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Étiquette : Transsexualité

Avignon 2018 ou le paradigme trans sur scène

Maud-Yeuse Thomas, Karine Espineira, Héloïse Guimin-Fati

 

Avignon 2018 ou le paradigme trans sur scène

 

Avignon. Il y a déjà de cela un an, Olivier Py nous promettait un festival 208. Et déjà, le titre ; « Le prochain festival d’Avignon sera « transgenre »[1] » ; et les mots qui fâchent : transsexualité, transsexualisme, déboulent de nouveau dans nos vies :

Après avoir fait honneur cette année « aux femmes puissantes », l’édition 2018 s’intéressera à la « trans-identité et à la transsexualité » a annoncé mardi le directeur du festival. »

Un projet mais surtout un cadre que Py fixe ainsi :

« Olivier Py, qui vient d’être reconduit pour quatre ans, s’est fixé pour objectif de « toujours améliorer la démocratisation ». »

Rapidement, nous sommes contactées par le Centre LGBITQ d’Avignon, La langouste à bretelles pour lequel nous avions fixé.es une formation interne. Puis d’autres assos dont Genres Pluriels de Bruxelles. Pour nous et La Langouste, aucun doute : on doit le contacter et lui parler pour éviter ces mots en leur donnant un contenu et une réhistoricisation. Pendant des mois, on patiente. La Langouste nous assure que le lien va être fait. Les gens du Festival sont très occupés, les agendas sont pleins. On patiente donc. A six mois, rien. A trois mois, rien. Et puis, on comprend qu’on ne va pas en être. Dès la première annonce, on comprend. John Doe (encore un) est l’invité expert extérieur. Depuis des mois, il se présente aux journalistes comme le nouvel « expert des questions des transidentités » tandis que la Sofect, fort de son renforcement aussi général sur les mêmes questions en France, déclare qu’elle se renomme, fort du terme de transidentité dont elle en fait son nouveau label pour un accompagnement et un protocole « allégé ».

Améliorer la démocratisation par un transwashing ? Le Centre LGBTIQ d’Avignon s’est trouvé lui-même écarté. Fini les médiations, l’attente du téléphone, l’envie de bousculer des incompétences criantes. Même les deux cinémas d’Avignon ne veulent plus entendre parler des militant.es. Il leur faut des « experts extérieurs ». Des vrais. Il est vrai que dans un contexte de pinkwasking le transwashing est du petit bois. L’OPA est donc totale.

Pour qui voulait entendre un vrai débat sur les questions trans comme étant des questions de genre, en questionnant la hiérarchie binaire de la société occidentale et son système sexe-genre hétéronormé, là encore c’est loupé. Nous n’avions pas la moindre chance de proposer un changement de ton dans le choix des mots, la manière de les exposer, le choix politique des savoirs situés, la manière de les articuler à d’autres combats plus que jamais nécessaires dans cette ère anthropocène qui est également celle des retours des sécuritaires et identitaires à l’heure d’un Mondial de l’argent et du retour des fascismes. Une fois encore, on est dépossédé de nos vies et mots, luttes et colères, par ceux-là même qui parlent démocratie, sciences, liberté.

TRANS (MES ENLLA). Direction Didier Ruiz

 

Revue de presse

Avec le temps, la thématique Genre s’est muée en thématique Transgenre. Et inversement. Côté programmation, le sujet focalise sur des témoignages choisis avec le spectacle de Didier Ruiz[2]. Le déroulé suit les habituels progressions :

« Clara, Sandra, Leyre, Raúl, Ian, Dany et Neus arrivent au plateau et se présentent comme ils sont : des hommes et des femmes, longtemps assignés à un genre, dans un corps vécu comme une prison. Et quand ils s’en échappent enfin, le monde refuse de reconnaître leur véritable apparition. La violence, la rue, les institutions, le harcèlement au travail, la stupeur familiale, ils ont connu… De Barcelone, d’où ils viennent et où Didier Ruiz les a rencontrés, ils se mettent à témoigner. »

Il s’agit avant tout de témoigner, faire savoir, faire réfléchir exposer en s’exposant. Or, on ne connaît que ça, exposer en s’exposant. Mais ici, on est dans un cadre protégé qui peut permettre cela : la confiance quand on est sur une scène sécure lorsque l’on a connu que la peur, le risque, l’insulte, la honte, la rupture familiale violente, la déscolarisation, ça vous change un.e trans. Ruiz en nourrit son théâtre, la rue comme elle est, la démocratie est comme elle est.

« Ouvriers, adolescents, chercheurs, ex-détenus, transgenres : pour Didier Ruiz, rencontrer les acteurs de la société en les impliquant dans ses créations engagées et politiques selon le procédé de « la parole accompagnée » est une préoccupation permanente. Ainsi naissent ses spectacles, de la confiance acquise les uns envers les autres, de la parole libérée qui s’écoute et se propage. »

Confiance acquise, parole libérée. Ruiz sait où marquer les esprits. Sur scène. Une scène qui s’arrête à la scène. Il reconnaît lui-même que Barcelone n’est pas la France où la psychiatrie est encore toute puissante avec une Sofect omniprésente ayant fait main basse sur les vies trans. Elle aussi se réclame d’une parole accompagnée. Certes, il y a une différence. Mais demain, après la scène ? La confiance acquise va-t-elle permettre des transitions plus fluides, moins de psychiatrie et plus de justice ? La communication qui s’organise autour commet déjà ses impairs derrière des détours larmoyants qui veulent être rassurants :

« « Trans (més enllà) », proposé par Didier Ruiz au Festival d’Avignon, donne la parole à des personnes transgenres. Elles racontent leur long chemin pour réconcilier leur tête avec leur corps. Un moment de partage, de respect et de douceur. »[3]

Voilà pour le côté scène. Le côté jardin est plus enlevé :

« Ce sont ces oubliés que l’on marginalise, que « Trans (més enllà) » met en lumière. Sandra, Clara et Leyre étaient des hommes, Danny, Raul, Neus et Ian le sont devenus aujourd’hui. »

« Etaient des hommes »… L’incompétence au service du spectacle de la transition dans les bornes de la société binaire et du naturalisme occidental braquant son projecteur sur les sexes en parlant « genre » dans un monde où n’existent que des hommes et des femmes. Sophie Jouve reprend l’item discriminant, pathologisant et psychiatrisant des discours médicalistes, qu’elle nous narre ainsi :

« Raul entre en scène et, surprise, il nous raconte l’histoire du vilain petit canard qui a subi bien des vicissitudes avant de devenir un beau cygne. Ruiz évince d’emblée tout sensationnalisme, ancre son spectacle choral dans une culture commune. Comme le petit canard, les sept personnes qui vont témoigner tour à tour ont connu un long et douloureux chemin avant de se trouver. »

Surprise ? Vilain petit canard, beau cygne. On croit rêver dans cette narration à la mode Disney. L’auteure n’a pas la moindre idée de ce qu’est une transition et comme des milliers d’autres, nous assure de la bonne méthode. Ruiz sait de quoi il parle : il écarte « d’emblée tout sensationnalisme ». L’expression « Etaient des hommes « n’en est pas une. Voilà le genre de sensationnalisme sur quoi reposent les mots, thèmes, stigmatisations et discriminations de  transsexualité et transsexualisme que les militant.es trans du monde entier ne veulent plus entendre. Non seulement pour les mots et ce qu’ils portent -spectacularisation, marchandisation, focalisation et falsification psychiatrisante ou sociologisante- mais pour le contexte tout entier dans une démocratie indigne de son nom. Pire ou plus banal : les discriminations forment l’un des terrains de recherche les plus convoités du sociologisme postgoffmanien nourri aux stigmates. Un peu de pédagogie aurait balayé au moins sur le devant de scène. Mais voilà, le contexte de ces mots balayés, ne reste justement que la promesse d’éviter le sensationnalisme dans un sujet qui a toujours fait sensation. Et pour cause. Il est l’exception nécessaire et suffisante pour la société binaire cisgenre et son mode de compétition généralisé. Il est aujourd’hui l’incarnation de ce « vilain petit canard » sur lequel gloses, théories et pratiques se nourrissent, font carrière. Quand les gens luttent depuis leur enfance pour se voir connus et reconnus, on leur jette à la figure qu’elles « étaient des hommes », des hommes devenues femmes… Les hommes, justement, ont de quoi nourrir leur stupéfaction. Quoi, un homme qui veut devenir une femme ? Appelez le psy ! Ou le meurtre. La parole accompagnée de Ruiz les fait témoigner de leur douleur, du silence et c’est bien. Il connaît manifestement son sujet. Ou le contexte de ce sujet avec une citation choc de Jean Genet et un choix des mots précis :

« « Les transsexuels sont des révolutionnaires, des figures de la résistance. » Jean Genet.

« J’ai envie d’interroger l’enfermement, avec ceux qui ne se reconnaissent pas dans le corps avec lequel ils sont nés ou l’identité qui leur a été attribuée. La société, la culture, la famille, l’éducation nous oblige à être en accord avec notre corps, l’intérieur et l’extérieur doivent impérativement correspondre. Et celles et ceux pour qui il n’y a pas de correspondance, qui sont enfermés dans un corps étranger, qui rejettent l’identité de genre assignée ? Comment poussent-ils un cri pour se faire entendre ? Qui est là pour les entendre? Avec quelle réponse? Où est la normalité ? Dans la dignité ou dans la curiosité malsaine ? Où est la monstruosité ? Dans la différence ou dans l’intolérance ? »[4]

Mais cela ne se suffit pas. Sans compter que cela a déjà été dit, médiatisé et déformé des milliers de fois dans une télévision cannibale qui dévore tout et d’abord, ce type de témoignages renforçant la binarité sociétale et sa « normalité » à l’ombre de son naturalisme sexuel, où l’on accepte de se surexposer en se disant que peut-être ce sera la dernière génération à devoir le faire dans de telles conditions pour un tel contexte d’inégalités, de méconnaissances aggravées par un contexte d’egos faisant parler la « révolution transgenre ». L’article comme la scène n’évite pas ainsi l’ancien prénom et le nouveau, histoire de bien marquer la transition entre deux pôles fixes qu’est l’homme et la femme. Enfin, l’homme ou la femme. Bien séparés, bien opposés, bien reconnaissables par leur apparence de genre et tant pis pour les passings imparfaits, les moches et gro.sse.s, ce que l’on détecte d’un coup d’œil. Là où Ruiz explique le contexte à propos des changements de genre en Espagne impliquant que « c’est la révolution de demain », la journaliste en change les coordonnées et met dans la bouche de Ruiz cette phrase : « les « trans » sont la révolution de demain ». Or Ruiz parle de la facilitation du changement juridique, la différence de traitement en Espagne et en France[5], de l’empathie qu’il a vécu face à ces personnes et se sent presqu’obligé de pointer « leur singularité ». En un mot, Ruiz parle le langage des conditions de vie, cachées ou visibles, des « trans » pour dire sa propre place où quand dire, c’est faire :

« Ce n’est pas la communauté des « trans » qui m’intéresse, c’est leur singularité. Tout ce qui participe à la réduction de nous-mêmes dans des cases -homme, femme, homo, bi, trans – est redoutable pour moi. ».

Le Monde n’évite pas plus l’écueil :

« Dans « Trans (més enllà) », Didier Ruiz met en scène sans pathos des individus qui racontent comment ils ont changé d’identité sexuelle. »[6]

L’auteure méconnaît la différence entre identité de genre et identité sexuelle. Ainsi, des « individus » changeraient d’identité sexuelle pour changer de sexualité et (enfin) devenir soi. Curieux mais banal. Les Echos s’en donnent à cœur joie :

« Après avoir fait monter sur les planches des personnes âgées, des ouvriers, des ados, des ex-taulards, Didier Ruiz réunit un groupe de transsexuels barcelonais (…) Pas ou peu d’artifices : les entrées et sorties sont réglées simplement. Les transsexuels s’expriment le plus souvent immobiles, face au public. »[7]

Le clou est enfoncé lorsque l’auteur, très en veine, sort sa répartie : « Trans » n’est pas du happening militant, c’est un théâtre d’âme. ». On est ici dans la vraie vie, celle qui saigne, qui fait mal, des « paroles d’innocents », clame J. F. Cadet[8], là où l’âme palpite et fait réfléchir sur l’époque et les injustices. Les militants dehors.

Nous ne voulions justement plus que cela arrive comme ce type de déroulé. Nous avons milité puis nous nous sommes engagés dans une recherche dans le cadre des études de genre en socio et anthropologie et en études des médias pour y répondre sans jamais perdre de vue les terrains, leurs contextes locaux, nationaux et internationaux. Sentir quelques vents furieux venir, le Festival propose un glossaire afin de résoudre en amont quelques épineuses mésinterprétations. Les universitaires invités se proposent et s’y collent dans l’inimitable style académique assorti des autocitations datées avant de retirer in extremis leurs noms. Une histoire de vents furieux, sûrement. La psychiatre française la plus connue et ayant le plus milité et publié, Colette Chiland, vouait déjà aux gémonies ces « militants en colère », coupables à ses yeux de rire de sa discipline et de faire une « propagande nazie ». Même les fureurs de la théorie-du-genre n’y avaient pas pensé. C’est dire.

Même volonté de bien faire chez David Bobée et son titre prophétique : « Mesdames, messieurs et le reste du monde ». Aux unes et aux uns, une marque de civilité, aux autres, le reste ou les restes. Un titre qui n’est pas sans faire penser à l’ouvrage de Kate Bornstein, militante transféministe, Gender Outlaw: On Men, Women and the Rest of Us ? Pour Bornstein, « Nous » c’est ce peuple manquant, sans papiers, non nommés et confinés à incarner ces Gender Outlaw.

« Qu’est-ce que le féminin? le masculin? Le choix d’Avignon de se saisir de ce thème a déjà fait grincer les dents des autorités religieuses dans la Cité des papes, l’archevêque de la ville Mgr Jean-Pierre Cattenoz, ayant réclamé que le festival ne soit « plus centré sur l’homosexualité et le transgenre ». »

Une question utile mais à condition d’y répondre. Un rappel utile mais vain car on ne sait du rôle du religieux que la discrimination. On oppose donc à l’autre : parole accompagnée par les savoirs, discrimination accompagnée par les croyances. Sans compter que cette focale dissimule les véritables murs de la société inégalitaire occidentale et son régime ontologique déduisant des « identités » et « essences » d’hommes et de femmes… et nul.le autre, ce « reste du monde » ou ce qu’il reste du monde. Rien ici du rôle de la psychiatrie prétendant diagnostiquer des maladies, troubles et autres dysphories et incongruences « de genre ». Rien des réformes juridiques de l’état civil, ces identités de papiers plus décisifs que des vies, gens et genres réels. Montrer les misères du monde n’a jamais résolu les problèmes de fond.

Du « genre », thématique de l’année, a donc largement puisé dans les thématiques trans et ce n’est pas un hasard. Ce n’est plus cet épiphénomène marginal campé et objectivé par la psychanalyse lacanienne et cette forme politique de psychiatrie de ville, mais le prétexte d’une pointe avancée d’une révolution plus générale, plus « systémique » en écho à la question, qu’est-ce que le genre, le corps, l’identité, le féminin, le masculin, dont les « trans » en sont les hérauts désignés et appelés, heureux ou malheureux, brutalisés dans la rue et choyés sur scène, interrogés désormais par la sociologie et, de nouveau, l’anthropologie qui avait délaissé ce sujet :

« Et justement, de quoi parle-t-on, quand on parle de « genre » ? Le premier travail mené par David Bobée et son équipe est d’abord pédagogique, tant la notion est encore imprécise auprès d’une bonne ­partie du public. « Le genre, disait l’anthropologue Françoise Héritier, est un­ ­arsenal catégoriel qui classe (…) en ce que les valeurs portées par le pôle masculin sont considérées comme supérieures à ­celles portées par l’autre pôle. » »[9]

Le rappel des travaux d’Héritier est utile pour rappeler son ouvrage princeps, la valence différentielle des sexes[10], thème sous-jacent à la thématique Genr,e pour laquelle on fait appel à des expertises, moyeu de la gouvernance biopolitique. Mais, hors de la scène et cette manière de surfocaliser un thème, quelle recherche et réflexion véritables sur la société inégalitaire qui n’en finit pas de ne pas en finir avec l’inégalité homme/femmes et nous propose une thématique genre sans les « singularités de genre » et écartant ce qui constitue le lien social avec ces « vrais gens ». Py a une réponse tout trouvée : « la liberté fait peur »[11].

Ainsi, lorsque l’on examine les images d’événements relatifs au travail « sur le genre », on est frappé par la manière dont le travail sur le travestissement est différemment posé et interprété selon que les individus sont hétérosexuels ou homosexuels, binaire ou non, cisgenre ou non, trans ou non, intersexué.e ou dyadique. Le différentiel entre adultes hommes et femmes est particulièrement frappant : les hommes surinvestissent les marqueurs féminins, les femmes dégenrent leur apparence afin d’échapper à « la-femme », cet engeance masculine-patriarcale, aux harcèlements, à la culture du viol. Ce qui n’empêche pas Py d’affirmer que : la différenciation homme-femme est obsolète. […] C’est parce que [l’humanité] est Une qu’elle est multiple, c’est quand elle est double qu’elle ne l’est pas”. Les phrases-chocs n’ont jamais rien d’apporté de bon.

Saison sèche

Saison sèche, Phia Ménard

« Dans une scénographie visuellement renversante, Saison sèche orchestre un rituel pour détruire la maison patriarcale. Bien décidée à en finir avec l’oppression masculine, Phia Ménard fait montre d’une puissance vengeresse, qui n’échappe pas aux stéréotypes. »[12]

Sans détour, Phia Ménard situe l’assignation du côté du patriarcat. Un « patriarcat qui dure déjà 2000 ans », en ordre de marche, selon un pas cadencé « idiot », « répétitif », toujours le même, signant là l’obéissance à un ordre, une soumission disciplinaire totalement intériorisée et ignorée au point de déterminer un corps cadencé comme étant naturel. Phia Ménard dit là la société disciplinaire selon Foucault. Ce « geste masculin par excellence », titre France Culture[13]. Discipliner le corps, c’est le genrer de telle façon à ce qu’il soit univoque, sans aucune interrogation.

« La colère intime de Phia Ménard la pousse à singer des stéréotypes, à caricaturer des comportements primitifs qui prennent le masculin par le petit bout de la lorgnette et ne lui laissent aucune chance d’éclore dans toute sa diversité. Moins fin et mystérieux que ses précédentes productions, il n’en conserve pas moins une puissance ravageuse. La maison patriarcale à terre, reste désormais à reconstruire une société aux fondations plus égalitaires. »

Le journaliste tente bien d’en atténuer la puissance en pointant la « colère intime », cette vieille engeance psychologisante si présente dans les textes psy depuis plus de 50ans. Parce que Ménard dénonce des stéréotypes, des stéréotypes lui sont opposés. Le pas cadencé est relu comme un « comportement primitif » quand il est un ordonnancement et un ordre. Une société en marche, dit l’autre où la « maison patriarcale » n’est nullement à terre.

« Phia Ménard est porteuse d’une expérience singulière du patriarcat. N’étant pas née dans le corps de femme qui est aujourd’hui le sien, elle fait chaque jour l’expérience de renoncer au privilège d’un corps masculinisé, appartenant au camp des prédateurs, même inconscients de leur pouvoir. Elle apprend à vivre dans un corps féminisé, corps scruté, immédiatement sexualisé, auquel sont constamment indiquées les limites de sa liberté. »[14]

Cette brève resitue son parcours, tant professionnel que personnel, dit d’où exsude cette colère comme s’il fallait la traquer ou l’excuser. Elle n’est nullement « intime » mais politique, sociale, culturelle, et devrait concerner tout le monde. Devenir-femme devient ici synonyme de renonciation au privilège masculin en en faisant découler l’expérience trans MtF. C’est un ordre politique et théologique qui inscrit là dans la matière (des corps, des identités, des architectures) la différence, binaire, cisgenre et politique « des sexes ».

 

Quel bilan ?

Py philosophe après Py, metteur en scène. Voilà en résumé ce qui ne va pas. Outre que la distinction et différence homme/femme n’est nullement obsolète, elle reconduit la surfocalisation sur ces « trans » qui n’en peuvent plus d’être ainsi désignés pour être instrumentalisés et finalement plaqués comme cibles nullement collatérales des violences de la société patriarcale. On fait parler une agora où les concerné.e.s sont rarement ou jamais appelé.e.s comme experte.s de leurs questions, mais comme spectateurs.trices ou témoignant.e.s d’une histoire qui leur échappe mais dont on meurt toujours. Cela même que Ménard dénonce.

Le festival a reconduit la gouvernance patriarcale qui sait, fort de l’expert patenté, en reconduisant là la société de contrôle. Les bonnes intentions n’ont guère été plus loin que l’ignorance et la reproduction sociale sur lesquelles l’ordre binaire et cisgenre siège, persuadées de faire le bien ou d’apporter de la bienveillance ou des mots rassurants pour « changer les mentalités ». Hurler à la « révolution » attise les retours de haine et attire les prédateurs et profiteurs de toutes sortes. Le Centre LGBTIQ d’Avignon, finalement invité in extrémis à dire quelques mots et revendications, s’est perdu dans la foule, simples cris sans relief dans une massification bienheureuse invitée à « démocratiser le genre ».

Les dizaines d’articles depuis un an sur ce festival disent explicitement une suite ininterrompue de mésusages et mésinterprétations, cliquant sur les sentiments et émotions et non les faits et des véritables recherches de terrain qui ne peuvent en aucun cas reposer sur un seul chercheur, a fortiori non concerné par la problématique. Mais, c’est justement cela qui a constitué la projection valant pour fond en prétendant organiser un débat de société.  Ce n’est pas ainsi que les choses se font. On n’applique pas à un sujet dont on ignore jusqu’aux usages de son vocabulaire et son pendant, le sillage classant et stigmatisant, cœur des reproductions sociales. Py a-t-il fait le pari d’une gagne sans le respect des terrains qui peinent à exister face à une Sofect hégémonique et un pays qui refuse de rendre à ses citoyens leur état civil ? Ce pari narcissique est indigne et ce n’est pas quelques beaux textes et sorties qui font la différence. Demain, la transphobie continue son travail de stigmatisation, de pauvreté et d’isolement. Et cela, au moment où l’OMS pense tenir une nouvelle réforme de la CIM en parlant d’« incongruence de genre », ce « reste » à côtés de normes binaires de genre et de sexe entre adhésion et contraintes, et que la France des « droits des hommes » clame partout et pour la seconde fois qu’elle est le « premier pays à dépathologiser le « transsexualisme ».

Le « texte coup de poing » de Carole Thibaut[15] n’aura servi à rien.  Un coup dans l’eau qu’on applaudit et oublie. Il suffit pour s’en convaincre d’examiner la manière dont Py a organisé ce fantasme de la « révolution transgenre » pour s’apercevoir à quoi sert cette mascarade : ne pas tenir compte de l’équilibre difficile entre hommes et femmes, entre majorité et minorités LGBTIQ, et faire de la thématique « genre » une remise en cause du patriarcat que des hommes mettent en scène, seuls aptes à comprendre ce qui se trame et surtout seuls aptes à en « défaire le genre ». Entretemps, trois événements se sont succédé. La Sofect s’affiche au grand jour pour son congrès annuel qu’il titre « Evolutions sociétales », parrainée par la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn. Partie prenante de la conférence aux Gay Games l’association Acceptess-T. n’a pas pour autant été invitée à la conférence[16]. Une semaine seulement après la fermeture du festival, le Centre de la Langouste à bretelles à Avignon, qui avait été éconduit dans son rôle de lien social, se faisait vandaliser, signe que les violences font et sont la loi du plus grand nombre.

 

[1] 25 juillet 2017, http://www.europe1.fr/culture/le-prochain-festival-davignon-sera-transgenre-3397478
[2] http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2018/trans-mes-enlla.
[3][3] Sophie Jouve, « Avignon : le chemin intime des transgenres recueilli par Didier Ruiz », 12.07.2018, en ligne : https://culturebox.francetvinfo.fr/theatre/theatre-contemporain/avignon/le-festival-d-avignon/avignon-le-chemin-intime-des-transgenres-recueilli-par-didier-ruiz-276363.
[4] Stéphane Capron, « Didier Ruiz au Festival d’Avignon 2018 avec son spectacle TRANS (més enllà) », 28.02.2018 ; en ligne : https://sceneweb.fr/didier-ruiz-au-festival-davignon-2018-avec-son-spectacle-sur-la-transsexualite.
[5] « Très clairement. Ici on est au Moyen-Age. Voyez-vous des « trans » dans la rue, au bureau ? A Barcelone, c’est très courant. La personne qui travaille à la réception du Théâtre du Lliure est un « trans ». C’est très facile de changer de genre, d’un point de vue administratif. En France, il vous faut passer devant un psychiatre, avoir un rendez-vous à l’hôpital pour suivre un traitement hormonal, cela prend des années et c’est très compliqué ! C’est la révolution de demain. ».
[6] Brigtite Salino, « Avignon : femme ou homme, juste être soi », 12.07.2018, en ligne : https://www.lemonde.fr/festival-d-avignon/article/2018/07/12/femme-ou-homme-juste-etre-soi_5330176_4406278.html.
[7] Philippe Chevilley, « Avignon 2018 : « Trans », le libre choix des genres », 12.07.2018, https://www.lesechos.fr/week-end/culture/spectacles/0301968381401-avignon-2018-trans-le-libre-choix-des-genres-2191813.php.
[8] Jean-François Cadet, « Didier Ruiz, paroles d’innocents », 09.07.2018 ; en ligne : http://www.rfi.fr/emission/20180709-didier-ruiz-trans-avignon.
[9] Fabienne Darge, « Avignon : les questions de genre déclinées en treize épisodes », 13.07.2018, Le Monde ; en ligne : https://www.lemonde.fr/festival-d-avignon/article/2018/07/13/avignon-les-questions-de-genre-declinees-en-treize-episodes_5330792_4406278.html.
[10] Françoise Héritier, Masculin, Féminin. La pensée de la différence. Paris, O. Jacob, 1996.
[11] Violeta ASSIER-LUKIC, 29.01.2018, « « Transgenre » : Olivier Py, explique le choix de sa thématique », https://www.ledauphine.com/vaucluse/2018/01/29/transgenre-olivier-py-explique-le-choix-de-sa-thematique.
[12] Vincent Bouquet, « Phia Ménard éparpille le patriarcat façon puzzle », 22.09.2018 ; en ligne :  https://sceneweb.fr/saison-seche-de-phia-menard.
[13] Camille Renard, « Le geste masculin par excellence, par Phia Ménard », 20.07.2018 ; en ligne : https://www.franceculture.fr/danse/le-geste-masculin-par-excellence-par-phia-menard.
[14] « Saison sèche », en ligne :  http://www.lafilature.org/spectacle/phia-menard-saison-seche.
[15] « “Les femmes se font baiser” : le texte coup de poing de Carole Thibaut au Festival d’Avignon », 22.07.2018 ; en ligne : https://sceneweb.fr/les-femmes-se-font-baiser-le-texte-coup-de-poing-de-carole-thibaut-au-festival-davignon/
[16] Acceptess-T participe aux Gay Games Paris 2018, en étant privée de parole 03.08.2018 ; en ligne : https://www.facebook.com/notes/acceptess-transgenres/acceptess-t-participe-aux-gay-games-paris-2018-en-etant-priv%C3%A9e-de-parole/1974710756152654/

 

Mise en ligne : 13.08.2018

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Sofect, du protectionnisme à l’offensive institutionnelle

K. Espineira, M-Y. Thomas,  A. Alessandrin

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Sofect, du protectionnisme à l’offensive institutionnelle

Rappel des faits

Fin juin 2013, l’université Paris 7 annonce la création d’un DIU (Diplôme Inter-Universitaire) de prise en charge du « transsexualisme ». Ce diplôme, en lien avec les universités de Lyon, Marseille de Bordeaux, c’est-à-dire en lien avec les principaux protocoles hospitaliers, est labélisé par la SOFECT (SOciété Française d’Étude et de prise en Charge du Transsexualisme), instance elle-même largement discutée. On y retrouve tous les praticiens français -ou presque- dont des noms connus et controversés comme Mireille Bonierbale, Colette Chiland, Marc-Louis Bourgeois et d’autres en provenance des sciences humaines. Enfin, quelques associations sont aussi citées comme intervenantes (on reviendra sur leurs caractéristiques).

Par ce papier, nous entendons porter un regard critique, et quelque peu désabusé, sur la manière dont le « transsexualisme » tel que défini par la SOFECT s’institutionnalise en France, à l’opposé de ce que souhaitent, de ce que font, les personnes et les associations trans. De ce point de vue, les dernières revendications de l’Existrans ou de STP semblent bien éloignées du programme de ce DIU. De même, les espoirs ouverts par les récentes conclusions de la CNCDH (Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme) apparaissent en contradiction avec les positions défendues par les intervenant.e.s et organisateurs/trices de ce diplôme.

Le contexte est générateur par défaut de cette nouvelle annonce : promesses électorales non tenues, recul de la gauche présidentielle au moment du mariage pour tous, affairisme de HES[1], division des associations, violences de minorités réactionnaires contre les minorités sexuelles. Dans le déclin de la puissance étatique par émiettement, les places sont vacantes pour remplir ce rôle. La présidente d’honneur, C. Chiland,  déjà auteure très prolifique, transformait des luttes civiques en « propagande nazie » dans la plus parfaite indifférence. Or cette stratégie rappelle celle d’une Mercader agitant des « hérésies » et en appelait au suicide « que les trans devraient s’accorder »[2]. La même propose aujourd’hui des colloques sur les « violences à l’école » mais nul enfant trans à l’horizon des « pratiques genrées » et « violences entre pairs »[3]. Le « devenir homme ou femme » s’exemple de l’exception trans, nourrissant une vision sexologique du monde. L’analyse réellement universaliste de Françoise Sironi[4] nous met en face : utopie ou dystopie.

Une institutionnalisation sujette à controverse

La constitution de ce DIU sonne comme l’institutionnalisation d’une clinique du « transsexualisme » pourtant critiquée par de nombreuses recherches récentes (Sironi 2011, Alessandrin 2012, Espineira, 2012, Segev 2012) qui mettent en cause la maltraitance et l’obsolescence des protocoles français. Aux côtés des chercheurs, de nombreuses associations mettent elles-aussi en avant la nécessité de porter un regard critique sur la SOFECT et sur les protocoles, non seulement sur les relations patients-praticiens qui s’y déroulent mais, plus généralement, sur le monopole qu’exercent ces protocoles aux niveaux du droit, de la sécurité sociale et des représentations sociales pathologisantes qu’ils véhiculent. Plus problématiques sont les différents noms qui apparaissent dans la liste des formateurs. Colette Chiland, présidente d’honneur de la SOFECT, à qui le diplôme laisse 2h30 d’interventions sur l’histoire du transsexualisme en France, 2h30 sur « les troubles de l’identité sexuée chez l’adolescence » et 2h30 sur « les troubles de l’identité sexuée chez l’enfant ». La même Chiland écrivait en 2005 qu’il était « déconcertant, effrayant, non pas qu’il aurait été une caricature de femme, un travelo sans talent, il n’était rien, ni homme ni femme, il attirait l’attention en se présentant comme un repoussoir à la relation » ? Ou en 2003 que « tous souffrent. Ils en sont même si pathétiques qu’ils finissent par entrainer avec eux les médecins dans un affolement de la boussole du sexe »… Autre intervenante de ce DIU, Mireille Bonierbale, présidente de la SOFECT, à qui le DIU propose, 1h de présentation, et 5h sur les organismes (WPATH, CNAM, HAS … et SOFECT). Cette dernière ne s’était-elle pas interrogée en 2005, avec N. Morel Journel et B. Mazenod, tous deux présents dans ce DIU, sur les « épidémies de transsexualisme » qui suivaient les émissions télévisées à ce sujet ? De même n’avait-elle invoquée à ses côtés le prêtre et psychologue Tony Anatrella pour rappeler que « il n’est pas possible d’être humain sans être homme ou femme et que ne sachant plus quoi privilégier, la société peut aller vers une régression. Ainsi l’éducation androgyne fabrique des asexués qui se rabattent sur des pulsions partielles, la violence étant souvent au-devant de la scène » …

Le soubassement d’une vision sexologique de la société et des devenirs n’est autre que le socle théologique. L’enjeu vise à démontrer que l’enseignement au sein ce DIU pluridisciplinaire et multi-site, ne restitue en rien les controverses qui animent les communautés scientifiques et militantes, nationales et internationales, à ce sujet. Mais, au contraire, qu’il restreint son point de vue aux seules équipes existantes en France.

Quelques aperçus sur la formation

Fort de cette « pensée sexologique » (Bonierbale) du monde, on renoue avec la sexologie début XXe siècle proposant des « pré-requis en sexologie » et ses « aspects psychologiques et psychopathologiques » (Bonierbale -Session 1). D’emblée, la formation y inscrit une « neurobiologie des comportements sexuels » (C. Boulanger) et une « éthique en sexologie » et propose des lectures sur le « comportement sexuel et ses bases étiologiques » (M. Aubry) pour se prolonger avec des « types d’attachements et construction de l’affectivité et de la sexualité (M. Chollier). En un mot, réaffirmation d’une pensée où sont proposés une formation sur le « développement psychosexuel de l’enfant » et une « construction de la personnalité, crises et cycle de vie » (C. Pénochet – Session 2). Mieux : sur « Les différents concepts de désir, de l’imaginaire, de la séduction et l’érotisme et du sentiment amoureux (C. Pénochet). Enfin, le programme (Session 2) s’élargit : « Culture, religion et sexualité » (G. Durand).

Ces diverses préludes sont complétées en Session 3 et 4 par un programme sur les sciences sociales : « Le féminisme et l’évolution des représentations de la sexualité » (Bonierbale) et « Le genre ; concepts actuels de Genre, identité de Genre, identité sexuelle, identité sociale, rôles sexuels, homosexualité » (Bonierbale, A. Gorin). Comment ces deux champs interviennent-ils pour proposer une réponse sociologique et politique distincte, voire concurrente, d’une « pensée sexologique » ? L’analyse de l’inégalité structurelle de société permettant la psychiatrisation des exceptions culturelles s’oppose ici frontalement à une pensée théologique en la dépolitisant.

La session 5, fort de tous ces « pré-requis » généraux, peut débuter  sur « La plainte sexologique, le symptôme sexuel et la demande du patient, l’anamnèse » (M.H. Colson). Il s’agit de réaffirmer le trouble dans un champ précis et lui seul afin de pourvoir à la disparition programmée d’une psychiatrie sans psychiatres, et d’un trouble sans malades. Comment faire revenir ce public insaisissable sous la houlette institutionnelle ? Sous cette question, l’aspect juridique : comment maintenir une indisponibilité de l’état de la personne (et de son corps) permettant l’indisponibilité des caractéristique de l’état civil ? En un mot, comme restaurer une invariabilité totale ?

Sarkozy aussi avait fait de « l’ouverture »

Il reste cependant quelques points « d’ouverture » dans ce DIU. Le mot « ouverture » n’est pas anodin. Il rappelle la politique du début de mandat de Nicolas Sarkozy, lorsque ce dernier avait fait entrer au gouvernement des élus non UMP. Il en va de même pour ce DIU. L’une des premières ouvertures est associée aux « aspect paramédicaux et infirmiers ». A cet endroit précis, aucun nom de praticien hospitalier n’est visible. Nous ne sommes pas certains que cet enseignement sera bel et bien ouvert à des professionnels externes à la SOFECT ou aux protocoles Français (sur ce sujet, comme sur l’ensemble de la formation, la dimension internationale, c’est-à-dire la dimension comparative, est absente).

Autre élément « d’ouverture », la présence d’association. 4 associations, qui doivent confirmer leur présence, semble participer à ce DIU : Le PASTT (Groupe de prévention et d’action pour la santé et le travail des transgenres, Mutatis Mutandis, Collectif Trans Europe et l’ORTrans. Nous aimerions revenir sur au moins deux des associations pressenties (Mutatis Mutandis et le Collectif Trans Europe) et rappeler qu’aucune des associations de ce DIU ne participe à l’Existrans (dont la liste des signataires est disponible sur le lien en première page). C’est dire que ce DIU s’entoure d’’association ami.e.s ou tout du moins d’associations moins critiques. Ceci n’est pas sans rappeler ce qu’écrivait Colette Chiland : « Depuis quelques années s’est développé un mouvement transgenre ou trans qui se définit comme n’ayant plus rien à voir avec le transsexualisme calme, bien élevé et caché, attendant poliment que les juges et les professionnels médicaux leur donnent le traitement bienfaisant dont ils avaient besoin pour poursuivre leur vie dans l’ombre de la société normale » (2006). Mépris et populiste viennent remplir cet échec de la psychiatrie à juguler et faire disparaître le fait trans que commentait P-H. Castel dans La métamorphose impensable. Sur les associations Trans-Europe et Mutatis Mutandis, on serait en mesure de se poser la question de l’existence propre de ces associations qui, pour l’une, repose uniquement sur une présidente active (notamment sur les réseaux sociaux), et pour l’autre vient de connaître une schisme interne avec la création de l’association trans 3.0.

Enfin, peut-être pourrait-on entrevoir une réelle ouverture du côté des humanistes (au sens de « sciences humaines ») présents dans ce DIU tels le sociologue Éric Macé (à qui l’on doit des textes critiques vis-à-vis du concept de transsexualisme ou de la SOFECT). Si l’on pourrait croire qu’une critique « du dedans est aussi forte qu’une critique « du dehors », le nombre d’heures laissées aux sciences humaines sur l’ensemble de la formation n’inaugure rien en termes d’une réelle « ouverture »

Du bouclier thérapeutique au principe de précaution : qu’en disent les « usagers »[5]

Because difference is not disease.
Because nonconformity is not pathology
Because uniqueness is not illness[6] 

Quelques mois avant l’annonce du DUI, des acteurs de terrain ont appris que le Conseil National Professionnel de Psychiatrie (FFP : Fédération Française de Psychiatrie) s’alignait sur les positions de la Sofect pour contester la classification soumise à consultation. Nous parlons du processus de révision de la Classification Internationale des Maladies, de l’Organisation Mondiale de la Santé. Autre champ institutionnel, autre champ de bataille dans lequel la SOFECT semble influente et où la parole des usagers à peine à porter.

La FFP comme la Sofect estiment que la contestation des usagers s’inscrit dans une « confusion des registres sociologiques et culturels et des registres médicaux ». La création du DIU tient-elle de la contradiction, du paradoxe ou de la stratégie ? Associations et collectifs trans comme associations et conseils de psychiatrie n’ignorent plus les positions des uns et des autres prenant le plus souvent la forme d’un débat terminologique : gender identity et identité sexuelle, transsexualism et transsexualité, apport des Gender studies et des épistémologies féministes, etc. D’un côté le « Bouclier thérapeutique[7] » (un appareil de légitimation) est déployé dans le déni, tandis que de l’autre est avancée l’idée d’un parcours de vie spécifique plus ou moins politisé et théorisé.

En 2004, année de la classification ALD 23 (Affection Longue Durée, dans la nomenclature de la Sécurité Sociale en France), à l’initiative du Groupe Activiste Trans (GAT) est convoquée une Assemblée Générale des associations et collectifs trans qui votent la « dépsychiatrisation ». Nul n’ignore que les trans demande une déclassification sans démédicalisation et par conséquent sans « déremboursement ». Nous parlons donc plus largement d’une dépathologisation, terme qui va suivre des routes inattendues.

Les acteurs de la psychiatrie en responsabilité de la prise en charge des personnes trans y voient une problématique exclusive à leur travail clinique comme suit : « une erreur de la nature » avancée par le ou la patiente, « trouble » ou « incongruence » qui exige un traitement palliatif impliquant un « principe de précaution ».  Cette dernière notion est questionnante. Le principe de précaution a été avancé lors du Sommet de la Terre (« Sommet de Rio » : Conférence des nations Unies sur l’environnement et le développement, du 3 au 14 juin 1992) et il n’est pas formulé, dans un sens scientifique : « En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement ». Ce qui pourrait passer pour une nouvelle inscription dans le bouclier thérapeutique peut cependant être repris par les « usagers » à leur compte.

Détaillons en premier lieu les problèmes avancés par les médecins pour qui il s’agirait de dépister : une maladie mentale (du domaine des psychoses) ; des vulnérabilités (psychologiques, environnementales, médicales) ; des risques de santé (opérations, prises d’hormones) ; des attentes irréalistes et « regrets post-traitement » ; des fragilités sociales (« banalisation du genre » comme un « choisi »).

Le même principe de précaution envisagé cette fois depuis les « associations d’usagers » impliquerait un autre processus de « dépistages » : les effets symboliques, psychologiques et sociaux des définitions médicales (stigmate, opprobre, pathologisation) ; la « standardisation » de la prise en charge (un diagnostic unique) ; la « transsexualisation globale » des personnes trans d’autres cultures et de tous âges[8].

D’un côté on craint que le « transsexualisme » – non plus considéré comme « trouble mental » – vienne rejoindre l’homosexualité qui, elle, n’a pas de liens avec les soins médicaux. Les « usagers » (dans le cas français comme avec les associations et collectifs[9] : OUTrans[10] – Paris, Chrysalide[11] – Lyon, STS[12] – Strasbourg, l’ANT[13] – Nancy, SC et l’Observatoire Des Transidentités[14] – Marseille, ou encore Trans 3.0[15] – Bordeaux, ou comme GATE[16], STP[17] et TGEU[18] entre autres structures internationales) disent pourtant sans ambiguïtés la diversité des parcours de vie trans et des « demandes » qui ne correspondent pas à « l’offre » des tenants de la prise en charge. La revendication contre la « stérilisation forcée »[19] devrait être considérée avec sérieux et non disqualifiée sous le prétexte d’une « banalisation du genre ». L’argument selon lequel que seule une psychiatrie expérimentée serait apte au diagnostic différentiel est largement remit en cause par les travaux du psychologue clinicien Tom Reucher on l’a vu, mais aussi par la pratique du terrain comme avec le groupe santé trans de Lille qui a valeur d’exemple quand le parcours de vie passe par l’intervention d’une bienveillance médicale. Depuis trois ans des médecins de toutes spécialités, en collectif, sans l’aide de la psychiatrie, travaillant de concert avec des associations locales, le centre LGBTIQF « J’en suis, j’y reste », la Caisse Primaire d’Assurance Maladie, ont accompagné près de 45 personnes dans leurs parcours médicaux et sociaux. Cette expérience de terrain ne doit pas être minimisée. Un autre point qui plaide en faveur du « principe de précaution » depuis une posture trans : le « protocole » à  sens unique isole peut être aussi les personnes du social. Une écologie des milieux responsable ne l’ignore pas.

Bien que la Sofect et ses alliés s’en défendent, l’analyse des discours démontrent que des professionnels de la santé, tout scientifiques qu’ils soient dans leur champ de compétence ou se prétendant comme tels, ne sont pas non plus isolés de « leur monde » et à l’abri des imprégnations symboliques de leur éducation, de leur vécu, de leur culture et des structures socio-sémio-historiques.

L’épisode récent d’un rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (décembre 2011,  communiqué le 7 mai 2012), est à cet égard significatif[20].

Le rapport lui-même a suscité approbations et désapprobations sur le terrain, mais reprend de très précieux éléments comme les recommandations Hammarberg (2009) qui se réfèrent aux principes de Yogyakarta (ou Jogjakarta, 2007). L’introduction en particulier nous rappelle le « bouclier thérapeutique ». C’est en effet, dit ce rapport, après les propositions du 27 avril par le ministère devant les seules associations présentes, qu’un comité de consultation (représentants médicaux, associatifs et administratifs) s’est réuni à deux reprises (28 septembre et 10 novembre 2010), tandis que se crée la Sofect « fédérant les équipes hospitalières publiques et quelques psychiatres libéraux ». Le rapport ajoute : « Les travaux ont été interrompus sur le constat d’un dialogue impossible entre représentants désignés par les associations et par les médecins, dialogue à peine initié au travers de ces deux seules réunions (…) Face à l’impossibilité de poursuivre la discussion et au blocage de la situation, le Ministre de  la Santé a saisi l’Inspection Générale des Affaires Sociales (…) » [21]. Sous le terme « blocage », il faut lire lobbying ou lutte d’influence de la part d’une des parties. On apprend en effet que des représentants de la Direction Générale d’Offre de Soins étaient devenus membres de la Sofect durant les rencontres. Et le rapport de poursuivre : « La création de la Sofect est alors apparue pour les associations comme pour les représentants de l’État, comme une tentative de préempter le débat, de s’octroyer le monopole de la prise en charge des trans en définitive, de tuer dans l’œuf l’ouverture recherchée au départ »[22].  Sans l’étude attentive de la parole des experts de la question trans dans les médias comme dans la littérature scientifique, serions-nous capables  de saisir de tels enjeux idéologiques, au-delà ou en deçà des descriptions techniques ?

Nous incluons bien entendu les questions de Genre dans ces enjeux idéologiques, et faisons nôtres ces propos du sociologue Jean-Claude Kaufmann quand il écrit : « Le débat démocratique est très souvent beaucoup moins une recherche sans a priori de nouvelles connaissances qu’un affrontement aveugle entre groupes d’opinions fermés »[23]. Tentative, parmi d’autres, d’arraisonnement de la question trans ?

« Défaire le genre », c’est aussi défaire les modélisations. “Changer son image d’abord”, dit-on en marketing. Les colloques de ces dernières années en France, centrés sur l’identité de genre (examen compris de la transidentité) ont à peu près tous ignoré l’expertise transidentitaire, hormis quelques témoignages en tables rondes. La journée d’études organisée par l’OMS le 17 décembre 2010 fait exception sinon tournant : le poing sur la table  de Tom Reucher, Maud-Yeuse Thomas ou Vincent Guillot face aux représentants de la Sofect. Un amphithéâtre de La Sorbonne était ce jour-là le théâtre – le vase clos – d’enjeux de savoirs et de pouvoirs : experts trans de la question trans contre experts de la prise en charge[24].

La Sofect telle une machine électoraliste sait s’adapter, rapidement et sans bruit. Quand on pointe ses résistances aux sciences sociales, elle recrute des acteurs en sciences sociales. Quand on lui reproche de ne pas tenir compte des associations et collectifs, elle s’allie des associations dont nous avons dits que leur représentativité est plus que discutable. Mutatis a connu un schisme et ses positions homophobes, entre autres positions condamnables, l’ont isolé. Trans Europe repose sur une page Facebook avec des milliers d’ « amis » faisant office de « membres » et de caution, avec une personnalité aux commandes, au fort relationnel, qui l’impose partout. Enfin Ortrans est connue pour avoir été formée par la frange la plus conservatrice de feu l’ASB. Les choix de la Sofect interrogent beaucoup. Ces associations de « gentils usagers » qui représente-elle ? Des « transsexuel-l-e-s utiles et dociles » ? De même, quand les associations demandent une formation du corps médical, la Sofect ne dit rien mais agit. Coupant l’herbe sous le pied de l’associatif elle propose sa version de la formation et là où elle se révèle fine stratège c’est que la moindre de ses initiatives porte toujours la marque institutionnelle.

Nous disons bien que la Sofect est une machine de guerre, telle une entreprise forte de ses actionnaires qui attendent d’elle soit efficace. Et elle l’est. Peu importe les moyens, seul le résultat compte. Elle sait encaisser, faire le dos rond et repartir mieux armée. Les associations et les « usagers en colère » se retrouveront toujours en porte à faux, toujours en déficit de crédibilité face aux pouvoirs publics, face à l’institutionnel, « la marque d’une grande marque » dirait-on dans un cadre ultralibéral. L’ouverture aurait été d’oser approcher et associer les associations et les collectifs les plus actifs. Les outils d’auto-support sont aujourd’hui et portés un peu partout en France (SAS et Arc-en-Ciel à Toulouse, OUTrans à Paris, Chrysalide à Lyon, Trans 3.0 à Bordeaux, STS à Strasbourg, l’ANT à Nancy, le GEST à Montpellier, sachant que plusieurs des associations de cette liste non exhaustive ont des actions qui couvrent plusieurs régions). Comment ne pas penser au collectif de médecins et d’associations de Lille ? La Sofect répliquera qu’elle ne trouve pas l’occasion d’un dialogue. Non, ce n’est pas le dialogue le problème, c’est l’incapacité de la Sofect à accepter et à composer avec d’autres discours que le sien. Le désaccord a été, est et sera toujours disqualifiant tant que qu’elle ne se départira pas de l’idée de « fabriquer des transsexuels » trouvant grâce aux yeux des médecins.

L’état des lieux de l’associatif français, pour se cantonner à lui seul, montre que sur le terrain, on trouve des courants hétérogènes, parfois contradictoires, des réseaux pluriels, mobilisés au nom d’idéologies et de constructions identitaires souvent adverses. Cette plasticité correspond donc bien plutôt, quant aux transsexuels et transgenres, au mode herméneutique de l’invention de soi. On prend ainsi peu à peu la mesure d’une transidentité co-construite, institutionnalisée par exemple entre journalistes et trans, chacun « donnant des gages » à l’autre pour s’entendre, à défaut de se comprendre et respecter. Le sociologue Miquel Missé estime que le modèle médical de la transsexualité (ce que nous appelons l’ « institué transsexe », Espineira, 2012) est normatif et « qu’il conditionne les personnes trans dans leur façon d’être dans leur vie et dans leur corps. Le fait de penser la transsexualité comme un trouble mental oriente les personnes trans vers la condition de malades, de patients. Cela les condamne à se lire depuis cette position [note de traduction : « position » au sens de condition] »[25]. Missé souligne encore à travers une référence à l’un de nos écrits ce que les personnes trans attendent de leur médecin : « Nous demandons aux médecins de redevenir des médecins. S’ils se préoccupent de nous, que ce soit pour nos taux d’hormones ou l’évolution de nos cicatrices, mais non pas pour mesurer si nous sommes suffisamment hommes ou femmes, ou pour ce qui pourrait se passer si nous décidions de n’être aucun des deux »[26].  

Parler de la Sofect est toujours un exercice périlleux sauf à la considérer comme une formation militante qui étudie aussi les personnes trans sous cet angle. Elle le prouve à chacune de ses initiatives qui sont toujours une réponse graduée aux mouvements associatifs. Il est bien question de savoir et de pouvoir.

Conclusion : ceci n’est pas la formation demandée par les associations !

On aura souvent entendu les associations trans demander une formation aux praticiens en charge des opérations et des transitions. Mais ce diplôme « d’expert en transsexualisme » est loin des attentes associatives qui se voient une fois de plus mises à l’écart de ces formations, lesquelles excluent d’emblée les controverses, pourtant violentes, qui animent l’espace des transidentités. En ce sens, nous exprimons une crainte ainsi qu’une déception. Une crainte d’abord : celle de voir des futurs acteurs professionnels formés par une SOFECT très largement critiquée. Une déception enfin : que la force de frappe institutionnelle de la SOFECT n’aie pour contradicteurs qu’un archipel d’associations trans non-unifiées.

Reste le fond : quelle vision de société quand celle-ci accepte les violences inhérentes à la fabrique d’exceptions quasi ethniques dont on sait aujourd’hui, avec les faits entourant le mariage universel, ce qu’il en coûte socialement ? Comment parler encore d’éthique dans le déni du pluralisme ? Non seulement, la « métamorphose » est devenue pensable mais encore, elle s’enseigne. L’on nous rapporte qu’in vivo, l’on rit et se gausse de ces « castrés, mutilés et châtrés » volontaires que l’on fait mine d’accompagner (« Choisir son sexe au XXIe siècle », Colloque Bordeaux, septembre 2013). Derrière le savoir, le mépris. L’éthique médicale a fondu sous l’impact de l’épreuve au réel et se fait pouvoir. Le métasavoir qui visait à rendre impossible de telles transformations s’est avéré un piège mortel pour des milliers de transidentités, et s’est retourné sur son inertie : il s’agit désormais de les rendre possible au risque de produire plus de « transsexes » qu’il y en a. Mais nous savions déjà tout cela. 

Programme : URL : http://www.fmc-marseille.com/upload/du-med/etude-sexualite-diu-prog.pdf

Site ressources : http://www.fmc-marseille.com


ERRATUM (décembre 2013)

Suite à la publication de notre article sur le DIU de « transsexualisme », nous apprenons que l’association ORTrans, contrairement à ce que le site internet du DIU annonçait ne participait pas à cette formation. L’association ORTrans rappelle ainsi que :

– nous n’avons aucun lien avec l’association Sofect.

– nous condamnons les équipes hospitalières qui verrouillent le système de santé et de prise en charge des personnes trans.

– à l’inverse nous travaillons pour le libre choix du médecin (pour que, par exemple, un chirurgien hospitalier soit accessible à toute personne, quelque soit la forme de son parcours).

– ainsi que pour qu’une formation sur le sujet trans soit enseignée par/accessible à tout médecin sensible à ce thème (libéral ou hospitalier dès l’instant que sa pratique est respectueuse de la diversité des profils trans et que sa compétence est reconnue).


[1] À qui nous donnons par cet écrit de nouvelles raisons de figurer sur leur liste-noire.

[2] Patricia Mercader, L’illusion transsexuelle, Ed. L’Harmattan, 1994.

[3] Patricia Mercader, Genre et violence dans les institutions scolaires et éducatives, URL : http://www.univ-lyon2.fr/actualite/actualites-scientifiques/genre-et-violence-dans-les-institutions-scolaires-et-educatives-496703.kjsp.

[4] Françoise Sironi, Psychologies des transsexuels et des transgenres, Ed. Odile Jacob, 2011.

[5] La base de ce chapitre provient d’un article adressé à l’Organisation Mondiale de la Santé : « Une brève histoire d’une révision (ce qui se fait et se défait) ? », Karine Espineira, avril 2013.

[6] Kelley Winters, GID Reform Advocates, http://gidreform.org/

[7] Karine Espineira, « Le bouclier thérapeutique, discours et limites d’un appareil de légitimation », Le sujet dans la Cité, « Habiter en étranger : lieux mouvements frontières », Delory-Momberger C., Schaller J.-J. (dir.), Revue internationale de recherche biographique, n° 2, Téraèdre, Paris, 2011, p. 189-201.

[8] Lire  « Minding the body: situating gender identity diagnoses in the ICD-11 », de Jack Drescher, Peggy Cohen-Kettenis Peggy et Sam Winter  (2012) et « Controversies in Gender Diagnoses », de Jack Drescher, LGBT Health, vol. 1, n° 1, 2013.

 International Review of Psychiatry; Early Online, 1-10

[9] Liste non-exhaustive, il existe d’autres groupes et associations. On voit à travers les villes citées que l’ensemble du territoire est couvert.

[10] En ligne, URL : http://outrans.org

[11] En ligne, URL : http://chrysalidelyon.free.fr

[12] En ligne, URL : http://www.sts67.org

[13] En ligne, URL : http://www.ant-france.eu/ta2-accueil.htm

[14] En ligne, URL : http://www.observatoire-des-transidentites.com

[15] En ligne, URL : http://trans3.fr

[16] Global Action for Trans* Equality. Ici aussi je dois me situer en précisant que j’ai participé aux derniers travaux du Gate Expert Group. En ligne : http://transactivists.org

[17] Stop Trans Pathologization, campagne internationale pour la dépathologisation. Je dois de préciser que je fais partie de l’équipe de coordination depuis 2010. En ligne : http://www.stp2012.info/old/

[18] Transgender Europe. En ligne : http://tgeu.org

[19] Depuis 2010, L’Existrans, l’ANT et la plupart des associations françaises considèrent cette question, tout comme STP-2012 à l’international entre autres.

[20] Précisons que je n’ai pas été entendue quoique recommandée comme personne ressource par plusieurs acteurs du terrain (au moment du contact établi avec l’IGAS, fin octobre 2011, la consultation était close.

[21] IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales), Évaluation des conditions de prise en charge médicale et sociale des personnes trans et du transsexualisme, rapport établit par Hayet Zeggar et Muriel Dahan, décembre  2011, p. 11.

[22] IGAS, op. cit. p. 55.

[23] Jean-Claude Kaufmann, L’invention de soi. Une théorie de l’identité, Armand Colin, Paris, 2004, p 322.

[24] Arnaud Alessandrin, Karine Espineira, Maud-Yeuse Thomas, Transidentités, histoire d’une dépathologisation, Ed. L’Harmattan, 2012.

[25] Miquel Missé, Transexualidades : Otras miradas posibles, Egales, 2013, p. 52. J’ai traduit ce passage de l’espagnol.

[26] (Espineira 2010 : 4), Miquel Missé, op. cit. p. 51.


Mise en ligne : 4 octobre 2013.

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