Etre acteurs-auteurs & actrices-auteures des études trans

Auteur/autrice : Karine Solene Espineira Page 9 of 13

Histoire des transsexuels en France, Maxime Foerster

Maxime Foerster

Professeur assistant à SMU, Dallas

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Maxime Foerster est docteur en lettres. Il travaille aux États Unis et réédite ce mois-ci son « Histoire des transsexuels en France » chez La Musardine, livre ré-intitulé pour l’occasion « Elle ou lui » (222p). Il propose une histoire des transidentités en trois temps que nous pourrions restituer ainsi : 1- La « naissance » des transidentités, 2- Les répressions transphobes, 3- Les résistance trans’.

Pour Foerster, la « naissance » des transidentités telles qu’on les connait aujourd’hui, est à chercher du côté de trois éléments successifs.

Premièrement, l’invention, par la psychiatrie et l’endocrinologie, du « trouble de l’identité sexuelle » suivie des réponses qui vont lui être proposées (opérations, protocoles psychiatriques…). L’auteur y parle notamment des médecins, Hirschfeld et Benjamin, tous deux connus pour leurs travaux sur « le transsexualisme ».

Second lieu d’éclosion de la question trans’ : les associations. A travers les premières figures militantes comme Marie-André Schwindenhammer, Maxime Foerster montre la manière dont la question trans’ glisse des expériences individuelles aux combats collectifs, et donc politiques.

Dans ce mouvement pour la visibilité, l’auteur insiste sur un troisième espace, celui du cabaret, autour, notamment, de la figure de Bambi, célèbre actrice trans’.

Mais comme le souligne cette « histoire des transsexuels en France », cette visibilité, ces expressions trans’, vont de pair avec une répression. C’est autour du concept de « transphobie » que l’auteur articule les deux dernières grandes étapes de son histoire, avec deux focus sur le Pasteur Doucé et sur l’association du GAT, deux figures individuelles ou collectives du combat contre la transphobie, à plusieurs années d’écart.

A l’occasion de cette réédition, nous avons souhaité rencontrer Maxime Foerster pour lui poser quelques questions autour de cette « histoire » dont l’actualité n’est plus à prouver (projets de lois, médiatisation accrue, rapports récent de l’Inspection Générale des Affaires Sociales et, deux ans auparavant, de la Haute Autorité de Santé…)

 


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Édition H&O 2006

 

ODT- Bonjour Maxime. Tu peux te présenter ?

M.F.- Bonne question ! Ce que je trouve de particulièrement stimulant et prometteur dans la pensée queer, c’est justement le projet de s’exprimer à travers la résistance au devoir de se définir et d’être défini par les autres et les institutions. Devenir ce que l’on est, c’est explorer la fluidité et la diversité de nos facettes, ce qui revient à considérer l’identité comme mouvante et irréductible à une essence. Ceci étant dit, au niveau factuel, je viens de soutenir une thèse sur le thème de la réinvention de l’amour dans la littérature romantique française et espagnole et à partir de septembre j’enseignerai la littérature espagnole à l’Université du Michigan, dans la ville d’Ann Arbor aux États-Unis.

ODT- Comment résumerais-tu ton histoire des transidentités ? Pouvons-nous nous accorder sur le fait que cette histoire est celle d’une « inversion » en cours (pour reprendre les termes de Fassin), de la question « transsexuelle » à la question de la « transphobie ». Pour le dire autrement : la question n’est plus de savoir pourquoi est-on Trans mais pourquoi est-on transphobe ?

M.F.- Oui, ma stratégie a consisté à présenter un aperçu de l’histoire des transsexuels en France en ciblant non pas les transidentités comme problématiques mais au contraire l’existence et les conséquences de la transphobie comme fléau social. L’histoire de la transphobie est liée à celle du concept de la différence des sexes, concept que j’ai analysé dans mon premier livre La différence des sexes à l’épreuve de la République. Cette histoire reste largement à écrire : j’ai mis en valeur une poignée d’archives et de témoignages oraux mais c’est infime au regard de tout ce qui peut être recueilli et analysé. Quand bien même j’ai essayé de rester fidèle aux événements, puisqu’il s’agit de s’appuyer ce qui a eu lieu, j’ai écrit cette histoire en étant fasciné par le fait que le réel dépasse souvent la fiction : mon livre n’est pas seulement un engagement militant, c’est aussi une galerie de portraits qui met à l’honneur des parcours exceptionnels (Michel-Marie Poulain, Marie-André, Coccinelle, Bambi, le pasteur Doucé, Henri Caillavet, etc). Ces parcours ont eu un impact qui s’inscrit dans une histoire collective. J’ai écrit ce livre avec amour, admiration et inspiration.

 

ODT- Tu insistes longuement sur Coccinelle, sur la culture du cabaret. N’y a-t-il pas un risque d’exotisation de la question Trans à traiter cette histoire par ce bout-là ? En même temps, comme le montre Susan Stryker dans son reportage « copton’s cafétaria », c’est aussi ça, et la rue, qui participent de cette histoire et l’on sait que la culture LBGTQ passe très souvent par des manifestations puisant dans le répertoire artistique…

M.F.- Oui, je comprends que l’on puisse s’agacer du côté paillettes et glamour de la culture cabaret transgenre car elle retient beaucoup de lumière et éclipse l’attention qui doit aussi se porter sur les transidentités au quotidien, vécues loin de cette aura et mobilisant un autre contexte. Suite à ma rencontre avec Bambi, j’ai été et je reste fasciné par cette aura, cette culture, et cela se retrouve dans mon écriture avec un certain déséquilibre qui résulte peut-être de mon enthousiasme personnel. Cela rejoint d’ailleurs ce que je disais dans ma réponse précédente, à savoir qu’il faut compléter et rééquilibrer mon histoire que j’assume comme partielle.

 

ODT- Tu cites beaucoup le GAT : comment, vu de loin, la question de la militance te semble avoir évoluée ? Le GAT n’est plus, il y a parfois un « backclash » pathologisant dans certaines associations… Y a t-il, à tes yeux, un successeur au GAT dans le paysage associatif Trans actuel ? On pense par exemple à OUTrans qui se dit « association féministe et trans »…

M.F.- Le radicalisme du GAT me séduit, c’est un militantisme radical qui associait une intelligence pratique vis-à-vis de l’action politique à une vision fine et sans compromis des identités trans. Le GAT n’est plus, mais une belle leçon de militantisme a été donnée et cela pourrait, je l’espère, inspirer le militantisme d’aujourd’hui dans la lutte contre la transphobie. Il reste encore bien des raisons d’être en colère.  

 

ODT- Depuis la parution de ton livre, sa première édition en tout cas, un front s’est largement ouvert : celui du droit (en Argentine récemment). Crois-tu qu’il soit à même de bousculer cette histoire des transidentités ?

M.F.- Oui, l’Espagne puis l’Argentine ont voté des lois qui vont dans le bon sens en facilitant le changement d’état-civil et en reconnaissant le droit de choisir son identité de genre. Là aussi, l’inversion a eu lieu : la priorité, c’est la lutte contre la transphobie. J’espère que l’élection de François Hollande change également la donne en France puisqu’il s’est engagé à agir dans la lutte contre la transphobie. Il faut bien sûr rester méfiant face aux promesses politiques mais le climat semble propice à la consultation et l’action pour faciliter les procédures de changement d’état civil, réformer les protocoles, améliorer la qualité des interventions chirurgicales, mener un travail de prévention contre le sida et autres IST qui touchent particulièrement les trans en France.

ODT- Du point de vue de la méthode, que réponds-tu aux remarques selon lesquelles « la question Trans c’est la question des Trans » (un peu comme celle du féminisme d’ailleurs…) ?

M.F.- Je réponds que nous sommes tous concernés, et de façon très intime, par la dialectique du masculin et du féminin. La question Trans nous interpelle tous car elle nous invite à remettre en question nos préjugés sur l’identité de genre : celles des autres, mais aussi la nôtre.

 

ODT- Ta réédition est ajoutée d’images, peu de texte. Pourquoi ce choix ?

M.F.- Les illustrations donnent un peu plus de chair au texte et rendent la lecture plus agréable : je voulais que le livre soit accessible par-delà un public de militants et de chercheurs sur les questions du genre. Quant au texte, je n’ai pas voulu surcharger la version originale et je me suis contenté d’une postface comme supplément pour indiquer qu’en six ans, le contexte semblait avoir évolué vers une meilleure configuration pour s’attaquer à la transphobie.

ODT- Auparavant tu avais aussi travaillé sur « la république » face « aux sexes » : crois-tu qu’en France la république puisse (ou doive) assimiler les Trans sans en référer obligatoirement à l’utopie Cisgenre ?

M.F.- Je suis favorable à la réécriture du droit de telle sorte que le sexe du sujet de droit soit sans effet juridique. De même que la notion obsolète de « race », que la République n’utilise plus pour définir ses citoyens, je milite pour que la notion de « sexe » devienne également une catégorie inopérante dans l’approche du sujet de droit. De fait, cela rendrait tous les citoyens trans puisque cela les priverait de la référence à l’ordre symbolique de la différence des sexes. Ce projet est une mesure de justice sociale.

ODT- Merci Maxime. Pour finir, dernière question : quels sont tes projets maintenant ?

Merci à vous pour votre attention. Mon projet actuel, c’est de co-écrire avec un ami, Marcelino Viera, un livre sur l’anarchisme.

 


Mis en ligne : 17.06.2012.

Karine Espineira : Eléments de méthodologie

Karine Espineira

Université de Nice Sophia Antipolis
Cofondatrice et coresponsable de l’Observatoire des Transidentités


 

Couverture : La Transidentité, de l'espace médiaque à l'espace public

Avant de vos présenter un montage susceptible d’illustrer les propos de Maud-Yeuse Thomas, Ali Aguado et Éric Macé, je vais présenter la cadre de ma recherche.

J’achève une thèse de doctorat en Sciences  l’Information et de la Communication à l’Université de Nice. Je suis familiarisée avec le terrain transidentitaire depuis 1996, avec un engagement associatif qui a débuté à l’ASB. Dans la même période, je participe avec Maud-Yeuse Thomas aux « séminaires Q comme Queer » (1998). Mon parcours associatifs prend une nouvelle direction en 2005 avec la fondation, de l’association Sans Contrefaçon, et en 2010 avec la création de l’Observatoire Des transidentités (ODT) avec M.-Y. Thomas et Arnaud Alessandrin.

Cette observatoire qui est une sorte de revue en ligne a été pensé  comme un espace de théorisation et de réflexion, comme une plateforme établissant un lien entre le terrain trans et l’académie, entre trans et non trans, de tous les acteurs de la culture, du terrain de l’information, du support  et de la prévention. Ainsi nous publions aussi des universitaires et des non-universitaires, dans le cadre des études de Genre et des Trans Studies. Autant dire que nous sommes dans la diversité des points de vue, les médiacultures la multiculturalité.

Pour ma part, je travaille sur les modélisations sociales et culturelles des transidentités dans le média audiovisuel : la télévision. J’ai publié un essai en 2008 sur cette question, cet ouvrage est un prémisse à ma recherche actuelle.

J’inscris cette recherche dans les études de genre ainsi que dans de possibles Transgender Studies en France. Je me place dans la perspective ouverte par de Marie-Joseph Bertini qui souligne que les sciences de l’information et de la communication après avoir considéré les signes, les symboles, ou encore les dispositifs techniques, ne peuvent ignorer le rôle de la variable genrée dans les processus de communication.

Je m’intéresse à l’institutionnalisation des relations trans et instance médico-légale, trans et média, à travers les imaginaires sociaux. Bien entendu je renvoie à la pensée de Castoriadis. Je considère aussi les imaginaires médiatiques et je renvoie aux apports des Cultural Studies avec Stuart Hall, Éric Maigret, Éric Macé, entre autres.

Ma grille conceptuelle se décrit très brièvement ainsi :

Standing point, épistémologie du positionnement, des savoirs situés (Donna Haraway, Elsa Dorlin)

– Orthopédie sociale, Savoir et Pouvoir (Foucault, French theory)

– Médiologie : effets symboliques des effets techniques, et efficacité symbolique (Régis Debray, Daniel Bougnoux)

Je pourrais encore vous dire que ma recherche est qualitative, action, observante et dans mon cas précis – je parle de mon appartenance au terrain, à mon expérience du changement de sexe, du changement de genre, c’est-à-dire en me référant à la notion de « transsexualisme » comme concept et pratique – comme auto et rétro-observante. On voit l’intérêt que je trouve dans l’épistémologie du positionnement.

 Mon terrain on l’a compris c’est les communautés trans. Je m’appuie aussi un corpus forme sur les bases archives de l’Institut National de l’Audiovisuel, mais je considère désormais ce corpus comme un second terrain après trois ans de visionnage de ce qui me paraît être un champ de fouille archéologique.

 Je vais vous présenter un document, ou plutôt un montage d’un quart d’heure environ qui retrace quelques étapes de l’histoire de ce concept et de cette pratique qu’est le changement de genre oblitéré par le « changement de sexe » si cher au public, aux médias, et à certaines institutions garante de l’ordre symbolique.

Je n’ai pas choisi les extraits au hasard mais avec l’idée d’illustrer les présentations qui vont se succéder, et notamment l’invisibilité des FtMs.

Lien vers le montage :

http://www.dailymotion.com/KEUniversite#video=xpccu9

 

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Mis en ligne : 18 mai 2012.

Karine Espineira : Transidentités & Média(tion)s

Karine Espineira

Chercheure en Sciences de l’Information et de la Communication

 

illust C Jorgensen


 

 

 

Transidentités & Média(tion)s

Exemples de modélisations médiatiques, sociales, médiaculturelles et géographiques 


Cet exposé est un exercice d’une « géographie imaginaire », sur la base d’une partie de mes recherches sur les modalisations sociales et culturelles des transidentités. En outre, la partie concernant le bois de Boulogne est un extrait d’un travail plus vaste et plus abouti considérant « une naissance médiatique du bois de Boulogne » comme l’un des « mythes fondateurs de la condition des trans ». Un contexte sociohistorique duquel on ne doit pas exclure les travailleurs et travailleuses du sexe, les personnes en situation de prostitution. »On peut parfois mal faire en croyant bien faire »…


 

Travaillons sur les représentations issues des imaginaires sociaux et médiatiques. Comment fabrique-t-on des modèles, des typologies, des stéréotypes ?

Sur la base d’un corpus constitué à l’Institut National de l’Audiovisuel (INA), j’ai rassemblé plus de 880  documents dont une partie illustrent bien entendu cet exercice qu’est d’imaginer une géographie des imaginaires comme des espaces de médiations comme de représentations.

Je dois aussi donner une précision importante. En rapport à la culture du terrain transidentitaire, je parle des personnes dans le genre exprimé ou revendiqué à l’opposé de la tradition médicale. J’utiliserais aussi les termes: transgenre, transidentité, ou trans’. J’utiliserais aussi le terme “travesti” qui fait sens dans la culture sud-américaine entre autres, mais aussi par rapport à son utilisation par les médias (journalistes, commentateurs) et les institutionnels (police, médecins).

 

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On pourrait poser une géographie des médias qui recenserait tous les supports véhiculant et diffusant de l’imaginaire et de l’information,  comme la littérature, la presse, la radio, la télévision, l’internet. A chacun d’eux correspond un contexte sociohistorique. Chacun d’eux révèle et détient une partie de l’histoire des trans dans l’imaginaire social, dans l’imaginaire médiaculturel. 

Au début du siècle le magazine Voilà consacre pendant cinq semaines en octobre et novembre 1934 (des numéros 185 à 189) la rubrique Vice-versa à la vie de Lili Elbe sous le titre Un homme change de sexe ; D’après les documents authentiques et scientifiques réunis par Nils Hoyer. Ce même Niels Hoyer sera l’auteur de la première biographie d’une transsexuelle, parue en allemand et traduite en anglais sous le titre Man into Woman : An Authentic record of a Change of sex, en 1933.

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Citons encore le cas de la peintre parisienne Michel-Marie Poulain. Opérée en 1946, elle orchestre sa publicité dans la presse et qui eut l’avantage de la distinguer parmi « les nombreux peintres de la bohème de Montmartre » : les titres des articles sont le suivants : le Matisse d’Èze-village a changé de sexe, cette élégante brune n’est autre que Michel-Marie Poulain, ancien dragon, peintre et père de famille. Ces titres sonnent familièrement soixante ans après : retenons la médiatisation d’une personne trans’ par elle-même, l’intérêt des médias avec la presse populaire, ainsi que les termes de la présentation retenus par lesdits médias, c’est-à-dire construire un abime entre le point de départ et le point d’arrivée. On appel cela un élément de spectacularisation.

En décembre 1952, Christine Jorgensen fait la une du New York Daily News qui annonçait son récent « changement de sexe » au Danemark sous le titre « Ex-GI Becomes Blonde Beauty ». Le traitement de la transsexualité devient multimédia avec Christine Jorgensen: presse écrite, radio, presse filmée et cinéma.

Voici d’abord un extrait d’un document de la presse filmée à sa descente d’avion. Un document diffusé massivement.

 illust C JorgensenL’image peut être visualisée dans une nouvelle fenêtre
pour permettre la lecture des sous-titres.
 

Autre extrait, d’un film auquel Jorgensen a apporté son concours comme consultante : The Christine Jorgensen Story, réalisé par Irvin Rapper, États-Unis, 1970.

c J illus 2 L’image peut être visualisée dans une nouvelle fenêtre pour permettre la lecture des sous-titres.

Même lieu, même événement en apparence. Mais les versions diffèrent et il en découle différentes inscriptions dans les imaginaires.

Nous allons nous intéresser à une autre géographie : l’inscription des trans dans la prostitution via l’imaginaire social et l’imaginaire médiaculturel. Pas  n’importe où. Pas ni n’importe quand. Les écrans de télévision donnent à voir le bois de Boulogne durant la pandémie du sida, associant travestis, transgenres, transsexuelles, nationalités étrangères et VIH[1]. Il faut voir cet exposé comme une triangulation et l’on constate que tout converge vers des zones bien délimitées dans l’espace, le temps et l’imaginaire.

Rappelons dans notre géographie des médias que le lieu comme place dite de prostitution de travestis brésiliens existe en tant que tel dans la presse populaire, notamment les reportages de Paris-Match dès  les années 1970.

 

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La télévision va mettre du temps à s’intéresser à la question, mais quand elle fera cette démarche la spectacularisation laisse sans voix. Du jour au lendemain, le Bois et le Sida retiennent l’attention des pouvoirs publics et des médias alors que les associations de support et de prévention sur le terrain depuis des années.

Au plus près du lieu, on sait que le bois de Boulogne a été toujours été un lieu de socialité, de loisirs pour promeneurs, pêcheurs, et familles en pique-nique, en journée ensoleillées et le dimanche. Depuis le début du siècle, la nuit, il a aussi été un lieu de socialités et de rencontres pour travestis ou trans. Depuis les années folles comme l’illustre  cette référence : La garçonne et l’assassin. L’ouvrage des plus intéressants car il a été documenté avec  photos, lettres, journaux intimes, documents judiciaires, et les procès verbaux des arrestations.

Dans le cadre précis de notre recherche, le bois existe à la télévision depuis 1984, avec un sujet du magazine « Aujourd’hui la vie », intitulé Hommes de jour belles de nuit. Des personnes fréquentent le bois et expliquent leur « double vie ». Quatre ans plus tard, la fiction prend lieu et place au bois, une enquête du commissaire Maigret. Il faut noter que toutes les fictions policières s’intéressent tôt ou tard au Bois, ajoutant la dimension du fait divers à celle de la marginalité.

Le format d’information de type JT (journal télévisé) va surtout s’intéresser au Bois de 1988 à 1992. C’est ce constat qui m’a poussé à tenter de comprendre les mécanismes de cet intérêt intense pour le bois de Boulogne. La pandémie du Sida ne suffit pas à expliquer le phénomène. Le format JT va concentrer à lui seul plus de modélisations que tous les autres genres réunis.

Un sujet du journal télévisé de 13 heures de TF1, le 16 août 1988, associe Sida et le Bois. Une enquête menée sur les lieux, explique que la prostitution des travestis fait de la place un lieu à « hauts risques » sur des images de prostituées à demies nues, les défilés de voitures, etc. Les plans montrent l’action policière à travers des contrôles de papiers. Le bois est déjà désigné comme un lieu de non doit où la police est débordée, le préservatif, symbole de la protection et de la prévention, jonchent le sol.

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Les sujets des journaux de 20h montrent tous des extraits du magazine « Carnets de route : les chemins de la prostitution » dont on va parler. On note toujours les images du ballet des voitures dans les allées du bois, etc.

Le 8 juin, TF1 diffuse un nouveau sujet sur les « maisons closes ». Mêmes images, mêmes plans nocturnes et les commentaires sont les suivants : « C’est en voyant le boulevard du Sida comme elles appellent, ce Bois de Boulogne fréquenté par des travestis toxicomanes et séropositifs pour la plupart et par des honorables pères de famille, que Michelle Barzach a eu l’idée de rouvrir les maisons closes ». On connait la polémique qui va suivre sur tous les fronts.

Parlons du magazine Carnet de route. Le documentaire s’ouvre sur images revues et revues depuis des jours dans les journaux télévisés de toutes les chaînes : «  Paris, la nuit. Haut lieu des plaisirs et des vices. Attraction internationale, fourmillant de trafics et de tous commerces : le Bois de Boulogne. C’est le plus grand bordel du monde à ciel ouvert (…) Maîtres des lieux, les travestis. Ils ont chassé les filles à coup de couteaux. Les clients ne savent toujours  à quel sexe ils ont affaire (…) le Bois est un chaudron  à Sida (…) Ils sont 400 à peu près à travailler au Bois. Avec la drogue et le Sida, ils ne vivent pas vieux. Les derniers arrivés viennent de Colombie, les plus anciens du Brésil ». On ne notera jamais assez l’importance des ces images et de ces commentaires dans leur reprise par les différent journaux télévisés de l’époque. Notons encore  la focalisation sur un lieu, sur une population étrangère, sur des personnes «hors sexe» ou justement «sur sexe». 

L’histoire médiatique du Bois n’est pas terminée. Un an plus tard, le 14 décembre 1991, sur TF1 on retient ce commentaire : « Les chiffres n’ont pas de valeurs statiques ou scientifiques, c’est ce que reconnaissent les policiers auteurs d’un rapport sur la prostitution travestie au bois de Boulogne à Paris. Ce rapport indique au moins une tendance, la grande majorité des prostituées serait séropositive et le virus du Sida se propagerait ainsi de façon inquiétante ». Le commentaire reprend sur le démenti de Médecin du monde qui n’aurait en aucun cas mené cette enquête pour la police. Le projet de la fermeture du Bois a fait son chemin cependant.

« La fermeture du Bois de Boulogne » évoquée dans le journal de 20 heures d’Antenne  2 dit qu’il s’agit de lutter contre la contamination du Sida par les prostituées et les travestis, que le préfet aurait décidé d’interdire la circulation automobile dans le Bois à la nuit tombée. On  a des doutes sur l’efficacité de cette mesure mais on comprend bien que c’est l’accès au lieu géographique qui prime au final. On pense aussi aux politiques consistant à chasser la prostitution de la cité et à la contenir aux frontières des villes c’est-à-dire en banlieue et au-delà. Ici encore beaucoup de données : les mêmes images et expressions déjà citées. Seuls les chiffres changent quelque peu. Une nouvelle fois les incontournables images et expressions des journaux télévisés depuis trois ans déjà pour justifier la fermeture du bois.

Le soir de la fermeture, les journalistes s’attroupent devant la mise en place des barrières. On parle de « bataille du bois de Boulogne », d’opération dite de « nettoyage » ayant pour but de « contrarier le client », on parle encore de « moralisation et de lutte contre le Sida », d’« Un événement international à la hauteur de la réputation du Bois ». Le lieu est donc la place d’une bataille dont les enjeux seraient de santé autant que moraux. Il faut contenir le Sida et les travestis dans une sorte de zone en quarantaine.

A 20 heures, le journal d’Antenne 2 du 29 février 1992, va accorder une place aux associations de prévention et de support comme Act Up et Aides avec la manifestation de militants contre l’installation des barrières. Les militants d’Act Up scandent « Non aux barrières », « On arrête pas le Sida avec les barrières » sur des images les montrant défaire ces barrières. Les militants de Aides dénoncent aussi la fermeture du Bois et l’échec de cette politique.

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On sait que cette fermeture ne fera pas long feu mais ce pic de médiatisation de juin 1988 à janvier 1992 laisse des traces qu’il conviendrait d’analyser encore et encore. On s’étonne aussi que si peu de place ait été accordé aux associations de terrains quasiment inexistantes dans les sujets. Ces quelques révérences sont bien peu de choses si l’on considère les quatre années de médiatisation du bois. Cet aperçu illustre les événements mais elle n’en donne pas toute l’ampleur. Avec le recul, probablement que plus d’un journaliste serait surpris de ce traitement si particulier…

Que penser des expressions « chaudron à sida », « plus grand bordel à ciel ouvert du monde », « allée du Sida » ? De même, comment ignorer l’inscription des trans’ étrangères – dites toxicomanes, violentes, parfois tricheuses et, prêtent pour de l’argent, à diffuser le Sida à leurs clients, par ailleurs bons pères de famille ?

La réalité est en effet une situation particulière : la pandémie du Sida, l’état des connaissance en cette période, la mobilisation des scientifiques et des institutions médicales, des réseaux communautaires, des association, la situation des travailleuses du sexe en général, du Bois en particulier, leurs spécificités culturelles et sociales. Cet exposé on ne le retrouve que de façon très minoritaire dans les journaux télévisés quand le Sida est associé au Bois.

 Aujourd’hui à l’analyse de ces images « stigmatisation et discrimination » viennent à l’esprit dans une synthèse qui nous mène à l’idée de la naissance du Bois de Boulogne comme l’un des mythes (sans juger de la véracité de la contamination cela va de soi) de la pandémie du Sida mais aussi d’une société qui découvre l’un de aspects de la condition des trans’ sans se poser pour autant les bonnes questions.

Suite à cette phase de médiatisation, l’intérêt pour le bois va redevenir de l’ordre du fait divers comme avec le meurtre de « travestis » comme diront les médias, ou l’illustration du parcours de tel ou tel personne qui serait passée par le Bois. On pourrait passer du temps à débattre sur l’influence des images véhiculées par les médias dans la construction des représentations, mais personne ne saurait quantifier exactement les effets produits sur les collectifs et l’individuel. On nous apprend à nous trier les uns les autres…

Peut-on concevoir une géographie des imaginaires qui pourraient s’incarner dans l’espace et le temps ? Peut-on imaginer des espaces sociohistoriques, physiques, médiatiques et les croire pourtant intimes ? 


[1] Une part de la deuxième partie de cet exposé avait fait l’objet d’une communication intitulée : Le Bois de Boulogne : Exemple d’une modélisation médiatique,sociale et culturelle VIH-Transgenres-Etrangères lors de la plénière organisée par Viviane Namaste et Kouka Garcia, dans le cadre de la Sixième Conférence Francophone VIH/SIDA, du 25 au 28 mars 2012, Genève, Suisse.  


Mis en ligne, 31 mai 2012.

Ali Aguado : Historique du mouvement trans et des luttes politiques

Ali Aguado

Militant à OUTRANS

 

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Historique du mouvement trans
et des luttes politiques

OUTrans est une association d’auto support trans fondée en 2009. Notre première action a été une minute de cri contre la transphobie le jour de l’IDAHO. Nous avons depuis mené plusieurs actions dans l’espace militant mais aussi des productions d’auto support, notamment en terme de santé sexuelle. Un guide de prévention et une campagne nationale de dépistage pour les trans et leurs partenaires, un guide sur le b.a BA des opérations. Notre action consiste à offrir des outils aux personnes trans mais aussi à leurs proches dans des questions de vie quotidiennes concrète mais aussi à mener de front une lutte pour participer aux termes du débat sur la questions trans puisque nous estimons être les premières personnes concernées.

Pour nous situer rapidement, nous nous reconnaissons comme des héritiers et héritières des luttes féministes où le féminisme est pour nous une boîte à outils pour penser les rapports de pouvoirs qui nous traversent  en tant que personne trans dans une société profondément sexiste, raciste et par extension homophobe, lesbophobe et transphobe. Le féminisme et le mouvement queer, nous permettent alors d’avoir des outils politiques pour nous affranchir des diktats de la pensée dominante. 

Nous sommes ici aussi parce qu’avant nous d’autres trans se sont mobilisé.es et ont réussit à imposer la question trans à force de luttes dans l’agenda politique à l’échelle nationale et internationale. Après de nombreuses années de lutte nous avons  réussi à imposer notre présence dans différents espaces. 

Je pense notamment à l’espace universitaire français où il n’aurait pas été question il y a 10 ans de cela que des trans prennent la parole pour discuter et proposer des pistes de réflexions sur les enjeux politiques et sociaux que révèlent ou soulèvent nos identités, pas plus qu’il aurait été possible d’avoir un espace pour que les trans eux et elles-mêmes fassent une analyse critique de la médecine, de la psychiatrie et de tenter de questionner nos  représentations sur le genre. 

Ce que je voudrais aborder aujourd’hui c’est donc l’émergence du discours trans dans l’espace militant mais aussi et surtout ce que ce discours produit lorsque le sujet parle lui-même.  On réalise alors que la transidentité au singulier n’existe pas mais qu’il serait plus juste de penser les transidentités dans tous ces possibles dépassements. Au même titre que le sujet “femme” qu’un universalisme aveugle défendrait peut on dire qu’il n’existe qu’un sujet trans au singulier ?

I. Historique du mouvement trans et des luttes politiques

 

1989-1997

1989 : Une circulaire interne au Ministère de la Santé établit que seules les personnes entrant dans le protocole établit par les équipes médicales « spécialisées » et gérer par les hôpitaux publics pourront être remboursés des frais médicaux relatifs à leur transition.

1992 :  La CEDH condamne la France, elle met en évidence que le droit français place les requérants dans un non respect de la vie privée (article 8 de la CEDH)

1997 : Première EXISTRANS à l’initiative de l’ASB (Association du Syndrome de Benjamin)

2003-2007

2003 : Premières revendications portées par le GAT : 

1- La déclassification du transsexualisme de la nosographie psychiatrique au même titre que l’homosexualité qui a été retirée par décision politique de l’A.P.A (association des psychiatres américains); la transsexualité, compte tenu de la méconnaissance du corps médical après des dizaines d’années de “recherches”, doit être sortie du diagnostic psychiatrique préalable. La dépsychiatrisation impliquant une aide, un accompagnement à l’AUTO-DIAGNOSTIC.

2- L’abrogation ou la révision du protocole pour que les équipes médicales se réfèrent à un protocole adapté à chaque individu et non plus sur l’entité «   transsexuelle   ».

3- Le libre choix du médecin par un principe affirmé de l’aide à l’AUTO-DIAGNOSTIC. (respect de l’article R4127-6 du code de Sécurité Sociale). Et non plus la toute puissance médicale d’une équipe hospitalière auto-proclamée spécialiste qui se ferait gardienne de notre identité/corps.

4- Une meilleure adaptation des dispositifs juridiques et administratifs dans la période transitoire ne nous condamnant ainsi plus à la clandestinité.

Septembre 2004: Première AG des trans organisée par le GAT. 

1-  L’Assemblée Générale demande la dépsychiatrisation de la question Trans.

2- L’Assemblée générale demande aux associations, groupes et organisations Trans’ présents le 27 septembre à l’ANAES de proposer collectivement un accès aux soins sans diagnostic psychiatrique préalable.

3- L’Assemblée Générale demande le changement du numéro de sécurité sociale et du prénom sans acte chirurgical préalable.

 

Octobre 2004: Existrans : PSYCHIATRISATION= TRANSPHOBIE

30 décembre 2004: Création de la Haute Autorité de Lutte contre les discriminations et pour l’égalité.La HALDE n’a jamais reconnu  la transphobie comme une discrimination. Le Défenseurs des Droits et des libertés non plus.

2007- aujourd’hui

Octobre 2007 : Première organisation Européenne de l’Existrans.  CONTRE LA PSYCHIATRISATION= RESISTRANS. Manifestations conjointes à Barcelone, Paris et Lisbonne.

Avril 2009 :  La Haute Autorité en Santé (HAS) publie son rapport sur la « prise en charge du transexualisme » en France.

Ce document, publié en avril 2009, traite de l’ensemble de la prise en charge du « transsexualisme » par le système de santé français. Il aborde la prise en charge médicale – diagnostic, hormonothérapie et chirurgie de réassignation – mais également les questions socio-culturelles et juridiques. Il résulte d’une analyse de la situation au cours de laquelle la HAS a rencontré des transsexuels, des professionnels de santé et des institutionnels.

 

Mai 2009 : Création d’OUTrans.

16 mai 2009 Roselyne Bachelot Narquin (ministre de la santé, de la jeunesse et des sports) déclare publiquement qu’elle vient de saisir la HAS « afin de publier un décret déclassifiant la transsexualité des affections psychiatriques de longue durée. »

Cependant cette déclaration ne va pas dans le sens d’une dépsychiatrisation de la transidentité, il s’agit simplement dans le code de la sécurité sociale français d’une reclassification de l’ALD 23 (affections psychiatriques de longue durée) vers une autre ALD. Une ALD est une Allocation de Longue Durée pour la prise en charge médicale et financière de personnes malades… Il ne s’agit que d’un changement de termes employés a des fins moins pathologisantes. Cependant, le ministère ne s’oppose pas à l’évaluation psychiatrique humiliante destinée à déterminer si une personne trans peut avoir accès au traitement hormonal. C’est pourtant un des problèmes les plus importants rencontré par les personnes trans, qui a un impact concret sur leur vie quotidienne, leur estime d’elles-mêmes, et qui est révélateur de la transphobie du système de santé.

Juillet 2009:  Publication des 12 recommandations du document Gender Identity and Human Rights de Thomas Hammarberg, commissaire aux droits humains du conseil de l’Europe.

Février 2010 Le Ministère de la Santé vient de publier le décret qui reclasse la transidentité des ALD 23 (affections psychiatriques longue durée) à l’ALD 31. Ce décret ne va pas dans le sens d’une dépsychiatrisation de la transidentité. En pratique, rien ne change pour les personnes trans qui restent considérées comme des malades devant être soumises à un suivi psychiatrique.

Mai 2010:  La ministère de la Justice, Michèle Alliot Marie rend public sa réponse à une question posée par un sénateur socialiste (Roger Madec) traitant de l’opération chirurgicale obligatoire pour procéder au changements d’état civil pour les trans.  Dans sa réponse elle rappelle des arrêts de la Cour de cassation datant de 1992 justifie que «le principe du respect dû à la vie privée justifie que l’état-civil indique le sexe dont la personne a l’apparence» et rappelle «qu’il appartient aux tribunaux d’apprécier au cas par cas les demandes de changement de sexe, au regard du caractère irréversible de celui-ci». 

Dans le même temps elle annonce cette précision que quelques associations trans françaises portent depuis des années: : «L’opération de réassignation sexuelle ne doit pas être systématiquement exigée dès lors que le demandeur apporte la preuve qu’il a suivi des traitements médico-chirurgicaux (hormonothérapie, chirurgie plastique…) ayant pour effet de rendre irréversible le changement de sexe et de lui conférer une apparence physique et un comportement social correspondant au sexe qu’il revendique.» 

25 avril 2010:  2ème AG des trans à l’appel d’OUTrans. Vote majoritaire contre les Centres de Référence.

   

Les revendications portées par l’AG des trans sont les suivantes :

 

-absence de test de vie réelle.

-libre choix du médecin, possibilité de parcours hors-centre de référence et remboursements assurés.

-élargissement des catégories professionnelles réunies dans ces centre par rapport aux équipes hospitalières existantes

-non-obligation de l’hormonothérapie réversible.

-obligations des praticiens à contribuer à la communauté scientifique internationale

-changement d’état civil facilité

-place décisionnaire des associations de personnes concernées dans les centres de référence.

-individualisation des parcours, y compris sur le plan corporel

-prise de modèle sur les Plannings Familiaux.

 

Par ailleurs l’Assemblée Générale des Trans a voté la résolution suivante :

– Pour mettre en oeuvre la dépsychiatrisation des transidentités, la prise en charge de la transition doit exclusivement se fonder sur une déclaration de consentement éclairé sans aucune forme d’évaluation ou de diagnostic.

19 mai 2010: Roselyne Bachelot a annoncé publiquement son intention de demander à l’Organisation Mondiale de la Santé de retirer le transsexualisme de la liste des maladies mentales, comme l’OMS l’avait fait pour l’homosexualité auparavant (1992 pour la CIM). Il aura fallu plus de 5 ans pour que le gouvernement prenne au sérieux le travail et les revendications portées par les diverses associations trans françaises. Pourtant, le ministère de la santé soutient le projet des Centre de référence qui consiste au final à légitimer l’installation des équipes hospitalières actuelles. Il y a visiblement une volonté de l’Etat français de se caler sur le modèle espagnol.

Juillet 2010: Création de la SOFECT : La SOciété Française d’Etude et de prise en Charge du Transexualisme  qui estime que « travailler ensemble est particulièrement important à un moment où les classifications et les concepts qui sont en jeu dans l’évaluation des patients que nous prenons en charge sont en cours de modification. A travers ces changements, l’action des médias, de politiques politiciennes, et d’associations d’usagers, peuvent obscurcir ce qui en France est le moteur de notre activité: un but thérapeutique » . La SOFTEC est en réalité les équipes médicales hospitalières qui se sont proclamées elles-même expertes de la « prise en charge » des personnes trans.

Septembre 2010 : Première réunion du groupe de travail DGOS (Direction Générale de l’Offre de Soins). 2/3 des personnes présentes sont membres de la SOFECT, dont Colette Chilland.

Janvier 2011 : OUTrans sort un guide à destination des pd/gay trans qui font du sexe avec des gay/pd cisgenres.

Mars 2011 : Appel d’offre de l’INPES pour des projets liés à la santé sexuelle des Trans.

Avril 2011 : Le ministre du travail de l’emploi et de la santé commande un rapport à l’IGAS qui doit aider entre autre à « évaluer l’opportunité de la création d’un centre de référence pour la prise en charge médicale du transsexualisme.». Tout le tissu associatif français travaillant activement sur la question trans est auditionné ainsi que certaines associations de lutte contre le sida. Nous n’avons aujourd’hui toujours pas le rendu de cette enquête alors que le rapport de l’IGAS a été rendu au ministre de la santé et des sports.

Décembre 2011 : OUTrans diffuse la première campagne d’incitation au dépistage à destination des personnes trans. Au même moment, une enquête de l’INSERM menée sur la santé sexuelle des trans est publiée. Le taux de séroprévalence chez les Femmes Trans migrantes et travailleuses du sexe est 3 à 4 fois plus élevée que la moyenne.

 

Chrysalide, association trans d’auto support à Lyon a mené elles même une autre enquête sur l’accueil de la population trans par le corps médical et le rapport des trans à leur propre santé (sexuelle et générale).

 

  1. II.Quand le sujet parle…

Comme on peut le voir, l’émergence des luttes pour les droits des personnes trans a opéré en premier lieu un déplacement de la question trans du champs psychiatrique vers le champs politique. 

Dans la lignée des mouvements féministes, nous questionnons les catégories qui produisent les rapports de pouvoirs qui structurent notre société en même temps qu’elles en émanent.

Le discours médical, réputé exact parce que scientifique, prétend exister en dehors et au dessus des rapports sociaux. Ce discours scientifique produit alors des catégories en dehors de toute réalité sociale, en dehors de rapport de lutte et les inscrit alors dans une vérité qui se voudrait universelle et naturelle.

En réalité, ces dispositifs créent et classent des catégories d’êtres : qui est un homme ? Qui est une femme ? Qui est trans ? Qui est malade ? Qui doit être guéri-e ?

 

Ces catégories deviennent alors naturalisées et maintiennent la catégorie femme et la catégorie trans dans un état de subordination.

S’émanciper des discours médicaux et psychiatriques hégémoniques, c’est revendiquer le droit de choisir nous-mêmes les corps et les identités de genre que nous voulons. C’est refuser qu’une normes présentée comme naturelle et allant de soit alors qu’elle n’est que la production et le reflets de rapports de domination, nous soit imposée et puisse dicter ce que nous sommes et ce que nous devrions devenir.

 

Ainsi, nous pensons nos  transidentités au pluriel et nous revendiquons la diversité de nos parcours trans. Le respect de l’auto-définition de chacun-e est à la base de notre pratique militante à OUTrans.  Pour autant passer du refus d’une binarité obligatoire à l’obligation de se situer en dehors des catégories de genre hégémoniques serait substituer un discours imposé à un autre. C’est pouruqoi nous restons vigilants quant au discours qui se voudrait «   queer   » et qui refuse le droit aux personnes trans de se penser et d’advenir dans des catégories  de genre dominante sous prétexte que ce serait se faire le jeu de la «   différences des sexes   » et d’un certain retour à l’essentialisme. Notre discours militant se situe sur ces deux fronts de lutte   : contre les contraintes sociales qui nous voudraient hommes ou femmes dans les stéréotypes les plus crasses et contre la contrainte d’un discours queer au delà de nos réalités sociales qui voudraient que nous ne soyons ni homme ni femme.

 

  1. II.… Le discours suit…

Pour que nos identités ne soit pas le jeu d’une instrumentalisation politique et normative de part et d’autre, dans OUTrans nous estimons qu’il est urgent que nous prenions la parole , que nous créions nous-mêmes les conditions d’émergence de notre lutte et de notre discours, que nous revendiquions notre appartenance au mouvement féministe comme sa possible prolongation réflexive sans en accepter pour autant les dérives transphobes.  Il est tout aussi important pour nous de nous inscrire dans le mouvement queer sans  sans renoncer à nous définir hommes ou femmes comme nous le voulons, quand nous le voulons et où nous le voulons. L’importance de la définition de soi réside en cela même qu’elle fluctue selon les espaces où elle est affirmée et relève notamment de notre sécurité dans une société profondément sexiste et transphobe et globalement ignorante sur les enjeux liés à la vie des trans. Ainsi, nous venons perturber à notre façon, le système de production des savoirs en nous positionnant nous mêmes comme nos propres experts, des experts profanes dans la vue de dépassé la catégorie nosographique qui nous a été assignée. Nos transidentités sont politiques et notre lutte est une lutte d’émancipation.

 

TDOR-2011-5Outrans.jpg

 

Pour s’appuyer sur des exemples de discours que OUTrans a pu produire on peut par exemple s’appuyer sur cette affiche réalisée à l’occasion du Tdor en 2011. Le T DOR est le jour de commémoration des personnes trans victimes d’assassinat. Nous ne voulions pas ce jour là pleurer les morts de notre communauté mais bien plutôt exprimer notre rage et exiger des revendications concrètes qui peuvent endiguer les agressions transphobes. Nous avions donc choisit ce slogan «   En rage plutôt qu’en deuil   » pour nous défaire entre autre d’un positionnement attendu de la part de la communauté trans   : montrer notre souffrance comme pour montrer patte blanche. (mettre affiche Tdord+cp et/ou lien)

Nous voulons dans OUTrans produire non seulement un savoir qui nous est propre mais aussi une grammaire pour nous penser davantage dans la puissance d’agir, l’empowerment, que de renouveler sans cesse la position victimisante qu’un système inégalement distribué attends de nous, fait de nous des individuEs acceptables. Le communiqué de presse qui accompagnait cette affiche ne pouvait pas être plus explicite. Nous voulions célébrer notre force, notre puissance et notre résilience. Nous voulions aussi visibiliser (et continuons de le faire) que la transphobie n’est pas seulement le jeu de certainEs individuEs violentEs qui ne supporteraient pas  la visibilité des trans dans l’espace public, mais qu’il s’agit bien d’un dispositif global et incorporé par chacunE. Les discours faisant encore une différenciation entre les sujet trans  , transgenres et transexuels (qui s’appuient donc sur la psychiatrie et donne alors plus ou moins de valeur à nos vies) , créant une échelle de souffrance face aux situations de discriminations auxquelles nous pouvons être confrontés, une échelle de catégories qui nous divise valide et participe à rendre la transphobie licite  ; un appareil d’Etat qui s’entête à freiner l’accès à nos droits en les niant fonctionnant au cas par cas pour les questions de changement d’Etat civil sans opération chirurgicale, etc….

 

 

En conclusion, c’est à nous, trans, de repenser le sens politique que l’on veut donner à nos vies, à nos parcours et surtout à nos différentes représentations. Nous n’avons pas à laisser d’autres parler pour nous et nous mettre à une place de victimes passives. Si dans nos esprits, si dans la représentation de la majorité des individus trans, la transidentité rime avec souffrance ça n’est pas parce qu’il s’agit d’une « maladie », mais parce que les dispositifs transphobes qui nous asphyxient et régissent nos vies nous empêchent de nous déployer socialement comme nous le désirons. Les trans sont aussi et avant tout une catégorie éminemment politique (et non une catégorie psychiatrique), nos luttes revendiquent une égalité radicale qui touche au corps, à l’identité, au plaisir, à la santé, au travail, au savoir, au pouvoir de définir d’autres normes de vie.

 


Mis en ligne : 18 mai 2012.

Maud-Yeuse Thomas : Conditions actuelles des protocoles médico-légaux

Maud-Yeuse Thomas

Chercheuse indépendante,
Cofondatrice et coresponsable de l’Observatoire des Transidentités


Conditions actuelles
des protocoles médico-légaux
(1)

La question liminaire était formulée ainsi : Deux ans presque jour pour jour après le retrait officiel des « troubles de l’identité de genre » de la liste des affections mentales de longue durée, qu’en est-il de la représentation française des transidentités ? Réponse, rien n’a changé et rien ne changera sans nous. Roselyne Bachelot n’a rien dépsychiatrisé sur le terrain. Des siècles d’indifférence ou d’oppression à l’égard des minoritaires ont permis l’escalade des pathologisations tout au long d’un XXème siècle rationnaliste. Aussi, le problème dépasse très largement le seul champ psychiatrique puisque celui-ci dépend en fait d’un contexte social que le « médicolégal » vient ordonner sur des critères rationalisables et quantitatifs (2).

L’OMS, à la suite de la proposition de réécriture du DSM V, a lancé une invitation pour une réécriture programmée de la CIM. Elle s’est déroulée à la Sorbonne en décembre 2010 (3) en présence entre autre de responsables d’asssociations et de représentantes de la Sofect. Retour analytique sur les conditions de prise en charge et leur critères au regard d’une contextualisation d’époque.

DSM IV

Identification intense et persistante à l’autre sexe (ne concernant pas exclusivement le désir d’obtenir les bénéfices culturels dévolus à l’autre sexe)

Sentiment persistant d’inconfort par rapport à son sexe ou sentiment d’inadéquation par rapport à l’identité de rôle correspondante

L’affection n’est pas concomitante d’un phénotype hermaphrodite

L’affection est à l’origine d’une souffrance cliniquement significative ou d’une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.

Cette définition est entièrement centrée sur 1/un individu atypique et isolé ; 2/ neutralisée par rapport à un contexte de société. La « société » est le modèle dominant sous la forme d’une binarité psychosociologique postulant une identité biosociologique rationalisant a priori et après coup des comportements, rôles et places. Le cadre normatif n’est jamais présenté alors qu’il isole la personne et fracture son unicité d’existence via ces deux caractéristiques socialement et culturellement antagoniques : « identification au « sexe opposé » » ; « souffrance, malaise ou inadaptation par rapport à son sexe anatomique ».

Il n’y a plus d’individu mais une affection reposant sur l’équation de la souffrance, norme médicale justifiant et légitimant le contrôle scellant l’individu dans une contrainte au déni de soi-même ou la contrainte à la transition transsexe. L’on a scellé cet individu d’autant plus aisément que l’enfant l’a été, fabriquant une condition et un fonctionnement solitaire en lieu et place de son développement ritualisé ; situation que l’on pourra d’autant plus aisément « diagnostiquer ». Mais que se passe-t-il si l’individu ne souffre pas ou plus ? D’emblée, cette question est écartée.

Le « transsexualisme » ou « process transsexe » est résumé et cantonné à l’addition de deux facteurs dans la CIM-10 : « Trouble de l’identité sexuelle de l’enfance » (F64.1) et « transvestisme bivalent » et (F64.2) présentés comme étant deux états différents se superposant en raison d’un trouble désorganisant –et non pas organisant- la vie psychique. On ne précise jamais ce qui le désorganise : la seule explication d’une « identification au sexe opposé » se suffit.

CIM-F64.1 –  Travestisme bivalent

Ce terme désigne le fait de porter des vêtements du sexe opposé (…), de façon à se satisfaire de l’expérience d’appartenir au sexe opposé, mais sans désir de changement de sexe (…); le changement de vêtements ne s’accompagne d’aucune excitation sexuelle

CIM-F65.1 – Travestisme fétichiste

Port de vêtements du sexe opposé, principalement dans le but d’obtenir une excitation sexuelle et de créer l’apparence d’une personne du sexe opposé. Le travestisme fétichiste se distingue du travestisme transsexuel par sa nette association avec une excitation sexuelle et par le besoin de se débarrasser des vêtements une fois l’orgasme atteint et l’excitation sexuelle retombée. Il peut survenir en tant que phase précoce du développement d’un transsexualisme.

L’un de ces facteurs désorganisant est précisément le désir, corolaire d’une identification non pas à un « sexe » mais à un groupe de genre via une appartenance et adhésion de genre ritualisée ; le qualifier de sexuel et le caractériser de transvestisme permet cette prépathologisation, de sortir le désir de l’équation pour se centrer sur une souffrance individuelle. On voit en F65.1 que le travestisme fétichiste, à peine distingué du « bivalent », a été pathologisé dans ce collage travestissement-sexualité. Cette architecture trie et typifie ces deux types de transvestismes, organise une différence dans le lien entre une désexualisation (« bivalent ») et une sursexualisation (« fétichiste »). Ce qui a eu pour conséquence la production d’un récit trans désexualisé qualifiant le « transsexualisme vrai » et « faux » que reprennent nombre d’associations. D’où cette distinction primaire/secondaire, voire ternaire. Pourquoi donc les « trans » ne peuvent-ils pas obtenir des « bénéfices culturels » ? Peut-on les séparer de ce qui constituerait de l’être ?

Architecture du classement dans la CIM10

(F00-F99) Troubles mentaux et du comportement

F60-F69 Troubles de la personnalité et du comportement chez l’adulte

F64 Troubles de l’identité sexuelle

F64.0 Transsexualisme

Il s’agit d’un désir de vivre et d’être accepté en tant que personne appartenant au sexe opposé. Ce désir s’accompagne habituellement d’un sentiment de malaise ou d’inadaptation par rapport à son sexe anatomique et du souhait de subir une intervention chirurgicale ou un traitement hormonal afin de rendre son corps aussi conforme que possible au sexe désiré.

 

•F64.2 Trouble de l’identité sexuelle de l’enfance

•Trouble se manifestant habituellement pour la première fois dans la première enfance (et toujours bien avant la puberté), caractérisé par une souffrance intense et persistante relative au sexe assigné accompagné d’un désir d’appartenir à l’autre sexe (ou d’une affirmation d’en faire partie). Les vêtements et les activités propres au sexe opposé et un rejet de son propre sexe sont des préoccupations persistantes. Il faut qu’il existe une perturbation profonde de l’identité sexuelle normale pour porter ce diagnostic; il ne suffit pas qu’une fille soit simplement un « garçon manqué » ou qu’un garçon soit une « fille manquée ». Les troubles de l’identité sexuelle chez les individus pubères ou pré-pubères ne doivent pas être classés ici, mais en F66.-.

L’on a donc un trouble spécifique dans l’enfance (F64.2), frontalement distingué du « trouble du transsexualisme » (F.64) spécifique à l’âge adulte. Ils sont classés et constitués de telle manière à :

1/ reconstruire le prédicat naturaliste dissimulant le prédicat culturaliste ;

2/ qu’ils ne puissent être immédiatement placés sur un même plan comparatif, rendant là ainsi le rapprochement et la comparaison difficile et spéculative ;

3/ permettant une réfutation aisée et dissimulant la forclusion des franchissements de genre composant la binarité cisgenre.

Cette distinction dans l’architecture classificatoire a une conséquence cruciale : chaque individu doit reconstituer (péniblement, on le sait) le lien unitaire entre son enfance et l’âge adulte, ce qui ajoute encore à son isolement et sa détresse Situation qui favorise la nécessité d’un « suivi » et donc d’un « diagnostic » alors que cette distinction est performative en cloisonnant les périodes d’existence et alors même que le prédicat psychanalytique prétend au déterminisme vécu dans l’enfance ; périodes présentés comme étant deux états distincts, deux personnes différentes, en affirmant que l’identité de genre subjective se noue avant l’âge de deux ans et est irréversible. Sauf ici donc. Sujet béat, sujet béant dont on a masqué la forclusion culturelle sous l’imposition d’un universalisme naturaliste abstrait.

Ce modèle d’identité sexuelle organise entièrement une fois admis que le changement peut-être sinon thérapeutique, du moins la « moins mauvaise solution » :

– une transition de sexe subordonnant une transition préalable de genre alignée sur la conception cisgenre (6);

– une transition de changement de sexe suivi du changement juridique qui lui est subordonné impliquant 1/ une stérilisation de fait ; 2/ un divorce pour les personnes mariées afin d’éviter le précédent d’un mariage « homosexuel ».

Parmi les conséquences systémiques désengageant l’individu dans sa dimension privée pour sa dimension sociale :

1/ d’aligner la transition transsexe sur le modèle cisgenre essentialiste (process transsexe) :

2/ de distinguer transsexualisme et intersexuation alors qu’ils procèdent de la même matrice essentialiste et constructiviste : dans les deux cas, on fabrique des hommes et des femmes via la double technique médico-sociale et juridique ;

3/ de rejeter tous les franchissements non-binaires.

Maintien politique de la réponse clinique intersexe et trans, fabrique de corps normés via l’ancrage du corps, ce « roc du sexe » fondationnel (F. Héritier) ou constructiviste (toute la tradition « psy » depuis Freud).

La neutralité affichée du DSM et de la CIM synthétise ce contexte surplombant et invisibilisant maintenant la typologie sain/pathologique et s’alignant sur une division sociopolique en plaçant tout arbitraire à distance.

Arnaud Alessandrin (7) propose cette lecture des attendus du DSM :

1. La permanence du changement (et donc du désir de changement) doit être avérée

2. La binarité est la règle (l’autre sexe ayant plus ou moins de « bénéfices culturels »)

3. Le changement ne peut être ludique : il est issu d’une souffrance et d’un inconfort

4. Cette souffrance est une des conditions cliniques à l’obtention d’une opération remboursée

5. Le genre est abandonné au profit du sexe.

Prise en charge économique et médicalisante vont de pair pour juguler/contrôler les individus minoritaires recaractérisés dans cette architecture psychiatrique protégeant l’architecture juridique. Le diagnostic n’est plus que l’écart genre vécu/observance normative et non un genre vécu vs sexe biologique.

Comme indiqué, une réécriture du DSM a été programmée sous le nom de « non concordance de genre » (en anglais Gender incongruence) et l’OMS a proposé de même pour la CIM10, proposition à laquelle nous avons été convié.es (décembre 2010 (8)).

Une non concordance de genre marquée entre le genre assigné et les expériences de genre vécues d’au moins 6 mois et qui se manifeste par au moins deux des indicateurs suivants :

 

– Une non concordance de genre marquée entre les expériences de genre vécues et les caractéristiques sexuelles primaires ou secondaires ;

– Un désir fort de se débarrasser des caractéristiques sexuelles primaires ou secondaires d’un des deux sexes du fait d’une non concordance marquée entre l’expérience de genre vécue et le genre assigné ;

– Une attirance forte pour les caractéristiques de l’autre sexe ;

– Un désir d’appartenir à l’autre sexe ou à tout autre genre alternatif différent du genre assigné.

Quelques remarques : 1/ on passe du schème de l’opposition à celui de non concordance ; 2/La primauté absolue du sexe fait place à une relationalité du sexe et du genre 3/ dès le premier attendu, le contexte culturel est prééminent. La gestion des « bénéfices culturels » disparaît du tableau annulant ainsi le tri entre des individus transsexe et transgenre.

La notion de « l’autre genre » compris comme étant le « genre opposé » mue en un « tout autre genre alternatif », non seulement comme corolaire (et au sens) du genre assigné mais également de sa relationalité avec le sexe. Nous ne sommes plus dans l’hypothèse spéculative d’un 3e sexe ou genre mais dans cette multiplicité ouverte. Bref, le « Gender » pointe. Cela est beaucoup plus fidèle des transidentitaires, en particulier dans la confluence trans, queer et féministe, sans oublier la dimension de la sexualité en lien avec une identité de genre mouvante (7). L’on dégénitalise le genre en dissociant le sexe du genre tout en gardant le lien rituel entre genre et identité sexuelle. La neutralité de la définition est abandonnée pour le vécu et l’interrogation contextuelle des assignations. On parle toutefois de désir fort, d’attirance forte, de volonté forte, de conviction. On porte l’attention sur le vécu de l’individu mais il doit être plus fort que l’adhésion aux normes sensée être la « moyenne » et surtout la « population globale ». De fait, très vite l’on est revenu à la clinique d’une « dysphorie de genre », remédicalisant tout passage et redonnant au psychiatre, la haute main sur ceux-ci. De fait, la raison économique gouverne ce dossier.

Le critère de « non concordance de genre marquée entre le genre assigné et les expériences de genre vécues » est pourtant très révélateur des déconstructions et recompositions non-binaires et non naturaliste (8). Cette conception s’appuie sur une trajectoire d’existence acceptant l’aléa et la contrainte à l’assignation dans l’articulation sexe-genre. Le sujet sous-jacent n’est autre que le développement de l’enfance à l’âge adulte et où le critère de « maturité sexuelle » est corrélé à l’équilibre affectif et relationnel et non à la capacité de procréer. L’impensé radical est ici est la stérilisation dans la condition de passage légalisée. Thomas Beatie l’a replacé au cœur du désir d’enfant. A coup sur, un « bénéfice culturel ». 

Tous ces critères organisent ce clivage culturel, Nous/les Autres, sain/pathologique. Le transsexualisme moderne est lié au fait qu’il ne sont pas tenus en compte les tiers identitaires et donc de médiations tiers. D’où ma question, suis-je humain si je ne suis ni un homme ni une femme ? (9) Quelle est cette identité non fixée ? Comment puis-je la médier ? Quel lien dois-je constituer ? Qui puis-je aimer et qui peut ou veux m’aimer ? La réponse s’est imposée en l’absence de régulation sociale. C’est cela qui est en train de changer actuellement dans la confluence trans, féministe et queer dans les lieux de sociabilité incluant l’identité de genre trans. La diversité des parcours trans’ ou proches est liée à l’émergence d’une subculture trans’ au sein du foisonnement actuel sur la notion de multiplicité appliquée au genre ; au renversement épistémologique que cette notion provoque.

Pour conclure, une illustration de la question trans avec le film d’Alain Berliner Ma vie en rose. Ludovic s’identifie au féminin et, parce qu’il suit les normes de genre social, il veut l’éprouver en société. Berliner, comme Céline Sciamma avec Tomboy, situe son propos dans l’enfance en reposant la question au cœur du développement, avant le transsexualisme compris invention médicale et désir de vivre dans l’autre genre social. Nous sommes en amont du scellement « trans-sexuel ». Rien n’est encore fixé. Cela peut se résoudre dans l’articulation d’une identité « trans-genre » : Alain Berliner ne nous donne pas de prénom féminin pour cet enfant. Au terme d’un parcours éprouvant, la famille doit fuir et déménager. Nous sommes en aval de ce scellement : Ludovic va bientôt s’emmurer vivant, va devoir rêver sa vie aux couleurs du rose, se choisir un prénom opposé, un prénom féminin. La rencontre avec son aller ego se rêvant au masculin à la fin du film constitue le dernier trait d’union. Avant, il est dans l’identification à son genre propre, il peut ne pas vouloir changer de prénom, sa trajectoire peut aller et venir dans l’espace culturel des genres non opposés. Après, il est dans le désir de changement de sexe, de vouloir ce prénom féminin au lieu d’un prénom-identité mixte, androgyne, pluriel…

Donna Haraway écrit dans le Manifeste cyborg, les théories ont une valeur et cette valeur est déterminée par l’histoire. La construction même du sexe et du genre en objets d’étude contribue d’ailleurs à reproduire le problème, nommément celui de la genèse et de l’origine. Si le sexe est cette origine et le genre cette genèse, que restait-il donc à ces gens pour raconter leur histoire ? Comment des gens dont l’histoire est celle de la butée d’une pathologie pouvaient-ils dénouer ce nœud ? La réponse est diverse et cette diversité organise les rapports, soumis ou conflictuels, avec l’instance nouante.

En travaillant en articulation avec les questions trans et intersexué.es, la question déplacée au centre des débats se pose ainsi : peut-on  aménager des passages et franchissements de genre avant les modifications corporelles ? La réponse administrative au cas par cas peut-être une réponse. C’est la solution administrative proposée par l’Australie, un X pour les intersexes et trans’ et la proposition de loi en Argentine en 2011 à la Commission du Congrès argentin par le tissu associatif(10) pour ritualiser les transitions à partir de l’état civil et non des corps, transformés ou non. La solution proposée par le Népal en 2010 reconnaissant l’existence d’un troisième sexe-genre constitue une réponse sociopolitique à moyen terme et une réponse philosophique sur le long temps culturel. Elle n’inclut pas des exceptions et des minorités, elle inclut une population et avec elle, des personnes.


1. La conférence peut être écoutée sur le site de Queer Week, http://queerweek.com, Mercredi 07/03, Conférence, Réflexions sur la transidentité.

2. Autant le contexte du transsexualisme était limité, autant le contexte des transidentités s’ouvre à des espaces de mixité pluri-identitaire. Je ne ferai pas de distinction entre les différentes formes de transidentités sauf précision et surtout pas ce qui constitue le conflit actuel de vrais et faux trans que l’idéologie cisgenre a véhiculé.

3. Attendus de cette Journée d’Etudes, CIM, Dépsychiatriser, http://observatoire-des-transidentites.over-blog.com/

4. Alignement du genre au sexe par assignation fixe : mâle-homme-masculinité, femelle-femme-féminité.

5. CIM 11 et DSM V : faut-il déclassifier les variations de genre ?, Dossier CIM : dépsychiatriser, http://observatoire-des-transidentites.over-blog.com.

6. Dossier CIM : dépsychiatriser, http://observatoire-des-transidentites.over-blog.com.

7. LG… BT? Bisexualité, transidentité : invisibilité(s), http://observatoire-des-transidentites.over-blog.com/article-lg-bt-bisexualite-transidentite-invisibilite-s-87645849.html

8. Sujet sous-tendant de nombre de fictions XXY de L. Puenzo, Tomboy dfe C. Sciamma) et de documentaire (Mon sexe n’est pas mon genre, V. Mitteaux; L’ordre des mots, C. et M. Arra).

9. L’ordre des mots, C. et M. Arra.

 10. Association de travestis, transsexuell,es et transgenre d’Argentine ; FALGBT, fédération argentine Lesbienne, gay, bi et trans.


Mis en ligne : 18 mai 2012.

Charlotte : Lettre à celles et ceux qui n’aiment pas les trans et les inters

Charlotte

 

Ingénieur directeur de projet


 

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Oui, depuis mon plus jeune âge, j’aime porter des vêtements féminins alors qu’on m’a déclarée garçon à la naissance. 

J’avoue la faute, j’ai commencé à l’âge de 1 ans. Pour fêter mes premiers pas ma maman a fait plusieurs photos photo, frange, chignon, robe.

Je suis donc un pervers, un malade, un déglingué et ce depuis le plus jeune âge. Plus tard je me suis laissé pousser des seins, c’était vers 11 ans. Des seins que les copains auraient bien aimer toucher mais moi je ne voulais pas. 

Alors on m’a battue, on m’a montré des choses qui peuvent choquer un gosse encore nubile, on a dit les pires âneries sur moi et quarante ans plus tard, j’ai toujours du mal à supporter la présence d’un homme à moins d’un mètre de moi. C’est compliqué, j’aime vivre en femme, au milieu de femmes et je ne suis pas attirée du tout par les hommes !

Encore plus compliqué. J’aime vivre au milieu de femmes, qu’on me dise naturellement « madame » mais en même temps je suis très à l’aise avec mon équipement intime masculin. Je n’envisage pas du tout de m’en débarrasser !

Alors que suis-je ? A quoi voulez-vous m’associer ? Moi même j’avoue que j’ai bien intériorisé toutes les idées reçues sur les trans. Comme tout le monde, il m’arrive de détester ce que je suis, surtout quand mes particularités blessent quelqu’un.

Pourtant les choses sont très simples, un jean’s moulant, un tee-shirt au dessus de la ceinture, les cheveux sur les oreilles, un élastoc et une queue de cheval et c’est des « bonjour madame » comme une pluie de  pétales. Pas besoin de bijoux, ni de maquillage, ni de talons.

Pourquoi arrive t-il que mon épouse souffre de mon état ?

A treize ans on m’a fait des injections de corticoïdes, à quatorze je suis passée aux testostérone. Rien à faire, mes seins grossissaient encore. Ca excitait les copains du rugby, d’ailleurs ils me violaient.  Chaque fois je croyais mourir, je leur ai même demandé de me tuer. On a préférer penser que je j’étais coupable, alors comme cadeau de Noël à 15 ans le corps médical m’a coupée. Plus de glandes, mastectomie bi-latérale. J’aime pas le père noël.

Les injections de  testostérone jusqu’à 19 ans, puis le père noël (le corps médical) m’a dit tu es Klinéfelter, tu n’auras pas de gosses, tu ne pourras pas te marier et… ton espérance de vie est limitée (35 – 40 ans). Ah, j’oubliais un truc, pas la peine de faire des études supérieures, les Klinéfelter, c’est pas pour eux (1).

Bon, bon, bon… ma fille a 23 ans, mon fils 26 ans, je suis mariée et je suis employée comme ingénieur directeur de projet. Je dirige la construction de grands trucs recevant du public,  de grandes usines, on fait appel à moi pour des trucs assez trapus. Dernier truc, je vais avoir 52 ans.

« Quand tu m’en a parlé, j’ai cru que c’était comme l’appendicite, une fois opéré c’est fini ». Je suis entrée en franc-maçonnerie à 30 ans et lors des entretiens préalables j’ai tenu à leur dire que j’étais opérée car à l’époque je me me disais que j’étais anormal. Je ne savais pas si les anormaux étaient admis en franc-maçonnerie.

Une fois opéré c’est fini ! J’avais une malformation, on me l’a retirée, je suis guérie ! A l’époque je voyais les choses comme ce monsieur qui était venu à la maison pour mieux me connaître avant que je ne sois admise en Franc-Maçonnerie.

J’étais corrigée,  mes « malformations » retirées. Cependant  je continuais à prendre des vêtements féminins. Par crises. D’autres crises faisaient de moi un superman. Rien dans la nuance, tout dans les extrêmes comme dit ma femme qui déteste les excès. Et oui,  j’ai pris l’habitude de vivre à fond, mon temps était compté. De plus quand c’est votre doublure qui est sur scène, vous lui faites faire les trucs les plus audacieux. Jusqu’à la délinquance car nous ne sentez pas les coups, c’est l’autre qui prend.

Au milieu de la quarantaine j’ai commencé à consulter un psy spécialisé, membre de l’équipe officielle de ma région. J’étais arrivé à un tel niveau de haine de ma personne… il fallait que j’en parle à un pro de la question. Je lui ai dit « docteur guérissez-moi. Retirez-moi ces idées de ma tête. C’est nul. Ca incommode mon entourage, je me déteste »

Ben, ça n’a pas marché. Au bout du compte j’ai opté pour une autre solution : cesser d’avoir honte de moi. Je voulais retrouver mes formes d’avant la testo. Il me fallait une hormonothérapie. 

Alors un samedi matin pluvieux nous avons été reçues avec ma femme par le grand psy officiel régional. Il ne nous a pas offert le café mais il a dit que deux personnes de même sexe ne pouvant pas être mariées, si nous persistions dans la demande il fallait d’abord divorcer. 

Des amis militants et militantes m’on donné un coup de main pour trouver des soignants non pervers (certains entretiennent la souffrance). Maintenant que j’ai fait monter le taux d’œstrogènes, je suis enfin bien dans ma peau. Les choses sont enfin simples. Je n’ai plus honte car on me dit « madame ». J’avais honte quand j’entendais des « monsieur » que je ne méritais pas, j’avais l’impression de mentir. D’être dans le faux.

Alors que suis-je ? Femme ? Homme ?

Quand je fais de la provoc, je dis « je suis bien depuis que je ne pose plus la question ».

Ca n’est pas faux mais le problème n’est pas là. Pour être bien il faut aussi que votre entourage soit bien avec vous, qu’il ne vous subisse pas. Que l’attrait soit sincère et réciproque. Que l’un des membres du couple ne porte pas les « écarts » de l’autre comme un secret de famille inavouable.

De ce coté-là j’avoue que c’est fluctuant. L’image que nous avons de nous est issue de l’image supposée que les autres on de nous. Hé oui, on ne vit pas sans le regard des autres ! 

« Bonjour mesdames », nous disent les commerçantes et les inconnues. Je suis flattée mais mon épouse vit très mal que nous soyons considérées comme un couple féminin. J’avoue que je ne sais pas quoi faire face à cette situation. Ca serait plus simple si je n’étais pas convaincue d’être une femme !

La place du genre est peut-être trop grande dans nos jugements. Mais comment relativiser la place du genre dans l’idée que nous avons des autres, donc de nous-mêmes ?

On peut aller très loin dans la mise en cause du genre et dire qu’il n’y a qu’un genre, le genre humain. Cependant on ne fait qu’esquiver la question fondamentale, peut-on choisir soi-même son genre? 

De mon coté je ne pense pas qu’on puisse être « hors-genre », comme on serait « hors la loi ». Je penserais plutôt que le genre est une conviction. Comme toutes les convictions, celle-ci doit être acceptée. C’est le principe de la laïcité, pas d’intrusion dans les convictions. A condition bien-sûr que  celles-ci ne s’imposent pas aux autres. Rassurez-vous, on n’a jamais vu des trans, cutter en main, découper les seins et les pénis, contrairement à d’autres (ceux qui ne veulent qu’un sexe par personne) !

Je suis toujours surprise qu’un homme en jupes ça choque. Pourquoi est-ce plus choquant qu’une femme pantalons ? Je n’ai toujours pas compris pourquoi il est socialement admis qu’une femme puisse s’habiller e homme, alors que l’inverse est péjaurant. Pourtant quand il fait chaud  comme en ce moment, porter une jupe c’est super (sur des jambes lisses).

Enfin, je ne règle rien je l’avoue. Beaucoup  de questions restent sans réponses. Cependant j’espère que la prochaine fois que vous croiserez une personne qui sur-joue un rôle de mec,  demandez vous si derrière tout ça il n’y a pas une petite fille qui aimait jouer à la mariée quand elle était petite. Etait-ce alors un monstre ? un pervers ? un problème d’éducation ? une bonne correction aurait-elle suffit ?

A toutes ces questions vous savez maintenant que la réponse est non.

Dernier petit messages pour les mamans et les papas d’un gosse muni d’organes « ambigus » ou qui ont des « malformations » qui apparaissent à l’adolescence:

N’opérez pas ! Tout ou tard il manquera quelque chose à votre enfant. Demandez-vous au contraire comment lui permettre de s’épanouir dans le genre de son choix. Permettez-lui de choisir, achetez lui des jupes ET des pantalons.

Dernier-dernier truc… si votre garçon n’a pas d’organes ambigus, s’il n’a pas de « malformations » à l’adolescence… offrez lui une jupe tous les ans. Il la portera ou ne la portera pas. C’est à lui de voir. Pas à vous.

(1) : pour ceux qui se demandent si tout ça est bien possible, j’ai la chance inouïe d’avoir une maman qui a tout gardé. Analyse, biopsie des glandes, courriers médicaux, cartons d’emballage des doses de testos et des corticoïdes.

 ANNEXES ET EN VRAC

 

Historique de mon accompagnement médical

 

– de 11 à 13 ans :  conseils du médecin de famille: « il faut faire plus de sport » (pour éviter que les seins grossissent encore). Prise de « fortifiants » en injections de Revitalose. Suivi par un guérisseur, acuponcteur et un prêtre exorciste. Opération de l’appareil génital.

– de 13 ans à 14 ans : injections hebdomadaires altérnées de Gonadotrophine chorionique ISH 1000 et Gonadotrophine sérique « endo »

– de 14 ans à 19 ans : injections mensuelles de Percutacrine Androgénique Forte et Androtardyl

– 15 ans : mastectomie bilatérale

– 19 ans à 22 ans suivi psychologique suite à plusieurs actes de délinquance

– 30 ans réapparition du besoin d’être considérée comme femme, par les autres femmes

– 30 ans à 35 ans une vingtaine de RDV chez des psys généralistes locaux, classement de ces besoins comme étant des fantasmes courants.

– de 35 ans à 42 ans période d’enfouissement et d’oubli total, prise de charge pondérale + 33 kg

– 42 ans troubles profonds de la mémoire, accompagnement par un service spécialisé au CHR. 

– 44 à 48 ans douleurs testiculaires aigues, plusieurs hospitalisations

– 46 à 49 ans accompagnement psychologique par le professeur ML Bourgeois, puis 1 rendez-vous au CHR avec M Sophie Boulon (clash)

– 49 ans à 51 ans : épilation laser du visage par un « médecin de l’esthétique » – 300 € la séance

– 50 ans à ce jour ( bientôt 52 ans), suivi psy par Tom Reucher

– 50 ans à ce jour, hormonothérapie (prise d’œstrogènes) – Œtrodose – 6 pressions par jour

– 51 ans : orchitectomie (j’avais déjà oublié !) Précision : la libido est ses suites fonctionnent impeccable malgré l’orchitectomie et les 6 doses d’hormone.  Le seul changement est la disparition des érections intempestives nocturnes (presque toutes).

– 51 ans à ce jour : rééducation de la voix (phoniatre),

– 51 ans à ce jour : épilation laser du visage (poils noirs) électrolyse des poils blancs  (dermatologue)

– 51 ans à ce jour : consultation d’un neurologue pour  traitement des douleurs chroniques de la poitrine (apparues 35 ans avant, depuis la mastectomie). Prise de Lyrica lors des crises, efficace en 30 minutes. Mais pourquoi on ne m’a pas prescrit ces trucs avant ????? Les monstres comme moi doivent souffrir jusqu’au bout ?

 

 

 

Perception de mon identité féminine par des tiers inconnus

 

Pas facile de théoriser, le mieux est de raconter

Même à 113 kg (au sommet de ma gloire), j’entendais plusieurs fois par an des « bonjour madame » alors que j’avais les cheveux coupés en homme, costume de cadre masculin et parfois la barbe.  

Moins d’un mois après  le début de l’hormonothérapie les « madame » sont apparus régulièrement, seul ou avec mon épouse. Sur le marché au restaurant, dans les bars. J’étais alors encore à 98-100kg

Après 2 mois d’hormonothérapie (vers 90 kg), deux serveuses se sont adressées à moi au féminin (en présence de ma femme), pendant 1h30.  Elles se sont adressées à moi au masculin après le paiement par carte bleue (où il y a mon nom)

Au cours des  6 mois qui suivirent  il m’est arrivé de rentrer volontairement dans des supermarchés pour avoir ma dose quotidienne de « madame »

Malaise ressenti lorsque les caissières accentuent les « monsieur », en employant parfois plusieurs fois le mot « monsieur » dans la même phrase ou en accentuant la prononciation.  C’est ce qui a accéléré la décision de consulter une phoniatre. Ma femme et les soignantes qui m’accompagnent m’ont expliqué que les dames qui pensent  s’être trompées sur mon identité lorsqu’elles ont d’abord dit « madame », essaient de rattraper leur erreur. Je ne percevait pas les choses comme ça, je ressentais de la haine à mon égard.

Aujourd’hui à moins de 80 kg, les « madame » sont systématiques. Je vis les situations les plus cocasses, comme celles-ci: Une vendeuse de la Mie-caline me dit d’abord Monsieur est généres et me dit des  « Madame » (malgré ma voix). Un chef de chantier s’adresse à moi avec des « madame », malgré ma tenue masculine, casque cachant les cheveux, gilet fluo, chaussures de sécurité, voix lourde (je lui ai fait un rappel à l’ordre de 5 minutes)  et ma voiture de fonction hyper macho (un gros ML-MB de voyou).

Il m’arrive souvent de me retourner quand une personne face à moi me dit « madame » (j’ai le réflexe de penser qu’on s’adresse à quelqu’un derrière moi)

Je commence à prendre du plaisir à voir le visage  déconfit des hommes qui entendent ma voix alors que depuis 10 minutes ils pensaient avoir une femme assise à la table d’à coté. Je me sens comme un punk dans les années 70 : la provoc.

Je n’essaie pas d’éclaircir ma voix, je ne triche pas. Ca vient naturellement ou pas. 

Depuis toujours je fonctionne par mimétisme. Avec les femmes, je suis une femme et avec les hommes je suis un homme.

Genre administratif

 

Je ne suis pas encore confrontée à ce problème. 

Je suis pour l’auto détermination du genre, le libre choix du prénom et la suppression du genre sur les documents administratifs ( CNI et le n° insée). 

Quand ma femme m’appellera Charlotte (ou tout autre prénom féminin de son choix), j’essaierai alors de régulariser la situation chez les bleus.  La lutte contre des législateurs cul-culs est toujours un plaisir, comme à chaque fois que je milite.

En septembre dernier l’andocrinologue a préparé une demande ALD avec en tête de la demande « transsexualisme ». J’ai beaucoup pleuré dans le TGV en relisant ça. 

Je ne voulais pas admettre que je suis transsexuel. Puis j’ai fini par comprendre que je suis devenu trans-sexuel le jour où on a m’a assignée en homme et non pas dans ma démarche actuelle de vouloir redevenir dans mon genre de naissance : double. 

Contre l’identitarisme

 

Curieux cette affaire. Je ne me sens pas « ni l’un ni l’autre », mais LES DEUX.

Puis comment savoir ce qu’est l’Un et ce qu’est l’Autre ? 

Je n’ai pas de réponse.

C’est aussi compliqué que la conviction de l’existence d’un dieu, de plusieurs, d’une force suprême…. pour que ça se dégonfle, il faut pouvoir adhérer à une idée, il faut pouvoir la critiquer, la contester, se rétracter, ou pratiquer…. ça s’appelle la laïcité.

L’expression la plus aigüe de ma féminité, elle est irréfléchie et je l’ai découverte il y a peu. En sortant du restau l’autre soir avec ma femme et ma fille (juillet 2011), nous sommes allées nous faire voir devant les terrasses bondées des restaus et des bars… Quel plaisir de se sentir regardée, désirée ou jalousée pour son audace. Plaisir aussi de faire les sopranos toutes les trois dans la bagnole ou à la maison (hé-hé, la phoniatre dit que je suis contre-ut, c’est rigolo).

J’ai accepté de faire la demande ALD sous le titre de TRANSSEXUALISME pour que cette reconnaissance puisse me permettre de solliciter des rendez-vous auprès de soignants sans devoir faire légitimer ma demande à chaque fois par un psychiatre. Prendre un RDV franco, ne pas être obligé de pleurnicher et de baisser les yeux pour entamer une série de séances laser etc..

Pour moi l’identité de trans-sexuel(le) est très péjorante. Je ne veux pas trans-former mes organes génitaux. Je veux seulement être considérée comme femme par les femmes en général et ma femme en particulier.

Pourquoi péjorante ? Parce que j’ai été éduquée dans un monde qui considère tout ce qui est différent appartient à la catégorie des sous-merdes. Il faut faire un effort intellectuel réel pour surmonter cette éducation, la classification, l’identitarisme. J’y arrive pas de souci, mais même en étant passé par les douleurs que j’ai connues, j’avoue que parfois je suis aussi con que le dernier beauf (encore une catégorie).

On m’a déjà trans-formée par la mastectomie et  les hormonothérapies à l’adolescence.  Cette transformation était  une dissimulation de ma double appartenance.  On m’avait éduquée pour avoir honte d’une partie de moi. J’étais tellement conditionnée dans ce sens qu’il m’arrivait de demander aux médecins et à mes parents de m’opérer au plus vite.  

Je voulais être « comme tout le monde ». Mais en même temps je rêvais que m’a mère me dise « t’emmerdes pas, tu es très bien en fille, tiens voilà la jupe que je t’ai achetée, on va te changer de collège etc… », et qu’elle recommence à me faire des tresses comme quand j’étais petite. 

Si on ne m’avait pas fait honte avec des « t’as pas honte d’être une fille », si on ne m’avait pas appris « la honte » (d’être double), si j’avais pu choisir selon mes humeurs irréfléchies ou réfléchies de porter un pantalon ou une robe… je pense que je n’aurais jamais souffert, je ne me serais jamais détestée et considérée comme une sous-merde. 

Ainsi, je pense que ne me respectant pas (car j’en étais incapable avec le regard que j’avais sur les gens différents), il était logique que les autres ne me respectent pas.

Je ne me respectais pas car j’étais LA FAUTE, l’erreur de la nature, le malheur de mes parents. On disait de moi que j’avais des malformations etc…

Je m’en suis voulu de ne pas être comme les autres ( F ou G) en même temps je m’en voulais de ne pas avoir le courage d’affirmer ma double nationalité.

Voilà pourquoi la classification de la population fait des ravages (F, G, H, T, L, I, etc…): ça crée des sentiments fascistes de supériorité.

Maëlle Chabert : Les identités plurielles

Maëlle Chabert
Chargée de projet – Prévention santé


L’antenne Jeunes d’Amnesty International a été porteuse de projet les vendredi 10 et samedi 11 juin 2011 dernier.


 

Cela faisait 2 ans qu’il n’existait plus d’antenne jeunes à Nice. Scarlett Pizzetta et moi-même, Maëlle Chabert, avons donc entrepris les démarches pour recréer le groupe et recruter de jeunes bénévoles comme nous, afin de défendre les droits humains en ce qu’il est à notre portée de promouvoir.

Nous avons orienté nos actions de l’année 2011 vers la campagne « Dignité » d’Amnesty International France. C’est alors que j’ai proposé d’aborder un sujet encore mal connu, fantasmé tant que diabolisé : l’intersexuation. Cyrielle N’Diaye étudiant les questions de genre depuis plusieurs années m’a rejointe pour élaborer le projet.

Quelle inspiration en est à l’origine? Celle faisant de tout être une entité ayant droit à la singularité sans être stigmatisé-e et considéré-e comme mystique ou cobaye.

Qu’est-ce que l’intersexuation ?

« Aussi appelée « hermaphrodisme » ou « ambiguïté sexuelle », l’intersexuation est une variation du développement sexuel. C’est-à-dire que les organes génitaux de la personne ne correspondent pas aux standards mâle et femelle.

L’intersexuation est parfois due à une variation génétique comme pour les personnes porteuses des chromosomes sexuels XXY, XYY, XO… mais certaines variations ne sont pas génétiques et restent inexpliquées. De même si certains enfants ont une intersexuation clairement visible à la naissance, d’autres ne la développeront que plus tard (souvent à l’adolescence).

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, beaucoup de personnes sont « tout simplement » XX ou XY alors que leurs organes génitaux ne sont pas dans les normes correspondant à leur caryotype. Quand on parle de chromosomes, il est très facile de penser à des maladies lourdes voire incurables mais l’intersexuation n’est pas une maladie, même si elle peut parfois engendrer des problèmes de santé plus ou moins graves.

Dans notre société, tout ce qui concerne le développement génital et l’identité sexuée est tabou et mal connu mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’intersexuation a toujours existé et n’est pas si rare que ça par contre elle est facilement passée sous silence. »[1]

 

Pourquoi mener une action de sensibilisation ?

Parce qu’au nom de la « difficulté pour un enfant d’être ‘sans étiquette’ », autrement dit ni complètement un homme ni complètement une femme, la plupart des situations d’intersexuations sont traitées dès la naissance avec une urgence sans rapport avec l’état de santé :

– Les parents doivent déclarer le sexe de l’enfant sur l’acte de naissance. C’est-à-dire qu’un enfant qui nait avec une variation du développement sexuel et qui ne peut pas être défini dans une des deux cases, féminin versus masculin, n’existe pas juridiquement donc il « doit être assigné » à une identité sociale normalisée (qui n’est donc pas la sienne véritable)…

– Sans qu’aucun pronostic vital n’ait été prononcé, et le plus souvent en l’espace de 48h, l’assignation sexuelle (opération chirurgicale normalisant l’anatomie) d’un nouveau-né est décidée par une équipe pluridisciplinaire de médecins.

« On ne « blanchit » pas la peau des noirs parce qu’il existe des racistes.

On ne soumet pas un enfant obèse à une liposuccion parce qu’on ne trouve aucune boutique de vêtements dont les tailles ne dépassent le 44. ».

Se pose ici la question de l’assignation d’un genre social et d’une anatomie, choisis par des tiers sans consentement ni revendication identitaire de l’individu lui-même.

Autrement dit, il s’agit d’une atteinte à l’intégrité physique et psychologique d’un être humain qui né pourtant avec des organes totalement sains (sachant que l’on ne parle pas ici des personnes dont les cas nécessitent une intervention vitale).

En rapport à l’appartenance sexuelle, deux notions doivent être posées :
– « sexe » désigne ici la dimension biologique,
– « genre » désigne la dimension sociale, culturelle, affective, morale… avec des rapports toujours changeants au cours de l’histoire.

D’après la plupart des membres du corps médical pratiquant la réassignation sexuelle, « sans sexe identifié, la société est beaucoup plus cruelle car il n’y a pas de visibilité officielle donc ce n’est pas viable pour un individu». Mais c’est justement le bistouri qui invisibilise les intersexué-e-s.

Sans oublier que la chirurgie lourde implique des risques pour la santé : perdre des sensations, traitement hormonal de substitution à vie, stérilité…

De plus, le développement de l’identité de genre n’est pas toujours en accord avec ce qu’ont choisi les médecins / les parents.

Enfin, il est rare qu’il y ait un suivi postopératoire. Or il existe une chance sur deux pour que la décision soit mauvaise : dans ce cas, les erreurs sont très graves mais considérées comme résiduelles.

Au sein d’Amnesty International, la commission LGBT défend les droits des personnes Lesbiennes, Bisexuelles, Gays, et transsexuelles. L’orientation sexuelle et l’identité sexuée doivent être bien distinguées et constituent des dimensions de l’identité humaine qui doivent être considérées comme des droits fondamentaux. Amnesty International s’appuie sur la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme votée en 1948 en particulier les articles mentionnant le principe de non discrimination et de respect de la vie privée. C’est cependant la toute première fois que le thème de l’intersexuation est abordé.

Nous avons donc proposé à des professionnels et associations spécialisé-e-s dans les questions de genre, ainsi qu’à des personnes concernées par les identités plurielles, de travailler sur la base de films et documentaires. L’association Orféo, plusieurs directeurs de thèse et doctorants de l’UNS travaillant sur les conceptions des genres, les transidentités, les intersexualités et transexualités, ainsi qu’une avocate à la Cour pénale Internationale spécialisée dans les crimes contre l’Humanité ont ainsi constitué le noyau dur des interventions.

Le « grand public » a ensuite été convié à se réunir autour des projections suivies de débats. Grace aux 50 participants présents durant les deux journées, nos objectifs ont pu être atteints : témoigner, informer, faire s’interroger.

Parce que l’inconnu n’offre, par définition, aucun repère et que s’orienter dans un labyrinthe d’ignorance engendre la peur et légitimise le rejet, nous avons basé notre travail sur l’échange, la verbalisation et la parole libre.


 Programme des projections-débats – INTERSEXUATION-S – Contre les discriminations faites aux intersexué-e-s

Organisé par : Maëlle Chabert Co-responsable Antenne Jeunes Nice Amnesty International et Cyrielle N’Diaye

9h30 – 13h30 au Cinéma Mercury – 16 place Garibaldi 06300 Nice

Comment aborder les intersexualité-s et les identités de Genres dans notre réalité ?

Projection du film « XXY » réalisé par Lucia Puenzo – 2007.

Débat en présence de : Karine Lambert – Historienne, Maîtresse de Conférence, Chargée de mission égalité (IUFM Célestin Freinet, UNS), Maria Stefania Cataleta – Avocate à la Cour Pénale Internationale, Sergio Sarmiento – Maître de Conférence (UNS).

Vendredi 10 juin 2011

15h00 – 18h30 à Amnesty International – 36 rue Gioffredo 06000 Nice

Transexualité-s – Quelle(s) identité(s) ? Genres, Transidentités et Intersexualités.

Court-métrages de Karine Espineira et Maud-Yeuse Thomas

En présence de : Karine Espineira – Doctorante en Sciences de l’Information et de la Communication,

Maud-Yeuse Thomas – Chercheure indépendante.

 

Samedi 11 juin 2011

9h30 – 13h00 au Cinéma Mercury

Intersexualité-s – Quelles réponses aux discrimations ?

Projection montage – témoignages intersexes – documentaire.

Extraits de « L’ordre des mots » de Cynthia Arra et Mélissa Arra.

En présence de : Ollie Ricart – Co-fondateur de l’Association Orféo – Paris et Perpignan,

Raphaël – Étudiant Master Recherche à l’EHESS, mention ‘santé, populations et politique sociale’ Recherches : ‘Le corps médical face aux corps intersexués’.


La plus grande réussite de ces journées de projections-débats sur les Intersexuations est d’avoir pu mener à terme un projet au sujet complexe et peu connu.

Cela a été rendu possible par la mise en réseau de personnes profondément humanistes, curieuses et respectueuses, ainsi que par la présentation de thèmes abordées sans ambages.

Notre souhaitons que nos travaux et associations futur-e-s ouvrent une réflexion sur l’altérité.

« Pourquoi le physique qui sort de la norme est montré, stigmatisé et rejeté, entre fascination et dégoût ? » [La compagnie des Délices, Le Monstre en trope].

Je suis intimement convaincue que la méconnaissance et l’ignorance sont des vecteurs de peur donc de préjugés et qu’avant de s’insurger ou de vouloir changer le monde, il est important de commencer par parler, informer, échanger, s’interroger, démystifier. Déconstruire certaines représentations et les affects qu’elles mobilisent pour reconstruire ensemble avec des repères tout neufs.


[1] http://asso.orfeo.free.fr

Sergio Sarmiento : XXY, un autre regard sur l’intersexualité

Sergio Sarmiento

Maître de conférences – Laboratoire I3M – Université de Nice


L’histoire

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(crédit http://www.lenouveaulatina.com/)

Alex, une jeune fille intersexuée[1] de 15 ans, vit aux alentours d’une ville côtière d’Uruguay[2]  avec ses parents. Originaires de Buenos Aires, après la naissance d’Alex, Kraker (le père) et Suli (la mère) décident de quitter la capitale argentine et se refugier avec leur fille dans un village situé sur la rive gauche du Rio de la Plata.  Kraker est biologiste et s’occupe de protéger et étudier la faune locale.

Le film commence avec l’arrivée d’un couple d’amis de Buenos Aires avec leur fils, Alvaro, 17 ans. Contacté par Suli, le père d’Alvaro, Ramiro, est chirurgien esthétique et s’intéresse au cas d’Alex. On apprendra assez rapidement l’intention de sa visite.

Lors de leur premier contact, Alex demande à Alvaro s’il veut faire l’amour avec elle. Ce dernier refuse. La jeune fille se trouve à un âge où si elle veut renforcer son aspect féminin, il faut qu’elle prenne des traitements (des corticoïdes) pour éviter sa virilisation (elle-même explique à son nouvel ami que les pilules qu’elle doit avaler « vont éviter que sa barbe pousse »).

Une amitié se construit entre les deux adolescents. Cette relation les confronte à leurs peurs. Ils finissent pour avoir un contact sexuel, surpris par hasard par le père de la jeune fille.

Les parents d’Alex apprennent que leur fille risque d’être renvoyée de son lycée car elle a agressé son meilleur ami, Vando. Ce dernier connaît le « secret » d’Alex, mais il a été imprudent et l’a divulgué auprès de quelques personnes qui subitement se sont intéressées au cas de cette adolescente « pas comme les autres ». Trois garçons d’à peu près le même âge, de toute évidence mis dans la confidence, agressent Alex car ils sont curieux de voir ce que cette fille cache. Dans cette scène, d’une grande violence, l’intervention de Vando empêche le viol de l’adolescente, mais il arrive assez tard pour éviter que les trois garçons vérifient la constitution des organes génitaux d’Alex.

Le film finit avec le départ du chirurgien, sa femme et son fils.

 

Le droit de choisir

Lucia Puenzo, la réalisatrice du film, nous livre une œuvre portée par un regard pudique et  différent sur un sujet très peu traité par le septième art[3].

Contrairement aux cas de la plupart des intersexués dont les parents sont contraints par le corps médical[4] à accepter une ou plusieurs interventions chirurgicales de « normalisation », les parents d’Alex refusent. Kraker avoue à Ramiro, le chirurgien, que dès le premier moment qu’il a vu sa fille, il l’a trouvé « parfaite ».

Son père va rencontrer un homme intersexué dont son cas a été médiatisé. Celui-ci l’aide à comprendre la situation de sa fille en lui montrant des photos de lui à 15 ans où il était considéré appartenant au sexe féminin. Cet homme raconte qu’il a subi cinq opérations au cours de sa première année de vie, interventions qu’il qualifie de « charcutières » et le rassure sur le fait qu’Alex a le droit de choisir.

La jeune fille, après le rapport sexuel avec Alvaro, et interrogé par ce dernier, se définit elle-même comme étant « les deux » (garçon et fille) et par rapport à son orientation sexuelle, elle affirme ne pas savoir si ce sont les garçons ou les filles qui l’attirent.

Après l’agression subie par Alex, Kraker explique à sa fille qu’il sera là pour la protéger jusque à qu’elle décide. Elle répond : « Et s’il n’y a rien à choisir ? ».

La nouveauté du film de Lucia Puenzo apporte à ce sujet la possibilité de penser l’intersexuation soit comme une période de transition vers une « normalisation » homme/femme ; soit comme un état permanent assumé par la personne elle-même.

 

La peur, le refus face aux différences

Comment peut-on nommer Alex ? Hermaphrodite ? Intersexuée ? A cause de l’ignorance sur ce sujet, ces mots peuvent susciter de nombreuses interrogations dans l’imaginaire collectif forgé par la norme binaire homme/femme. On nous habitue à croire que la différence des sexes est une évidence, ce qui n’est pas du tout vrai, car ce sont des constructions sociales[5]. Comme l’explique Pierre Bourdieu, le corps est toujours un corps socialisé, fabriqué au travers de la familiarisation avec un monde physique symboliquement construit par les structures de la domination[6].

Alvaro, avant de découvrir la particularité d’Alex, lui dit : « Tu n’es pas normale, tu es différente et tu le sais. Tu es bizarre. Pourquoi tous te regardent ainsi ? ».

Si l’on part de la performativité du langage, on considère que les mots produisent ce qu’ils désignent, le « déterminent »[7].

Cité par Eribon, dans « Le journal du voleur », Genet écrit : « le mot voleur détermine celui dont l’activité principale est le vol. Ce mot précise en éliminant – pendant qu’il est ainsi nommé – tout ce qu’il est autre que voleur ».

Suivant Bourdieu, Didier Eribon affirme que « le mot voleur impose une identité homogène et exclusive. Les noms qui servent à classer, stigmatiser, catégoriser,… renvoient à la performativité sociale du langage ».

Alex ne correspond pas aux normes sociales. Elle est un cas à part. Et de ce fait, elle fait peur, car elle n’est pas « classable ». L’injure, le regard raciste en général, inscrit une essence dans le corps et le cerveau de l’individu désigné. L’injure est essentialiste, car le monde social l’est[8].

Eribon explique que si l’injure peut avoir une telle efficacité, une telle prise sur l’individu qu’elle vise, c’est parce que la société a déjà inscrit en son corps et son cerveau les structures de l’ordre social (hiérarchie des classes, des races, des sexes, des sexualités…).

Tout ce qui ne rentre pas dans ces structures de l’ordre social suscite une forme de peur de l’inconnu qui conduit à l’exclusion. Ainsi trois jeunes garçons vont agresser Alex dont la particularité doit réveiller inconsciemment chez eux un mélange de curiosité et de peur.

Alex s’interroge elle-même si elle n’est pas « un monstre »… Aussi bien les objets qu’elle a dans sa chambre (notamment les poupées dévêtues et avec un pénis ajouté) que ses dessins témoignent de sa souffrance. 

Elle ne peut pas se retrouver dans cette différence de sexes qui paraît si évidente pour la société. Dès que son « secret » sera connu par tous, elle sera forcément stigmatisée, voire exclue de « la norme », de ce « privilège épistémologique »[9] de l’hétérosexualité et de la différence de sexes.

 

Secret de famille

« Si je suis si spéciale, pourquoi je n’ai pas le droit d’en parler ? » interroge Alex à son père. Ses parents ont fui Buenos Aires pour protéger leur fille du jugement des autres. Ils se sont installés dans une maison en bois isolée aux alentours d’une petite ville côtière.

Il est vrai que la question « c’est une fille ou garçon ? » lors de la naissance d’un enfant pose un problème pour les parents d’intersexué-e-s, vis-à-vis de la société et de leur propre représentation du masculin et du féminin. « Quand on apprend que son enfant est intersexué, on se retrouve démuni et seul. On est parfois en colère de se sentir si impuissant et angoissé pour l’avenir de son enfant »[10] Dans le film, Suli partage ses douloureux souvenirs avec Ramiro et Erica, les parents d’Alvaro.

Ce secret de famille est le moteur-cause de l’angoisse d’Alex. Elle confie à Alvaro que ses parents lui font de la peine, car ils sont toujours en train d’attendre…

Le chirurgien explique à Suli qu’Alex court le risque de se « viriliser » si elle ne suit pas son traitement, qu’elle va « arrêter de se développer comme une femme ». Plus tard, la femme du chirurgien opine qu’il faut l’opérer, que c’est la seule solution.

Kraker n’a pas apprécié que sa femme fasse venir le chirurgien, mais cette dernière interroge son mari : « Et si elle le veut ? ». Ils ne savent pas comment réagir pour permettre à leur fille une vie épanouie.

Après l’agression subie par Alex, Kraker lui demande si elle veut porter plainte auprès de la police, sachant que cette décision va faire que « tout le monde soit au courant de son cas ».  Sa fille répond : « Qu’ils le sachent ».

On a l’impression à la fin du film, qu’Alex s’oriente vers une acceptation d’elle-même telle qu’elle est. Didier Eribon explique dans le cas des homosexuels-elles, mais nous pouvons le transposer à tous ceux et à toutes celles qui font objet d’une discrimination, comment l’injure et l’insulte conduisent dans un premier temps à la honte et l’humiliation jusqu’au moment où certains individus décident d’assumer leur condition dans un acte de fierté qui leur permet de réinventer leur propre subjectivité[11].

 

Le contexte argentin de réception du film

Comment la société argentine a-t-elle accueilli le film XXY ? Nous pouvons affirmer que l’Argentine connaît depuis la dernière décennie un mouvement plutôt favorable au débat sur des sujets relatifs à l’homosexualité et la transsexualité. Ces sujets sont devenus omniprésents dans le cinéma, la télévision et l’ensemble des médias. Et l’on peut imaginer à quel point la pénétration massive de la télévision dans les foyers argentins peut être un vecteur essentiel dans l’évolution des mentalités.

XXY, sorti en Argentine le 14 avril 2007, a attiré près de deux cent mille spectateurs[12]. Par ce fait le film n’a pas eu un très grand impact sur le public, même s’il a reçu des prix lors de festivals étrangers[13].

Cependant, d’autres éléments nous font penser que ce type de questions (y comprise celle de l’égalité hommes-femmes) ont préparé un contexte accueillant, comme par exemple, outre la surabondance des représentations sur l’homosexualité dans les médias ; la participation d’une transsexuelle jouant son propre rôle dans un feuilleton pendant deux ans ; le fait que ce soit une femme qui ait été élue Présidente ; l’adoption de la loi sur le mariage égalitaire et un cas de fête populaire revisitée par la culture gay.

Mis à part le fait de l’omniprésence de l’homosexualité dans la télévision argentine, une télénovela[14] qui a fait des records d’audience, Los Roldan (2004-2005), a mis en scène la comédienne Florencia de la V., transsexuelle, jouant son propre rôle de trans dans le feuilleton télévisé.

Florencia de la V. a été adoptée par un très large public populaire, car grâce à son charisme elle a touché et sensibilisé la population argentine à un sujet très peu abordé de cette façon. Car au-delà de la présence ponctuelle des transsexuelles dans des talk-show, ce rendez-vous quotidien[15] proposé par la télénovela a permis aux téléspectateurs une certaine familiarité avec Florencia. 

Par ailleurs, la comédienne a obtenu en 2010 le changement de son nom légalement, en constituant par ce fait la première transsexuelle a l’avoir sans que sa condition soit considérée comme une pathologie.

Concernant l’égalité hommes-femmes, sur le plan symbolique, une femme dirige le pays. Cristina Kichner, actuelle présidente de l’Argentine, élue dès le premier tour le 28 octobre 2007 avec 45,23% des suffrages exprimés. Avocate de profession, elle a été investie le 10 décembre 2007, succédant à son mari Néstor Kichner, qui meurt trois ans plus tard. 

La loi sur le mariage homosexuel a été promulguée en Argentine en 2010, ce qui a fait de ce pays le premier de l’Amérique latine à avoir légalisé l’union entre deux personnes du même sexe.

La politique menée par Cristina Kichner accompagne de près et renforce d’un point de vue institutionnel l’égalité hommes-femmes et les droits des minorités.

Un autre élément qui pourrait être ajouté aux signes qui parlent d’une évolution des mentalités, c’est la « Fête de la Vendange gay »[16], célébrée depuis 15 ans dans la ville de Mendoza. La région de Mendoza, caractérisé par son conservatisme, est devenue une destination gay friendly, en ajoutant cette manifestation à son offre touristique.

Ce contexte ne garantit pourtant la fin de l’homophobie en Argentine. Des résistances culturelles très fortes demeurent malheureusement toujours d’actualité[17]. Le film de Lucia Puenzo s’inscrit dans une volonté de faire évoluer les mentalités à propos des questions de genre en général, et d’en apporter un nouveau éclairage sur l’intersexualité.

 

En guise de conclusion

XXY, en présentant le thème de l’intersexuation nous interpelle tou.te.s.

Aujourd’hui on peut opposer d’une part ceux qui considèrent que la différence de sexes, de genres et de sexualités est « naturelle » (ce qu’on appelle l’hétérosexisme établissant un lien entre hétérosexualité, conjugalité et parentalité) et, d’autre part, comme l’affirme Eric Macé, ceux qui mettent en évidence que les dispositifs de la différence de sexes, de genres et de sexualités se situent dans un mouvement de déconstruction et de recomposition des relations entre sexe, genre et sexualité, de dénaturalisation des identifications de genre, de détraditionnalisation des rôles genrés, de dépathologisation des orientations sexuelles[18]

Le film de Lucia Puenzo devrait interpeller surtout les premiers. Le cas d’Alex, n’est-il pas « naturel » ? Vont-ils continuer à parler d’une « erreur de la nature » ? Vont-ils continuer à ne pas voir ou à nier l’intersexuation ?


Références bibliographiques

Bertini Marie-Joseph (2002) Femmes : le pouvoir impossible, Pauvert, Paris.

Bertini Marie-Joseph (2009) Ni d’Eve ni d’Adam. Défaire la différence des sexes, Max Milo Editions, Paris.

Butler Judith (2005) Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion, traduit de l’anglais par Cynthia Kraus, La Découverte, Paris.

Eribon Didier (2001) Une morale du minoritaire. Variations sur un thème de Jean Genet, Fayard, Paris.

Eribon Didier (2009) Retours à Reims, Fayard, Paris.

Espineira Karine (2008) La transidentité : de l’espace médiatique à l’espace public, L’Harmattan, Paris.

Textes de l’association Orféo, association créée pour soutenir les personnes intersexuées ainsi que leurs proches http://asso.orfeo.free.fr

Textes et dossiers de l’Observatoire des transidentités http://observatoire-des-transidentites.over-blog.com


[1] Appelée également « hermaphroditisme » ou ambiguïté sexuelle », l’intersexuation est une variation du développement sexuel. Les organes génitaux de la personne ne correspondent pas aux standards mâle et femelle. http://asso.orfeo.free.fr/lesbrochures/brochure-tous-publics.pdf

[2] Le film a été tourné à Piriapolis, petite cité balnéaire de 8000 habitants.

[3] « Le mystère d’Alexina », comédie dramatique de René Féret (France, 1985) ; « Both », drame de Lisset Barcellos (Amérique-Pérou, 2005) et « Octopusalarm » d’Elisabeth Scharang (Autriche, 2006). http://www.cinetrafic.fr/liste-film/6579/1/l-intersexualite-au-cinema

[4] « Quand il est difficile de déterminer si l’enfant est un garçon ou une fille, médecins et chirurgiens font leur possible afin de rendre le sexe de l’enfant conforme aux normes mâles/femelles », site de l’association Orféo http://asso.orfeo.free.fr/lesbrochures/brochure-tous-publics.pdf

[5] Bertini Marie Joseph (2010)  Ni d’Eve ni d’Adam. Défaire la différence de sexes, Max Milo Editions, Paris. Butler Judith (2005) Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité. Traduit de l’anglais para Cynthia Kraus, La Découverte, Paris.

[6] Bourdieu Pierre (1997) Méditations pascaliennes, cité par Eribon Didier (2001) Une morale du minoritaire. Variations sur un thème de Jean Genet, p. 85.

[7] Eribon Didier (2001) Une morale du minoritaire. Variations sur un thème de Jean Genet, p. 79.

[8] Bourdieu Pierre, op. cit., cité par Eribon Didier, op. cit.

[9] Kosofsky Sedwich Eve (1990) Epistemology of the Closet, citée par Eribon Didier, op. cit., p. 110-111.

[11] Eribon Didier, op. cit.

[12] Données de Taquilla nacional, citées dans le blog http://marianoliveros.wordpress.com.

[13] Grand prix de la semaine de la critique, Cannes, 2007 ; Prix du meilleur film du festival d’Athènes, 2007 ; Prix de la mise en scène du festival d’Edimbourg, 2007 ; film représentant l’Argentine aux Oscars, 2008.

[14] Genre télévisuel de type feuilleton diffusé quotidiennement.

[15] 419 épisodes à 21h00 (heure de grande écoute) ont été diffusés sur 2 ans (2004-2005) sur plusieurs chaînes de télévision latino-américaines ; rediffusés en 2008 sur la chaîne Latinovelas dans tous les pays de l’Amérique Latine. D’autres pays ont aussi adapté le feuilleton (Colombie, Mexique, Chili, Etats-Unis…)

[16] Elle est organisée juste après la « Fête national de la Vendange », manifestation populaire et artistique célébrée depuis plus de 75 ans et qui attire un nombre très important de visiteurs.

[17] Voir à ce sujet, Espineira Karine (2008) La transidentité : de l’espace médiatique à l’espace public, p. 91-92.

[18] Macé Eric (2011) Les conséquences de la dépathologisation des identifications de genre trans, Journée d’études « Dépsychiatriser ! », dossier téléchargeable in Observatoire des transidentités http://observatoire-des-transidentites.over-blog.com

Pauline Schaming: Présentation Queer Week

Pauline Schaming

Responsable de l’équipe QueerWeek 2012

 

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En 2010, un groupe d’étudiants en master à Sciences Po Paris organise la première Queer Week: une initiative unique dans le monde universitaire et étudiant français. Pour la première fois, une semaine est consacrée aux questions de genre et de sexualités, à travers le prisme de la théorie Queer.

N’était-il pas anormal que la France en général et Sciences Po en particulier ne se soient pas appropriés la pratique américaine des “Queer Weeks”, semaines de réflexion autour des questions de genre et de sexualité, apportant ainsi à la théorie Queer l’éclairage qu’elle rencontre à travers les programmes de recherche des plus grandes universités outre-Atlantique ? Trop souvent, ces problématiques font l’objet d’idées préconçues, conscientes ou non, qui empêchent la réflexion et la remise en question des normes. Ainsi, la Queer Week est née d’un désir de faire naître un intérêt pour l’étude de ces questions, que ce soit par le biais des sciences sociales, de l’économie, de la philosophie ou encore de l’érotisme. Son organisation est entièrement bénévole et autonome, même si elle a pu disposer d’un support institutionnel de la part de l’école.

En 2012 a eu lieu la troisième édition, du 5 au 8 mars. L’occasion de constater la pérennisation du projet au sein des murs de Sciences Po comme un évènement récurrent attendu par les étudiants de l’école et d’ailleurs ! Le projet a connu un succès égal à celui des années précédentes, et devrait donc être de retour en 2013.

L’édition 2012 avait pour thème : “DUR A QUEER: DISCOURS DOMINANT ET ESPACES DE RÉSISTANCE”

Le discours dominant c’est celui que tient la société sur la norme à observer, dans les domaines de la sexualité (être hétérosexuel/être déviant), des comportements sociaux (en matière de genre par exemple: qu’est ce qu’être un homme/une femme), mais aussi de manière générale tous les domaines (sciences, éducation, religion, institutions…) puisqu’aucun n’échappe à cette règle de la hiérarchisation des valeurs.

Parler de “discours” est un des fondamentaux de la théorie queer, qui dit que toutes ces

catégories créées par la norme sont produites avant tout par le pouvoir des mots, et non pas par des faits concrets/scientifiques/naturels qui viendraient justifier leur existence.

Être queer, c’est donc s’amuser à contourner, déjouer, se jouer de, déconstruire la norme, pour se réinventer des identités multiples et fluides. C’est ainsi que nous créons nos “espaces de résistances”, ces poches de liberté qui résistent aux codes traditionnels.


Site de l’événement, http://www.queerweek.com/

Mise en ligne : 18 mai 2012

Maria Stefania Cataleta : Le regard d’une militante des droits de l’homme

Maria Stefania Cataleta

Avocate admise auprès de la CPI et doctorante à l’Université de NICE

 


 logo cpi

Intervention de Maria Stefania Cataleta (LL. M., avocate au conseil admis auprès de la Cour pénale internationale et d’autres juridictions pénales internationales, doctorante de recherche auprès de l’Université de Nice-Sophia Antipolis)

 Je m’occupe de justice pénale internationale et donc de violations des droits de l’homme. En effet, là où il n’y a pas de justice, les droits de l’homme sont violés. En matière de genre, malgré une certaine évolution normative, il y a encore beaucoup de violations et de discriminations; en particulier, encore aujourd’hui tout ce qui concerne l’identité sexuelle, le développement sexuel et surtout l’intersexuation – car, au cours de cet intéressant débat organisé par Antenne Jeune d’Amnesty International, on s’occupe des problèmes liés à l’identité sexuelle et à l’intersexuation – est méconnu, est tabou et donc objet de discrimination. En tant que juriste spécialisée dans le domaine du droit international, les aspects que je peux aborder sont donc ceux concernant la législation internationale en la matière, surtout la législation européenne et communautaire.

     Il y a des droits fondamentaux que les peuples s’engagent à respecter. Par la Charte de Nice, à savoir la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne du 7 décembre 2000, les peuples européens ont créé une union fondée sur des valeurs communes qui constituent la base pour un avenir de paix. Parmi les valeurs communes incontournables pour poursuivre et assurer la paix, à côté de la liberté et de l’égalité, il y a avant tout le respect de la dignité humaine. D’ailleurs, l’article 1 de la Charte de Nice est consacré au droit fondamental au respect de la dignité de la personne humaine, un respect qui est dû indépendamment du sexe et des tendances sexuelles. En fait, dans ce contexte, le respect de la dignité est lié à l’article 21 sur le droit à ne subir aucune forme de discrimination, y compris la discrimination à caractère sexiste.

 Le même droit fondamental à ne pas subir de discrimination sur une base sexiste et homophobe est contenu dans la Convention européenne de sauvegarde des libertés et des droits fondamentaux (CEDH), en particulier dans l’article 14. Mais le respect de la dignité et l’interdiction de discriminations dans ce domaine ne se limitent pas à une simple valeur déclaratoire, car ils se traduisent en une série de droits plus spécifiques concernant la liberté et l’égalité de toute personne, sans discrimination fondée sur le sexe, dans l’accomplissement de sa vie, une vie considérée dans ses aspects concrets et quotidiens. Un exemple de ces aspects concrets est le droit de se marier et de constituer une famille (article 9 de la Charte de Nice, articles 8 et 12 de la CEDH).  

Actuellement, il n’y a qu’une minorité de pays européens, comme les Pays Bas, la Belgique et l’Espagne, qui permettent le mariage homosexuel. D’autres pays, tels que l’Allemagne et le Royaume Uni, ont introduit des instituts juridiques analogues et d’autres, comme la France, la République Tchèque et le Luxembourg, ont comblé le vide en prévoyant une forme d’enregistrement public des couples homosexuels. La finalité d’une telle attention des législations nationales ne se limite pas à offrir à tous la possibilité de se marier et de créer une famille comme simple valeur idéologique, mais à étendre aux couples homosexuels les mêmes garanties légales que celles accordées au mariage. En effet, dans la plupart des pays du monde le mariage entre homosexuels est interdit soit explicitement, soit implicitement. Un exemple de ce dernier cas est offert par l’Italie – à qui je porte un certain intérêt car l’Italie est mon pays –  où il n’y a aucune loi imposant une différence de sexe pour se marier. La diversité sexuelle n’est pas demandée formellement par la loi, mais on peut la déduire de l’ensemble du corpus normatif en vigueur. L’interdiction du mariage entre personnes du même sexe se rattache à une norme de droit vivant qui se base sur une vision traditionnelle de la famille, particulièrement enracinée en Italie, si l’on pense qu’elle est fortement conditionnée par l’influence du Vatican. Par contre et paradoxalement, alors que le mariage entre homosexuels est interdit, celui entre transsexuels est permis par plusieurs législations nationales. Evidemment, il s’agit d’une double discrimination contre les homosexuels, d’une part par rapport aux hétérosexuels et de l’autre par rapport aux transsexuels, dans la mesure où ces derniers ont changé de sexe chirurgicalement, tout en gardant le même sexe biologique et même s’ils ne peuvent pas avoir d’enfants  (ils peuvent toutefois en adopter).

Le droit à la famille, en tant que « société naturelle » protégée par la législation européenne et communautaire, est donc garanti aux transsexuels, mais pas aux homosexuels, qui n’ont accès au droit de se marier et de créer une famille qu’une fois après avoir subi le traitement sanitaire. Actuellement, dans plusieurs pays, le traitement sanitaire est obligatoire pour reconnaître le mariage entre deux personnes du même sexe. Le traitement sanitaire obligatoire, qui est une véritable violation de la dignité de la personne, est donc le prix à payer pour ne pas subir la discrimination, dans la mesure où l’on demande formellement à l’homosexuel de changer de sexe, alors que le respect de l’identité sexuelle équivaut au respect de la personnalité de l’individu. Toute intrusion dans la vie privée de la personne de la part de la société et, encore plus, de la part de l’Etat n’est donc pas admissible. Dans cette optique de conformité de la législation nationale au droit au respect de la vie privée, l’article 9 du Code Civil français établit : « Chacun a droit au respect de sa vie privée. Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autre, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l’intimité de la vie privée… ».

     Il est évident que, dans cette disparité législative, plusieurs violations de la CEDH et de la Charte de Nice sont impliquées: le respect à la vie privée, les déjà évoqués droits au mariage et à créer une famille, le droit à ne pas subir de discrimination et avant tout, encore une fois, le droit au respect de la dignité de la personne humaine. En effet, quant aux obligations communautaires, la Charte de Nice n’impose aucune distinction de sexe pour la validité du mariage, établissant que tous ont le droit de se marier sans spécifier le sexe des époux. Le droit de l’UE impose aux Etats d’éliminer tout obstacle qui peut limiter le droit de se marier, en les invitant à se doter de législations qui éliminent toute normative discriminatoire et par conséquent, à abolir toute interdiction de se marier aux personnes du même sexe. Pour la Charte de Nice, la famille est une institution naturelle autonome par rapport à toute interprétation idéologique liée aux traditions nationales. De plus, selon le droit de l’UE, la famille est également détachée d’une conception strictement juridique, elle est une réalité pré-juridique, résultat d’une évolution sociale naturelle, par rapport à laquelle le pouvoir du législateur doit rester limité. Ce qui incombe à l’Etat est la réglementation du système de relations juridiques dérivant de la famille.  

     Le degré de civilisation d’une nation se mesure donc à l’attention et au respect portés aux droits fondamentaux internationalement reconnus et, par conséquent, il incombe à l’Etat de conformer sa législation aux standards internationaux sur les droits de l’homme et de suivre l’évolution de la coutume sociale. Dans cette perspective, le rôle de gardien de la civilisation d’un peuple est confié aux instances juridictionnelles internationales: les juridictions pénales internationales pour les crimes commis par les individus et les instances régionales pour  les violations des droits de l’homme commises par les entités étatiques. En Europe, dans ce dernier cas, les instances compétentes sont: la Cour de justice des Communautés européennes, dite également Cour de Luxembourg, et la Cour européenne des droits de l’homme, connue également comme Cour de Strasbourg. Plusieurs ont été les arrêts de ces deux juridictions qui ont condamné les Etats pour des violations à caractère sexiste et homophobe. De plus, par la Recommandation n. 1474/2000, le Parlement Européen a dénoncé les discriminations existantes  et les violations des droits des LGBT commises par plusieurs pays de l’UE. Une expression terrible de violation est la punition de l’homosexualité, considérée en tant qu’infraction pénale contre la morale et l’ordre public. Le Parlement a invité les Etats à prendre toute mesure concrète  pour combattre l’homophobie, garantissant aussi l’asile aux persécutés homosexuels. Par la décision n. 275887/2006, le Conseil d’Etat français a rejeté l’ordonnance du Préfet de Police qui avait ordonné à M. Mohammed A. de rentrer en Algérie bien qu’il ait été transsexuel, qu’il ait suivi en France un traitement hormonal œstrogénique et qu’il ait été suivi psychologiquement, et malgré le fait qu’en Algérie il aurait subi des persécutions.

Les rapports des organisations non-gouvernementales dénoncent également de nombreux cas d’homophobie dans certains pays de l’est de l’Europe, où les sentiments de haine homophobe seraient présents même dans la Constitution et alimentés par les gouvernements à travers la limitation du droit d’expression et de réunion aux LGBT (voir le rapport d’Amnesty International concernant la Pologne).     

    La jurisprudence européenne et communautaire a beaucoup contribué au développement social, et donc législatif, et à la mise en application des droits fondamentaux en la matière. L’arrêt rendu en 1990 dans l’affaire Cassey v. Royaume-Uni a abordé la question de la rectification de l’état civil. Il s’agissait de l’impossibilité pour une personne de se marier car la loi anglaise, après le changement de sexe, la classait encore en tant qu’homme à cause du fait que l’acte de naissance ne pouvait plus être rectifié. Il faut préciser que la loi anglaise prévoit exclusivement le mariage entre homme et femme. Or, les problèmes bureaucratiques avaient déterminé la rupture de la relation sentimentale. En effet, la loi est très large en matière de documents d’identité, à l’exception de l’acte de naissance où le sexe indiqué au moment de la naissance reste enregistré sans possibilité de modifications successives, à cause de la nature de simple document historique de l’acte de naissance qui, en tant que tel, ne nécessite pas d’être mis à jour. Dans ce cas, la Cour a considéré qu’il fallait effectuer un calibrage entre les intérêts de l’individu et ceux de la société, jugés plus importants, concluant qu’il n’y avait pas de violation des Art. 8 et 12 de la CEDH.

Ensuite, en 2002, la Cour de Strasbourg a changé d’orientation dans l’affaire Goodwin v. Royaume Uni, en reconnaissant la nécessité qu’à une réassignation sexuelle suive une réassignation d’identité. Il s’agissait du cas d’un transsexuel qui, en l’absence de changement de ses coordonnées personnelles sur son acte de naissance – où il était encore indiqué comme homme – était exposé à des formes de harcèlement sur le lieu de travail et avait dû renoncer à des avantages professionnels. En effet, la loi anglaise, pour certains domaines comme la sécurité sociale ou les indemnités professionnelles, tient compte du sexe indiqué dans l’acte de naissance. Dans ce cas, la  Cour, malgré la nature simplement historique de l’acte de naissance, a considéré que les critères biologiques n’étaient plus cohérents avec le changement social et l’évolution scientifique. En l’absence d’évolution de la loi nationale, il fallait donc changer la législation nationale relative à l’acte de naissance, en reconnaissant la figure juridique des personnes transsexuelles, en tant que tertium genus. La Cour a reconnu qu’il existait un conflit entre la loi et la société, composée aussi de transsexuels. Elle a reconnu la nécessité d’une loi plus dynamique et efficace, qui soit respectueuse de la dignité des transsexuels, et a condamné le Royaume Uni à conformer sa législation au respect des Art. 8 et 12 de la CDEH. La Cour a établi qu’il n’existait plus d’intérêt public dans le maintien d’une loi dépassée qui empêchait la modification de l’acte de naissance.

En réalité, même si la jurisprudence de la Cour du Luxembourg n’impose pas explicitement aux Etats de reconnaître le mariage entre personnes du même sexe, elle impose d’éliminer toute forme de discrimination sur la base de l’orientation sexuelle. Dans cette perspective, l’orientation des Etats est de donner également aux familles homosexuelles une connotation juridique. Malgré cela, malheureusement, le mariage homosexuel, compris comme extension aux couples homosexuels des effets juridiques du mariage, représente encore un problème très diffusé en l’absence d’uniformité législative au niveau international.

     Un autre aspect à considérer est lié à une mentalité très répandue, selon laquelle la « diversité » sexuelle est une pathologie destinée à une correction médicale, afin d’aboutir à une correction juridique. Par exemple, selon cette mentalité, la « maladie » des transsexuels est corrigée par l’intervention chirurgicale. En France, la circulaire du 14 mai 2010 du Ministère de la Justice et des Libertés prévoit la rectification de l’état civil suite à un traitement médico-chirurgical, c’est-à-dire  à une opération de réassignation sexuelle (à travers l’ablation des organes génitaux et leur remplacement par des organes artificiels du sexe revendiqué). En réalité, l’irréversibilité du changement de sexe peut également résulter de traitements hormonaux capables de modifier de façon irréversible le métabolisme de la personne, ainsi que d’opérations de chirurgie plastique (prothèses mammaires, chirurgie esthétique du visage), qui peuvent ne pas être nécessairement accompagnés d’une opération de réassignation sexuelle pour des choix personnels, par exemple, en cas de risque médical lié à l’opération chirurgicale. En effet, il faut considérer l’évolution de la médecine et les effets irréversibles de certains traitements hormonaux, qui peuvent éviter le recours  à l’ablation des organes génitaux pour obtenir une réassignation sexuelle. En fait, certains tribunaux appelés à rectifier l’état civil de la personne par un jugement définitif confirmant le changement de sexe, se sont adaptés à l’évolution scientifique. En effet, certains d’entre eux ne requièrent plus une expertise médicale, mais considèrent suffisante l’analyse de la documentation médicale fournie par la personne pour accueillir sa demande de changement de sexe, même en l’absence de l’ablation mais en présence d’un changement de sexe irréversible. Malheureusement, le manque d’uniformité dans l’interprétation et dans l’application de la loi implique une discrimination.

Dans l’optique visant à éliminer toute discrimination de genre, la loi n. 1486 du 30 décembre 2004 a crée en France une haute autorité pour la lutte contre les discriminations et pour l’égalité, compétente pour connaître de toutes les discriminations directes et indirectes, interdites par la loi ou par un jugement international au respect duquel la France est tenue. En particulier, l’autorité est engagée dans le renforcement de la lutte contre tout propos discriminatoire à caractère sexiste ou homophobe.

      La loi italienne n. 167/1982 permet la rectification de l’état civil suite à un jugement définitif confirmant le changement du sexe par intervention médicale. Le juge intervient deux fois : il donne d’abord la permission pour l’ablation, qui ne serait pas permise selon l’article 5 du Code Civil qui interdit toute intervention susceptible de produire des effets permanents; il donne, ensuite, l’autorisation à modifier l’état civil dans le Registre de l’Etat Civil. Une intervention autorisée par le juge, et effectuée dans une structure médicale publique, est gratuite. En revanche, les thérapies hormonales ne sont pas gratuites et ne permettent pas de rectification de l’état civil, à l’exception des cas où la santé de la personne est déjà trop compromise pour subir une intervention.

     Enfin, les problèmes liés à l’intersexuation. Bien que la matière soit très ancienne, elle n’a pas encore reçu suffisamment  d’attention sur le plan normatif. Il subsiste toujours une forte résistance envers toute forme de dé-pathologisation de la personne intersexuée, à savoir envers l’idée que l’intersexuation ne relève pas d’une pathologie, surtout psychiatrique. Un exemple emblématique est offert par le Ministère de la Santé français et, en particulier, par le décret n. 125 du 2010 en matière de sécurité sociale : les caisses françaises d’assurance maladie prennent en charge les patients affectés de troubles liées à l’identité sexuelle sous la dénomination d’« affections psychiatriques de longue durée ».  

     Pour comprendre la pathologisation de la condition de l’intersexué, il suffit des simples commentaires sur le film XXY transmis au cours du débat.

D’abord, il faut noter l’agressivité d’Alex face à la découverte et à l’observation scientifique d’un coléoptère, un insecte reconnu par l’observateur comme appartenant à une espèce rare. Il faut considérer encore la métaphore de l’animal blessé – la tortue – par la cruauté des pêcheurs qui, une fois qu’il a subi une mutilation à travers l’intervention chirurgicale décidée par les hommes, ne pourra plus nager et donc être comme avant. Alex, en tant qu’intersexuée, sans l’avoir décidé elle-même et sans en avoir été informée, devra subir une mutilation à travers une intervention qui aura la finalité de résoudre une condition par la société perçue comme pathologique ( il faut noter l’alternance linguistique dans l’indication du genre. Le langage utilisé au cours du film est mélangé dans le genre, alors qu’on se réfère à Alex, le chirurgien dit, dans la version italienne du film, : « parlare con lui, spiegargli quello che le faremo » et même son père déclare « j’ai une fille, un fils »).

     Le chirurgien chargé de la mutilation est le même pour la tortue et pour Alex. Il incarnera la discrimination la plus intransigeante et la plus violente, celle qui impose la « normalisation », à travers l’élimination sanglante de la pathologie, qui castre et impose des comportements conventionnels identificateurs de l’appartenance au genre (voir l’imposition à son fils, dont il suspecte l’homosexualité, de boire de l’alcool et de cette sorte, d’assumer des comportements qui, par convention, appartiennent à l’homme adulte. La femme du médecin sera encore plus impitoyable à travers sa mesquinerie. 

     Le refus d’Alex d’accepter l’intervention chirurgicale et d’assumer les corticostéroïdes – des substances hormonales que, s’ils sont assumés dans la phase évolutive empêchent la virilisation – exprime le refus d’Alex d’accepter dans sa phase évolutive une identité sexuelle conventionnelle, dans la mesure où l’identification sexuelle exigée par la société est définie entre les deux schémas masculin et féminin. Par son comportement Alex démontre de vouloir affirmer sa condition d’incertitude dans la classification de genre et la négation de toute classification pathologique. A coté de l’émancipation d’Alex par rapport aux discriminations, on observe l’émancipation de son père qui commence le parcours d’acceptation de la « diversité », lorsqu’il commence à douter de l’opportunité de l’intervention. En effet, selon la science, le genre est influencé par le cerveau et non par l’appareil génital et par conséquent, il faut attendre que le cerveau prenne une direction sexuelle précise, avant d’intervenir chirurgicalement et avant d’établir l’identité sexuelle. Dans cette optique, il faut empêcher toute intervention avant l’age adulte et attendre le perfectionnement d’un processus qui peut prendre des années.

     Malheureusement, la société impose, dès le début de la vie d’un individu, de choisir un genre et un nom, elle demande une correspondance entre chromosomes, hormones et appareil génital. La coïncidence entre nom et sexe est l’identité civile, une identité qui, toutefois, dans le cas de troubles du développement sexuel peut ensuite ne pas correspondre au choix du sujet, qui n’est pas affecté par une « affection psychiatrique de longue durée » !

  Maria Stefania Cataleta

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