Observatoire Des Transidentités

Etre acteurs-auteurs & actrices-auteures des études trans

Étiquette : Savoirs situés

Karine Espineira : Eléments de méthodologie

Karine Espineira

Université de Nice Sophia Antipolis
Cofondatrice et coresponsable de l’Observatoire des Transidentités


 

Couverture : La Transidentité, de l'espace médiaque à l'espace public

Avant de vos présenter un montage susceptible d’illustrer les propos de Maud-Yeuse Thomas, Ali Aguado et Éric Macé, je vais présenter la cadre de ma recherche.

J’achève une thèse de doctorat en Sciences  l’Information et de la Communication à l’Université de Nice. Je suis familiarisée avec le terrain transidentitaire depuis 1996, avec un engagement associatif qui a débuté à l’ASB. Dans la même période, je participe avec Maud-Yeuse Thomas aux « séminaires Q comme Queer » (1998). Mon parcours associatifs prend une nouvelle direction en 2005 avec la fondation, de l’association Sans Contrefaçon, et en 2010 avec la création de l’Observatoire Des transidentités (ODT) avec M.-Y. Thomas et Arnaud Alessandrin.

Cette observatoire qui est une sorte de revue en ligne a été pensé  comme un espace de théorisation et de réflexion, comme une plateforme établissant un lien entre le terrain trans et l’académie, entre trans et non trans, de tous les acteurs de la culture, du terrain de l’information, du support  et de la prévention. Ainsi nous publions aussi des universitaires et des non-universitaires, dans le cadre des études de Genre et des Trans Studies. Autant dire que nous sommes dans la diversité des points de vue, les médiacultures la multiculturalité.

Pour ma part, je travaille sur les modélisations sociales et culturelles des transidentités dans le média audiovisuel : la télévision. J’ai publié un essai en 2008 sur cette question, cet ouvrage est un prémisse à ma recherche actuelle.

J’inscris cette recherche dans les études de genre ainsi que dans de possibles Transgender Studies en France. Je me place dans la perspective ouverte par de Marie-Joseph Bertini qui souligne que les sciences de l’information et de la communication après avoir considéré les signes, les symboles, ou encore les dispositifs techniques, ne peuvent ignorer le rôle de la variable genrée dans les processus de communication.

Je m’intéresse à l’institutionnalisation des relations trans et instance médico-légale, trans et média, à travers les imaginaires sociaux. Bien entendu je renvoie à la pensée de Castoriadis. Je considère aussi les imaginaires médiatiques et je renvoie aux apports des Cultural Studies avec Stuart Hall, Éric Maigret, Éric Macé, entre autres.

Ma grille conceptuelle se décrit très brièvement ainsi :

Standing point, épistémologie du positionnement, des savoirs situés (Donna Haraway, Elsa Dorlin)

– Orthopédie sociale, Savoir et Pouvoir (Foucault, French theory)

– Médiologie : effets symboliques des effets techniques, et efficacité symbolique (Régis Debray, Daniel Bougnoux)

Je pourrais encore vous dire que ma recherche est qualitative, action, observante et dans mon cas précis – je parle de mon appartenance au terrain, à mon expérience du changement de sexe, du changement de genre, c’est-à-dire en me référant à la notion de « transsexualisme » comme concept et pratique – comme auto et rétro-observante. On voit l’intérêt que je trouve dans l’épistémologie du positionnement.

 Mon terrain on l’a compris c’est les communautés trans. Je m’appuie aussi un corpus forme sur les bases archives de l’Institut National de l’Audiovisuel, mais je considère désormais ce corpus comme un second terrain après trois ans de visionnage de ce qui me paraît être un champ de fouille archéologique.

 Je vais vous présenter un document, ou plutôt un montage d’un quart d’heure environ qui retrace quelques étapes de l’histoire de ce concept et de cette pratique qu’est le changement de genre oblitéré par le « changement de sexe » si cher au public, aux médias, et à certaines institutions garante de l’ordre symbolique.

Je n’ai pas choisi les extraits au hasard mais avec l’idée d’illustrer les présentations qui vont se succéder, et notamment l’invisibilité des FtMs.

Lien vers le montage :

http://www.dailymotion.com/KEUniversite#video=xpccu9

 

illustration-karine-queerweek.jpg

 


Mis en ligne : 18 mai 2012.

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Attendus, questionnements, positions

Observatoire des transidentités

Qui sommes-nous ou que sommes-nous, pourrait être la question qui nous cernerait -faute de nous définir- le mieux. Que sommes-nous ? Si la santé mentale des individus se vérifie dans la qualité du lien social, que dire des discriminations et stigmatisations contenues dans le rapport culturel aux transidentités ? Affection ou variation ? Individu ou société ? Particulier ou universel ? Quelle est la société qui dit que telle personne est « transsexuelle » ? Pour quoi faire ? D’où surgit vraiment le transsexualisme et qu’est-il donc ?

Nous sommes clairement devenu-es les sujets d’une observation entomologiste depuis la prise en charge, moment-événement correspondant à la réponse institutionnelle à notre existence ici-et-maintenant. Mais les discours et écrits, sous prétention médicale, rationaliste et/ou scientifique, qui l’ont accompagné ont lié le transsexualisme à un dispositif social de contrôle normatif enserré entre la dimension médicale et la dimension légale que la psychiatrie médicolégale s’aménage dans le tissu de l’existence humaine. D’où sa survisibilité actuelle car il occupe après la question homosexuelle et la question féministe, la place contradictoire d’une controverse d’époque en mutation.
 
Pouvons-nous faire l’économie d’une analyse des transidentités dans la société actuelle ? Le sujet se présente comme enserré entre une absence quasi totale (pas de trans dans le passé) et la réponse médico-chirurgicale contemporaine sans examen sur la structure inégalitaire de notre société et la prise de pouvoir manifeste qu’elle draine. Nous pensons que la réponse médicolégale s’est installée sur le couperet d’une stigmatisation niée et d’une discrimination volontairement tue pour ces pratiques et discours d’une reproduction sociale rationnalisée a postériori, à l’abri de tout bouleversement social et culturel. Au fond, elle n’est qu’un simple agent d’une matrice. La société Occident, universalisant son modèle. Aussi, la question des minorités et la question coloniale apparaissent politiquement voisines pour composer l’image en creux d’une société dominante.
 
Nous voulons les analyser car ils éclairent ce par quoi nous sommes personnellement et culturellement passés pour rentrer dans cette curieuse boîte noire réunissant culture et normes, politique et histoire. Comment les trans se réinventent ou au contraire se lient aux injonctions de normation dessinant en creux la société et le mode binaires ? Parmi les questions non abordées, la question philosophique des devenirs-minoritaires, leurs subjectivités et socialisations derrière l’affirmation de l’évidence ontologique naturalisée et/ou anthropologisée.
 

Répondre aux questions trans’ et inter’ ne peuvent pas faire l’économie d’une interrogation et d’un bouleversement dans l’économie hétéronormée et inégalitaire de la société qui sursature la question des subjectivités non alignées sur les identités sociales.

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