Extrait du témoignage de M.

Pour ce qui est des propositions et des solutions pour que le suivi des trans (que ce suivi soit en lien ou non avec la transition) s’améliore, je pense que la communauté trans aurait bien plus à dire que moi. J’ai cru comprendre à son contact qu’elle a même beaucoup à apprendre aux psychologues en matière d’écoute, d’entre-aide et d’empathie.

La communauté trans a d’ailleurs développé, pour pallier à la mauvaise qualité des soins psys qui lui étaient proposés, un remarquable réseau d’auto-support et de solidarité, notamment via Internet.

L’empowerment, la création de dispositifs comme les forums, les sites informatifs et les brochures faites par des trans et des associations trans comme Chrysalide à Lyon ou Outrans à Paris permettent une réappropriation de la parole et des savoirs.

En parlant de réappropriation de la parole, voici un entretien réalisé avec Raph, un militant trans rennais qui propose des formations sur les transidentités.

* * *

• Quelle est la raison de la création de tels ateliers-formations ? En quoi consistent les ateliers-formations que vous proposez à Rennes et à qui s’adressent-ils?

• L’idée de ces ateliers-formations est née du constat du manque d’information dont les associations LGBT (Lesbiennes, Gays, Bi et Trans) sur les thématiques trans. Des trans venaient aux permanences proposées par les associations, mais celles-ci n’étaient pas en mesure de répondre aux questions sur les parcours trans, et les trans reçu-e-s ou fréquentant ces associations étaient parfois victime de la transphobie (de la transphobie basique ou émanant d’un manque d’informations) de la part des bénévoles LGB.

Ces formations mettent aussi en avant les revendications des trans, qui sont parfois méconnues par des associations qui se revendiquent comme LGBT, mais qui n’ont des revendications axées que sur l’homosexualité.

Ces ateliers-formations consistent concrètement à présenter les parcours trans médicalisés ou non (dans leur diversité, comme il n’existe pas un seul type de parcours et que ce parcours n’est pas forcément médicalisé), la distinction entre orientation sexuelle, genre social et genre psychologique, les revendications trans, les difficultés que rencontrent les trans face à l’État, aux professionnel-le-s de santé et aux administrations, et des conseils concernant l’accueil des personnes trans (ne pas genrer les personnes avant qu’elles ne le fassent elles-même, utiliser le bon prénom, ne pas poser de questions intrusives, etc…).

• Quelles sont les réactions du public auquel vous les proposez ?

• Le public est généralement intéressé par la formation, et en ressort plutôt choqué par le traitement des trans par l’État français et les médecins.

• Pourquoi estimez vous qu’en tant que trans, vous êtes les plus à même de dispenser ces formations ?

• Les expert-e-s auto-proclamé-e-s ont eu la parole pendant trop longtemps. Il-le-s parlent de ce qu’il-le-s connaissent à travers des témoignages biaisés de personnes trans obligé-e-s d’adapter leur discours (même si ce discours correspond dans certains cas ce que vivent certain-e-s trans, mais de loin pas tout-e-s) à ce qu’attendent les psys pour pouvoir vivre leurs vies comme il-les l’entendent. Nous devons nous ré-approprier cette expertise.

Nous sommes les seul-e-s capables de dire (et légitimes à le faire) comment nous vivons nos identités. Nous n’avons pas besoin d’études sur pourquoi nos identités sont différentes de celles des cisgenres, nous avons besoin que les médecins écoutent nos vécus et se rendent à l’évidence qu’il-le-s n’ont jamais réussi à changer l’identité de quiconque, et que la solution pour les trans qui désirent entamer une transition médicalisée est de l’entamer.

Les psys qui ont de toute évidence un gros problème de transphobie (comme Chiland, Mercader, etc, etc, etc…) et qui semblent avoir peur des trans (Chiland avec son affolement de la boussole, Mercader qui s’endort avec ses mains sur ses seins depuis qu’elle prend des transboys en consultation, etc…) devraient, pour le bien de tout le monde (aussi bien des médecins que des trans) arrêter de travailler sur nos vécus.

La dernière chose dont ont besoin les trans, c’est de médecins méprisant-e-s qui pensent qu’on a une « idée folle ». Ces personnes n’ont de toute évidence pas compris grand chose aux transidentités et devraient se mêler de ce qui les regarde: leur transphobie.

On peut nous répondre que les médecins sont des professionnel-le-s et savent ce qu’ille-s font, mais si c’était vraiment le cas, les trans n’auraient pas à ce soucier de la maltraitance théorique de la part de leurs psychiatres, des prescriptions d’hormones inutiles et dangereuses de la part de leurs endocrinologues (Lutéran) et des non-compétences des chirurgien-ne-s français-e-s en matière de chirurgie pour certains types d’opérations et de suivi post-opératoire.

• Votre dernière formation était destinée aux professionnel-le-s de santé.

Comment s’est-elle déroulée?

• Bien que 100 lettres et des mails aient été envoyés à des médecins, à l’Ordre des Médecins du 35 et au deux IFSI de Rennes par Commune Vision, l’association qui organisait, AUCUN médecin n’est venu. J’ai été très déçu de l’indifférence des professionnel-le-s de santé face à ce sujet. L’indifférence face au fait qu’une partie de la population préfère souvent ne pas aller se faire soigner en raison des préjugés des professionnel-le-s de santé sur les transidentités est tout simplement dangereux. Le fait d’être trans, de donner gratuitement de son temps, d’accepter de servir de support pédagogique pour pallier le manque de formation des médecins, et le manque d’informations sur les transidentités, tout ça pour se retrouver sans professionnel-le-s de santé, ça me met vraiment en colère.

Je pense soit que les médecins se sentent super aptes à accueillir des trans (et en tant que trans qui va comme tout le monde chez le médecin de temps en temps, je peux attester que je n’ai jamais rencontré un-e médecin qui n’ait aucun préjugé sur les trans, qui ne m’ait jamais soit posé une question déplacée ou qui n’ait jamais fait de lien entre ma transidentité et la raison pour laquelle je venais le/a consulter), soit ille-s refusent d’écouter des trans parler de leurs problèmes avec les médecins, de leur santé, de leurs identités, d’écouter les conseils qu’il-le-s ont à leur donner, parce qu’ille-s ne veulent pas reconnaître que nous savons mieux qu’ell-eux ce que nous vivons.

* * *

Et ensuite ?

Les années passent et malgré les tracts des assos, les communiqués, les Existrans et autres manifs, la transidentité figure toujours dans le DSM et est toujours considérée comme une maladie mentale.

L’amélioration globale du suivi des trans risque de rester plafonnée tant que cela sera le cas.

On ne peut pas nier qu’il y a beaucoup de dérives dans le traitement discursif et clinique de la transidentité et donc des personnes trans. Des témoignages émergent, révélant des comportements indignes du potentiel de la psychologie clinique. Les trans en ont marre d’entendre parler d’elleux et de leurs réalités en des termes qui ne les reflètent pas et semblent bien décidés à faire entendre leur voix pour que cela évolue.

Un réel défi se pose dès lors à la psychologie, à la psychanalyse et à la psychiatrie : sauront-illes entendre cette indignation et y apporterons nous notre soutien ? Cela ne pourra se faire sans se détourner de certains discours qui ne peuvent plus être tolérés, comme ceux de C. Chiland dont nous avons étudié et critiqué la teneur.

Il sera dur pour certain-e-s de reconnaître que dans cette situation un choix s’impose et que se placer du côté des militants ne peut que rapprocher de l’éthique que se doit d’avoir tout-e psychologue. Si l’on fait un parallèle avec le traitement de l’homosexualité, il est naturel que ce changement s’accompagne de l’abandon du statut d’expert-e par des psychologues non-trans et du retrait de la transidentité de la nosographie internationale des pathologies mentales.

Ce qui peut nécessiter un accompagnement psychologique -volontairement engagé par la personne et non imposée dans le cadre d’un parcours- doit être laissé à l’appréciation de celle-ci : il se peut que les changements corporels occasionnés par l’hormonothérapie, même s’ils sont quasiment tout le temps accueillis avec joie et soulagement, donnent matière à discuter de cette nécessité de s’adapter à un corps et un regard social modifiés, par exemple. Ou pas.

Pour cette raison, nous pouvons conclure sur l’hypothèse qu’il serait bénéfique à la fois pour les professionnel-les de la santé mentale et les trans que les premier-e-s apprennent à écouter les seconds et prennent la responsabilité de prendre leurs distances par rapport aux discours discréditants, irrespectueux et inadaptés produits sur les trans et souvent contre elleux.. Il serait aussi très bénéfique que les psychologues respectueux-ses des trans, dont je n’ai pas beaucoup parlé, il est vrai, mais dont je ne doute pas de l’existence pour autant, se fassent connaître et partagent leur expérience, notamment sur le phénomène du contre-transfert et la manière dont illes ont réussi à le gérer afin de faire alliance avec les trans contre la transphobie institutionnalisée dans les discours et les pratiques psychiatriques, psychologiques et psychanalytiques…


 Biblio (pas très recommandable)

• J.P JACQUES « Le discours transsexuel sur le corps », Cahiers de psychologie clinique 1/2008 (n°30), p. 147-158.

• C.MILLOT, Horsexe, essai sur le transsexualisme, 1983.

• J. LACAN, Sur l’identité sexuelle : à propos du transsexualisme, Entretien avec Michel H. (Le discours psychanalytique), Paris, Association Freudienne Internationale, (1996)

• J. LACAN, La relation d’objet, Paris, Seuil, 1994, séance du 27 février 1957

• C. CHILAND, Changer de sexe, 1997.

• P. MERCADER, L’illusion transsexuelle, 1994.

• C.CHILAND, Le transsexualisme, collection Que sais-je ?, 2003.

• G. MOREL, Ambiguïtés sexuelles, sexuation et psychose, 2000.


Mise en ligne : 30 mai 2013.

Qui a peur des transféministes ?

Genres Pluriels

Association de Bruxelles

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Qui a peur des transféministes ?

Suite à une demande de partage de nos expériences sur les violences faites envers les personnes trans* et intersexes dans le cadre du festival « Tous les genres sont dans la culture » 2012, nous avons souhaité faire apparaître les violences institutionnalisées, dont les mécanismes sont ceux du sexisme et de l’hétéropatriarcat.

Au quotidien, nous avons pu constater l’expression de ce sexisme autant dans les structures sociales dominantes, que dans nos rapports avec certaines associations féministes, et qu’au sein même des structures trans*. Ces mécanismes alimentent toutes les formes de transphobie.

Voici l’avant-propos qui a introduit la brochure du festival 2012 :

« Saviez-vous que Genres Pluriels fête cette année ses cinq ans ? Que de chemin parcouru depuis les débuts de l’association en 2007 !  Ce parcours, nous l’avons pour une bonne part accompli côte à côte, non seulement avec les associations LGBTQI, mais aussi avec les féministes.

Ce qui nous est toujours apparu comme une évidence ne va pas sans heurs (nous incitant constamment à la remise en question), mais force est de constater que la méfiance cède peu à peu le pas à des convergences prometteuses, qui semblent annoncer l’avènement d’un courant fort.


En effet, même si nous n’avons pas tous.tes les mêmes positions et les mêmes actions, c’est ensemble que nous devons lutter pour les droits humains, et contre toutes les formes de discrimination et d’oppression, à commencer par le sexisme et l’hétéropatriarcat.

Aussi les liens, forcément complexes mais très encourageants, qui sont en train de se tisser entre les mouvements trans* et féministes, constitueront-ils le fil conducteur de la quatrième édition du festival « Tous les genres sont dans la culture ».

Nous vous invitons à le suivre, et à nous accompagner, par votre participation, tout au long de la programmation que vous découvrirez dans ces pages. »

 

Esquisse d’une définition de « transféminismes »

L’exigence d’une pensée non figée et fluide impose une définition en perpétuel mouvement. Les transféminismes sont des réflexions qui se nourrissent des féminismeS et qui s’émancipent des postulats binaires de corporalité et de genres. 

« Il ne suffit plus d’être une femme pour être traitéE comme une femme »

Les perspectives trans*-spécifiques dans la lutte

contre le sexisme et l’hétéropatriarcat

En changeant de rôle social, les personnes trans* modifient les attentes de la société, rendant caduques les postulats naturalistes sur lesquels se fondent les discriminations sexistes. Quand une personne ne peut rentrer dans une des catégories binaires pré-établies, la société force la catégorisation par le renvoi systématique aux aspects pseudo-biologiques – excluant de fait les réalités intersexes – et par la pathologisation des comportements et revendications « non cis-conformistes ». Les personnes assignées en filles ou en garçons à la naissance, quel que soit leurs comportements effectifs, ne bénéficient pas des mêmes réactions de la part de leur entourage. Les personnes trans* et intersexes sont, de ce fait, mises dans des situations paradoxales, où elles doivent correspondre à des schémas incompatibles.

Par exemple, si une personne trans* se masculinisant décide de prendre la parole en public, elle bénéficiera potentiellement de plus de temps de parole et d’attention, mais s’octroiera moins facilement ces possibilités. De plus, le refus de certains groupes essentialistes ou naturalistes à reconnaître le nouveau rôle social de genre d’une personne manifeste une prise de pouvoir sur la corporalité et la parole d’autrui.

Pour pouvoir se construire et avoir une bonne estime de soi, il est nécessaire d’avoir des représentations positives de ses propres corporalités. Les personnes trans* et intersexes n’ont pas de modèles de base et sont obligéEs de créer les leurs. Historiquement, même les féministes, qui pourtant avaient des modèles existants, ont eu besoin de créer des ateliers pour se réapproprier leurs corps. Une des démarches des transféminismes consisterait donc en la réappropriation des corps, en la modélisation des corps trans* et en la visibilisation bienveillante de ceux-ci. Un des aspects de la réappropriation effectuée par les réflexions transféministes résiderait dans la création perpétuelle de nouveaux mots, nouveaux concepts et nouveaux comportements afin d’appréhender une multitude de réalités. Ceci découle du constat qu’on peut établir trois périodes sur la courte histoire trans* : la première correspondant au recours à la psychiatrisation par nécessité, la deuxième se positionnant en opposition avec les normes binaires pré-établies mais donc ne réagissant toujours qu’en fonction de la norme, et la troisième créant des discours propres et autonomes.

Certaines revendications trans* et intersexes, comme celle du retrait de la mention du « sexe » sur la carte d’identité profite non seulement aux personnes trans* et intersexes, mais aussi aux combats féministes puisque sans cette indication, on ne peut plus faire de discriminations administratives basées sur le genre. Par ailleurs, cela engendrerait une obligation de créer d’autres interfaces de réflexions pour nommer une multitude de catégories sans les hiérarchiser.

L’hétéropatriarcat et le sexisme créent des corps normaux et des corps a-normaux, avalisés par l’idéologie médicale occidentale. La croyance que le masculin singulier vaut pour l’universel participe à la perpétuation de la considération comme « autre » de tout ce qui n’est pas masculin singulier. En découle la dévalorisation perpétuelle des corps intersexués et trans*.

Comment Genres Pluriels ancre ses activités dans des valeurs féministes ?

La notion de mixité à Genres Pluriels est déplacée sur les notions de trans* et intersexes d’une part, et cisgenres de l’autre. La pseudo-catégorisation ne repose que sur l’autodéclaration : il est inenvisageable à Genres Pluriels de catégoriser à la place d’une autre personne.

Le groupe de parole est un lieu de non-mixité (avec des exceptions filtrées notamment pour les stagiaires), ce qui se justifie par la nécessité d’un espace de parole libre et de création d’une pensée collective détachée d’une influence cis-normative.

La permanence mensuelle, de l’autre côté du spectre des activités, est ouverte à toustes, d’une part parce que celle-ci s’effectue au bar de la Maison Arc-en-Ciel de Bruxelles et qu’il s’agit d’une des conditions, d’autre part par soucis d’inclusion et d’accueil et pour ne pas reproduire un schéma de domination.

Les ateliers Drag Kings, créés avant Genres Pluriels, se veulent un espace de mixité dans lequel tous les êtres humains peuvent explorer les masculinités. Celles-ci sont donc conçues comme un outil de déconstruction du sexisme et de l’hétéropatriarcat.

L’atelier de féminisation, ouvert à toustes les personnes trans* et intersexes, est l’activité la plus récente, qui propose de donner de l’information sur des techniques dans un cadre de réflexions féministes. Par exemple, des exercices vocaux ont mis en avant les caractéristiques socialement construites de la voix. De même, le maquillage est appréhendé de manière diverse et dépendante du contexte : vie quotidienne, théâtre, télévision… Cela aide les personnes en transition à prendre conscience des stéréotypes sous-jacents et à les manipuler, afin de trouver leurs propres points de confort à travers la performativité de l’outil.

Il existe deux groupes de travail en interne : le Groupe Santé et le Groupe Média. Leur objectif est notamment de faire prendre conscience aux membres de leurs  positions d’expertEs, ce qui est une forme d’empowerment.

Le Groupe Média, constitué en réaction aux multiples reportages et articles de presse traitant d’une manière racoleuse et par dessus la jambe du sujet des transidentités comme d’un phénomène de foire, attaque le discours stéréotypé et transphobe des médias, notamment en mettant en exergue les caractères hautement sexistes des propos véhiculés. Des montages ont été réalisés, utilisant différents reportages reprenant systématiquement les mêmes images qui sont des clichés sexistes de féminité : par exemple les scènes de maquillage devant un miroir pour des discriminations au travail, comme s’il s’agissait d’une représentation complète d’une « essence trans ».

Renforcer les différents mouvements

Un constat s’impose pour tous les groupes minorisés : les mêmes mécanismes de domination sont à l’œuvre.

Le recours permanent à la pseudo-naturalisation, l’impossibilité d’une vision collective et d’entraide marquée par la pathologisation et l’interdiction de la parole publique, en sont des exemples.

L’avancée théorique des gender studies est un axe d’unification des différents mouvements féministes et trans*… justifiant l’utilisation du terme transféminismes.


Genres Pluriels, Visibilité des personnes aux genres fluides, trans’ et intersexes, Site de l’association, http://www.genrespluriels.be/-Accueil-Site-.html


Mis en ligne, 6 avril 2013.

Entretien : Swann et Sandrine

Entretien avec
Swann et Sandrine


Swann et Sandrine : « Nous sommes des aliens pour le reste du monde ! »

 

Bonjour Swan : peux-tu te présenter ? Comment as-tu rencontré Sandrine ?

Je m’appelle Swann (37 ans), une fille de 13 ans, suis FtM ayant commencé ma transition en août 2004. Je suis en couple avec Sandrine depuis bientôt 2 ans. Je venais à peine de m’installer en Auvergne, on s’est rencontré sur un site et le lendemain nous nous sommes donnés rdv. Depuis ce jour là, nous ne nous sommes presque jamais quittés.

Est-ce que le fait d’être en couple a changé quelque chose dans ta transition ?

Le fait d’être en couple n’a rien changé car ça faisait déjà un moment que j’étais bien ancré dans ma vie d’homme. Physiquement, je suis barbu et j’ai une bonne masse musculaire donc seul ou en couple ne change rien pour ma part. Le 1er soir de notre rencontre, nous avons mis les points sur les « i » Sandrine et moi. Elle n’avait jamais connu une personne transgenre donc toutes les questions étaient bonnes à poser, même les plus intimes. Je l’ai laissé choisir son rythme de croisière mais il n’y a eu aucun souci entre nous étant donné que nous avions tenu à installer des bases solides entre notre couple.

On parle pas mal de transidentité. Jamais des transconjoints. Pourquoi d’après toi ?

Je pense que les conjoint(e)s sont souvent oublié(e)s car les gens ne peuvent pas penser ou croire que les transgenres ont des vies comme tout le monde. Avoir un travail, des enfants, une famille. A croire que nous sommes des aliens pour le reste du monde !!
Ce n’est certes pas toujours facile de trouver l’amour en tant que transgenre, mais rien n’est jamais impossible.

C’est plus compliqué d’être en trans-conjugalité ?

Pour ma part ce n’est pas compliqué d’être en couple, il suffit d’être honnête envers l’autre, comprendre aussi la difficulté de l’un et l’autre peut aider, chacun apportant son soutien.

Et les psys dans tout ça ?

Les psychiatres cherchent plus à nous enfoncer qu’à nous aider. J’en ai eu la mauvaise expérience, en parcours officiel à Paris. Quand je suis arrivé dans ce parcours, j’étais déjà bien avancé niveau hormonothérapie. Le psychiatre m’a sorti ses belles promesses « Je ne vous laisserais pas tomber « . Il m’a tendu la carotte pendant 2 ans pour au final me dire « Attendez que votre enfant ait la majorité, car une maman à barbe à la sortie de l’école ça dérange les autres !! ». Je comprends bien qu’une transition doit être plus que désirée, c’est irréversible une fois commencé. Beaucoup de perturbations et de changements s’en suivent, et je pense qu’il faut être prêt(e) psychologiquement pour commencer son hormonothérapie. Il est vrai qu’aujourd’hui il est important de laisser la place aux conjoint(e)s, c’est aussi eux qui nous portent et nous soutiennent quand ça ne va pas comme on veut. Ils supportent nos d’humeur et vivent nos joies autant.

Un dernier message ?

Le plus important est au niveau de la société, nos compagnes/ons facilitent notre intégration dans la communauté. C’est pour toutes ces qu’il est important de ne pas les oublier.

 

Sandrine, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle donc Sandrine (tu peux garder nos prénoms cela ne nous gène pas) et j ai 34 ans. J’ai deux garçons : un de 9 ans et un de 5 ans d’un précédent mariage. Je suis la compagne de Swann depuis bientôt 2 ans. Je ne connaissais aucune personne trans avant de le connaitre. Nous nous somme rencontrés grâce a un site et avons été en osmose directement comme si cela faisait des années que l’on se connaissait !

En quoi est-ce un atout ou en quoi est-ce difficile cette liaison ?

Quand nous en somme arrivés a la partie plus intime, Swann a eu un peu peur. Puis je lui ai demandé de tout me dire, de rien me cacher. Et là, il m’a expliqué qui il était, tout en détail. Je pense que vu mon regard il m’a demandé si je voulais partir… Comme tu peux le voir je suis restée et par contre je lui ai posé des questions plus ou moins intimes ou plus ou moins stupide quand j’y repense. Il fallait qu’il n’y ait aucun secret entre nous. Pendant deux jours ca a été non-stop une discutions sur les personnes transgenres.

Et toi ? Quel rôle a tu joué dans tout ça ?

Le rôle que j’ai joué ? Ca à été de parler de Swann a mon entourage. De faire accepter les personnes trans autour de mon entourage. Aussi, de faire « la secrétaire » pour lui envers les médecins, cela était plus simple qu’ils entendent la voix d’une femme avec son prénom de naissance. Puis j’ai été son soutien. Des fois juste par un regard quand il était obliger de reparler de toute son histoire…

D’après toi, pourquoi n’en parle-ton pas des transconjoints ?

On a tendance a oublier les conjoinst car souvent nous sommes dans leurs ombres. Ils ont tellement à nous apprendre. C’est toutes des personnes avec des coeurs gros comme ça. Puis aussi beaucoup de personnes pensent que les transsexuels, transgenres etc… n’ont pas le droit et/ou ne peuvent pas être heureux sauf que c’est faux ! Donc forcément, pour ces gens là, nous on n’existe pas.

Un dernier mot ?

Je vis un vrai bonheur depuis bientôt 2 ans. Les regards des autres je m’en fous tant que moi-même et mes enfants sont heureux et que ma famille accepte… le reste n’a pas d’importance. Il est important de dire qu’à mes yeux que toute personne a le droit au bonheur, qu’on soit black blanc beur hétéro homo handicapé ou pas, que la partie sexuelle des gens ne regarde qu’eux, eux-mêmes et leur entourage. Il faut que les gens apprennent à vivre heureux.


Mis en ligne : 28.02.2013.

Entretien : Marion et Catherine

Entretien avec
Marion et Catherine


Marion et Catherine : «  ce cheminement est aussi une transition pour le conjoint ».

 

 

– Pouvez-vous vous présenter ?

Marion, j’ai 50 ans. Je suis Psycho-Socio-Esthéticienne à Hôpital Charles Perrens. Catherine, j’ai 41 ans, je suis Auxiliaire de Puériculture à Hôpital Pellegrin.

– Comment vous êtes vous rencontrées ?

La rencontre s’est effectuée sur des lieux de travail différents mais entre collègues de même secteur médical. Moi, sur l’hôpital Charles Perrens, elle à l’hôpital des enfants de Pellegrin.

– Marion, dirais-tu que ta transition a été facilitée par le fait d’être en couple ?

Sans aucun doute ! Le simple fait de miser sur la confiance de l’être aimé, favorise la traversé du  »miroir ». Comment ne pas se  » détruire  », se reconstruire et renaitre sans une aide présente au quotidien ? Le simple fait de pouvoir partager les joies, bonheurs, anxiétés, doutes… sont sources de richesse à la construction de la personnalité. La prise de confiance en real life s’en est trouvée facilité du fait qu’elle m’ait évité certains écueils de comportements ou d’attitudes, parfois non adaptées.

 

– Catherine, de ton côté, quel rôle as-tu joué ?

Je pense lui avoir amené un coté rassurant voir protectrice dans notre relation.

Les hormones aidantes, je me suis trouvé plus calme, plus tolérante qu’avant avec un niveau d’empathie bien plus prononcé. Cette traversée du miroir m’a permis de découvrir l’envers d’une éducation masculine, avec des attentes nouvelles et des résultats autres que ceux que j’attendais. Ainsi, loin de me sentir son égale en termes bio, je savais qu’en moi s’opérait un changement si subtil, qu’à la fin, je pouvais appréhender une certaine connivence, somme toute assez féminine.

 

– On pense toujours la transition des individus, mais, à l’exception des enfants s’il y en a, on oublie les conjoints. Pourquoi d’après vous ?

Dans notre société judéo-chrétienne, le couple a encore (hélas) valeur de normalité mais en focalisant sur un des personnages, elle efface de fait le second et concentre son attention sur la démarche marginale du premier.

– Est-ce à dire qu’il est plus compliqué d’être en couple lorsqu’on est trans ? (Et pourquoi selon vous ?)

Oui, il est plus compliqué d’être en couple lorsque l’on est trans dans la mesure où il s’agit en fait de deux transitions. Je m’explique ; La mienne d’une part, pas évidente, et la sienne qui constitue à suivre et à s’adapter sans cesse aux changements en constante augmentation. Les repères s’en trouvent perturbés et l’adaptation au nouveau genre ne se fait pas sans quelques arguments parfois caustiques (…ou pris pour tels, question d’interprétation.)

De qui à tort à qui à raison, il est souvent bien difficile d’exprimer ses ressentis dans un corps qui change et dont les hormones potentialisent le moindre incident. Socialement, il faut aussi assumer une certaine image. Si mon genre évolue, ma préférence sexuelle reste la même et sommes catalogués de fait dans le milieu lesbien. Pour elle, c’est un peu dur à assumer, vis à vis de sa famille et de la société et pour elle même.

– La prise en charge du « transsexualisme » sont-elle, selon vous, compatible avec le fait d’être et de rester en couple ?

Absolument. Il s’agit d’un travail mis en œuvre communément. Les rigueurs du protocole, viennent baliser un parcours pour une marche à suivre. Et le simple fait d’être au sein d’une association est utile car elle répond aux nombreuses difficultés que peuvent rencontrer le couple dans ce cheminement qui est aussi une transition pour le conjoint.

– Qu’est-ce que vous aimeriez rajouter, dire, sur la place du conjoint dans la transition, qui vous semble important à souligner ?

Du courage, du courage, du courage…

 


Mis en ligne : 28.02.2013.

Entretien : Georges et Jeanne

Entretien avec
Georges et Jeanne


Georges et Jeanne : « Quelqu’un avec qui partager mes peurs, mais aussi mon bonheur »

 

 

Pouvez-vous vous présenter ? Comment vous êtes-vous rencontré ?

Nous nous appelons Georges (28 ans) et Jeanne (27 ans), nous nous sommes rencontrés en 2004 au début de ma transition. Des amis en commun nous ont présentés, ils avaient prévenu Jeanne de ma transition. Nous nous sommes tout de suite plus et par la suite nous nous sommes revus. Au bout du deuxième rendez-vous nous nous sommes mis ensemble tout naturellement.

Nous sommes mariés depuis 3 ans et avons eu deux enfants en juillet 2012.

Georges, dirais-tu que ta transition a été facilitée par le fait d’être en couple ?

Pour quelques questions pratiques elle se faisait passer pour moi, lors des paiements en caisse car mon physique ne correspondait pas à la photo de ma carte d’identité, pour la prise de rendez-vous au téléphone car ma voix était en pleine mutation. Ça m’a permis d’avoir quelqu’un avec qui partager mes peurs. Mais aussi le bonheur que ça m’a donné après les différentes opérations et l’acceptation de mon identité masculine par le tribunal.

Comment cela s’est-il passé entre vous ?

Jeanne : Ça n’a pas été facile car malgré le fait que je sache qu’il était en transition, sa famille utilisait toujours le pronom « elle » et prononçait tous les mots au féminin, du coup quand j’étais seule avec lui ça allait il n’y avait aucun soucis, mais dès que sa mère ou sa grand-mère me parlait on repassait au « elle » c’était très difficile pour moi car je commençais toujours la discussion avec « il » et ça finissais toujours en « elle ». Ca a duré le temps que la famille s’habitue. C’est sûr que ça n’a pas été évident pour eux non plus de s’adapter et de passer du « elle » au « il » en peu de temps ! Bon cette histoire de pronom c’est une chose… après il y a eu aussi le côté plus intime, et là il a fallu beaucoup discuter, car lui ne voulait absolument pas que je le voit complètement nu car son corps ne correspondait pas encore à son esprit donc petit à petit on y est arrivé, il a fallu lui redonner confiance en lui et qu’il n’ait pas honte de ce corps, lui faire comprendre que moi je voyais la même chose que lui, je le voyais « homme » même s’il avait encore des attributs « femme ». En fait je ne voyais même plus sa poitrine quand elle était encore là. Pour lui elle ne faisait pas partie de son corps et pour moi non plus d’ailleurs, c’est assez difficile à expliquer mais on va dire que c’était un peu comme une excroissance en fait. Après lorsqu’il a été opéré ça été beaucoup mieux. Mais il y a toujours ce corps qui doit s’approprier car il a été modifié et même s’il se faisait une idée du corps qu’il désirait il n’est pas comme dans ses rêve. Donc il doit faire le deuil d’un corps qu’il a toujours voulu et accepter un corps qu’on a façonné pour lui au gré des opérations.

Georges : Je pense que ça été difficile pour Jeanne car au début de la transition, j’avais des sauts d’humeur. J’avais peur qu’elle s’en aille car je n’avais pas confiance en moi. C’était difficile car j’aurai aimé faire toutes les opérations très rapidement mais il faut attendre un certain temps et du coup à chaque fois j’étais déçu et frustré, ça devait se ressentir dans le couple. Heureusement ça s’est amélioré avec le temps, j’ai appris à faire avec cette attente concernant les opérations.    

Jeanne, de ton côté, quel rôle as-tu joué ?

Je crois que j’ai joué un rôle de soutien et j’ai essayé de l’épauler autant que possible. Il a fallu être là pour le soutenir, l’aider à avancer, lorsqu’il y avait le psychiatre qu’il lui disait d’attendre encore un peu pour l’ablation des seins, ça été douloureux, lorsqu’il a fallu remuer le passé pour l’obtention des papiers d’identité, lors des différents entretiens quand on lui demande de raconter de nouveau son histoire, son parcours, lorsque nous avons commencé la procédure pour avoir un enfant, on nous a posé des questions intimes qui n’avaient pas lieu d’être posées… Bref être trans et compagne de trans c’est un combat de tous les jours, parfois ce souvenir est loin mais parfois ça nous reviens en pleine figure au moment où on ne s’y attend pas, c’est toujours là au-dessus de nos tête. On doit apprendre à vivre avec jour après jour, ensemble, nous ne sommes pas deux dans notre couple, nous sommes 3.

On pense toujours la transition des individus, mais, à l’exception des enfants s’il y en a, on oublie les conjoints. Pourquoi d’après vous ?

Nous pensons que le corps médical doit croire que comme  nous sommes « malades », nous ne sommes pas capables de construire une relation durable. Il faut aussi dire que pendant la transition avec la prise d’hormones les humeurs fluctuent énormément et parfois ce n’est pas du tout facile à vivre et à gérer pour la personne en transition comme pour le conjoint. Bon nombre de conjoint sont partis pour cette raison. Il y a aussi ces fois où la personne qui a fini sa transition ne veux plus du tout avoir affaire avec son passé et veux tout recommencer à zéro, comme une renaissance. Du coup il est possible de voir des couples qui se séparent une fois la transition complètement terminée.

Est-ce à dire qu’il est plus compliqué d’être en couple lorsqu’on est trans ?

Justement à cause de ces fluctuations d’humeurs, la personne en transition éprouve de nombreux changements internes et externes qui ne sont pas facile à gérer soit même alors en plus il faut composer avec le conjoint, la personne en transition n’accepte pas son corps tel qu’il est, alors comment accepter que quelqu’un d’autre aime ce corps que l’on déteste tant !

Lorsqu’on s’est rencontré, vous avez eu cette phrase « le problème des trans c’est les psychiatres ». C’est à dire ?

Effectivement les psychiatres sont une barrière haute de 2 ans avant de pouvoir faire la première opération, c’est extrêmement long lorsque l’on attend cette délivrance (ablation des seins ou hystérectomie) on dépend complètement de ces psychiatres qui dirigent nos vies. Maintenant nous pensons qu’il ne faut pas enlever complètement les psychiatres du parcours car certaines personnes sont « perdues » et ne savent plus vraiment qui elles sont, mon psychiatre m’a aider à y voir plus clair sur moi-même, beaucoup d’entre nous savent qui elles sont au fond d’elles. Cependant j’ai aussi rencontré des personnes qui sont encore perdues et grâce aux psychiatres elles ont évité l’opération irréversible. Nous savons combien ce parcours est long et douloureux, mais nous croyons qu’il faudrait diminuer ces 2 ans et passer peut être sur 1 an, nous pensons que ce serait bien que la France y réfléchisse… 

Merci à vous !


Mis en ligne : 28.02.2013.

Entretien : le Collectif TXY

 Collectif TXY

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Pouvez-vous nous présenter votre projet ?

Animé par un esprit de solidarité et de collaboration par des filles et des garçons transgenres, nous avons lancé le projet Txy comme un lieu de rassemblement, d’information, d’échange, de partage, de rencontres et d’activités pour toutes les personnes transidentitaires mais aussi pour toutes celles et ceux qui s’intéressent au sujet.

Quand avez-vous commencé ?

Nous étions plusieurs copines travesties et transgenres, respectueuses de nos différences dans nos parcours personnels, et dans une dynamique de partage pour nous entraider et nous soutenir dans l’épanouissement de notre identité de genre ; sortir du placard donc ! Cela a d’abord pris la forme de sorties avec atelier maquillage, trocs de vêtements et échanges d’astuces pour se travestir.

Pour accompagner cette dynamique et garder le contact entre nous, nous avons ouvert le site début avril 2012, sous le haut patronage de Florence, la Florence de Déshabillez-nous – Ces Messieurs Dames !

Depuis l’ouverture, ce site est en constante progression (il aura été visité par plus de 25 000 personnes en novembre 2012), nous surprenant et nous obligeant à nous structurer plus fortement dès le mois de mai dernier. Preuve sans équivoque d’un réel besoin de recherche d’information et de contacts dans la communauté transidentitaire. Et nous recevons aussi régulièrement des messages de remerciement et de soutien très clairs en ce sens.

D’où vient le nom Txy ?

Le nom du projet Txy peut sembler imprononçable, ce qui ne semble nullement gêner sa diffusion dans la communauté Trans’. Trois lettres, ça reste très facile à mémoriser.
Il faut prononcer Té ix y => phonétiquement juste prononcer les lettres comme dans l’alphabet.
Si tu es né homme, le nom peut être vu comme, quoique tu fasses, tu as des chromosomes XY : Té ix y
Si tu es née femme, le nom peut être vu comme, ben finalement t’es comme les garçons bio : Té ix y
Et pour tous les autres qui ne veulent pas être classifiés, té ix y rappelle juste que XY est le système biologique donc Té juste un être humain. Et qu’il existe aussi des XXY…
Le nom ayant été trouvé lors d’une séance brainstorming avec 5 ou 6 copines, je ne saurais même plus dire dans quel délire nous étions … en tout cas j’ai souvenance d’une bonne crise de fou-rire aux larmes avec tous les noms que fort heureusement nous n’avons pas utilisé …

D’où est venue l’idée de créer un tel projet ?

D’un ras-le-bol de voir les personnes transidentitaires associées systématiquement à la prostitution, au fétichisme, aux comportements déviants, voir à la maladie mentale.
Aussi d’un fort besoin d’aider les personnes transidentitaires à se rencontrer, à sortir de leur placard, car bien trop souvent seules dans leur coin avec de grosses difficultés, des déprimes, de la solitude, de l’incompréhension …

A ce sujet, nous avons découvert une communauté assez peu solidaire et souvent très discriminante envers celles ou ceux qui ont un parcours transidentitaire non-normatif ; nous voulons aussi lutter contre cela, montrer que chaque personne transgenre peut s’auto-définir dans son genre, suivre un parcours qui lui est très personnel et trouver sa zone de confort et que personne n’a le droit de la juger pour cela. Et que notre richesse à touTEs vient de cette diversité.

C’est d’ailleurs la principale raison qui nous a poussée à sponsoriser l’Existrans 2012 et à supporter l’ensemble des revendications, tant la frontière transidentitaire entre un travesti, un transgenre et un « transsexuel » est fluide et évolutive dans la vie d’une personne. Ce fût une belle occasion pour notre communauté Txy de nous retrouver touTEs ensemble et montrer que la diversité de nos parcours fait notre force !

Nous avons même lancé un appel pour que la voix des Trans’ pèse encore plus fort et que le collectif de l’Existrans se maintienne au delà de la marche et qu’il fasse entendre nos revendications unitaires. Force est de constater qu’il y a encore beaucoup de travail pour fédérer les énergies… mais c’est une idée que nous remettrons sur la table en 2013, fort de la dynamique de Txy et de ses soutiens.

Quels sont les principaux objectifs ?

Nous voulons aborder l’ensemble des sujets transidentitaires (relations aux autres, parcours de transition, féminisation, coming-out, traitements médicaux, changement d’état-civil, vie dans le couple, …), sans ignorer le sujet de la sexualité mais en luttant contre l’image stigmatisante, réductrice et faussée de la société bien-pensante.

Nous privilégions les relations sociales, l’entraide, l’échange et le partage et nous impliquons les compagnes et compagnons des personnes transgenres dans cette dynamique ainsi que toutes les personnes qui souhaitent apprendre et comprendre. Beaucoup des problèmes vécus par les personnes transgenres viennent de l’ignorance ou des préjugés d’une société médiatique ayant une propension naturelle à pointer du doigt la différence pour faire de l’audience.

Nous sommes aussi inspirés par des approches comme celles de Yagg ou de Têtu ; alors que ces communautés se positionnent principalement sur l’orientation sexuelle, nous voulons nous positionner principalement et clairement sur l’identité de genre.

Nous organisons entre autres des sorties avec atelier de maquillage et groupe de paroles pour aider nos copines à sortir de leur placard ; des compagnes participent aussi au grand bénéfice des couples qui veulent avancer ensemble sur un chemin parsemé d’embûche.

Le dernier événement a été réalisé le 13 janvier 2013 à midi à La Mutinerie – Paris pour la Galette des Reines où nous avons pu fêter touTEs ensemble la nouvelle année mais aussi discuter de la mise en place d’un groupe Narratif pour que les Trans travaillent à la réappropriation de leur parole et de leur image.

Au-delà d’une présence médiatique sur Internet les réseaux sociaux, nous voulons surtout pousser des activités qui permettent de nouer des relations sociales et de développer une image positive de la transidentité.

Nous avons par exemple réalisé un concours d’écriture sur la transidentité pendant l’été, concours qui a recueilli pas moins de dix sept textes de grande qualité que nous venons de publier dans le recueil Trans’ avec les Loups. Ce recueil de plus de 170 pages en couleur nous a permis aussi de mettre en valeur des artistes transgenres, plasticien, photographes, dessinateurs et des auteurEs de poèmes !

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Vous pouvez nous décrire un peu plus ce livre ? Qu’y trouve-t-on ?

Ce qui est fabuleux dans ce recueil qui s’est construit en quelques semaines avec la participation d’une vingtaine de personnes différentes entre les contributions, les relectures, l’infographie, … c’est qu’on y retrouve toute la diversité et la générosité de notre communauté Trans ! Le monde Trans est un monde de joie de vivre, de partage, d’épanouissement des personnes et qui sait approcher ses difficultés avec lucidité, sérieux, mais aussi avec légèreté. Ce livre, sous son aspect ludique de la création de nouvelles romanesques, de poèmes, permet de découvrir toute cette chromatique présente au sein des transidentités.

Roxanne Sharks, auteure transgenre est sortie de l’ombre après quarante années et a entamé un parcours transgenre depuis fin 2011. Elle est fervente protectrice des requins, espèce essentielle à l’équilibre des océans et de la planète, et pourtant allègrement détruite par les hommes. Son nom vient de là. Son prénom est tiré d’une célèbre chanson des années 80. Elle a réalisé une très belle synthèse de la transidentité telle qu’elle est vécue en France et 2012 et écrit un poème dans le cadre de ce concours. Roxanne a un style d’écriture très fluide qui met la transidentité à la portée de tout un chacun. Sa plume est légère et incisive. Elle est la gagnante de ce concours. Elle est aussi auteure du roman « Le siècle des pénombres » dont l’héroïne est une trans’.

Florence Grandema a réalisé la postface du livre. Florence est une personne transgenre dont le genre est de ne pas accepter d’avoir un genre, de surcroît décrété par l’anatomie sexuelle. Elle est mariée à Pascale depuis vingt-huit ans qui a toujours connu la particularité identitaire de Florence. Elles ont eu trois enfants et ont des petits enfants. Florence est totalement épanouie dans les sphères familiale, sociale et professionnelle.  Florence et Pascale militent ensemble pour une approche respectueuse de chacun et chacune dans l’expression ressentie par la personne. Toutes deux sont très attentives à la difficulté de la transidentité au sein du couple et œuvrent à faciliter l’intégration de cette dimension dans les couples où l’un-e des conjoint-e-s est transidentitaire.

Alixia Rainier est une créatrice papier, artiste plasticienne performer engagée contre le dictat du consumérisme. Elle réalise son travail de création à partir du papier qu’elle recycle et détourne de ses usages initiaux. Elle est en constante recherche de nouvelles formes, de nouvelles idées dans la réutilisation de ce matériau tiré du bois. Alixia est détachée de toute représentation de la femme telle que la société la conçoit. Elle représente une partie du spectre transgenre qui se refuse à se couler dans un moule au risque de choquer, et qui vit sa vie très librement. Sa joie, sa bonne humeur, son énergie, son attachement aux choses simples en font une artiste très appréciée par ses pairs. Son leitmotiv ? « « Envie d’être « moi » sans avoir à me prendre des réflexions sur le comment je dois être pour que les autres m’acceptent. Etre « moi », ce n’est pas la fin du monde… Si ! Pour les autres. » ».

Sophye Glamour transgenre et Dominique cisgenre forment un duo épatant et ont apporté leur contribution à ce recueil tant par l’écriture pour l’une que par le dessin pour l’autre. Domy appuie sa vie sur la devise « Aide toi, le ciel t’aidera ! », si tu veux quelque chose, cherche-le, et travaille pour l’obtenir ! Sophye n’est plus tout à fait un garçon mais pas tout à fait une fille issue d’une famille compliquée et éclatée, cultive la rencontre des autres. Sa devise : « Pourquoi devrions-nous avoir peur de l’inconnu ? ». Amoureuse de l’écriture, elle aime jouer avec les mots, ces petits êtres facétieux, pas toujours faciles à dompter. Sophye et Domy réalisent l’accord parfait entre la poésie et le dessin.

Louise Dumont a réalisé la photo de couverture du recueil.

Louise est surtout l’auteure d’une série de photos faites avec Diane sur le thème de la chrysalide homme vers femme. La photo de couverture du recueil présente toute la diversité des transidentités au travers de ce portrait où s’entremêlent la femme, l’homme, la transidentité dans une seule œuvre. La photo est pour elle un moyen de communiquer sans parler. Dans son dialogue avec la photo, elle estime que c’est plus la photo qui est venue à elle, qu’elle qui est allée à la photo. Autodidacte, elle pose d’abord pour un photographe qui travaille en argentique, et qui lui apprend la technique du développement, des effets sur le temps qui s’écoule dans les bains et les planches contacts. Louise a besoin de scénariser ses images, celles-ci fonctionnent rarement seules. C’est une idée, une valeur, un concept au départ à défendre. Puis le visuel et l’esthétisme viennent après.

Lors de sa séance avec Diane, elle lui proposera avant de la voir en studio, de réfléchir à une mise en scène minimaliste autour du passage du masculin vers le féminin. Cette approche plus sociologique qu’artistique, l’amène à vouloir plus tard se diriger vers l’art thérapie, l’art revendicatif et l’œuvre d’art comme fonction inutile. La photo est pour elle le moyen de se sentir utile notamment lorsqu’elle pousse ses modèles à décomplexer leurs complexes.

Nath-Sakura nous a fait le plaisir d’accepter d’utiliser ses œuvres d’art pour l’illustration de certains textes de ce livre. L’œuvre de Nath-Sakura ne commence à prendre toute sa dimension qu’à partir de septembre 2004, date à laquelle elle entame son changement de sexe. Forte de ce choix radical, la démarche de Nath-Sakura est particulièrement originale et contemporaine.

Nous ne pouvons énumérer toutes les personnes présentes dans ce livre, mais chacune a apporté sa pierre et chacune est aussi importante que l’autre.

La preuve par neuf qu’il est possible de construire touTEs ensemble un projet de visibilité positive. Le livre est toujours en vente ! 

Combien de personnes travaillent sur ce projet ?

Le projet Txy fédère plusieurs animatrices, géographiquement à Bordeaux, Nantes et Paris et plus de 70 contributeurs / auteurs dans une approche collective, bénévole et auto-gérée.

Nous sommes en permanence à la recherche de nouveaux participants et nous souhaitons une communauté la plus large possible, la plus diverse possible. Notamment nous trouvons la présence des FtM et des intersexes bien trop discrète (ceci est un appel !) !

Tout en restant indépendant et libre de tout mouvement associatif, nous avons des relations assez privilégiés avec certaines associations comme l’ABC et leurs membres actifs qui ont bien compris que notre approche est complémentaire de la leur et leur donne un surcroit de visibilité pour leurs activités. Nous tenons d’ailleurs à remercier Loan, la Présidente de l’ABC, qui a porté un regard bienveillant et des conseils précieux dès le début de cette aventure.

La coopération avec les principaux acteurs de la communauté, les associations mais aussi les organismes comme l’ODT, est un axe que nous souhaitons continuer à développer fortement dans le futur.

Que pouvez-vous nous dire des « huitièmes merveilles du monde » ?

Ce projet a vu le jour début janvier 2013 suite à l’idée que nous devons absolument présenter ce que nous avons de meilleur en nous.

Nous nous sommes fondées sur un concept outre-Atlantique consistant à poser une série de questions, toutes positives, à laquelle le-la T répond comme ille l’entend.

« Les huitièmes merveilles du monde » est une interview composée de huit questions auxquelles nous demandons à chaque T se prêtant à l’exercice, de répondre par écrit librement et au moins une des huit questions sous forme de séquence vidéo libre.

Au travers de ce projet, nous comptons présenter une dimension humaine aux transidentités et ainsi dé-montrer que la télé-réalité, les plateaux d’émissions à sensation ne sont plus les uniques espaces audiovisuels pour nous exprimer. Nous commençons ainsi à nous approprier notre image et ne plus la laisser être déformée au travers de montages parfois hasardeux, pour ne pas dire bien trop souvent dévalorisants. Ce projet d’envergure, ambitieux, nous en sommes conscientes, peut considérablement modifier à terme la perception que la population a de nous, ayant ce nouveau repère, les T vu-e-s par eulles-mêmes.

Nous souhaitons bien entendu arriver à séduire l’ensemble des personnes se sentant capables de réaliser leur propre interview. La liberté d’expression est telle que les pièges propres aux canaux audiovisuels classiques ne sont plus un frein.

La liste des personnes souhaitant participer activement à ce projet s’allonge de jour en jour. Une première interview est d’ores et déjà disponible par ici.

Quels sont vos prochains projets ?

Nous mettons en place un Groupe Narratif Transgenre, basé sur les Pratiques Narratives, pour identifier nos talents et savoirs particuliers, nos initiatives personnelles et extraire les problématiques sociales construites par les contextes dominants, puis laisser derrière nous notre « histoire » actuelle et trouver notre histoire « préférée ». Cela devrait donner lieu à la rédaction d’un ouvrage sur l’histoire transgenre. Tout un programme !

Sous l’’impulsion d’une contributrice fabuleuse, Nadine, nous sommes aussi en train de publier une série d’articles (la « timeline ») sur l’’histoire chronologique de la transidentité en France, de 1900 à nos jours. Un travail colossal bâti à partir de plusieurs sources fiables.

Sinon nous réfléchissons aussi à une web-radio, un calendrier de transgenres et à quelques autres projets que nous préférons garder secret ;), notamment pour aider les associations dans leurs activités.

Baobab1

Pratiques narratives et Transidentité

Avez-vous quelque chose à rajouter ?

Oui. Nous sommes sur un sujet encore tabou dans la société et nous sommes souvent discriminés avec de très lourds et difficiles préjugés. Nous espérons que ce projet Txy permette à la société de mieux comprendre et accepter la diversité de l’être humain. Et nous espérons convaincre un maximum de transidentitaires de nous rejoindre dans cette dynamique !


Mis en ligne : 31.01.2013.

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