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Les genres non-binaires sur Internet et Facebook

Oliver Rowland

activiste pour les genres non-binaires

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Genderqueer_pride_flag.png

 

Les genres non-binaires sur Internet et Facebook

Un peu d’histoire

Il est de plus en plus connu qu’une minorité de la population est transgenre, dans le sens que la personne ne s’identifie pas avec le genre ‘assigné à la naissance’ à partir de l’apparence de ses organes génitaux, mais plutôt comme l’autre option des deux genres communément admis que nous retrouvons sur nos documents administratifs – homme ou femme/ M. ou Mme. Ces personnes ont des difficultés propres dans la France contemporaine, notamment une bataille juridique pour avoir le changement de papiers souhaité, pour être reconnu comme « Monsieur » au lieu de « Madame » ou vice versa.

Et pourtant, pour un nombre croissant de personnes ce choix ‘binaire’ ne semble pas, non plus, vraiment adéquat pour décrire leur sentiment intime de leur rapport personnel avec les concepts du masculin et du féminin, ou avec leur identification avec les hommes ou les femmes – ils/elles se sentent les deux à la fois ou parfois l’un, parfois l’autre; ‘au milieu’; ‘un mélange’; ‘de genre variable’ selon les circonstances, le jour, l’année… voire certain.e.s ont l’impression d’être complètement étranger.ère.s à tout cela et d’être ‘sans genre’.

Depuis une vingtaine d’années, les termes pour parler du genre sont devenus plus variés. En commençant avec un choix limité de termes – essentiellement transsexuel/le ou travesti/e, selon le degré d’identification avec ‘l’autre genre’ par rapport à celui assigné – est apparu le terme assez large (ainsi que, pour certain.e.s, vu comme moins stigmatisant ou médicalisé) de ‘transgenre’ ou simplement ‘trans’, pour éviter d’obliger les gens de se mettre dans une case trop restrictive.

Avec l’essor du net, une plus grande liberté de questionnement sur les nuances de l’appartenance à un genre, avec des groupes des discussions, tels que le groupe des Androgynes sur Yahoo, ou l’on revendiquait l’androgynie comme identité de genre, comme décrit sur le site Androgyne Online (http://androgyne.0catch.com/), crée par Stephe Feldman en 2001.

Ce site explique que l’androgynie, comme identité de genre, ne devrait pas être confondue avec le fait de posséder naturellement un corps d’apparence ‘androgyne’ (une personne, par exemple, qui est difficile à identifier comme ‘homme’ ou ‘femme’ en la regardant), mais que c’est bien un ressenti intime de « ne pas s’identifier complètement soit avec la masculinité ou la féminité ». De surcroît, un.e androgyne n’a pas non plus, forcément, le désir de changer son corps d’une manière radicale pour avoir le plus possible l’apparence de l’autre sexe (au sens biologique), quoiqu’iel pourrait vouloir faire certains changements pour avoir un physique qui est lui aussi ‘plus androgyne’. L’androgynie comme identité de genre ne devrait pas non plus être confondue avec le fait d’être physiquement intersexué/e, et l’androgynie comme identité est aussi à différencier de l’androgynie en tant que trait de caractère, comme décrite par la chercheuse américaine Sandra Bem, qui s’est penchée sur la question, et qui a conclu que l’idéal était d’être androgyne dans le sens d’avoir accès à des traits/émotions/compétences dits ‘masculins’ ou ‘féminins’ dans notre culture, selon la situation et les besoins (Voir : http://www.integratedsociopsychology.net/Gender_Bias/eg.AndrogynyTheory-SandraBem1974.html ou http://garote.bdmonkeys.net/bsri.html ).

Un site web plus récent (http://gender.wikia.com/) a recensé des variantes de l’identité androgyne, comme ‘femandrogyne’, ‘butchandrogyne’ et ‘versandrogyne’, pour des androgynes qui s’identifient un peu plus avec la fémininté ou masculinité, ou bien qui ressent un équilibre entre les deux.

Vers le tournant du siècle, nous avons vu aussi apparaître sur internet le terme intergenre, calqué sur ‘intersexe’, pour une identité de genre qui n’est ni vraiment homme ni vraiment femme, un terme ensuite aussi revendiqué par certaines personnes intersexuées (mais non pas réservé seulement à elles), quoique d’autres personnes physiquement intersexuées se sentent et se définissent comme étant simplement des hommes et des femmes. On en a discuté, entre autres sur les forums du OII – Organisation Internationale des Intersexes (http://oiifrancophonie.org/).

Un élargissement du vocabulaire – bigenre, genderfluid, agenre… – est ensuite apparu sur des forums de discussions comme What is Gender ? (qui ne semble plus exister en 2015), qui comportait de très nombreuses catégories de discussion selon le genre de la personne. Une multiplicité de possibilités de genres a aussi été revendiquée en francophonie, par exemple, par l’association belge Genres Plurielles (www.genresplurielles.be) et certains forums francophones trans ont montré une ouverture envers les personnes non-binaires, comme dans le forum de l’association Sans Contrefaçon (qui n’existe plus en 2015).

Vers la fin de la première décennie du XXIe siècle sur internet, certains concepts d’une large portée sont devenus très répandus, particulièrement sur le web anglophone, comme ‘genderqueer’ ou ‘non-binary’ pour décrire un genre qui n’est pas ‘femme’ ou ‘homme’ mais sans être plus précis.

Qu’est-ce qu’une identité ‘genderqueer’ ?

Le terme ‘genderqueer’ est parfois vu comme un terme ‘parapluie’ (large, regroupant de nombreuses identités, similaire à non-binaire), parfois comme une identité en soi (avec l’accent sur le fait d’être ‘autre’ par rapport aux genre binaires). Certaines personnes ‘genderqueer’ se considèrent comme faisant partie de la ‘transidentité’ dans un sens large, tandis que d’autres préfèrent se voir comme étant une catégorie à part. En général, pourtant, le ‘T’ de LGBT, peut être considéré comme regroupant les personnes ‘trans’ ‘non-binaires’ ainsi que les personnes trans plus ‘binaires’. On peut cependant aussi vouloir rajouter un Q pour ‘queer’ pour montrer l’ouverture vers de multiples possibilités, ainsi qu’un ‘I’ pour ‘intersexe’ – LGBTQI – comme l’on rajoute également parfois une apostrophe, ou un ‘*’ à « trans », dans le même but. Le terme ‘queer’ en anglais voulait dire à l’origine ‘bizarre’ et a été utilisé comme insulte pour les gays et lesbiennes, ensuite revendiqué par les militant.e.s et universitaires (dans les ‘queer studies’) pour signifier essentiellement ‘tout ce qui n’est pas strictement hétéro ou cis’ dans le comportement, l’identité ou la sexualité.

Le terme ‘cis’(genre) est aussi devenu de plus en plus courant, pour signifier ‘non pas trans/genderqueer’ – calqué sur des termes tirés du Latin, comme ‘cisalpin’, signifiant en-deça des Alpes (le contraire de ‘transalpin’).

Parfois ceux qui aiment voir la non-binarité comme faisant partie de la transidentité insistent sur une double signification du préfixe ‘trans’ – soit ‘à travers’ (passer d’un côté à un autre) ou ‘au-delà’.

Le.a créateurice du site http://genderqueerid.com/ Marilyn Roxie, a ces dernières années inventé le drapeau genderqueer et non-binary, qui est de plus en plus utilisé lors des prides, avec les couleurs :

Violet (mélange de rose et de bleu) – par exemple, pour les androgynes ou bigenres
Blanc (pour ceuxelles qui se sentent plus neutre – agenre, neutrois…
Vert foncé (le contraire du violet dans la science des couleurs, pour ceuxelles qui considèrent que leur identité sort complètement des schémas ordinaires) – par exemple, MTX, FTU , genderqueer…

Des pages de discussion pour les personnes genderqueers sont maintenant répandus, par exemple sur tumblr (eg. http://fyeahtransitioninggqs.tumblr.com/   http://fyeahgenderqueers.tumblr.com/ ) ainsi que de nombreuses vidéos sur YouTube sur ce sujet où on voit des jeunes parler de leurs identités genderqueer/non-binaires. On commence à voir maintenant de plus en plus d’articles dans la presse sur le sujet, comme : When no gender fits dans Washington Post (http://tinyurl.com/When-no-gender-fits) ou celui-ci dans New York Times http://tinyurl.com/Third-gender-NT ou cette vidéo de 2015 de la BBC dans laquelle ‘Women’s Hour’ – émission radio assez traditionnelle pour les femmes, datant de 1946 – parle avec un.e collégien.ne de 14 ans de sa non-binarité :  http://www.bbc.co.uk/schoolreport/31966531.

En ce printemps 2015 on voit aussi de plus en plus de blogs francophones sur le genre non-binaire sur tumblr.com: https://www.tumblr.com/search/non%20binaire.

 

Les genres non-binaires sur Facebook

Ces dernières années, cependant, Facebook a aussi beaucoup aidé à rassembler des personnes GQ, en particulier sur le groupe anglophone : Genderqueer, Agender, Neutrois, Genderfluid, and Non-binary discussion, crée vers le début de la deuxième décennie du siècle, et qui a maintenant plus de 4.000 membres. D’abord un groupe intime, rassemblant quelques personnes, surtout d’Angleterre et des Etats-Unis, qui revendiquaient un genre non-binaire et voulait s’épauler, il a attiré beaucoup de nouveaux membres à partir d’environ 2013, sans doute lié au fait que le terme et le concept ‘genderqueer’ est devenu de plus en plus connu sur internet (663,000 résultats sur google.com en janvier 2015).

Un groupe Facebook est un outil pratique pour les discussions concernant le genre, parce que, par exemple, on peut le rendre « privé », c’est-à-dire que seulement les membres peuvent en lire les posts. Il est aussi commode de pouvoir passer simplement en messages privés avec une personne, si l’on veut partager quelque chose de manière plus discrète. Un groupe est trouvable par les personnes qui cherchent un groupe concernant un sujet, en faisant une recherche avec des termes appropriés (si l’on fait attention à bien choisir le nom du groupe, et de rajouter quelques termes de recherche dans le champ approprié).

Les membres partagent leurs vécus, leurs photos (beaucoup de ‘selfies’…) et discutent de leurs opinions sur le genre, y compris les difficultés du ‘coming out’, le choix des pronoms etc. De temps en temps les administrateurices doivent intervenir par exemple à cause de disputes concernant des différences d’opinion sur le genre et les transitions ou sur le militantisme, ou à cause de des sensibilités froissées, par exemple sur des questions de race/appropriation culturelle ou de féminisme et de privilèges, ou de rapports avec les personnes cis ou les trans binaires (par exemple entre ceuxelles qui accordent d’importance aux alliés cis et une minorité qui a tendance à penser que tous les cis sont condamnables…), ou occasionnellement des problèmes d’incompréhension envers des membres qui en plus d’être trans/GQ font partie d’autres sous-cultures/identités comme des personnes ‘multiples’ ou ‘otherkin’. Quoiqu’il est inévitablement moins intime qu’il ne l’était, cela reste amical et un bon lieu pour des gens de se sentir très rapidemment moins seul.e.s. Il est pourtant un peu victime de son succès, et les administrateurices (dont je faisais partie pendant une période) sont parfois un peu débordé.e.s.

 

Groupe francophone

J’ai crée une version francophone vers la fin de 2013 parce que j’avais l’impression qu’on parlait moins des genres non-binaires sur le web francophone que sur le web anglophone. J’ai donc commencé à me renseigner sur les termes existants pour parler de la non-binarité en français, parfois en traduisant directement, certains termes étant facile à franciser, tels que :

Non-binary – non-binaire

Androgyne – androgyne

Bigender – bigenre

Intergender – intergenre

En cherchant des termes utilisés sur des sites francophones ou dans des interviews avec des militant.e.s francophones, je me suis aussi informé.e sur l’existence de pronoms et expressions non-binaires en français. Deux exemples : l’utilisation de l’expression non-conforme dans le genre (pour ‘gender non-conforming), que j’ai vu utiliser pour la première fois par une militante trans canadienne, Sophie Labelle. Elle est d’ailleurs aussi lspan>’auteure de la BD, parlant des questions trans, ‘Assignée Garçon’, dont la protagoniste est une petite fille trans qui a aussi un.e ami.e non-binaire. Deuxième exemple : en parlant avec le.a photographe Naïel Lemoine des pronoms iel ou yel. Yel a témoigné entre autres de la difficulté de faire accepter ces néologismes en France.

Ainsi j’ai lancé le groupe (NB France : non-binaire, genderqueer, androgyne, genderfluid et agenre), d’abord en invitant quelques personnes trans/GQ francophones ou bilingues parmi mes connaissances. J’ai crée une première version d’un glossaire de termes en décembre 2013, pour aider les gens à se définir, et à discuter de la non-binarité. Le groupe a grandi petit a petit, pour avoir maintenant environ 800 membres. Il est moins actif que le groupe anglophone (il y a pas mal de personnes qui ne s’expriment pas pour une raison ou une autre) et attire moins de monde pour l’instant, mais nous avons eu beaucoup de discussions, de partages utiles et intéressants. Une petite équipe de plusieurs personnes GQ l’anime.

Nous avons aussi pu affiner nos connaissances des termes variés, utilisés par les francophones ainsi que des termes anglais populaires – par exemple il semblerait qu’en général le terme ‘genderfluid’ est plus populaire que ‘(à/de) genre fluide’. Nous avons aussi discuté de termes comme FTU (unknown) ou FTX ou FT*… qui semblent être plus répandus en francophonie que dans le monde anglophone.

D’autres sujets de discussion typique pourraient concerner, entre autres : l’actualité LGBTQ (la controverse sur ‘la théorie du genre’ ; la Manif pour Tous ; notre solidarité concernant la suicide de Leelah Alcorn ou d’autres jeunes trans…); les films ou de la musique en rapport avec la non-binarité ; les options de genre sur Facebook ; où trouver un binder pour les FTM/FTX; des conseils de maquillage; qui a le droit de se considérer comme ‘non-binaire’ – est-ce qu’il faut s’habiller d’une certaine manière ou entreprendre certains traitements ou procédures médicales ? (la plupart des personnes GQ conviennent que ‘non’, c’est quelque chose de très personnel…); comment faire des accords des verbes et adjectifs d’une façon non-binaire (ce qui est souvent plus facile à l’écrit qu’à l’oral…) etc. Il se trouve aussi que parfois un.e membre vit des expériences douloureuses (rejet par la famille; tentative de suicide…), et nous avons pu le.a soutenir, ou au contraire qu’un.e membre veut parler d’un succès ou bonheur. Nous avons aussi entrepris certains projets comme de traduire ensemble un long article du Washington Post au sujet d’une jeune personne genderqueer.

Il semblerait en fin de compte que le nombre de personnes en France/la francophonie s’identifiant avec la non-binarité serait plus grande que l’on ne pourrait penser à premier abord. On le constate par le nombre croissant de personnes qui demandent à rejoindre le groupe Facebook francophone, ainsi que, par exemple, lors du rassemblement LGBTQI annuel à Marseille UEEH, ou j’ai parlé des genres non-binaires pour le colloque 2014. En 2014, il était évident que c’est un phénomène en croissance et qu’il y avait beaucoup de personnes ne s’identifiaient pas seulement comme femme ou homme (que ce soit cis ou trans). Un participant gay connaissant les UEEH depuis longtemps a commenté que cela devenait plus compliqué, parce qu’autrefois il était facile de mettre les gens dans des cases comme ‘homme gay’, ‘femme lesbienne’, ‘femme trans’,  ‘homme trans’ – mais que désormais, il était plus difficile et on risquait de mégenrer/froisser les gens plus facilement. Mais il a précisé qu’en même temps ces multiples possiblités pour se définir étaient libératrices.

 

Option de genre ‘personnalisé’ sur Facebook

Les membres du groupe genderqueer anglophone ont appris que Facebook a introduit cette possibilité sur sa version du site en anglais américain au début de 2014, ou cela a été annoncé sur le groupe de discussion. Avant cela plusieurs membres avaient essayé certains plugins (logiciels) non-officiels, pour que Facebook les appelle « they » (iel) au lieu de « he » ou « she », mais à ce moment iels ont appris que Facebook avait décidé de prendre en compte la diversité de genres en offrant des options variées. Plusieurs membres s’en sont servi.e.s pour afficher leur genre revendiqué et ne plus être « he » ou « she » de manière officiel. En même temps Facebook avait annoncé travailler sur la possibilité de le faire pour d’autres langues aussi.

Nous avons donc fait des efforts pour contacter Facebook pour faire des suggestions pour des termes français et on leur a donné des suggestions de personnes et de groupes spécialisés dans le genre en France ainsi qu’une liste de suggestions de termes français. Pour ce dernier, nous nous sommes basé.e.s sur le glossaire LGBTQI du groupe (fait par moi-même avec des ajouts ou améliorations par d’autres membres, surtout l’un.e des admins, Nathaël ParadOx, qui avait par exemple rajouté les suggestions comme semi-garçon et semi-fille  en traduction de l’anglais demiboy et demigirl ainsi que des termes ayant un rapport avec des orientations : aromantique, asexuel/le (j’ai rajouté qu’il est conseillé de ne pas dire ‘asexué’), demisexuel/le et des définitions de genderfuck et HARSAH).

J’ai ajouté pour la liste de termes que j’ai envoyée à Facebook un petit nombre de termes supplémentaires par rapport au glossaire, en traduisant de leur liste d’options anglaises, telles que ‘autre’ (pour ‘other’) et ‘genre en questionnement’ (pour ‘gender questioning’).

J’ai inclus ainsi que des termes clairement francisés (bigenre, transgenre…) des termes anglais revendiqués par certain.e.s francophones, tels que genderqueer et genderfluid (sur le groupe NB francophone une personne canadienne a dit une fois, indigné.e, que saon partenaire n’était pas ‘de genre fluide’ mais était bel et bien ‘genderfluid’; d’autres ont dit trouver ‘genderqueer’ plus précis que ‘queer’ tout court).

Après avoir eu quelques échanges par mail avec une personne chez Facebook à Paris et avoir envoyé des suggestions au début de mars, je n’ai ensuite pas eu de nouvelles.

En juin 2014, finalement, nous avons appris – dans la presse – que les options de genre étaient maintenant disponibles en français, et que c’était la troisième langue choisie après l’anglais américain, et l’anglais britannique – ce dernier ayant été proposé un jour plus tôt (de toute manière il n’y a aucun problème de traduction dans ce cas, les deux utilisant vraisemblablement les termes identiques). J’ai appris dans la presse qu’on disait que Facebook avait mis cela au point surtout en travaillant avec l’association Inter-LGBT. Les options ont été lancées le 28 juin pour marquer de la Marche des Fiertés de Paris. Les options françaises étaient 62 (y compris ‘femme’ et ‘homme’), un peu plus des options anglaises (58, avec ‘male’ et ‘female’).

Interviewée par Têtu, la directrice de Facebook France, Michelle Gilbert, a dit : «Il y a chez Facebook une vraie sensibilité autour de ces questions. Nous sommes très actifs, au sein même de la société mais aussi en externe. C’est une évolution naturelle pour une plateforme comme Facebook de refléter l’évolution de la société. Nous devons donner à chacun la possibilité de s’identifier comme il le souhaite.»

Nous ne pouvons dire jusqu’à quel point nos suggestions leur ont servi, mais on peut noter qu’ils ont retenu certaines tournures moins communes que nous avions suggérées, comme non-conforme dans le genre, genre en questionnement, genre atypique etc. La plupart des termes que nous avions proposés  se retrouvent dans leurs options, sans, on pourrait le regretter, certains termes anglais comme genderqueer ou genderfluid, Facebook ayant opté pour être plus franco-français. Il manque aussi ‘transidentitaire’, lequel semble pourtant une bonne alternative française pour ‘trans’ (mieux que transgenre, dont la signification en français est parfois disputée). Ils ont aussi ajouté quelques termes comme bispirituel/le, allosexuel/le et altersexuel/e, que nous avons ensuite rajoutés au glossaire du groupe, ayant cherché des définitions notamment sur un site LGBT canadien www.le-neo.com.

 

Comment faire pour changer son genre sur Facebook?

D’abord cliquer sur son nom pour aller sur son profil, ensuite cliquer ‘actualiser mes infos’ en haut, puis ‘vue d’ensemble’. Placez le curseur juste en-dessous de la date de naissance à droite de la page et cliquez sur ‘modifiez vos coordonnées et infos de base’. Vous verrez la mention ‘sexe’, probablement avec ‘homme’ ou ‘femme’ affiché. Placez le curseur à droite de ceci et cliquez sur ‘modifier’.

Vous aurez le choix d’ ‘homme’, ‘femme’ ou ‘personnalisé’, ainsi que l’option d’afficher votre ‘sexe’ (‘genre’ aurait été préférable comme terme…) sur votre profil public ou pas. Cliquez sur la case pour ne pas l’afficher si vous voulez être discret.e (ou au moins dans un premier temps).

Ensuite vous aurez des options de genre. Cliquez pour choisir qui peut voir votre genre – par exemple public (tout le monde), vos amis, vous seulement etc. Si vous voulez rester un peu discret.e mais quand même partager cet aspect de vous-même avec un partie de vos ami.e.s cliquez sur ‘Personnalisé’. Vous pouvez ensuite choisir de ne le montrer qu’à certaines personnes ou groupes d’amis choisis, ainsi que/ou spécifier certaines personnes ou groupes qui ne peuvent pas le voir.

 

Créer des groupes d’amis :

Si vous ne savez pas comment créer un groupe d’amis, allez dans votre fil d’actualité, par exemple en cliquant sur le « F » de Facebook en haut à gauche. Ensuite cliquez sur « Amis » dans la colonne à gauche de l’écran. Ensuite cliquez sur ‘créez une liste’. Vous pouvez ensuite nommer la liste et ajouter des amis.

 

Choisir des options de genre :

Il faut commencer à taper le genre préféré. Beaucoup d’options, mais non-pas toutes, sont possibles. Si une option est disponible elle s’affiche – cliquez sur le mot pour l’ajouter. On peut ajouter un genre ou plusieurs. Par exemple, si on se considère comme étant non-binaire, on pourrait dire tout simplement ‘non-binaire’ ou ‘non-conforme dans le genre’ si l’on veut rester dans des termes larges assez généraux. Pourtant, si l’on préfère un terme plus spécifique, on peut mettre, par exemple ‘intergenre’ ou ‘androgyne’ ou ‘bigenre’. Finalement on pourrait choisir plusieurs termes si l’on trouve que cela décrit d’une façon plus complète son identité, par exemple: non-binaire, androgyne et genre fluide pour une personne dont le genre est essentiellement un mélange d’homme et femme mais un peu variable.

Ensuite, choisir un pronom, soit masculin, féminin, ou neutre. Ceci va modifier la manière dont Facebook parle de vous à des tiers. Si vous choisissez ‘neutre’, Facebook va chercher des tournures qui évitent de préciser un genre masculin ou féminin. Par exemple, si quelqu’un qui n’est pas un.e ami.e sur Facebook se rend sur votre profil pour cliquer pour demander d’être accepté.e comme ami.e cela affichera ‘voir ce que cette personne partage avec ses amis, envoyez-lui un message…’ au lieu de, par exemple, ‘pour voir ce qu’il partage avec ses amis… ». Ou bien, dans certaines phrases, Facebook pourra mettre le féminin entre parenthèses en parlant de vous (ce qui a suscité quelques plaintes de personnes qui ont dit qu’elles auraient préféré des points ou tirets).

Quoique Facebook dise que votre choix de pronom sera ‘visible’ sur votre profil, en réalité il n’est visible de façon explicite qu’aux personnes avec lesquelles vous avez partagé votre choix de pronom. (Pourtant, comme mentionné ci-dessus, si quelqu’un fait attention à ceci il pourrait remarquer que Facebook parle de vous en évitant de genrer au masculin ou féminin).

En regardant les options possibles après six mois on note qu’elles n’ont pas changé depuis le début. En plus il n’y a plus d’option pour ‘suggérer un genre’, qui existait avant. Je n’ai pas d’information sur la fréquence d’utilisation de cette possibilité de choisir un genre personnalisé, ni si Facebook a reçu beaucoup de suggestions nouvelles ou pas. Cependant je note que la possibilité de ‘personnaliser’ son genre n’a pas fait l’objet de beaucoup de publicité ou d’information.

Pour finir, depuis très peu de temps, pour les personnes qui ont choisi d’utiliser Facebook en anglais américain seulement, il est possible de mettre n’importe quel terme dans la case pour le genre, et le terme est accepté. Après, pourtant, si l’on opte pour utiliser Facebook en français de nouveau, un terme choisi librement (non pas proposé par Facebook lorsqu’on commence à taper une lettre) ne sera alors plus visible. Et même en continuant d’utiliser Facebook en anglais américan le terme ne sera pas visible aux utilisateurs du français.

On pourra pourtant, par exemple, choisir un terme librement et un autre terme proposé par Facebook comme « non-binary », et ce dernier sera visible, seul, aux ami.e.s utilisateur.ice.s francophones. On pourrait noter, en passant, que Facebook ne fait pas de traductions de terminologie de genre, ainsi le choix de « non-binary » apparaît aux utilisateurs francophones toujours comme « non-binary », et non pas traduit en « non-binaire ».

Il faudra maintenant attendre pour voir si Facebook pourra étendre cette option de choix libre aux autres langues. Ainsi des personnes qui sur le groupe non-binaire ont souhaité dernièrement afficher des options comme « agenderflux » ou « agenre-fluide », signifiant un genre parfois agenre, parfois autre chose, pourront être euxelles aussi satisfait.e.s.

Une astuce : Il est possible d’utiliser des options qui existent en anglais américain et non pas en français – il faut opter pour lire Facebook en anglais américain (cliquer sur le « F » en haut à droite pour avoir votre fil d’actualité/ ensuite trouver la langue, sous les évènements et invitations, à droite); ensuite choisir le ou les termes préféres (par exemple genderqueer) et ensuite changer pour le français de nouveau – Facebook aura conservé les options choisies même si elles n’existent pas sur la version française. 

 

La liste complète des options françaises :

Genre atypique ; Genre en questionnement ; Genre fluide ; Genre neutre ; Genre variable ; Genre variant ; Au genre non-conforme ; Non-conforme dans le genre ; En questionnement sur son genre ; Refuse de se conformer aux stéréotypes de genre ; Agenre ; Aucun ; Autre

Transgenre ; Transsexuel ; Transexuelle ; Travesti ; Travestie ; Trans ; Trans’ ; Femme trans ; Femme trans’

Femme transsexuelle ; Femme transgenre ; Femme transgenre ; Femme cis ; Femme cisgenre ; Homme vers femme ; Femme vers homme ; Homme trans ; Homme trans’ ; Homme transgenre ; Homme transsexuel ; Homme vers femme ; Femme vers homme ; Homme cis ; Homme cisgenre ; Homme ; Femme

Androgyne ; Bigenre ; Bispirituel ; Bispirituelle ; Non-binaire ; Neutrois ; Queer ; Two spirit ;

Inter-sexe ; Intergenre ; Intersexué ; Intersexuée

Allosexuel ; Allosexuelle ; Altersexuel ; Altersexuelle

Garçon cis ; Garçon cisgenre ; Fille cis ; Fille cisgenre ; FTM ; MTF

 

Glossaire (non pas définitif ou exhaustif) de termes utiles pour parler du genre non-binaire

[Certaines définitions sont entièrement dépendantes d’un contexte très fort du type médical, psychiatrique, politique ou culturel]

A

Agenre – personne qui a le sentiment de n’être ni un homme ni une femme (ni même un mélange des deux); de ne pas avoir un genre. Une variante est agenre-fluide, pour une personne qui se sent parfois agenre, parfois autre chose.

Androgyne – identité de genre d’une personne qui trouve que son identité est un mélange d’homme et de femme.

Aromantique : se dit d’une personne qui n’a pas d’orientation romantique. Souvent abrégé en aro.

Asexuel/le : se dit d’une personne qui ne ressent pas d’attirance sexuelle pour autrui (définition de Aven-Fr). Souvent abrégé en ace. (Selon Aven France, il faut éviter asexué/e qui serait une personne sans organes génitaux).

Altersexuel/le: Terme inclus dans les options de genre par Facebook, désignant une personne qui refuse les étiquettes sexuelles relatives à son orientation sexuelle ou à son genre (selon www.le-neo.com).

Allosexuel(le) : Néologisme désignant les personnes gays, lesbiennes, bisexuelles, trans ou en questionnement selon (www.le-neo.com). Terme inclus dans les options de genre par Facebook.

Assigné à la naissance – assigned at birth – se dit en parlant du sexe qui vous a été attribué à la naissance par l’état civil. En anglais, AMAB = assigned male at birth; AFAB = assigned female at birth. On voit aussi parfois FAAB and MAAB female-assigned at birth. En français on peut aussi dire ‘assigné/e garçon’ ou ‘assigné/e fille’.

B

Bigenre – quelqu’un qui s’identifie pleinement avec deux genres différents (par exemple, mais non pas seulement, un homme et une femme), en général en changeant entre les deux selon le jour ou la situation.

Binaire (adj) binarité (nom) – tendance à diviser les êtres humains dans deux sexes/genres et deux camps clairement différents et séparés et à accepter les rôles de genre typiques (les filles aiment le rose, les garçons le bleu…). Sur le plan personnel, être plutôt binaire (par exemple, une femme traditionnellement féminine, ou un homme traditionnellement masculin) n’est pas un problème si ça vous convient, mais ça peut être un problème si vous voulez imposer une vision binaire de la société pour tout le monde.

Bispirituel/le – voir Two-Spirit.

Butch – nom ou adjectif qui peut designer une femme (souvent lesbienne) qui se sent femme, mais a un comportement et look typiquement masculins. Se contraste avec une lesbienne « fem » (femme en anglais), ou une lesbienne « lipstick », typiquement féminines.

C

Cisgenre, ou « cis » – le contraire de transgenre; par exemple personne assignée au sexe féminin à la naissance et qui se considère une femme. Personne dont le genre est en concordance avec le sexe déclaré à l’état civil à la naissance.

Cissexuel/le – terme alternatif, mois utilisé. Souvent utilisé comme synonyme de cisgenre. Parfois utilisé pour signifier une personne à l’aise avec les caractères sexuels de son physique de naissance (même si éventuellement transidentaire pour ce qui concerne son ‘identité de genre’). Selon une autre définition souligne souvent une identité cisgenre alliée à une orientation hérérosexuelle.

Cis – raccourci du terme cisgenre ; une personne cis – antonyme une personne trans.

 Crossdresser – terme anglais parfois utilisé en France, signifiant généralement « travesti/e », éventuellement avec moins de connotations péjoratives. Désigne une personne qui aime porter des vêtements censés être pour un autre genre (généralement ‘le genre opposé’ dans un contexte binaire) sans forcément préciser pourquoi.

D 

Dysphorie de genre – terme médical et psychiatrique inscrivant le « transsexualisme » comme étant une « inversion » de genre (depuis le DSM 4) ; antonyme politique possible : euphorie de genre. Son étymologie signifie ‘se porter mal’, ainsi hors d’un contexte professionnel le terme ‘dysphorie’ tout court est également assez souvent utilisé par les personnes trans pour désigner un sentiment de malaise concernant le genre à cause de situations dans la vie d’une personne qui ne conviennent pas à son identité de genre – souvent concernant les aspects physiques du corps, mais éventuellement aussi concernant d’autres aspects comme le rôle social, l’utilisation de pronoms et l’expression de genre.

Demiboy/demiguy (semi-garçon ?) : une personne qui se sent en partie un garçon, mais en partie autre chose, sans préciser exactement.

 Demigirl (semi-fille ?) : Idem que demiboy pour un genre plus féminin.

 Demisexuel/le: une personne ne pouvant éprouver une attraction sexuelle qu’en cas d’une certaine proximité sentimentale avec la personne (qui peut aller de la simple amitié à l’amour).

 Drag – mot anglais, reconfigurant le terme de travestissement en lui donnant un sens politique et/ou culturel. Une drag queen est un homme qui s’habille d’une manière exagérément féminine pour performer un type de féminité, s’amuser ou pour des spectacles (exemple dans Priscilla, folle du désert). On parle de drag king pour les femmes performant la masculinité. 

E

 Expression de genre – comportements associé au genre liés aux vêtements, voix, gestes, loisirs, amitiés etc.

F

Femme – identitié de genre féminine. Si assignée au sexe masculin à la naissance peut vouloir prendre des hormones et faire des chirurgies pour ressembler physiquement à une femme cisgenre, ou non.

 Fem – (prononcé avec un « e » comme dans même) – peut signifier une personne de sexe féminin et de comportement et identité plutôt féminine, en particulier en parlant de personnes lesbiennes. Selon une autre définition « fem » peut signifer des personnes de sexe féminin, généralement des féministes, qui sont conscientes de « performer » la féminité, ayant une conscience des ròles de genre et ne se définissant pas forcément féminines comme identité.

 FTM – personne assignée à la naissance au sexe féminin, qui se considère un homme – Female to Male en anglais. Il existe aussi FTX, ou FT* ou FTU (unknown) comme désignations non-binaires. 

G

Genderfluid : voir genre fluide.

 Genderqueer – approximativement synonyme de non-binaire (éventuellement avec un accent encore plus fort sur le fait de se sentir complètement en-dehors du système binaire). Peut être vu comme un terme plus politiquement engagé à cause de l’utilisation du mot « queer ». A l’origine « queer » signifie « étrange » et a été utilisé comme une insulte, surtout pour les personnes gays, et puis le mot a été réapproprié par des militant.e.s LGBT et des universitaires dans les études de genre pour signifier tout ce qui n’est pas cis, hétéro et binaire dans le genre, la sexualité et le comportement. Genderqueer par contre est un mot crée par les personnes non-binaires elles-mêmes et n’a pas d’associations négatives. Mot revendiqué par beaucoup de personnes non-binaires en particulier aux Etats-Unis. Certaines personnes genderqueer se reconnaissent sous la banière de la transidentité, d’autres préfèrent considérer que pour elles, être genderqueer est une identité ou trajectoire à part, pas vraiment cis ni trans. 

 Gender studies – études de genre – terme US désignant une interdisciplinarité universitaire consistant en une analyse politique critique des rôles des hommes et femmes dans la société.

 Gender variant (genré différemment) – (identité de) genre atypique.

Gender non-conforming – personne dont le comportement ne se conforme pas aux rôles de genre stéréotypés. Parfois on voit « genre non-conforme » en français, aussi « non-conformes dans le genre ».

 – expressions anglaises très large pour qualifier une personne qui a une identité ou expression de genre atypique (par exemple, souvent préférées pour parler des enfants dont le comportement n’est pas typique de leur genre assigné, pour éviter de les qualifier de ‘trans’). Selon UC Berkeley (http://geneq.berkeley.edu/lgbt_resources_definiton_of_terms#gender_variant) gender non-conforming est préférable parce que ‘variant’ implique un une divergence par rapport à une ‘norme’.

 Genderfuck : pratique consistant à jouer avec les représentations de genre de manière à embrouiller, mélanger ou combiner à dessein les expressions stéréotypées de genre propres à une culture.

 Genre – nom qui correspond à plusieurs idées et domaines d’études, centrés sur les questions de ce que cela signifie d’être un homme ou une femme, ou autre chose, dans la société dans laquelle on vit, et dans sa tête et ses comportements et ses rapports avec les autres. Si « sexe » concerne, surtout, les attibuts du corps, « genre » concerne plutôt des aspects psychologiques et sociaux. Ce terme est, en plus, assez souvent utilisé en tant que raccourci d’ ‘identité de genre’.

 Genre fluide/genderfluid – personne dont l’identité de genre fluctue de manière assez marquée; peut se sentir parfois plutôt un homme parfois plutôt une femme, parfois androgyne etc.

 Genre social – le genre dans lequel on est recconu/e quotidiennement par notre entourage.

 Grey-asexual (asexuel-le gris ?): se dit d’une personne majoritairement asexuelle mais qui a déjà ressenti une attraction sexuelle pour quelqu’un. Cela se fait cependant de manière trop sporadique pour qu’elle tombe sous l’identité de sexuel. S’abrège souvent en grey-A.

 H

 Homme – identité de identité de genre  masculine. Si assigné au sexe féminin à la naissance peut vouloir prendre des hormones et avoir des chirurgies pour avoir un corps qui ressemble à celui d’un homme cisgene, ou non.

HARSAH : Homme ayant ou ayant eu une ou plusieurs relations sexuelles avec des hommes, mais ne s’identifiant pas comme homosexuel ou bisexuel. (http://www.le-neo.com/). 

 I

Identité de genre – sentiment intime d’être un homme ou une femme (ou les deux, ou un mélange, ou autre chose etc).

Intergenre – Intergenre – un terme basé sur intersexe (voir ci-dessous). Donna Lynn Mathews en a parlé sur son site web en 1998 en expliquant sa propre identité intergenre (http://cydathria.com/ms_donna/intergen.html). Selon Donna Lynn Mathews, qui a aidé à populariser le terme mais dit ne pas l’avoir inventé (http://cydathria.com/ms_donna/tg_def.html), la plupart des personnes s’identifient comme homme ou femme et sont pour la majorité cisgenre. Ensuite elle dit que d’autres personnes préfèrent voir le genre comme un spectre, non pas deux choix binaires, et que les personnes intergenres sont celles « dont le genre se trouve entre les deux extrémités opposés d’homme et de femme ». (Soit dit en passant que pour certain.e.s personnes non-binaires la proposition que le genre se résume à un spectre linéaire allant de ‘homme’ à ‘femme’ serait elle aussi trop réductrice). Il est parfois (mais non pas seulement) revendiqué par des personnes intersexuées qui n’ont pas une identité de femme ou d’homme (tandis que d’autres personnes intersexuées s’identifient à l’un des deux genres binaires).

Intersexué/intersexe – adj. Qualifie une personne qui ne peut pas être classée comme de sexe féminin ou masculin pour ce qui concerne son sexe biologique de naissance.

 L

 LGBT+ Sigle qui souligne l’ouverture vers une pluralité de possiblités au-delà des identités et orientations conventionelles. Le + est proposé pour éviter de beaucoup ralloger le sigle, mais dans le cas contraire on peut utiliser, par exemple, LGBTQI (lesbienne, gay, bi, trans, queer et intersexe), éventuellement aussi A pour asexuel.

M

 MTF – Male to Female – personne transidentitaire assignée au sexe masculin à la naissance, qui se considère une femme.

Métagenre : un récit métagenre décrit une transition (quelle qu’elle soit) resignifiant l’assignation sociojuridique en fonction de l’évolution de vie et en en faisant une philosophie de vie.

Mégenrer/ malgenrer – utiliser le mauvais pronom en parlant d’une personne, par ignorance, oubli ou méchanceté.

 N

Neutrois – personne qui a le sentiment d’avoir une identité de genre neutre. Selon plusieurs sites anglophones dédiés au sujet, à l’origine le terme était souvent associé à une personne voulant, en plus, modifier les caractères physiques de son corps pour le rendre plus ‘neutre’ (mammectomie, orchidectomie etc). Pourtant c’est loin d’être le cas pour toutes les personnes qui revendiquent cette identité. Selon le site Neutrois Nonsense (http://neutrois.me/neutrois/) contrairement à une personne agenre, qui se voit comme étant ‘sans genre’, une personne neutrois à un genre, mais c’est un genre neutre. Selon plusieurs sites anglophones, crée par H.A. Burnham, en 1995, pour parler de ses propres sentiments envers le genre (http://web.archive.org/web/20010307115554/http://www.neutrois.com/faq.htm).

Non-binaire – terme générique, désormais associé à une critique politique, culturel et scientifique réfutant la théorie naturaliste et essentialiste, soit l’idée qu’il n’y a que deux sexes naturels produisant deux genres sociaux. On dit d’une personne ou d’une groupe, qu’elle est non-binaire. Les identités comme agenre, bigenre, androgyne, etc, sont des identités non-binaires avec des sens plus restreints. Les personnes non-binaires (parfois raccourci en ‘NB’) peuvent préférer un pronom non-binaire tel que iel ou yel, ou ille, ou ol ou ul (ces deux derniers peuvent plaire davantage à certaines personnes dont l’identité ne se définit pas par rapport aux genres binaires). Certaines personnes sont binaires mais adoptent une vision non-binaire des identités, rôles et places.

O

Orientation romantique/sentimentale : elle définit le(s) genre(s) pour le(s)quel(s) une personne est capable d’avoir des sentiments. Pour beaucoup de sexuels, leur orientation romantique correspond à leur orientation sexuelle, mais ce n’est pas systématique, de même qu’un asexuel peut ne pas être aromantique.

Orientation sexuelle – le fait d’être hétéro, gay/lesbienne/homosexuel ou bi. D’autres personnes se disent pansexuelles ou polysexuelles pour sortir d’un schéma binaire. Pour éviter de dire « hétéro » ou « gay » une personne non-binaire pourrait aussi préférer androphile ou androsexuel/le ou gynéphile/gynésexuel/le. Une MTF qui aime les femmes est considérée comme étant lesbienne et un FTM qui aime les hommes est considéré comme étant gay.

 P

 Pangender (pangenre) : une personne qui considère qu’elle s’identifie avec tous les genres.

 Pansexuel/le : peut se dire d’une personne pouvant être attirée par tous les genres, y compris non binaires. Souvent défini également par la possibilité d’aimer quelqu’un parce que c’est une personne. Polysexuel/le – personne qui peut aimer des personnes de plusieurs genres possibles, mais non pas forcément tous.

 Passer – le fait d’avoir une apparence et manières qui font qu’une personne transidentitaire qui vit dans le genre social contraire au sexe assigné à la naissance est facilement acceptée en tant que femme ou homme et ne se fait pas remarquer en tant que personne trans. 

 Q

 Queer : mot anglais signifiant « étrange ». A l’origine utilisé péjorativement envers elles, les communautés LGBT+ se le sont approprié (quoique certaines personnes anglophones, surtout les moins jeunes, continuent de l’éviter à cause d’associations négatives pour elles). Il peut donc se rapporter dans un sens large à toute personne qui en fait partie. Dans un sens plus restreint, il est particulièrement associé aux personnes qui se sentent en dehors de la binarité (que ce soit dans le genre, l’expression, l’orientation, etc).

Queer Nation : organisation activiste pour les droits LGBT+ qui a marqué l’histoire queer en organisant des évènements notables; fondée en 1990 aux US (http://queernationny.org/history).

Queeriser : mot d’origine anglaise désignant une resignification d’un fait, événement, lecture critique, identité, etc., consistant à lui donner un sens ou un contexte queer.

 R

Rôle de genre – ensemble de comportements traditionnellement associé au fait d’être un homme ou une femme couplant le genre au sexe social attendu par la société ; ou de manière plus large, la manière dans laquelle on se comporte du fait d’accepter d’appartenir à un genre nommé (on peut imaginer qu’il y a un rôle de genre pour un/e androgyne, qui consisterait à mélanger des comportements traditionnels masculins et féminins, et ne pas être trop masculin/e ou féminin/e..).  

Sexe – l’aspect physique de la personne en ce qui concerne des caractères sexuels primaires ou secondaires et génétiques. Non pas forcément, non-plus, « binaire » puisqu’il y a beaucoup de variantes intersexuées. En général en français on considère que « mâle » et « femelle » sont utilisés pour désigner des animaux plutôt que des personnes, alors on parle de « sexe masculin » ou de « sexe féminin ». 

 T

Théorie du genre – aussi appelée « théorie du gender » pour souligner son origine anglo-saxonne et gommer l’expression français « études de genre ». Selon certaines personnes d’opinions conservatrices (« anti mariage gay », « anti-gender »), un ensemble d’idées qui tendent à vouloir bouleverser, voire inverser, les normes en matière de rôles de genre, affirmant y voir un complot et une destruction de ce qu’ils perçoivent comme les bases de notre société. 

Transféminin : d’un genre trans tirant plus vers le féminin sans toutefois être femme.

Transgenre, ou « trans » ou personne transidentitaire – personne qui n’identifie pas ou pas seulement ou complètement au genre associé avec l’assignation à son sexe-genre de naissance. Dans un sens restreint « transgenre » s’utilise parfois en France pour des personnes qui ont une identitié de genre trans et vivent dans le rôle de genre de leur genre psychologique, mais ne veulent pas suivre un parcours complet d’opérations etc (par exemple MTF ne voulant pas faire une vaginoplastie). On peut aussi écrire trans* ou trans’ pour souligner le fait qu’il y a plusieurs identités possibles qui sont regroupées sous le terme – y compris beaucoup dont on parle dans ce glossaire. 

Transidentité (nom)/transidentitaire (adj) – exprime le fait d’être et vivre un genre trans et souligne la dimension identitaire (et non pas sexuelle); n’implique pas (forcément) le désir et transition dite « transsexuelle ».

Transition – le fait d’entamer des démarches pour mettre son corps, son expression de genre, son rôle de genre social, éventuellement son état civil, plus en état avec son ressenti interne. On parle aussi de suivre un parcours.

Transmasculin : D’un genre trans tirant plus vers le masculin sans toutefois être complètement homme.

Transsexualisme : terme lié au médical et psychiatrique, désignant un trouble de l’identité sexuelle ou de genre (appelée dysphorie de genre dans le DSM 4 et 5) et s’appliquant aux personnes allant d’un « sexe social à l’autre».

Transsexuel/le (nom ou adj) – terme lié au contexte médical et psychiatrique se référant à une personne FTM (un transsexuel) ou MTF (une transsexuelle). Terme assez souvent contesté par les personnes trans (par exemple parce que vu comme étant trop focalisé sur le sexe au lieu de l’identité) et qui désigne généralement une personne trans qui s’identifie de manière durable au sexe contraire à celui qui lui a été assigné à la naissance et souhaite faire un parcours hormono-chirurgical (en général, si possible, comprenant une phalloplastie ou vaginoplastie).

Travesti/travestie – en théorie, homme qui aime s’habiller avec les vêtements de femme (ou plus rarement vice versa). Souvent (dans la définition en Europe occidental), il s’agit d’une personne AMAB qui prend un rôle et apparence féminin (soit chez elle, soit pendant des sorties avec des ami.e.s etc) de façon ponctuelle. En théorie, toujours sans vraiment avoir une identité de genre de femme (donc, plutôt pour le plaisir d’essayer un « rôle » différent par rapport au quotiden, dans un but de relaxation ou de divertissement). Mais certaines personnes qui se définissent ainsi, disent se sentir une femme au moins dans les périodes féminines. Dans ce cas ce serait peut-être synonyme de « bigenre ». Parfois on voit « une travestie » pour une personne AMAB qui se sent femme (quand elle est habillée en femme) pour distinguer des « travestis » qui, dit-on, se sentiraient plus homme et/ou s’habilleraient plus dans un but fétichiste.

Trigender (trigenre) : quelqu’un dont l’identité varie entre trois genres.Two-Spirit : un terme des Amérindiens qui signifie littéralement « deux esprits » (dans un corps). Parfois pris dans l’Occident pour signifier pouvant s’identifier avec les hommes et les femmes en même temps, mais peut être vu comme synonyme de transidentitaire par certains Amérindiens (quoique dans les tribus, ces personnes avaient souvent un rôle spécial/ à part).

V

Voyagenre : aller d’un genre-l’autre comme d’un chemiment de vie sans en faire nécessairement une identité fixe.

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Mis en ligne : 08.05.2015

 

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Internet et l’émergence du mouvement intersexe : Une expérience singulière

Lucie Gosselin

Anthropologue

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À la demande de l’Observatoire Des Transidentités, c’est avec plaisir que je tenterai dans ces quelques pages de résumer l’essentiel de mon article Internet et l’émergence du mouvement intersexe : Une expérience singulière, celle de l’Organisation internationale des Intersexué∙e∙s (OII)1 paru à l’origine en 2011 et d’approfondir certaines observations que j’ai pu faire par la suite sur l’importance de l’utilisation d’Internet pour le mouvement intersexe ainsi que dans les parcours de vie personnels.

Rendues invisibles par le système biomédical, la législation et la culture familiale, les personnes intersexes ont commencé depuis une vingtaine d’années à revendiquer leur identité dans l’espace public et à s’organiser en associations visant à la reconnaissance de leur spécificité. Dans ce processus, Internet joue un rôle important pour le réseautage, le transfert de l’’information et la diffusion des revendications (mettre fin aux interventions chirurgicales cosmétiques et à la stigmatisation, contribuer à la visibilité dans l’espace public, faire connaître le vécu et orienter les décisions juridiques et politiques) ainsi que pour l’autodétermination des personnes de commencer à s’identifier comme intersexes à un certain moment de leurs vies.

La création de ces associations n’aurait pas été possible sans le libre accès aux nouvelles technologies de l’information et plus particulièrement à l’Internet. Ces association évoluent dans le contexte décrit par Castells dans Le pouvoir de l’identité qui explore les mouvements sociaux et la politique « tels qu’ils résultent de l’interaction entre la mondialisation (qu’impulse la technologie), le pouvoir de l’identité (sexuelle, religieuse, nationale, ethnique, territoriale, sociobiologique) et l’État (avec ses institutions) » (Castells, 1999, p. 13). Les nouveaux moyens de communication ont donc permis le réseautage d’individus qui étaient auparavant très isolés dans leurs milieux.

La présence de personnes intersexes dans la société peut sembler à priori très marginale; pourtant, « En 2000, l’American Journal of Human Biology publiait un article qui évaluait à 1,728 % les conditions les plus fréquemment associées à l’intersexualité (Blackless, Charuvastra, et al., 2000, p. 159), mais les chiffres varient selon les sources qui signalent qu’entre 1,7 et 4 % de la population serait intersexe ». (Kraus et al., 2008, p. 8) En admettant qu’il n’y ait que 1,7 % de la population qui le soit, cela touche quand même un nombre considérable de personnes.

C’est le système biomédical qui contribue le plus largement à l’invisibilisation de l’identité intersexe, non seulement en normalisant les corps et en étiquetant l’intersexualité comme une anormalité, mais aussi en imposant la norme des deux sexes comme « naturelle ».

Avant l’avènement d’Internet, les personnes intersexes étaient isolées et ne se connaissaient pas entre elles. La possibilité de se percevoir comme intersexe en était d’autant plus infime puisqu’elle ne connaissait souvent que le syndrome médical qu’on leur avait attribué, et parfois même pas, éludant du même coup le concept même de l’intersexualité dont on ne parlait jamais. En conséquence, les premières associations de soutien et les plus nombreuses sont celles qui regroupent les personnes diagnostiquées par un même syndrome médical.

Depuis une vingtaine d’années, grâce à la révolution technologique Internet, plusieurs associations de personnes intersexes se sont constituées indépendamment des groupes de soutien liés à un syndrome ou à une condition médicale en particulier; c’est-à-dire que ces associations regroupent des personnes ayant reçu des diagnostics différents, certaines incluent également des personnes non intersexes considérées comme des alliées2.

Même si ces associations ne véhiculent pas toutes les mêmes conceptions du sexe et du genre, leurs revendications convergent vers certains buts communs :

  • le principal est de faire cesser les interventions chirurgicales de normalisation sur les bébés à la naissance comme s’ils souffraient d’un problème de santé urgent. En effet, le traitement des bébés intersexes est un paradoxe dans un système légal qui interdit formellement les mutilations génitales. Ce paradoxe est mis en évidence quand on opère rapidement des enfants qui n’ont aucun problème physiologique afin de normaliser leur sexe; ce qui est pratiqué en Occident depuis les années 1950;
  • soutenir les personnes intersexes dans leur vécu individuel et mettre fin à la stigmatisation;
  • se manifester sur la scène publique et mettre fin à l’invisibilisation des personnes intersexes imposée par la normalisation des corps et le secret entourant leur condition;
  • faire connaitre le vécu des personnes intersexes et pouvoir orienter les décisions politiques les concernant.

Intersex Society of North América (ISNA)

La première association importante regroupant les personnes intersexes sans distinction concernant les différents diagnostics médicaux est fondée en 1993 par la militante américaine Cheryl Chase aux États-Unis. « The Intersex Society of North America (ISNA) was founded in 1993 in an effort to advocate for patients and families who felt they had been harmed by their experiences with the health care system »3. Les buts de cette association sont de mettre fin au secret et à la honte qui entoure l’intersexualité ainsi qu’aux chirurgies pratiquées sur les jeunes enfants dans un but de normalisation morphologique. Elle met en place un forum de soutien pour les personnes intersexes et effectue un travail remarquable de sensibilisation auprès des intervenants du système biomédical ainsi que dans la population en général. Uniquement anglophone, l’ISNA se consacre essentiellement aux enjeux états-uniens concernant l’intersexualité et travaille de concert avec le milieu médical.

Dans les années qui suivent, certaines critiques sont adressées à l’ISNA par les militants. L’une d’entre elles se rapporte au fait que les experts médicaux ont trop de pouvoir au sein de la direction de l’organisation. Ces experts véhiculent une vision étroite de l’intersexualité la réduisant à une maladie. Ensuite, l’adoption de la nouvelle appellation Disorders of Sex Development (DSD)4 par l’ISNA en 2006 et sa diffusion dans le milieu médical états-unien ont été vécues comme une trahison par de nombreux militants qui refusent de se considérer en fonction de cette classification des maladies. Une autre critique importante s’adresse à un principe de base de l’ISNA qui affirme que « Intersexuality is primarily a problem of stigma and trauma, not gender »5; en effet, pour de très nombreuses personnes intersexes, le genre et les catégories binaires de sexe sont un enjeu majeur, elles les maintiennent dans l’invisibilité et ne leur permettent pas d’exprimer leur identité particulière.

Conséquemment à ces critiques et à tous les problèmes qu’elles ont provoqués au sein de l’organisme, l’ISNA mis fin à ses activités en juin 2008.

Organisation internationale des intersexué∙e∙s (OII)

En 2003, Curtis Hinkle, un militant états-unien intersexe, traducteur de métier et francophile, s’associe à deux Québécois pour créer une association francophone enregistrée au Québec comme association sans but lucratif : l’Organisation internationale des Intersexué∙e∙s, le site Internet en français6 est mis en ligne en avril 2003. L’un des buts poursuivis par la création de cette association était de se situer hors de la sphère médicale. À ce moment, il n’existait pas beaucoup de documents de vulgarisation sur l’intersexualité en français; depuis, de nombreux articles ont été traduits ou écrits en français par des militants de l’OII. Le travail de l’association fait boule de neige et l’équipe de départ s’adjoint rapidement plusieurs collaborateurs, souvent des militants aguerris engagés dans les luttes féministes, trans et intersexes, de nombreux pays européens; puis une version anglaise du site est créée dont le forum est très actif puisque des Américains, des Britanniques et des Australiens y participent. Un volet espagnol s’ajoute au site par la suite, nourri par des militants d’Amérique latine. Son site Internet devient multilingue et regroupe des personnes intersexes des cinq continents.

Des groupes régionaux sont créés OII France, OII Australie, Orféo, etc. Chacun travaille de façon autonome dans son pays en tenant compte de son contexte législatif et culturel particulier afin de faire connaitre et avancer la cause de l’intersexualité. Tous ces groupes régionaux organisés en réseau sont constamment informés grâce au site de l’OII qui devient ainsi un portail international de l’intersexualité7.

L’OII dénonce le système de la binarité des sexes et le fait qu’il n’y ait que deux catégories de sexe reconnues dans nos sociétés. Cette organisation considère que la vision hétéronormative du monde est le fondement social des traitements imposés aux personnes intersexes, c’est-à-dire la normalisation imposée des corps sans consentement et de la marginalisation dont les personnes intersexes sont victimes. Cela explique l’engagement de ses membres dans la lutte contre l’hétéronormativité et l’essentialisation des catégories de sexe et de sexualités. Cette organisation s’allie donc avec les féministes, les trans, les queers, les lesbiennes, les gais et les personnes bisexuelles que l’OII considère comme des alliés puisque leurs expériences chevauchent celles des personnes intersexes (médicalisation des corps définis comme maladifs, au sexe inachevé8, lutte pour le respect de l’intégrité et de la réappropriation du corps).

Pendant de nombreuses années, l’OII fait un travail de fond auprès des personnes intersexes et de leurs proches par l’intermédiaire de son site Internet en brisant l’isolement et en apportant un soutien psychologique. Le site informe aussi les personnes sur les aspects médicaux et sociaux de leurs conditions et publie les activités, conférences et écrits reliés au sujet. Par l’intermédiaire de son forum, les personnes intersexes partagent leurs connaissances médicales et les expériences vécues avec le système de santé et elles s’échangent des informations souvent bien plus pertinentes que celles données par des médecins qui ont peu de connaissances sur le sujet. Le site s’adresse aussi aux parents d’enfants intersexes. Ils s’entraident, se conseillent et peuvent profiter de l’expérience des membres intersexes adultes qui leur donnent une rétroaction sur leur enfance et leur adolescence. Cette rétroaction aide les parents à mieux comprendre le vécu et la situation de leurs enfants et à prendre les décisions adéquates pour leur avenir. Ces échanges constructifs comblent une grande lacune du système de santé au sein duquel les parents ne bénéficient d’aucun groupe de support ni des informations complètes et nécessaires à une décision éclairée.

En plus des nombreux ateliers, conférences et manifestations organisés par des membres de l’association, l’OII a été à l’origine de trois événements plus importants dont ses membres sont particulièrement fiers. À l’été 2006, l’OII s’est fait connaitre dans le milieu LGBT en animant un atelier intitulé À qui appartiennent nos corps ? Les droits humains et les personnes intersexuées lors de la Conférence internationale sur les droits humains LGBT associée aux 1ers Outgames mondiaux Montréal 2006. Le même été, du 16 au 19 août, sous l’impulsion de membres européens de l’OII sont organisées les 1res Universités d’Été des Intersexes et Intergenres d’Europe tenues à Paris. C’est au cours de cette rencontre qu’émerge l’idée, entre Cynthia Kraus9 et quelques militant∙e∙s, de la parution d’un numéro spécial de Nouvelles Questions féministes sur le thème de l’intersexualité paru en mars 2008 avec la collaboration de plusieurs membres de l’OII. De plus, depuis 2005, grâce à l’initiative des membres de l’OII, une journée est désormais consacrée à l’intersexualité le 8 novembre de chaque année, date anniversaire de la naissance d’Herculine Barbin10, devenue l’icône du mouvement intersexe dont les mémoires furent publiés en 1978 par Michel Foucault11.

Depuis 2012, le site original ne fonctionne plus parce que l’instigateur du projet ne pouvait plus s’en occuper, mais un autre site francophone a été mis en ligne12 en 2013 par quelques militant∙e∙s qui ont repris en main l’OII. Illes se sont investi∙e∙s avec des militant∙e∙s d’autres organisations qui a mené en décembre 2013, entre autres, au 3e Forum International intersexe de l’ILGA au cours duquel 35 organisations de personnes intersexes de 30 pays ont produit la déclaration de Malte qui est supportée par d’autres organisations, y compris par des alliés13.

Grâce au travail des militant∙e∙s et à l’importance de l’Internet qui leur permet de s’organiser comme jamais auparavant, des événements comme le forum de l’ILGA sont devenus possibles, l’intersexualité est de plus en plus connue dans la population et la lutte concernant les revendications intersexes s’intensifie, le milieu médical doit commencer à en tenir compte davantage même si la bataille n’est pas encore gagnée et que beaucoup de travail reste à faire.

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Références

Blackless, M., Charuvastra, A., Derryck, A., Fausto-Sterling, A., Lauzanne, K. et E. Lee (2000). « How Sexually Dimorphic Are We? Review and Synthesis », American Journal of Human Biology, vol. 12, p. 151-166.

Castells, M. (1999). Le pouvoir de l’identité. L’ère de l’information. Paris, Fayard.

Foucault, M. (1978) Herculine Barbin dite Alexina B. Paris, Éditions Gallimard.

Goldschmidt, R. (1917). « Intersexuality and the Endocrine Aspect of Sex », Endocrinology, vol. 1, no. 4, p. 433-456.

Kraus, C., Perrin, C., Rey, S., Gosselin, L. et G. Guillot. (2008). « Démédicaliser les corps, politiser les identités : convergences des luttes féministes et intersexes », Nouvelles Questions Féministes, vol. 27, no 1, p. 4-15.

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1. Gosselin, L. (2011). Internet et l’émergence du mouvement intersexe. Une expérience singulière, celle de l’Organisation internationale des intersexué-e-s (OII). Minorités sexuelles, Internet et santé. J. D. J. J. Lévy, B. Ryan et C. Thoër (dir.). Québec, Presses de l’Université du Québec : 199-209.

2. Il sera question de deux de ces associations seulement dans cet article.

3. Http://www.isna.org/, consulté le 19 août 2009.

4. Désordres du développement sexuel (DDS) en français.

5. Http://www.isna.org/, consulté le 19 août 2009.

6. http://www.intersexualite.org/Index.html

7. À ce jour, nous avons recensé des consultations du site provenant de 94 pays différents.

8. À ce sujet, voir Kraus, C., Perrin, C., Rey, S., Gosselin, L. et Guillot, G. (2008) « Démédicaliser les corps, politiser les identités: convergences des luttes féministes et intersexes », Nouvelles Questions Féministes, vol. 27, n° 1, p. 12.

9. Maître d’enseignement et de recherche en Études genre et en Études sociales des sciences à l’Université de Lausanne.

10. Celle-ci est une hermaphrodite du XIXe siècle qui fut obligé de changer de sexe par le système juridique de son époque et qui finira par se suicider.

11. Foucault, M. (1978) Herculine Barbin dite Alexina B. Paris, Éditions Gallimard.

12. oiifrancophonie.org

13. Voir http://oiifrancophonie.org/318/conclusion-du-3eme-forum-international-intersexe-de-lilga-manifeste-du-troisieme-forum-international-intersexe-du-1er-decembre-2013/.

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Mise en ligne : 4 avril 2014

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